‹ Traité d'économie nationaleChapitre 87 sur 109 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

De quelques-unes des branches de l'Agriculture en particulier.

La culture des plantes de jardinage et celle des vignobles, sont celles qui occupent sur une même surface, le plus grand nombre d'ouvriers (a) et donnent le plus grand produit net (6), tant à cause de la fertilité des terres qu'on y emploie, de leur situation favorable dans le voisinage des marchés, que par l'action des capitaux considérables qu'on y consacre. Ces capitaux sont principalement destinés à l'entretien des ouvriers; toutefois il est bon qu'une partie plus ou moins grande en soit employée aux améliorations. Cette espèce de culture n'exige pas de grands capitaux engagés; les frais de production à prélever sur le produit brut, y sont beaucoup plus considérables que ce qui en reste pour former le revenu net; en général, il serait cependant difficile de donner le rapport de ces deux sommes (c).

(a) Cinq journaux de vignobles suffisent pour donner de l'occupation à une famille d'ouvriers ; cependant les vignobles sont tellement morcelés, que dans beaucoup de contrées il y a des familles de vignerons qui ne possèdent que 1/4 ou 1/2 journal. La Hesse-RJidnane a 8000 habitants par lieue carrée, 78 <7» de son sol en terres labourables; 6 1/2 % sont consacrés à la culture de la vigne (3-1,400 arpents de Prusse sur 26 lieues carrées). Voy. nouvelles économiques , 1832, p. 10. — La partie du Wurtemberg la plus fertile en vignobles, le cercle de JYeckar, a 6140 âmes de population ; les bailliages de Franckenthal et de Landau, dans la Bavière-Rhénane \ où sont les côtaux du Haardt , ont une population de 7090 âmes (d'après Rudhart, p. 11, 23). Si l'on déduisait de ces chiffres, la population agricole de ces cantons, la population des vignicoles paraîtrait encore bien plus considérable. — Les dix villages situés le long de la chaussée, et sur une étendue de 6 lieues (de Rohrbach à Laudcnbach), avaient en 182», une population de 14,000 âmes, non compris les populations de Ueidelberg et de tf'einhein, et celle des villages qui sont de l'autre côté de la chaussée ; parmi ces derniers il y en a un de 1638 habitants (flandschuchsheim), qui a 1400 journ. de terres labourées, 304 arpents de vignobles, 105 de prairies, ensemble, terme moyen, 5, 7 par famille.

(b) La preuve la plus évidente en est dans le haut prix de vente des jardins. Le journal de vignoble se vend dans plusieurs contrées, à des milliers de florins ; dans le Rhcingauw, de 8 à 10000 fl.; dans \e /faatlande, de 2300-46O0H. (6-1 2,000 fr.de Suisse). Ceci vient donc détruire l'opinion toute gratuite que les vignobles ne donnent pas de produit net ; car s'il en était ainsi , les terres à vignobles s'achèteraient à fort bas prix. — Voy. Corresp. de la commiss. d'agric, du Wurtemberg,

1842, i , 409, 418.— Si les gouvernements meltent des obstacles et des entraves au débouché du vin , et placent par la les propriétaires dans la gêne, il ne faut pas en attribuer la cause a la culture de la vigne. Aux portes de Hambourg, on loue 100 pieds carrés de jardin, à 1 marck (40 kreutz.), ce qui fait 180 fl. par arpent de Prusse, et 3600 fl. pour prix de vente. Les meilleures terres de jardin aux environs de Bamberg se vendent 3 à 4000 fl. le journal (2250-3000 fl. pour un arpent de Prusse), et 4 a 6 mesures de terres ( 2 à 3 arpents de Prusse) y constituent une belle exploitation d'horticulture. Bamberg a 700 jardiniers au moins, sans y compter un nombre non moins grand de garçons et d'aides. — Voy. Reider, Horticulture de Bamberg, p. 127. Leipzig, 1821.

(c) Les données suivantes sont extraites de l'ouvrage de Chaptal, de l'Industrie française , i , 177, 191 , 218. Un hectare ( 3,* arpents de Prusse ) rapporte :

Produit brut. Produit net.

En vignobles 363 francs. . . . 100 francs.

En jardins 600 120 »

En vergers 60 » 40 »

Si ces données sont justes, les vignobles donnent proportion gardée, moins de produit (27 1/1 °M en France qu'en Allemagne. — Voy. Cavoleau , OEnologie française, 1827, estime que le revenu brut d'un hectare de vignobles, rapporte 310 fr. dans quelques départements; dans d'autres 710 fr. (Yonne), et 12» fr. [Charente). D'après d'autres données, (de Férussac,. Bulletin des sciences agricoles, xvi, 53), le produit brut serait de 21, 67 hectol. (31 1/2 eimer de Prusse ou 8 eimer par arpent de Prusse) à 15,** fr., (fl. 4, 55 eimer), par conséquent 338 fr.; des 40,143,000 hectol. de vin, que la France produit annuellement , 6 millions sont employés dans les distilleries, 1,200,000 sont exportés, 33 millions sont consommés en France même, ce qui donne 1 hectol. ( l, 4 * eimer) par tête. Dans le département de la Gironde, î/s du sol est cultivé en vignobles, le produit moyen brut est de 562 fr., le produit net de 346, ce qui donne 58 °/ 0 . Spaeth , (Annales de Wurtemberg, 3» et 4° années, p. 291, par Mem.minger), estime que les frais de production s'élèvent à 72 fl. par an, dans le Wurtemberg ; un anonyme les estime (dans le Correspondenzblatt) à 86 fl.; un autre (même joum., p, 1 30), à 51 fl. lOkrtz. En les évaluant à 60 fl. et le produit brut à 100 fl. (à 3 fl. par eimer), nous trouvons que le produit net s'élève à 40 0 / o du revenu brut. — La même chose s'applique aux vignobles de llaarzgebirge.

La culture de la vigne a cela de particulier, en Allemagne du moins, que la quantité et la qualité de ses produits diffèrent partout, et que ce n'est que dans la moyenne de plusieurs années, qu'on trouve un produit net (a). Il se fait donc que lorsque plusieurs mauvaises années se suivent, ce qui arrive assez fréquemment, dans lesquelles on ne peut pas même recouvrer ses frais de production , les propriétaires de vignobles qui sont peu fortunés , contractent

des dettes, tandis que dans les bonnes années, l'empressement que mettent à vendre, tous ceux qui n'ont pas assez de caves ni de douves, fait tomber les prix; en sorte qu'il n'y a que les marchands de vin, et les riches propriétaires de vignobles qui font des profits par la hausse ultérieure des prix (6). Les cultivateurs de vignobles , qui font en même temps une autre industrie peuvent mieux résister aux mauvaises années. Les journaliers qui sont trèsnombreux dans ces contrées, ne s'en trouvent cependant pas mal, car les salaires y sont en général assez élevés.

(a) En Alsace , il y eut au 18 e siècle , 13 bonnes , 43 moyennes , 58 médiocres ,

6 mauvaises années. Depuis le commencement de ce siècle jusqu'en 1827, 3 bonnes, 11 moyennes, 11 fort médiocres. Stolz, Notices sur la culture de la vigne en Alsace, 1828, p. 44,83. — La Moselle n'eût, pendant les 30 années qui s'écoulèrent de 1773-1822, que 10 bonnes récoltes, dont 6 vraiment riches, 13 moyennes et 27 mauvaises. Dans le Wurtemberg, on eut de 1 800 à 1821 , 7 bonnes, 7 moyennes,

7 mauvaises années. La proportion d'une bonne, d'une médiocre et d'une mauvaise récolte pour 3 ans, est eu quelque sorte une donnée confirmée par l'expérience, pour Allemagne; mais il arrive parfois aussi que cette proportion se répartit sur de longs espaces : c'est ainsi, par exemple, que dans les 12 années de 1813 à 1824, il y en eut

8 mauvaises (1813, 14, 16, 17, 20, 21, 23, 24). 11 est hors de doute que malgré les mauvaises récoltes, les vignobles donnent toujours un produit net ; car la récolte des bonnes années compense largement les pertes des mauvaise»; mais l'irrégularité n'en est pas moins très-pénible, vu qu'elle ne permet la rentrée des capitaux qu'au bout de plusieurs années. C'est ce qui fait aussi, que la culture de la vigne se restreint naturellement aux contrées où les expositions tempérées et bien abritées rendent le danger des mauvaises années moins imminent. Ainsi sur le versant septentrional des Alpes, si l'on en excepte quelques positions choisies» la culture de la vigne n'est pas avantageuse , même dans les bonnes plaines de terres labourables, parla raison qu'elle nedoune qu'un raisin médiocre, et qu'elle est plus exposée au froid que sur le versant méridional , qui est moins propre, d'un autre coté, a l'agriculture. On remarque aussi qu'il y a plus de variations dans les vignobles des plaines, parce que dans les mauvaises années, quand les céréales sont chères, on cesse de cultiver la vigne, et que dans les bonnes , on la cultive plus généralement.

(b) Voy. Waltiier , dans les Nouvelles politiques de Schloetzer, xv, 264. Dans la bonne année 1783, il y eut partout manque de douves; il en fut de même en 1811 et!818.

Après la vigne, la culture des autres arbres à fruits n'est vers le centre et le nord de l'Europe, qu'un objet accessoire pour les cultivateurs, parce qu'elle ne demande pas autant de soins, et ne peut pas constamment leur donner de l'occupation; aussi y a-t-il bien peu de terres qui y soient exclusivement consacrées (a). Cependant quand on soigne bien cette culture, elle offre aux

cultivateurs, la ressource d'une nourriture précieuse sous plusieurs rapports, et d'une denrée qui se vend fort bien; elle ne demande d'ailleurs pas un sol fertile, ni de grands capitaux, et, pour les soins qu'elle réclame, on peut les donner dans les moments perdus. Si toutefois ceci n'est pas bien possible dans les grandes exploitations , on ne peut contester qu'il en est autrement pour les petites et les moyennes. La culture des arbres fruitiers n'est bien entendue et pratiquée que par ces cultivateurs qui sont assurés de jouir longtemps de leur terre et de la transmettre à leurs enfants, et peuvent en quelque sorte se considérer comme propriétaires pendant leur vie (b).

(a) 11 faut excepter les pépinières, et les plantations de châtaigniers {Flœtze) auxquelles on consacre des pentes escarpées qui ne seraient propres qu'à produire du bois. Elles donnent 20 fr. par hectare , de produit net, en France (2 1/2 ft. par arpent de Prusse, Chaptal, i , 220); dans les environs de Heidelberg, le prix moyen des plantations de châtaigniers est de 270-108-32 fl. Dans le cercle de Murg (Bade), il est de 84 fl.

(b) La culture des arbres fruitiers est soumise à deux conditions: la division des propriétés et l'instruction des cultirateu rs ; aussi cette proposition de Cohdier (de l'Agriculture de la Flandre française, p. 338), que les nombreuses plantations sont un indice d'une bonne administration, est-elle trop générale.

Les frais des terres labourées comparés à leur produit /let, sont beaucoup plus grands que ceux des prairies, qui ne demandent qu'un médiocre capital (a). Les diverses manières d'employer la terre (l'assolement), différent autant entre elles, sous le point de vue des capitaux et du travail qu'elles exigent, que sous celui du revenu brut et du revenu net qu'elles rapportent. L'opportunité de telle ou telle méthode d'assolement est déterminée par le prix des produits, la qualité du sol et la distance du marché. Dans les pays très-peuplés et qui ont beaucoup de capitaux, on peut préférer celle qui rapporte la plus grande somme de produits (b). Les prairies ne réclament pas de grands capitaux, et coûtent peu de frais de culture, mais elles donnent aussi tellement peu de produit brut, (c) que les cultivateurs qui ont quelques connaissances et des capitaux, ne manquent pas de les convertir en terres labourables, lorsque rien ne s'y oppose. Quand on voit de grandes prairies dans une contrée, on peut en conclure que sa population est faible, que ses cultivalcurs sont pauvres, ou dans une situation précaire {d). Cependant les pays de montagnes ont, par la nature de leur position, beaucoup de prairies, et l'on y est naturellement porlé à élever des bestiaux et à s'occuper un peu moins d'agriculture ; mais ce système a produit les plus fâcheux effets, tant parce que les pâturages naturels des montagnes (Alpes) diminuent plutôt que de s'étendre, et qu'ainsi la production de ces pays ne peut

pas continuellement augmenter (e), que parce qu'à l'importation des moyens de subsistance, sont attachées dans les mauvaises années, de grandes difficultés, et que l'exportation des bestiaux ou des matières animales peut trèsfacilement être entravée (f) et n'occupe que peu de bras (g).

(a) D'après Flotow, le produit net des terres de l re qualité, s'élève à 50 de leur produit brut, à 42 °/ 3 pour celles de I e classe (argileuses ordinaires), h 24 0 / o pour celles des 6 e et 7 e classes {mauvaises terres argileuses, sablonneuses mêlées, etc.) , à 13 °/ 0 pour celles de 10" qualité (terres sablonneuses \ ; ceci ne doit toutefois pas nous faire perdre de vue que les mauvaises terres ne donnent parfois pas de revenu net, dans les mauvaises années. Les prairies au contraire, les plus mauvaises même, donnent toujours un produit net, qui s'élève jusqu'à 40 °/« du produit brut ; les moyennes 41 et les meilleures 87 °/«.

(b) On peut distinguer trois systèmes principaux qui se présentent historiquement, dans Tordre suivant ;

1. Celui des pâturages. Dans ce système, après avoir pendant plusieurs années employé les terres comme prairies ou pâturages on leur donue un labour; c'est là, le Koppelwirthschaft du Holstein et du Meklembourg, qu'on retrouve aussi dans la Forét-ïïoire et dans les Alpes. Ce système de culture est celui qui demande le moins de travail, mais il ne peut pas exister sans le secours de prairies naturelles.

2. Celui de la culture du blé. La plus grande partie des terres rapportent du grain ; le restant donne d'autres produits ou est en jachère. Dans ce système la pratique la plus généralement suivie, est l'assolement triennal, avec ou sans jachère ( Dreifelderwirthschaft ) .

3. Enfin le système des assolements; dans ce dernier on consacrela moitié des terres au plus, à la culture du blé, et après chaque récolte de froment, on y sème d'autres produits. C'est celui qu'on suit dans le Palatinat, Y Alsace, X Angleterre, la Belgique ; il permet de se passer de prairies et de pâturages, parce que les champs fournissent du fourrage eu abondance; il exige de grands capitaux; mais il est à remarquer que les prairies (luzernes) durent plusieurs années. Il n'est pas nécessaire non plus de cultiver chaque année, toutes les terres. De la comparaison de l'agriculture belge et de celle du Meklembourg, celle-ci offrant les successions suivantes : 3 années de froment, 3 années de prairies, 1 année de jachère, celle-là 3 années de froment, 1 de trèfle, 1 de pommes de terre, il résulte pour 100,000 verges quarrées de terres, de même qualité, donnant 10 grains pour un, le rapport suivant :

Belgique. Meklembourg.

Produit brut 10,494 rth 4863 rth.

Frais 8,034 3436

Produit net 2,460 1429

Le système de Meklembourg est préférable dans les terres de médiocre qualité; il ne coûte que 2/5 environ, du travail nécessaire dans le système belge. Voy. Vos Thuîiek, der isolirte Staat, p. 94.— Von Scuwgaz, Introduction à la connais-

xance pratique de l'agriculture, t. m, excellente exposition de la division des terres, de leur assolement, de leur production.

(c) Pour l'entretien d'une vache pendant l'été, il faut 2 arpents de terre, souvent même 6, en exceptant toutefois les terres basses. Le produit net d'un journal de prairie de moyenne qualité, peut être estimé à 2 seheffel de seigle, ou environ 4 fl. 40 krtz. Voy. Thaer, Agriculture rationnelle, m, 272.— Sturm, Manuel des sciences camérales, i, 60, Jéna, 1810.— VonFlotow, Anleitung zur Ab&chœtzung dor (Irundstucke, p. 110.

(d) Les pâturages forment :

KO °/ 0 dans le canton des Grisons (Picot, statistiq., 544). 51 »• dans les bailliages du Jura {Berne).

30 » en Tyrol.

23 » hNeufchâtel.

14 » en Hongrie, non compris les terres seigneuriales. 8 » en Bavière.

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