DE LA CHASSE ET DE LA PÈCHE
exige la solitude des grandes contrées, et surtout des forêts dans lesquelles les animaux se multiplient. Il n'y a qu'un bien petit nombre d'hommes qui puissent vivre de la chasse dans une étendue d'une lieue carrée; une population de chasseursàqui il n'est pas permis de s'étendre sur un vaste espace, et qui est forcée de se renfermer dans d'étroites limites, s'en trouvera bientôt expulsée par la faim. La chasse exerce et fortifie le corps à un très-haut point, mais en même temps elle ouvre la porte aux violences, aux passions brutales et détourne les hommes des travaux paisibles. Ses produits ne peuvent pas bien se conserver; aussi les chasseurs ne cherchent-ils qu'autant de vivres qu'il en faut pour un petit nombre de jours ; ils ne font pas d'épargnes, n'accumulent pas de capitaux, et ne travaillent par conséquent pas à s'ouvrir la voie pour sortir de cet état de rudesse et de sauvagerie qui n'offre aucune trace ni de division du travail, ni de commerce, ni de culture intellectuelle, ni d'administration publique {a).
(a) Nous trouvons d'amples renseignements sur cette matière, dans les récits des voyageurs qui ont parcouru les déserts des deux Amériques. Les peuples chasseurs de l'Amérique du Nord commencent à se livrer, d'après Huxter , à l'agriculture et même à quelque industrie. Il n'y a que les relations avec des peuples civilisés qui puissent insensiblement les amener à un autre genre de vie. — La chasse domestique qui n'a pas pour but de détruire les animaux, mais de les conserver, de les multiplier et d'en tirer parti, doit être régie par des règlements, qu'on ne peut s'attendre à voir exister dans l'état de sauvagerie dont nous venons de parler.
Au bord de la mer et des grands fleuves, la pèche est une grande ressource qui donne l'existence à de nombreuses familles. Elle est surtout importante dans ces régions où un climat rude s'oppose à l'éducation des bestiaux, et à la culture des végétaux, où le poisson est par conséquent la nourriture générale des habitants, et la condition sans laquelle leur pays ne serait pas habitable (o). Dans les contrées bien cultivées, la pèche donnant des produits d'une grande valeur qui tiennent une place importante même parmi les moyens de subsistance qu'on y tire du sol , on en livre une partie (6; à l'industrie qui lui fait subir des changements de forme, et une autre est exportée (c). Les habitants des contrées qui avoisinent la mer se livrent en général tous à la pèche , et ont l'occasion d'y devenir bons marins. La pèche le long des côtes ne se fait qu'en petit, avec de médiocres capitaux, et ne donne pas de grands profits, tant à cause du haut prix que coûte le transport du poisson dans l'intérieur des terres, qu'à cause de la grande concurrence qui s'y rencontre {d). La pèche dans des mers éloignées exige de grands capitaux et donne aussi de grands bénéfices, mais elle n'est pas à l'abri de sinistres qui anéantissent parfois tous les profils (e).
{a) En Islande et au Kamtchatka le poisson est la principale nourriture des habitants, les bestiaux ne sont qu'un accessoire, et les végétaux nesont presque pas cultivés, à cause de la rigueur du climat; car au Kamschatka les frimats commencent en juillet. Rau , Considérations, 81 . — Schloetzek , Correspondance , vi cah., 342. — 11 en est de même dans le nord de la Piorwège.
{6) L'huile de baleine, le sperma ceti , les fanons, la colle, les perles, les coraux, l'ambre.
(c) Le hareng, le stockvisch, les huîtres. Les grandes cotes de l'Europe offrent un puissant encouragement h la pêche. Sur le produit de cette dernière, voy. Malchus, Siatistik und Statcnkundc, p. 88.
(d) On voit en Islande chaque année au commencement du mois de février, une partie des habitants se porter vers la partie méridionale de ce pays, et s'y offrir pour la pêche, a la condition de recevoir une part du produit a leur retour. Au commence» ment de mai, ils ont gagné chacun 500 â 600 pièces de poisson qui suffisent pour leur entretien pendant l'hiver. Cependant indépendamment de la pêche, ce pays ad'autres industries encore: on s'y occupe de l'élève des bestiaux, on y fait des tisssus de laine; il exporte de l'huile, du suif, des pelleteries, de la laine, des tissus, de I'édredon, qui s'échangent contre du grain, du fer, du chanvre, des denrées coloniales et d'autres produits. Voy. Mackensie, Voyage en Islande, 18115, p. 153ettabl. i.
{e) D'après Scoresby, on cesse de se livrer à la pêche de la baleine dans le passage de Davis, quand elle ne donne que 20 °/« et dans le voisinage de Spitsberg lorsqu'elle ne donne que 4 °/ 0 des capitaux qu'on y emploie. Les Anglais prirent dans ces parages depuis 1814-1817, avec 586 navires, 5030 baleines; et les Hollandais 71,900 dans les 130 années qui s'écoulèrent de 1665-1793.
TROISIÈME SECTION