‹ Traité d'économie nationaleChapitre 90 sur 109 · POUR CENT · texte numérisé non relu

POUR CENT

ino

On a comparé dans ce tableau, la croissance de chaque période décennale a la valeur des bois actuellement sur pied. Huiideshagen estime que l'accroissement annuel est plus grand que celui que nous venons d'indiquer, et que les bois de hêtres de 60 ans, gagneraient 5 •/. ; 4 »/„ à 90 ans , 2 î/s — 3 °/ 0 à 120 ans. Voy. son Encyclopédie, t. u, 754. Manuel de la police des forêts, p. 47.

(c) Comparaison du bois de haute futaie à celui de basse futaie, par un arpent de terre planté de hêtres :

1° Les forêts de hêtres de haute futaie, aménagées à 120 ans, donnent 7030 pieds cubes de boisa brûler, dans lesquels sont compris 82 klafter de bûches, 24 1/2 de rondins et 153 chariots de fagots.

Prix de ce bois 299 florins.

Intérêt 162 >•

461 florins.

Les intérêts ne sont pas élevés, car les bois de haute futaie ne donnent quelque produit, qu'au bout de 90 ans, et le plus grand produit à 110 ans seulement.

2° Bois de basse futaie aménagés à 50 ans. On les coupe 4 fois en 120 ans , et les souches repoussent de nouveaux jets. Le produit n'est que de 5,450 pieds cubes de bois à brûler, parmi lesquels il se trouve 6 klafter de bûches , et 56 chariots de fagots. Son prix de vente ne s'élève qu'à 156 fl.; mais les intérêts sont d'autant plus élevés , que ceux qu'on perçoit au bout de la première période de 50 ans, donnent à leur tour des intérêts pendant 90 ans, les seconds ( intérêts) qu'on perçoit au bout de 60, en produisent pendant 60 ans, et ceux de la 3" coupe pendant 50 ans ; ils rapportent donc, si on les évalue à 4 •/., 261 fl., au bout de 120 ans , ce qui porte le revenu de la basse futaie à 417 fl. Hartig {Manuel d'économie forestière, 11, 224, 6 e édition , Stultgard , 1820) a, dans sa comparaison du produit des deux genres de culture, compté les intérêts des intérêts, ce qui fait monter le produit de la haute futaie à 541 fl., et celui de la basse futaie à 829 fl. de revenu; mais il n'est pas à propos de faire entrer ici en ligne de compte l'intérêt des intérêts. Un bois de sapin aménagé à 60 ans, donne, en y comprenant 5 «7„ d'intérêt, 59 rht. de plus par arpent, au bout de 120 ans, que s'il était aménagé à 120 ans. En introduisant le système de basse futaie, dans une terre cultivée antérieurement en haute futaie, on peut se passer d'une partie du bois qu'on avait en réserve jusque-là. Le produit moyen d'un arpent de Saxe, aménagé en petite, moyenne et grande périodes, est, d'après les calculs de Cotta, pour un aménagement de 40 ans, terme moyen , de 975 pieds cubes de bois ; et de 5704 pour celui de 120 ans; la différence est de 2751 pieds cubes. En vendant tout le bois aménagé à plus de 40 ans, on n'a, il est vrai , qu'un revenu une fois donné, mais on en perçoit continuellement les intérêts, et cela compense largement le produit moins élevé des basses futaies. L'accroissement moyen est, pendant les 40 premières années, de 45 pieds cubes, et 65 pieds cubes dans le terme qui s'écoule depuis 40 ans jusqu'à 120; mais l'intérêt du prix des bois dont on peut disposer, équivaut à lui seul à 109 pieds cubes. Quand on commence des plantations de bois, la perspective d'un prompt revenu est, abstraction faite même de l'intérêt, un motif suffisant pour préférer la basse

futaie ; aussi Kastuofeb. ( le Maître dans fa forêt, h , 59) la recommande-t-il aux cultivateurs pour les pays fort peuplés. — Voy. nouvelles économiques, 1823, i, 316. — IUrtic, Dissertations sur des matières de Vénerie et d'Économie forestière, p. 217 (allem.).

Mais si par rapport aux valeurs très-grandes contenues dans les forêts, etqu'il serait possible d'employer productîvement ailleurs, la culture de la basse futaie est préférable pour les propriétaires, il en est tout autrement sous le point de vue national. Car ce n'est pas par analogie du revenu d'un simple particulier que nous devons prononcer ici , mais ce sont d'autres considérations qui doivent nous guider ; or pour la nation, une coupe abondante mais qui ne se répétera plus, ne contrebalance pas l'avantage d'une production ultérieure, moins riche à la vérité, mais périodique. En effet, une nouvelle quantité de bois, lancée, en sus de la production annuelle, dans la circulation, ne peut pas être considérée comme accroissant d'autant le capital national, attendu qu'une quantité de produits d'une même espèce, n'avantage que faiblement la production, s'il n'y a un accroissement proportionné de tous les autres; et cette quantité ne donne pas non plus un grand développement aux industries pour lesquelles le bois est une matière première, parce qu'à elle seule, elle n'ouvre pas un débouché au bois. Il pourrait au contraire se faire, qu'il n'y eut pas même abondance d'autres matières premières, de capitaux, de machinés, etc., pour donner plus d'extension à ces industries. Aussi une offre pendant quelque temps plus grande que de coutume de bois n'a-t-elle pour effet que d'en faire baisser le prix, ce qui peut à la vérité donner plus d'extension à la consommation improductive de ce produit (a) ; mais la nation n'en retire un avantage réel que pour autant que cet excédant de produits peut être exporté, et employé à l'accroissement de son capital. Hors ce cas, toujours fort rare, il faut admettre qu'une nation doit préférer les aménagements à longs termes, malgré le désavantage qui y est attaché, de percevoir un revenu brut et un revenu net moins élevé, pour toute la surface du sol cultivée en forêt ; c'est-à-dire que pour avoir une même quantité de produits, elle doit cultiver plus de forêts qu'un particulier, bien que dans ce cas on ne tire pas du sol le parti le plus avantageux et que le revenu des propriétaires doive être prélevé sur celui de leurs concitoyens {b).

(a) L'opinion contraire a été développée par Pfkïl , Principes, i , 9» : « L'avantage des basses futaies y dit cet auteur, est pour le particulier comme pour l'État tout-â-fait le même. 11 consiste en ce que le capital engagé en bois, est plus promptement et plus fréquemment transformé en numéraire , et que sous cette forme il donne un intérêt plus élevé que sous celle de forêt. » On peut aisément, dit-il, pourvoir h la demande de Imms, avec l'intérêt du capital en argent. Mais cette opinion se

réfute victorieusement, à l'aide d'une distinction entre l'argent et les autres éléments du capital ($ 127, 133). Dans le cas, en effet, que nous avons admis, la nation n'est pas plus riche de la somme d'argent provenant de la vente du bois ; car la masse du numéraire du pays reste la même, mais il est plus riche de la quantité de bois coupée, or la question est de savoir, si cette quantité peut augmenter le revenu national autant que la croissance annuelle du bois sur pied. — Voy. pour la défense des hautes futaies, Noirot, Traité de la culture des forêts, Paris 1833, et De Château vieux, Bibliothèque universelle, juin 1832, p. 186. Les basses futaies ont l'avantage d'être plus facilement cultivées et de pouvoir être mieux gardées. — Çuarterly Review, octobre 1827, p. 591.

{b) Une nation qui a besoin pour sa consommation annuelle , de 30 millions de klafter de bois, devrait avoir :

a. En forêts de hêtres aménagées à 120 ans, en estimant le klafter à 96 pieds cubes, sur un sol de 4 e classe d'après Cotta,

11,520,000 arpents de Prusse , dont on pourrait couper 96,000 par an ;

b. En forêts de hêtres de basse futaie aménagées à 30 ans ,

18,518,520 arpents, dont on pourrait annuellement couper 617,284 arpents. — L'économie de 7 millions d'arpents qu'on pourrait faire , mérite une sérieuse considération.

DEUXIÈME DIVISION

CONSIDERATIONS SUR L'iNDUSTRIE MANUFACTURIÈRE.

L'économie nationale est redevable à l'industrie manufacturière de plusieurs avantages : en effet, cette dernière

1° Ajoute un immense accroissement à la production; car c'est elle qui forme cette grande variété de produits agréables, utiles et propres à satisfaire divers besoins de l'homme (§ 98, 102);

2° Donne du travail à une nombreuse population ouvrière qui se trouve principalement dans les villes;

3° Et exerce une action fort utile sur l'agriculture à laquelle elle donne des débouchés et des consommateurs, et qu'elle fournit de machines nécessaires pour la rendre productive (§ 365) ;

4° Enfin elle échange ses produits contre ceux de l'étranger, et alimente sans cesse l'importation d'objets utiles et nouveaux.

Il n'y a pas de peuple civilisé qui n'ait des manufactures; mais leur développement comparativement à l'industrie agricole n'est pas le même chez tous; car si dans tel pays l'agriculture est peu avancée, dans d'autres au contraire c'est la principale source de production. Le développement de l'industrie manufacturière présuppose non seulement l'existence de capitaux disponibles, mais encore de débouchés pour les produits. Chaque pays est pour lui-même son meilleur débouché, pourvu que son agriculture donne un produit net avec lequel on puisse acheter les produits des manufactures, et que les besoins et la demande des citoyens soient multipliés. Ces deux conditions se rencontrent nécessairement quand la richesse nationale est en progrès. Ainsi quand l'agriculture fait des progrès, les manufactures doivent nécessairement en faire aussi ; cependant la ressource d'un débouché à l'étranger produit plus promptement le même résultat (a).

(a) Pendant le moyen âge , les villes du nord de l'Europe s'enrichirent par le commerce extérieur, indépendamment de l'agriculture, et ce commerce réagit en-

suite d'une manière utile sur celle-ci. La cause de ce phénomène se trouvait dans l'inégalité politique des différentes classes du peuple. Smith . m e livre, ch. i-iv.

Dans les pays dont la population n'est pas grande et où l'industrie est encore peu développée, il ne peut nécessairement se rencontrer qu'un petit nombre de manufactures, parce que les capitaux y sont rares de même que les ouvriers habileset capablcs<ie les utiliser, et que lorsqu'on y est assuréd'un débouché, il est avantageux d'y cultiver d'abord des matières premières pour les exporter g 186). Dans cette situation les habitants se pourvoient à l'étranger, des produits qui leur manquent, jusqu'à ce qu'insensiblement le capital national s'augmente, les arts se perfectionnent, et la culture du sol pour l'exportation, offrant de plus en plus de difficultés, on est poussé naturellement dans la voie des entreprises manufacturières. Plus ces dernières se multiplient, plus l'aisance et la population augmentent; mais l'époque où l'économie nationale parvient à sa plus haute splendeur, est celle où l'agriculture et l'industrie se développent simultanément, avec l'auxiliaire des capitaux et des procédés scientifiques [a),

(a) Hume, Essais, i. Si l'on excepte quelques petits états commerçants, l'on rencontre la plus forte population, et l'aisance la plus remarquable dans les contrées où la proportion de la population des classes manufacturières à la population, est la plus grande. — Ce que nous avons dit dans ce paragraphe des changements qui surviennent dans le rapport de l'industrie agricole à l'industrie manufacturière, se manifeste promptement dans certains pays, plus lentement dans d'autres, en sorte que dans quelques-uns, l'industrie agricole reste pendant des siècles la principale ressource et même peut-être l'unique. Les lois aussi bien que les circonstances de temps et de lieu exercent en ceci une influence diverse.

La prospérité manufacturière se rattache intimement à l'agriculture d'un pays, quand les métiers transforment les produits de celle-ci, que les ouvriers consomment la plupart de ses denrées et trouvent leur principal débouché chez les cultivateurs. Ce rapport peut être détruit ou partiellement ou entièrement pour une partie des manufactures : les progrès de l'industrie ont inévitablement pour effet, de faire employer de nouvelles matières, ou d'étendre la demande au-delà des besoins de l'intérieur, ou de produire ces deux effets en même temps. Ces phénomènes ont souvent produit un accroissement extraordinaire de population, même dans les pays peu fertiles; au lieu que l'industrie se développant pour l'intérieur du pays, sans avoir de rapports avec l'étranger n'eût pas donné la même extension

à ces progrès. Mais cet état de choses contient un germe de bouleversement et le principe d'une double crise ; en effet, Tachât des matières premières, des matériaux et des denrées nourrissantes, ainsi que la Tente des produits des manufactures peut éprouver des entraves, dont on n'aurait rien à craindre si on ne recourait pas à l'étranger et si les manufactures ne travaillaient que pour l'intérieur (a). Quand le commerce est fort développé, surtout quand il est appuyé par une navigation étendue , on peut mieux prévenir de pareilles crises (6). Mais c'est surtout dans les contrées de montagnes, qu'elles produisent de fâcheux effets ; car leurs relations étant peu étendues, elles n'ont pas le moyen de donner aux capitaux et aux ouvriers qui ont perdu leur emploi, une autre destination, et ne peuvent fabriquer qu'avec infiniment de peine les produits qu'elles tiraient autrefois de l'étranger (e). Mais une grande activité parvient cependant à la longue à se créer de nouvelles sources de production {d).

(a) Gène des dentellières dans les environs de Tondern, en Silésie, par la réduction des demandes. Elles ne gagnent que 40 krtz par semaine, et allèrent leur santé par une vie sédentaire et une mauvaise nourriture. Hakssek, Recherches statistiques sur le duché de Schleswig, Heidelberg, 1832, i, 50.

(b) V Angleterre est dans cette position. Il est impossible quequand l'industrie s'est fortement développée, elle n'essuye parfois des crises, mais quand le commerce est actif et sans cesse en quête de nouveaux débouchés, ces crises ne sont que passagères.

(c) Sismondi, Nouveaux Principes, i, 289.— Les mauvaises récoltes produisent les plus fâcheux résultats pour les pays de fabriques qui tirent tout leur blé de l'étranger. La disette des contrées de YErzgebierge en Saxe, et des cantons de fabriques -en Suisse, en 1816-1817, en sont une preuve. Le canton d'Jppenzela dans le Rhoden extérieur (2/3 du canton) beaucoup de fabriques de coton, qui remplacent les métiers des fabriquants de toile d'autrefois, et dans le Rhoden intérieur, au contraire, il n'y a que des cultivateurs dont la principale industrie est l'élève des bestiaux. La population du cercle de Rhoden extérieur est d'environ 8,300 âmes par lieue carrée; en 1817 ce canton perdit 3425 habitante, ou 6 °/„ de sa population, mais le cercle du Rhoden extérieur supporta plus facilement la disette que l'autre. Voy. Zolleikofea, Dos Hungerja/tr 1817,St.-GaII, 1818-19. La misère ne fut pas moins effrayante dans les deux vallées du canton de Glaris qui ont aussi une grande population d'ouvriers cotonniers, et les machines à filer qui rendirent les rouets inutiles vinrent ajouter encore à la misère.

id) La principauté de JSeufchâtel ne comptait déjb plus en 1781, parmi ses 40,000 habitants que 6000 cultivateurs; 7,300 étaient employés à la fabrication du coton, des dentelles et des montres. Au Val-de-Travcrs, il y a parmi les 4,930 habitants, 1,530 individus employés à la fabrication de dentelles, de montres et d'ouvrages de montres. Voy. Picot, Statistique, p. I533. — Description topographique delà châtellenicdu Val-de-Travcrs, 1830. L'importante ville de Barmen, au point où elle est parvenue, par les ressources de son activité industrieuse, a su se créer de

nouveaux produits. Les blanchisseries furent la première source de sa puissance ; en 1709 s'y joignirent la fabrication des rubans de fil, et du fil à coudre; plus tard, celle des lacets, des dentelles et des toiles rayées; les teintureries et les fabriques de siamoises après la guerre de 7 ans, etc. ; en 1821 Barmen avait 21,000 habitants, 110 fabriques, 50 blanchisseries et 50 teintureries. So>derl.viïd, Histoire de Barmen, p. 11, 89, 130 (1823). — Dans la Forêt-Noire on fait des horloges de bois qu'on envoie jusqu'en Amérique et en Asie, ( il y avait en 1829 dans la Forêt-Noire (Bade) 582 maîtres horlogers et 359 ouvriers). — Ouvriers découpeurs en bois, dans les environs de Sonncberg, où s'est récemment introduite aussi la fabrication d'objets de papier m«1ché.

L'industrie manufacturière peut être exercée simultanément avec l'industrie agricole, de telle sorle que les ouvriers, et parfois aussi les entrepreneurs se livrent alternativement à chacune d'elles; et dans cet état, c'est tantôt l'une, tantôt l'autre de ces branches qui sera la plus importante. Lorsqu'on donne la préférence à l'agriculture, le travail manufacturier n'est plus qu'un travail accessoire auquel le cultivateur se livre pendant ses moments de loisir pour les utiliser, et particulièrement l'hiver ; lorsque l'industrie manufacturière au contraire est l'industrie principale, l'ouvrier ne possède guère qu'un bout de terrain qu'il cultive pour son propre entretien (§ 372 n° 2). L'exercice simultané de deux industries différentes, n'est pas avantageux sous le rapport de la quantité et de la qualité des produits ; car dans ce système les ouvriers n'atteignent jamais à ce degré d'habileté auquel les conduit l'application constante et exclusive à un seul travail. C'est ici qu'on pourrait faire ressortir à propos les données de l'expérience, sur les effets de la division du travail (§ 1 14 n°2) ; cependant ce système offre de vrais avantages, lorsqu'on y accorde à l'industrie manufacturière la prééminence sur l'agriculture.

Mais il nous reste encore à envisager ce système sous une autre face. En effet, il rend la position des ouvriers meilleure et plus sûre que s'ils ne s'adonnaient qu'à une seule industrie, il les met plus à même de supporter le fardeau d'un moment de crise de l'une ou de l'autre, et plus à l'abri des effets de la disette d'une mauvaise année ; il leur permet en outre de travailler pour un salaire moins élevé que ceux qui doivent s'acheter toutes leurs denrées nourrissantes; ainsi leurs produits étant moins chers, obtiennentsans cesse la préférence sur les marchés étrangers. Un changement d'occupations est d'ailleurs fort avantageux à la santé des ouvriers (a). Malheureusement toutes les industries ne sont pas susceptibles d'être exercées alternativement; cela n'est guère praticable que dans celles qui n'exigent pas une grande habileté,

qui n'admettent pas l'action de machines, ni la coopération de beaucoup d'ouvriers à la fois (b). Enfin, quand le capital que demande une industrie n'est pas fort grand, et lorsqu'on peut se procurer les matières premières dans le voisinage ou qu'on peut les produire soi-même, l'ouvrier peut se faire entrepreneur et produire pour son propre compte. Seulement il doit, quand ses produits sont destinés à l'exportation, s'adresser immédiatement à un négociant expéditeur, afin de rentrer le plus tôt possible dans ses dépenses.

(a) Rau, Ansichten, p. 116. — Cordier, de V Agriculture de la Flandre française, p. 27, 28. Dans chaque ferme en Flandre, on file et l'on lisse, p. 31. Il ne faut pis confondre avec ce système, la fabrication, dans la ferme, des objets nécessaires à la consommation des individus qui l'habitent. Voy. Olupfepc, Beitrœge ze Veôersicht der Nation. Industr. in Danemarck, p. 180. — En allemand par Gliewani*. Altona, 1820.

(6) Comme dans la manipulation du chanvre, le tissage, le travail des forges, etc. Le tissage est un travail très-généralement répandu parmi les gens de la campagne, il leur convient d'autant mieux qu'ils ont besoin d'une grande quantité de vêlement* communs. En Prusse il y a 223,000 métiers h tisser, avec lesquels on travaille à moments perdus. Fbrber, Nouvelles Annales, p. 160. — Dans la Forèl-Noire, mais surtout dans les environs de Florence, on s'occupe a la fabrication des tissus de paille. Cependant les ouvriers qui font les tissus fins ne peuvent guère s'adonner a des ouvrages grossiers qui donneraient de la raideur à leurs doigts ; aussi les paysannes de ces contrées qui s'occupent à tisser s'engagent-ellcs souvent comme domestiques. Brosn, Voyage, n, 434. — Les nombreux ouvriers des environs de Prescot {Lancashire), qui font des ouvrages de montre sont cultivateurs en même temps, de même que les tisserands des environs de Manchester. Dixgler, Journal polytechnique, xxx, 203.

Les recherches sur l'étendue des travaux et le rapport des enlrepreneurs aux ouvriers, nous font connaître une grande différence entre les métiers qui s'exercent en petit, avec un petit nombre d'ouvriers par un entrepreneur qui travaille lui-même avec eux et n'emploie que des procédés simples, et les grandes entreprises (fabriques et manufactures) où la division du travail est poussée fort loin, et où comme dans les grandes exploitations rurales (§369) il faut un et même souvent plusieurs chefs ou directeurs pour surveiller et diriger les travaux. Les métiers offrent incontestablement plusieurs grands avantages :

1° Les petits fabricants (maîtres) qui travaillent comme leurs ouvriers, mais qui prélèvent l'intérêt de leur capital, et le profit de l'industrie, indépendamment de leur salaire (§ 187 (l>)), sont dans une position plus heureuse que les simples ouvriers, peuvent mieux satisfaire leurs besoins, ont plus de

moyens de s'instruire, et sont à même de faire des épargnes pour subvenir à 1 éducation de leurs enfants. Sous le rapport de la division des richesses, il vaut mieux pour un pays, qu'il y ait un grand nombre de petits entrepreneurs, qu'un petit nombre de grands entourés d'une nuée d'ouvriers (a); car dans les grandes fabriques, les ouvriers ne font que des travaux mécaniques, qui ne demandent aucune intelligence et sont mal payés.

2° Les compagnons demeurent pour la plupart dans la maison de leur maître, qui partage avec eux, et sa table et son ouvrage (ô). Ce système a une très-heureuse influence sur la moralité et l'instruction des travailleurs; il leur donne l'espoir de devenir entrepreneurs ou maîtres avec le temps (r); les maîtres et compagnons sont si rapprochés par la nature de leurs travaux, qu'ils ne forment qu'une classe dans la société. Les ouvriers des fabriques au contraire sont à une plus grande distance des entrepreneurs, et leur restent plus étrangers; aussi l'expérience a-t-clle fréquemment démontré qu'ils sont plus grossiers, et qu'il y a généralement moins de moralité parmi eux {d).

(a) Dans le Wurtemberg, les compagnons ne forment que 22 °/« des maîtres. D'après les dénombrements de la population de Y Espagne , il y a dans l'industrie de ce pays, maîtres 715 °/ 0 , ouvriers compagnons 19°/o,et apprentis 6 °/ 0 . D'après les calculs de Krlg, il y avait en 1803, 31 °/ 0 maîtres dans les fabriques de drap, 46 °/ 0 parmi les tisserands, sur toute la population de ces deux industries. Dans le Kurmark, il y avait 73 ouvriers sur 1 fabricant de tabac, 32 sur un raffineur de sucre, 22 dans les verreries. — Dans le grand-duché de Bade, les 33 principales industries manufacturières et métiers ont 52,663 maîtres, 22,1 46 ouvriers (100: 42). En Prusse, sur 13 métiers, il y a terme moyen 100 maîtres, 48 ouvriers, dans les grandes villes 117, dans les petites 58, dans les villages et hameaux 26. Hoffmann, Gazette d'état de Prusse^ 1829, n° 330.

(b) Hoffmasn, cité plus haut.

(c) Cependant dans plusieurs métiers il n'y a que des journaliers et manœuvres et la grandeur des capitaux qu'ils exigrnt Ole à jamais aux ouvriers peu fortunés l'espoir de devenir maîtres à leur tour.

(d) Voy. Minerve, août 1831, p. 178, sur le dérèglement de mœurs de Glascow. — « Les anciens habitants de Barmen étaient des hommes d'une haute stature comme on en rencontre encore des exemples dans les vieillards de certaines familles, et leurs descendants auraient conservé cette stature athlétique, si le travail des fabriques ne les avaient rendus plus faibles et plus grêles de génération en généralion. » Sonder la s d , Histoire de Barmcn, p. 90.

Les avantages qu'offre le système de petite fabrication pour les ouvriers, ne doivent pas nous faire oublier que sous le rapport de la productivité, il est moins avantageux que les grandes entreprises ; cela résulte :

1° De ce que dans les fabriques on peut faire un plus grand usage de machines et d'autres procédés savants, qu'on ne peut introduire que lorsqu'on a de grands capitaux;

2* De ce que les travaux y sont divisés entre un plus grand nombre d'ouvriers ;

3° De ce que les directeurs des grandes entreprises ayant reçu une éducation scientifique, contribuent au progrès de l'industrie, et sont plus propres à faire et à tirer parti des découvertes. Mais dans plusieurs industries ces avantages ne se rencontrent pas, de sorte qu'alors les petits producteurs ou maîtres-ouvriers, peuvent soutenir sans peine la concurrence des grands fabricants («). Dans d'autres au contraire, ils ne peuvent pas pour la qualité et le bon marché des produits, entrer en concurrence avec les fabriques, et à mesure que ces dernières se multiplient, les petits producteurs disparaissent. Cependant l'accumulation incessante des capitaux elles progrès de l'industrie, se font en général d'une manière si insensible, qu'ils ne sont accompagnés d'aucune crise, et permettent aux petits industriels, qui travaillent à s'instruire et à se perfectionner, de soutenir la concurrence des grands, avec peu de perte.

(a) Les fabriques ue livrent qu'à la confection de grandes quantités de produits de la même espèce, et elles ne fournissent pas cette variété d'objets que réclament les désirs et les besoins des acheteurs; par cela seul déjà, les petits producteurs sont assurés de pouvoir continuer leur industrie. Tels sont par exemple, les tailleurs, les serruriers, les cordonniers, les ébénistes, les charrons. 11 faut ajouter à cette considération, que plusieurs métiers sont d'une utilité tout-à-fait locale (tel est celui de maçon, de menuisier, de vitrier, de relieur, de blanchisseur) , et que la réparation et l'entretien des objets dont on se sert continuellement , exige qu'il y ait des ouvriers dans chaque localité ; aussi trouve-t-on dans presque toutes les villes des horlogers, des armuriers, etc.

Les fabriques nous offrent les plus nombreux exemples de l'application des machines et de leur immense utilité [$ 118), quoique dans les mines (§351) et dans l'agriculture (§ 369) leur usage ne soit pas moins avantageux. Aussi manifeste-t-on souvent pour les fabriques la crainte que l'usage des machines , tout en enrichissant les entrepreneurs et les consommateurs, ne soit funeste pour la classe ouvrière, à laquelle ils enlèvent et son travail et son salaire ; comme si le mal provenant de la réduction du salaire de quelques ouvriers, était plus grand que l'avantage d'une production plus parfaite et moins coûteuse. Il semblerait que pour être logique, il faudrait conseiller aussi de ne pas trop multiplier les machines dans l'intérêt des entrepreneurs ; car leur nombre étend l'offre en même temps qu'elle diminue les

consommateurs (a). Nous ne contestons pas qu'on puisse du reste citer quelques exemples pour appuyer ce système {b).

(a) Si un ouvrage est a un prix médiocre et qui convienne également à celui qui l'achète et a l'ouvrier qui l'a fait, les machines qui en simplifieraient la manufacture, c'est-à-dire qui diminueraient le nombre des ouvriers, seraient pernicieuses; et si les moulins à eau n'étaient pas partout établis , je ne les croirais pas aussi utiles qu'on le dit, parce qu'ils ont fait reposer une infinité de bras, qu'ils ont privé bien des gens de l'usage des eaux, et ont fait perdre la fécondité à beaucoup de terres. Montesquieu , Esprit des lois, liv. xxjii, ch. 13. — Si la population diminuait dans la proportion de l'augmentation des machines, ces dernières seraient notre ancre de salut; mais comme les machines se multiplient aussi rapidement que les hommes, il est à craindre que les progrès des manufactures ne nous fassent un jour mourir de faim. Georges Forster, Lettres inédites (ail. ) , Morgenblatt , 1818, n° 298. — Swoxde, nouveaux principes, i, 365$; n, 312.— Pictet, Bibliothèque universelle : Sciences et A rts, rx, 62. Genève, 1818.

(b) Fréquentes émeutes dans les contrées de manufactures par suite de l'introduction de nouvelles machines; briseurs de machines (luddistes) en Angleterre. En 1758 la tondeuse inventée par Everett, fut brûlée par le peuple; en 1768 on incendia en Angleterre le premier moulin à vent construit pour scier le bois; mais l'État remboursa les propriétaires, et plus tard les machines furent reconstruites. Poppe, Histoire de la Technologie, i, 290; n, 38.

L'influence des machines sur la richesse nationale, consiste à augmenter considérablement la production, sans en augmenter en même temps les frais. H en résulte naturellement, que le revenu net reçoit un accroissement qui se partage entre

1° Les entrepreneurs, pour autant que le prix des produits ne baisse pas jusqu'au taux de leurs frais de production (§ 163 n° 2, 186 n° 3). L'excédant qui constitue le profit, peut devenir très-important par l'exportation, et donner un grand développement à l'industrie manufacturière («);

2* Les consommateurs, parce qu'ils peuvent avec moins de dépenses, acheter les mêmes produits qu'autrefois, et peut-être davantage encore. Ce qu'ils économisent ainsi sur leurs dépenses, ils l'emploient, comme on fait du revenu net, à d'autres consommations,

a. Soit pour se donner plus d'aisances (£), ce qui étend le débouché des producteurs de l'intérieur:

b. Soit pour se donner plus de biens personnels (richesses immatérielles);

c. Soit productivement, en augmentant leurs capitaux engagés dans des entreprises productives, d'où résulte une extension de la production, de débit pour les fabricants et les vendeurs, et une plus grande demande de bras (§ 339 n°l).

(a) Pour les progrès qu'a faits l'industrie cotonnièrc , par suite de l'introduction des machines, voy. $ 118. L'exemple d'un étonnant accroissement d'industrie, nous est donné dans la fabrication du tulle-bobbin, dont l'origine ne remonte qu'a 1808. Whitaker fut le premier qui inventa une machine pour cette fabrication , Ueathcoat le premier qui en fit l'application; aujourd'hui V Angleterre eu a 4,500 qui occupent 24,000 bras, et produisent 23 millions d'yards de tissus (181 millions de pieds carrés de France). Ces produits se vendent 1,891,870 liv. sterling, tandis que les matières premières ( soie et coton ) ne coûtent que lî>0,000 liv. sterling ; i/s des produits est brodé dans les fabriques mêmes, ce qui élève le prix du total des produits qu'elles livrent à la circulation, à 3,417,000 liv. sterling. Celte industrie a beaucoup nui à la fabrication des deutelles. Weber , Beitrœgc zur Getcerôeund Handelskunde, i , 309. Von Rees et Blumenbach, i, 306. Dikgler, Journ. polytech., xlii, 430.

(b) En Angleterre l'extension progressive de la consommation se manifeste d'une manière bien évidente. « En aucune autre contrée le peuple n'est aussi bien nourri, babillé et logé. Si quelque étranger intelligent lit un contrat pour la fourniture annuelle de quelque maison des pauvres de la Grande-Bretagne , il ne peut s'empêcher d'exprimer une vive surprise sur la quantité de viande , de beurre, de fromage, de thé , qui compose chaque ration et sur les soins minutieux qui sont pris pour que chacun de ces objets soit de la meilleure quantité dans son espèce.» Dupin, p. 82. En France la consommation des périodes 1816-19, 1824-28 s'est augmentée pour quelques produits dans la proportion suivante :

Suif, de 79 ... . h 112 mille livres.

Savon, » 67,i/8 millions à 100 millions.

Amidon, » 3,i/s ■■> à 6 1/3 »

Vin. » 1» à 7 » gallons.

Café, » 7,830,000 à 12,540,000 livres.

Sucre, » 2,225,000 à 2,430,000 quintaux.

Quarterly tîeview, 1829, p. 319.

Il résulte de l'aperçu que nous venons de donner, que l'usage général des machines ne diminue pas les sommes payées aux ouvriers en salaires, et que loin de restreindre le nombre de ceux-ci,U l'augmente au contraire («). Car, bien que le capital engagé devienne plusconsidérable.le capital circulant ne diminue pas pour cela 5 il y a plus, la formation de nouveaux capitaux multiplie les entreprises industrielles, et ainsi les ouvriers

l°Trouventde l'occupation malgré lesmachines et concurremmcntavccelles; jamais on ne parviendra avec les machines, à pouvoir se passer entièrement des bras de l'homme ; leur but est de rendre son travail plus facile. Cependant ce n'est que lorsque les exportations ont donne une extension extraor-

dinaire à la demande, que les fabriques peuvent occuper le même nombre d'ouvriers encore, après l'introduction des machines.

2° Ils en trouvent dans d'autres branches de manufactures où l'usage des machines n'offre pas d'avantages, et il y en a toujours de ce genre, et d'autant plus que l'offre de bras est plus grande (b). La fabrication des machines même en occupe déjà un grand nombre.

3° Enfin ils trouvent de l'occupation dans les mille branches de service qui se multiplient en proportion de l'accroissement du revenu net (c).

{a) Voy. Vorc Jacob, Économie nationale, p. 162. — En 1762, Y Angleterre et VIrlande avaient environ 13 millions d'habitants; on comptait dans ce nombre ÎS millions d'ouvriers; les machines faisaient le travail de 11 millions, ce qui donnait une somme de produits équivalente à ce qu'aurait pu faire à la main 1!> millions d'ouvriers. En 1807, sa population était de 18 millions, les ouvriers y étaient au nombre de 6 millions, le travail des machines équivalait à celui de 200 millions d'ouvriers. La production y est donc devenue 14 fois plus importante, et la classe ouvrière s'est, proportion gardée, accrue plus que le restant de la population. De pareilles données ne sont jamais rigoureusement exactes , elles ne peuvent être qu'approximatives. — Voy. Weber, Beitrœge, i, 4.

(b) Dans les travaux chimiques , par exemple dans les distilleries , les fabriques de couleur, les verreries, etc., on se sert aussi de machines avec beaucoup d'avantage ; mais leur usage a plutôt pour objet de faire faire des économies sur les matières premières que de diminuer le nombre des ouvriers. H est plusieurs industries qui rentrent à proprement parler dans le domaine des beaux-arts, et qui n'admettent pas l'application des machines. Voy. Rau , p. 250 de l'ouvrage intitulé : Malthus et Say.

(c) Maîtres en tout genre, professeurs, artistes, musiciens, médecins , dentistes, accoucheurs, etc. — Valets, écuyers , cochers , etc. — C'est ce qu'a aussi remarqué Gaivilh : «i L'effet naturel et nécessaire des machines, est de diminuer la population des classes salariées qui vivent du produit brut, et d'augmenter la population des classes qui vivent du produit net. » Des systèmes cT Économie politique t i, 212.

Les machines ne font donc en général aucun tort aux classes ouvrières. Elles ne diminuent pas leur salaire, tandis que les avantages qu'elles produisent sont immenses, et sont de tous les temps {a). Il est incontestable que l'introduction de nouvelles machines peut produire des crises momentanées; et les fabricants ne se laissent pas toujours arrêter parla gêne qui peutfrapper les ouvriers, et ne diffèrent pas pour cela de faire usage des nouveaux procédés qui semblent leur promettre de grands profils. D'un autre côté les ouvriers que ces nouvelles machines privent d'ouvrage, ne trouvent pas immédiatement du travail autre part, et quand même l'occasion s'en présenterait, il reste

encore des difficultés fâcheuses pour eux à vaincre et notamment (§ 160-161 ) l'embarras et la difficulté de passer d'une occupation à une autre. Il est difficile de dire quelle est la misère des familles d'ouvriers se trouvant ainsi sans ouvrage, et de prévoir la durée de cette crise; on ne peut rien faire non plus pour la prévenir, car l'introduction et la multiplication des machines marche de pair avec les progrès delà civilisation et l'accroissement du capital national. Un peuple qui voudrait défendre l'introduction des machines, ne parviendrait qu'à un bien fâcheux résultat : celui de chasser de son pays une partie de ses industriels (6). Enfin l'on reste convaincu que les désavantages attachés à l'introduction des machines, désavantages qui ne sont pas d'aussi longue durée que les avantages qu'ils produisent, doivent être mis au nombre des sacrifices au prix desquels s'achète l'aisance générale (c).

(a) Say, Traité, i, 153, et Lettres à Malthcs, édit. de Hambourg, p. 158.— Lotz, Traité, i , 220. — Von Hoevel, dans Schutz, Importance de F Industrie dans l'État, p. 18, 121. — Gaiulh, des Systètnes, i , 201. — Dictionnaire technologique, Discours préliminaire , p. xliii. — Hundeshagen, Besoins de l'époque, i, p. 134(1832). — Murhaed, Théorie et politique du commerce, i, 117.

(b) m 11 ne s'agit plus de savoir si l'emploi des machines condamne des bras au repos ; il suffit d'être convaincu qu'elles sont devenues nécessaires pour maintenir la concurrence et préserver notre industrie d'une ruine certaine ». Chaptal, t. n, p. 229.

(c) Il ne faut pas perdre de vue que quand l'industrie est en progrès, lorsqu'on fait chaque jour de nouvelles entreprises , maints essais d'amélioration dans les arts sont tentés sans succès , qui engloutissent des capitaux, et ruinent beaucoup de familles. Un autre effet très-fâcheux que produisent les machines, c'est que partout où elles sont introduites, on fait travailler des enfants en fort bas âge encore, au grand détriment de leur éducation physique et morale. Mais le législateur pourrait prévenir cet abus. — Voy. Pjctet, p. 64.

L'expérience nous apprend que les conséquences fâcheuses attachées à l'introduction des machines ne se manifestent que très-rarement. Il est connu que la plupart et les plus importantes d'entre elles n'ont causé à leur introduction aucune crise, et nous voyons maintenant journellement encore, qu'on en introduit dans presque toutes les industries, sans aucune difficulté; et rien n'est plus naturel, puisque ces grands mobiles de l'industrie, renferment les germes des plus grandes espérances et des gages de sûreté.

1° L'empressement des ouvriers à chercher du travail dans de nouvelles industries, a pour effet d'en procurer inévitablement à une partie d'entre eux.

2° L'introduction des machines n'est pas accompagnée de fâcheux effets, lorsqu'elle se fait dans des travaux qui jusqu'à présent n'occupaient pas

beaucoup de bras, ou lorsque la demande des nouveaux produits s'étend dans la même proportion que l'accélération de la production {b). C'est surtout dans les pays où l'industrie commence seulement à se développer, qu'on peut les introduire avec succès (c). *

5° Leurs effets nuisibles sont etacore d'autant moins imminents, que les plus puissantes sont en même temps les plus coûteuses , que l'usage ne s'en introduit que lentement, et qu'ainsi l'offre de bras peut insensiblement prendre une autre direction. D'ailleurs la modicité des capitaux, la crainte de ne pas trouver de débouché ou de ne pouvoir pas conserver celui qu'on a, le manque de connaissances, enfin l'appréhension de ne pas réussir, et l'exemple des entreprises malheureuses sont autant d'obstacles qui s'opposent à ce que beaucoup d'industriels introduisent l'usage des machines dans leurs établissements {d).

(a) C'est ce qui a été démontré par l'introduction des machines à filer, de la tondeuse, des métiers à tisser, etc.

(b) Simowdb, Nouveaux principes , i, 570.

(c) Tels que les États-Unis de V Amérique du nord.

{d) Une tondeuse pour les draps, telle que celles fabriquées par Cocu El, et à Brùnn, coûte 7,800 fl. Une machine a filer et à carder, coûte à Brûnn. 4,300 fl„ et à Berlin chez Cockerill, 2000 thaï. — Les cylindres gravés sont d'un très-haut prix, et chacun ne peut servir qu'à un seul dessin, c'est ce qui en restreindra nécessairement la multiplication , surtout parce que les dessins des tissus sont soumis aux caprices de la mode. Il est désavantageux pour les tisserands, que les métiers à tisser coûtent si peu de chose : une machine, mue par un homme, au moyen d'une manivelle ( dandy-loom) ne coûte que 4 livres sterling. Un métier à tisser {power-loom ou steam-loom) mis en mouvement par une machine à vapeur, ne coûte aussi qu'environ douze livres sterling., et en France 400 francs; mais comme il en faut plusieurs pour tirer tout le parti possible d'une machine à vapeur, de pareilles améliorations ne s'introduiront pas promptement. Une machine à vapeur construite d'après le système d'ÉvANS , coûte dans V Amérique du nord :

Force de 20 chevaux 65,000 francs.

On voit par ce tableau combien les frais d'établissement des machines diminuent, à mesure que leurs forces sont plus considérables. — Voy. Marestier, sur les. bateaux à vapeur des États-Unis de l'Amérique, p. 49. Paris , 1824. — Deux métiers à tisser, commis à la garde d'un garçon de 14 ans , produisent par semaine 7 pièces (de 72 pieds anglais ée longueur ) d'étoffe, de 105 fils par pouce, à la trame; tandis qu'un tisserand ne fait dans le même temps, sur son métier, que 2 pièces au plus, par semaine. En 1823 , il y avait dix mille métiers a tisser en Angleterre,

88,000 en 1828, donnant un produit annuel de 707 million» d'aunes carrée* (576 millionsd'yards carrés), quantité suffisante pour couvrir 47,000 lieues carrées. L'introduction en Allemagne , d'une bonne machine à filer le lin, produirait peut-être de fâcheux effets parmi les habitants de la campagne ; cependant qui peut prévoir si de nouveaux travaux ne viendraient pas immédiatement augmenter la demande de bras? Probablement l'usage d'une pareille machine sera-t-il bientôt général ; en Angleterre il y en a déjà beaucoup en activité. Eu Autriche les machines de Wurji et de Pausincer, de Girard et de Purtscher rendent de très-grands services; et en Silésie se répand chaque jour la machine (I'Alberti. Heureusement que la culture du lin, et les premières manipulations qu'on lui fait subir, peuvent encore être l'objet de grandes et utiles améliorations.

Les conditions de la multiplication et de l'extension des entreprises ne sont pas les mêmes pour toutes les branches de l'industrie manufacturière ; leur formation et leur développement tiennent à des conditions de temps et de lieux (a), qu'on ne peut vaincre, qu'avec beaucoup de peine et de sacrifices. Voici les principales :

1° Pour les entreprises industrielles qui donnent une grande quantité de produits d'un prix peu élevé, la considération des frais de transport est une des plus importantes. Leur patrie est donc naturellement dans les contrées, où les matières premières sont à proximité des fabriques ; et en général ont-elles leur siège dans les lieux

a. Où ces matières sont cultivées et préparées, lorsque cela se fait dans le pays même [b);

b. Ou , lorsqu'on les tire de l'étranger , dans les localités où on peut plus facilement se les procurer à bas prix (c).

2° Le bas prix des journées, dans les entreprises qui demandent beaucoup de travail (d).

3° Quant à celles qui demandent des ouvriers habiles et des procédés scientifiques, pour produire des objets de luxe, elles exigent aussi un état avancé de civilisation , et ne peuvent pas exister dans les contrées où il n'y a que peu d'industrie. Il faut que la voie leur ait été ouverte au préalable, par celles qui travaillent pour les besoins de la classe inférieure, et dont l'aisance et la prospérité fait naître ensuite de nouveaux besoins plus raffinés. Il y a des industries savantes qui n'existent que dans les grandes cités, où les richesses, l'instruction et un luxe de bon goût se prêtent un mutuel appui.

(a) Rau, Ansichten der Volksioirtfischaft, p. 122.

{b) Les charbonnières , les moulins a scier, les verreries , les fabriques de porcelaine; les forges et fourneaux dans les contrées de montagnes riches en bois, (c) Les raffineries de sucre sont presque toutes dans les grandes villes , où l'on

peut acheter le sucre brut en grande quantité, et de toutes les qualités. Les fabriques d'huile de baleine dans les environs des cotes.

(d) Voy. S 193, n° 3, b. $ 207 (a). — Le fil employé par les dentellières; ce fabricat ne coûte que î/e-i/io de leurs dépenses. A Neufcbâtel il coûte 10 0 / o , dans le duché de Schleswig 13 à Dieppe celui qu'on emploie pour les ouvrages fins, coûte 10 °/« de la valeur de ceux-ci, et 16 °U des ouvrages plus grossiers. Une bonne dentellière gagne de 12-15 sols par jour, une moyenne 7-8. A Puy, la matière première coûte 16 •/• des frais du produit qu'il sert à former, et le prix de la journée des dentellières de fil, est de 9-10, celui des dentellières de soie 12-20 sous , et il y a de 15-20,000 femmes occupées a cette industrie. Heebiw, Statistique générale de la France, h, 99-101 .

TROISIÈME DIVISION

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