CHAPITRE III
Métiwi âcclriqiiOL
On désigne sous le nom de tissus façonnés, les étoffes dont les figures ou dessins quelconques ont été obtenus pur l'entre lacement ou tissage d'au inoins deux systèmes de fils : 1° par la cliatne, ou un système de fils longitudinaux parallèles et équidislnnts, enroulés sur un cylindre, d'où ils se déroulent pour passer isolément ou par pi'tiis faisceaux de deux ou trois fils dans une suspension nommée maillon; le maillon est formé par une petite plaque métallique ou en verre, percée de trous dans lesquels les fils peuvent se mouvoir librement et être soulevés au moyen d'une petite ficelle ou corde suspendue par son extrémité supérieure à une tige métallique recourbée en crochet et maintenue verticalement par un plomb attaché à son extrémité inférieure; 2° par un fil de trame enroulé sur lui-même autour d'un cylindre en bois pincé dans la cavité d'un petit appareil roulant , connu sous le nom de navette.
La soulèvement d'une partie des fds de la chaîne de place en place à des distances déterminées d'avance , forme avec ceux laissés en repos un certain angle, dans le plan vertical ; le fil de la trame vient se dérouler et se loger par l'action du battant, pour
DE L'ELKCTnO-MAGTïÉTISMi::
recouvrir les fils restés immobiles, et laisser apparaître les fils soulevés. Si l'on suppose, par exemple, une chaîne noire et une trame blanche, on aura de celle façon (les points blancs et noirs. Si, dans la infime ligne et a d'autres places, on veut d'autres couleurs , on opérera de la même manière pour chaque couleur. S'il s'agissait d'obtenir trois couleurs h égales dislances entre elles, du noir, du blanc et du rouge, par exemple , il suffirait de donner trois coups de navette, en soulevant chaque fois un tiers des (ils de la chaîne: en supposant ces fils numérotés dans l'ordre naturel des nombres, et que la chaîne se compose de 12 fils, par exemple, on soulèvera, pour faire passer la première trame, soit la trame noire, les fils 1, 3,6, 1) et 12 ; pour la seconde, la rouge, on soulèverait les fils 2, 5, 8 etfl; ces deux passages laissant apparaître les fds 4, 7 et 10, qu'on aurait eu soin de laisser Mancs, on obtiendrait une ligne avec des entrelacements de Irais couleurs. Si an lieu de ISfiison en suppose 1,200, les choses se passeront encore de même. La première ligne exécutée, on procédera de la moine manière pour In seconde, avec cette différence que les fils, au lieu d'être soulevés dans l'ordre ci- dessus indiqué, pour réaliser une ligure, devront l'être différemment, et d'une manière conforme il l'indication d'un dessin peint d'avance sur un papier quadrillé figurant les fils des deux systèmes et qu'on nomme la mise en carte (").
Un métier a lisser les étoffes façonnées étant monté, fous les fils de la chaîne sont passés par petits faisceaux de 3, 4 nu 5, suivant la grosseur des entrelacements qu'on veut faire, dans un des maillons que nous avons décrits précédemment. On peut se représenter ce maillon comme attaché à un crochet métallique A (voir figure 253, page suivante), dont le soulèvement lève le fil c'e ou ies fils correspondants. Pour produire ce mouvement de la tige métallique et de ses fils, le crochet qui termine la partie supérieure de la tige repose sur une lame L; en la soulevant, on soulèvera les fils, et pour les laisser en repos, il suffira de faire basculer le crochet de manière il ce qu'il ne repose plus sur la lame au moment oii l'on agit sur elle. Pour atteindre ce but , la tige métallique passe au milieu de sa hauteur dans l'œil II d'une aiguille horizontale ab, convenablement maintenue. Si on agit faihlemcnt sur celte aiguille, de ma-
(•) Voir, pour lu détails decolte ingenitine opération, VHaoi mr l'iaàWri* <itimalièrtittxtlta<1eM. Âlcan, juge 505. Hou) deroM rciiwutr ici M. Akau àa conseil! qu'il a bien voulu nom donner pour la rédaction de ce chapitre.
346 APPLICATIONS MTMUIS
Fin- 213.
5 ^iCSUV.Bj
nièrc à la repousser parallèlement il sa direction de giiuelio à droite. If crochet s'inclinera et ne reposera plus sur lu bine ; celle-ci en montant le laissera en repos, et soulèvera, nu contraire, ceux qui n'auraient pas été repousses. Les lils correspondants seront par conséquent laissés ■ - g ■ repos un soulevés avec leurs crochets respectifs.
L'action sur les aiguilles horizon! aies a lieu par les cartons MNP du nieller à lu .lacqiiurd, dont une liunde d'une nu iai'o épale à relie embrassée pr un jeu d'aiguilles vient se présenter successivement à elles. Ce carton , percé aux points indiqués par la mise en carte cl correspondant aux crochets qui doivent élu: soulevés, laissera, par conséquent , pénétrer les aiguilles qui appartiennent à ces cro-
parlies pleines seront repoussres, femnl dévier les crochets delà lame, qui les laissera en repos lorsque le mécanisme infi par le pied de 1 ouvrier la fera monter. Il faudra, pour chaque espèce de dessin, avoir un nombre de crochets égal au nombre de lils de la chaîne, divisés par le nombre de fils en maillons, et un nombre de cartons égal à celui des coups de trame. Il y a des dessins qui exigent plus de 3,000 aiguilles et 3,000 crochets, et plus de 100,0110 carions. Tour plus de facililé, les crochets et les aiguilles sont disposés sur plusieurs finies p;ir;illrli'i. les premiers vn lii-ilenient cl les second:horizon In le ment. I-n les projetant sur des surfaces planes correspondantes, on obtiendrait une série do points en quinconce, dont
DR l.'ÉLECTBO-MAGMmsjli:.
on trouvera tuutes les figures, avec les détails inil isjjp itsiibles û la parfaite intelligence de celle partie du tissage, dans l'ouvrage do M. Alcan, que nous avons mentionné plus liant.
Le métier électrique imaginé par M. llonclli opère sur les crochets , et n'apporte de modifications qu'a partir des cartons. Pour soulever les crochets , M. Itouelli se sert d'électro -ai niants; et, au lieu d'un carton percé, dans ro système c'est un eleriro-aimant qui est en communication avec le crochet. 11 faut , pour le métier électrique comme pour le .système .laCquart, un dessin de mise en carte, quoique fuit d'une manière particulière, mais nécessaire pour désigner les crochets à isoler et à mettre en communication avec l'électro-aimant , à chaque coup-dc trame. L;i réalisation de ce; comliliuns est donc obtenue par un moyen analogue à celui île; curions.
Les applications les plus simples, imaginées par l'inventeur, rendront ces appréciations plus claires :
F 'fr Soit A, le lil de fer qui porte les maillons et
les fils de la chaîne à sa partie inférieure. Son extrémité supérieure , au lieu d'être recourbée comme le sont les crochets ordinaires, porte un renflement a en fer cl oui , terminé par un épaulement /' à sa base, qui repose sur une traverse C, dans laquelle passe le crochet A. Exactement au-
dessus du rendement h, se trouve un petit éiectro-
uimanl B. Si on soulève la traverse C jusque près de l'électro-aimant , et qu'on abandonne ensuite la traverse à elle-même, lo crochet ser;i retenu on abandonné, les fils soulevés ou non, suivant que ! 'électro-aimant 13 recevra le courant , ou que la communication avec la pile sera interrompue. Comme il faut un tissez grand nombre de cos petits électro-aimants, l'auteur les superpose eo plusieurs rangées; il s'ensuit que la longueur
des crochets doit, varier avec ennemie d'elles.
Le règlement du passage de l'électricité dans les divers électroaimants peut s'effectuer de diverses manières. Il suffira, par exemple , de mettre l'un des bouts du fil de cuivre enroulé autour de I électro-aimant en commimiealion continuelle avec l'un des pOles d'une pile , tandis que l'autre extrémité ne comnnmii [lierait avec le second piMe que par l'intermédiaire d'une pièce de métal. Le contact du fil avec cette pièce étant successivement établi
3J8 Al'PLICATIOSS D1VBBSES
et interrompu par l' interposition d'une feuille de papier percé de trous, exactement d'après le principe des cartons du métier Jacquard , le contact , et par suite le courant électrique, n'auront lieu que In où se rencontrent des trous, et ce n'est aussi que dans ces moments que l'éleclro -aimant attirera le crochet mis en contact avec lui.
Soit donc, figure 235, un tambour 11 en métal, que les ressorts q font communiquer avec l'un despotes d'une pile ; d'autres ressorts p, placés à la partie supérieure, comimmi-
fil de chaque électro -aimant ; l'au- : Irccxtréinité de ces fils communique, comme on l'a dit, au pôle opposé de la même pile. La bande de papier g percée de trous passe sur le tambour et sous les ressorts p. Son mouvement est commandé par des rouleau»; ( mis en rapport avec celui de la traverse ou table e, de manière à ce que le papier n'avance il chaque mouvement que de la quantité correspondant ù un jeu de crochet.
Cette disposition permet de restreindre sensible nient la surface nécessaire aux cartons dans le métier en usage : avec un cylindre de <F',50 de diamètre, on pourrait alors remplacer 6,280 cartons.
M. Bonelli a proposé le moyen suivant pour obtenir la communication ou l'isolement entre les crochets et la pile :
Un cylindre 1), d'un diamètre de i) m ,'M sur i",20 de longueur, rig. HT. tourne autour de son axe. Ce
cylindre porte le dessin, et se k trouve enveloppé, sous la forme e toile sans tin, d'une feuille i| métallique g' tendue par le rou- I leau D'. Des lames ' appuient tou- | jours, par leurs pointes, sur le cylindre D. Quant à leurs extrémités opposées, elles sont disposées sur deux rangs dont chacun repose sur une pièce métallique W, de i millimètre d'épaisseur. Les deux rangs "sont isolés
DB l'sLECTUO-HAGKÉTISHE.
par un morceau de bois, d'osoud'uneautre matière non conductrice; c'est à ces pièces W'que communiquent les fils des électro-aimante Huant . : i la pression à dunner à ces fils, on peut l'obtenir par un poids agissant sur tous les fils à la fois, ou à l'aide do poids moindres m en rapport avec chacun d'eux.
l'our réaliser le dessin, on pourrait recouvrir d'une matière isolante la portion du cylindre D ou de la feuille de métal correspondant aux pointes dont les crochets ne doivent pas Cire soulevés; alors, pour obtenir ce résultat, on emploierait une feuille de papier percée de trous et collée sur le cylindre ou sur la feuille métallique, ou hien l'on se servirait d'une éloffe à mailles, sur laquelle nu tracerait le dessin avec uni.' malien- conductrice, telle que de l'or, de Tilleul ou de lit plombagine délavée . etc. , el ce serai! IVlofle ain>i piv|i;i ive (ju oii appliquerait sur le cylindre D.
Actuellement M. Ltonclli préfère employer un papier sans lin, analogue au papier de tenture des appartements, et sur lequel on applique des feuilles minces d'étain pour former le dessin. De celle manière, les parties non recouvertes ne sont pas conductrices de l'électricité, et les parties sur lesquelles l'etain est appliqué permettent seules au courant électrique de passer; alors les électroaimiints en communication avec les lames métalliques / [voir fig. 256) qui touchent à ces lames sont seuls aimantés. D'après celte disposition , il n'est pas nécessaire que l'un des pôles de la pile soit en communication permanente avec le cylindre D; on doit seulement établir un contact continu entre une li^e hnri/..uil;ile touchant à l'un îles pôles de la pile, el la surface métallique concluant le dessin; quant à l'autre pôle de Iapile.it louche aux extrémités a des hunes t , de façon que, le mouvement du cylindre D amenant devant ces hunes des parties conductrices ou non conduc triées, les électro-aimants qui se trouvent dans leur circuit attirent ou n'attirent pas les crochets. On voit que le tracé du dessin a l'aide de l\ipplieatinii de feuilles d etain sur le papier de tenture, application qui se fait par les procédés ordinaires, remplace la mise eu carte dans les métiers mécaniques,
On donne au dessin exécuté de celle manière une largeur égale à l'espace occupé par le peigne formé par la réunion des tiges ( (fig. 25G), et une longueur égale au développement de la circonférence du cylindre; les pointes des dents du peigne doivent se trouver toutes sur un seul rang. Pour éviter les brides trop longues el les trop longs intervalles sans entrelacements, on ajoute au métier des
armures à croisement régulier, qui consistent dans un série de deux à douze mouvements imprimés à des lisses avec régulante. Le mouvement de ces lisses peut rire effectué, comme à l'ordinaire, par l'ouvrier, ou par une petite disposiiiou spéciale d'éleclro-aimants, qui seraient plus forts et plus puissants nue ceux qui fonctionnent pour le dessin.
Lorsque le genre i l'étoffe exige que la trame soit de plusieurs couleurs, de sorte qu'il faille, pour une même dntte, changer cinq ou six fois de navette, il faut que Ea surface du cylindre ou la feuille de métal soit carrelée par des lignes distantes les unes des autres, dans un sens de lu distance des pointes du peigne, dans [autre de la quantité dont avance le cylindre D à chaque duiie. On pourra faire le dessin rumine à l'ordinaire, dans les places où la trame de doit pas changer il>- roulcur ; dans les antres, il faudra rendre isolants li s carreaux cor respondant aux couleurs qui ne doivent pas paraître.
Ce moyen étant trouvé trop Ion;; et trop dispendieux par M. Iîonelli, lorsqu'il s'agit du lissage d'étoffes à 7 on 8 couleurs, comme cela arrive pour les châles, par exemple, il en a imaginé un autre qui repose sur le principe suivant : en a un crrlam nombre de séries, d'assortiments de petites elicrill.';,; la longueur des chevilles de chacune de ces séries varie, ci. pour miens distinguer cliiieime d'elles, on leur donne la couleur ii laquelle elle est destinée. L'épaisseur de toutes les chevilles, quelle que soil ta couleur, reste la même, afin de pouvoir éire rangées dans un mémo peigne ou râtelier ; niais il y a dans la même série un assortiment de chevilles dont la largeur varie depuis 3 jusqu'à 10 millimétrés. Supposons maintenanl qu'il s'agisse de tisser une duïle ou une ligne où l'on doive se servir de six couleurs, et par conséquent de six navettes, dont la mise en carte indique les positions relatives; il n'y aura plus qu'à disposer les choses pour que chaque lil , et par conséquent chaque crochet et chaque électro-aimant correspondant, soit soulevé aux points voulus. Supposons en outre que nous ayons un casier d'imprimerie oit les chevilles dont nous venons de parler remplacent les caractères. On lira le dessin sur une dnile, en prenant successivement dans la casse la cheville de la couleur commandée. On la choisir» plus ou moins large, et proportionnellement à la largeur occupée par celte même couleur sur le dessin encarté. Ces chevilles sont placées dans l'espèce de grille ou composteur à mesure qu'on les prend , de façon à ce qu'après une ligne lue du dessin, on obtienne