PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION. XI
Il me semble donc que l’étude de l'Électromagnétisme dans tous ses développements est devenue de première importance, pour nous mettre en mesure de pousser plus loin les progrès de la Science.
Les lois mathématiques des différentes classes de phénomènes ont, en général, été établies d'une manière satisfaisante.
Les relations des différentes classes de phénomènes ont aussi été étudiées, et, à mesure qu’elles ont été mieux connues, l'exactitude et la rigueur des lois expérimentales sont devenues de plus en plus probables.
Enfin, dans les efforts faits pour réduire l'Électromagnétisme à ne plus être qu’une science dynamique, on a réalisé quelques progrès : on a fait voir qu'aucun phénomène électromagnétique ne contredit l'hypothèse qu’il dépend d’une action purement dynamique.
Cependant, ce que l’on a fait jusqu’à ce jour est loin d’avoir épuisé le champ des recherches électriques : mais bien plutôt ce champ s’est élargi, de nouveaux sujets d’études ont été signalés, de nouvelles ressources ont été offertes aux investigations.
Il n’est pas besoin de s'étendre sur l'utilité des études magnéuques pour la navigation, de rappeler combien il importe de connaître sur un navire la direction vraie de la boussole et l'influence des masses de fer. Mais les travaux de ceux qui se sont efforcés d'accroître la sécurité de la navigation au moyen d'observations magnétiques ont en même temps fait faire de grands progrès à la Science pure.
C'est en qualité de membre de l'Union magnétique allemande que Gauss fut conduit à porter sa puissante intelligence sur la théorie du Magnétisme et sur ses méthodes d'observation; et non seulement il accrut grandement nos connaissances sur la théorie des attractions, mais encore il renouvela l’ensemble de la Science
magnétique, en ce qui concerne les instruments qu’elle emploie,
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Ja manière de les observer et la façon de calculer les résultats; en sorte que ses Mémoires sur le Magnétisme terrestre peuvent être pris comme des modèles de recherche physique par tous ceux qui s'occupent de mesurer une des forces de la nature.
Les importantes applications de l'Électromagnétisme à la télégraphie ont aussi eu leur effet sur la Science proprement dite, en donnant aux mesures électriques exactes une valeur commerciale, en permettant aux électriciens de faire des instruments un usage bien autrement étendu que ne le comporte la pratique ordinaire du laboratoire. Ce besoin de connaissances électriques, ces occasions d'en acquérir par expérience, ont déjà eu des conséquences importantes, soit en stimulant l’activité des électriciens déjà avancés dans la Science, soit en répandant parmi les praticiens des connaissances présentant un haut degré de précision, condition favorable au progrès scientifique en général dans l’art de l’ingénieur.
Il ne manque pas d'ouvrages où les phénomènes électriques ou magnétiques sont décrits sous une forme populaire ; mais ce n'est point là ce que demandent ceux qui ont été mis en face de quan- Lités à mesurer, et dont l'esprit ne se tient point pour satisfait par des expériences de cours.
Il existe aussi un nombre considérable de Mémoires mathématiques de grande importance pour la Science électrique ; mais ils sont enfouis dans les volumineux bulletins des Sociétés savantes; ils ne forment point d'ensemble cohérent, ils sont de valeurs très inégales et, pour la plupart, ne sauraient être compris que par des mathématiciens de profession.
C'est pourquoi j'ai pensé qu'il serait utile de faire un Traité, où l’ensemble du sujet serait repris d'une manière méthodique et où l'on indiquerait, pour chacune de ses parties, comment elle peut être soumise à la vérification par des mesures directes.
L'esprit général de ce Traité est bien différent de celui de plu-
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sieurs excellents ouvrages sur l'Électricité, publiés pour la plupart en Allemagne; et il pourra sembler que l’on n’a guère rendu justice aux spéculations de plusieurs électriciens et mathématiciens illustres. La raison en est qu'en commençant l'étude de l’Électricité Je résolus de ne lire aucun travail mathématique sur ce sujet, avant de posséder à fond les Recherches expérimentales sur l'Électricité de F araday. Je savais que l’on croyait à une différence dans la conception que Faraday ou les mathématiciens se faisaient des phénomènes, en sorte que ni lui ni eux n'étaient satisfaits des formes de langage de l’autre. J'étais convaincu que cette différence ne tenait point à l'erreur de l’un ou de l’autre; et je tenais celte conviction de Sir William Thomson (1): c'est à ses avis, à son secours, aussi bien qu’à ses Mémoires publiés, que je dois Ja plus grande partie de ce que j’ai appris sur ce sujet.
À mesure que j'avançais dans l'étude de Faraday, je m’apercevais que sa manière de concevoir les phénomènes était aussi mathématique, quoiqu'elle ne se présentât pas sous la forme conventionnelle des symboles mathématiques. Je reconnus que ces idées pouvaient être exprimées par les formes mathématiques habituelles, et être ainsi comparées à celles des mathématiciens de profession.
Par exemple, Faraday, dans ses conceptions, voyait les lignes de force traverser tout cet espace où les mathématiciens ne considéraient que des centres de force agissant à distance; ['araday faisait intervenir un milieu là où ils ne tenaient compte que de la distance; Faraday cherchait l’origine des phénomènes dans des acions réelles s’exerçant dans ce milieu : ils se contentaient de la trouver dans une propriété d’agir à distance attribuée aux fluides électriques.
Lorsque Jj'eus traduit sous forme mathématique ce que je con-
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(*) Je saisis cette occasion de reconnaître les obligations que j'ai à Sir William Thomson et au professeur Tait, pour tant de précieux conseils qu'ils m'ont donnés pendant l'impression de ce Livre.