‹ Traité d'électricité et de magnétisme, t.3Chapitre 50 sur 73 · PONCTUATION · texte numérisé non relu

PONCTUATION

Point, Poiut-virgule, Virgule. Deux-points. Pointd’interrogation.

———— mine ee mm © ss mn ne

Point d'exclamation. Trait d'union Apostrophe. arre de division.

CINFERES.

E Fr 2 3 4 5 & $ S G œ

Il va sans dire que, comme pour tous les télégraphes, il faut une paire d'appareils, afin d'établir une double correspondance. Nous

+ TT er oe exe EE => ES iii

devons ajouter que le cylindre sur lequel se déroule le papier doit être en cuivre dépoli; en outre, un arrêt doit servir à arrêter le mouvement dhorlogerie, ou le laisser libre seulement pendant le temps où l’appareil fonctionne.

- La clef ou le manipulateur à main, dans l'appareil de Morse, est très-commode pour faire une succession de points ou de lignes sur le papier, et, quand on a l'habitude de cette opération, la manipulation est simple à exécuter, et appareil fonctionne rapidement ; on peut transmettre ainsi en moyenne 15 lettres par minute,

On a proposé plusieurs systèmes pour faire fonctionner mécaniquement le manipulateur, afin de transmettre plus rapidement les dépêches et de les produire très-régulièrement. Lun d’eux est analogue à celui qui a été mis en usage dans le télégraphe électrochimique dé M. Bain, dont il sera question plus loin : il consiste à avoir un emporte-pièce qui découpe dans une longue bande de papier de petits cercles répondant aux points des lettres d’après l'alphabet Morse, ét des lignes qui sont représentées par deux points consécutifs; l'appareil doit alors permettre de laisser des intervalles entre les points et les lignes. Une fois la dépêche ainsi tracée à l’emporte-pièce à la station du départ, on la fait passer sur un cylindre métallique contre lequel appuie un style en fer ou une roulette mé- {allique, et cela à l’aide d’un mouvement l’horlogerie. Si le cylindre communique à l’un des pôles de la pile, et le style à Fautre, J'ensemble du cylindre et du style fait fonction de manipulateur et remplace la clef. Alors; dans le télégraphe de la station d’arrivée, les mêmes signes se reproduisent sur le papier à l’aide du télégraphe décrit plus haut. Ces papiers, comme on le voit, sont analogues aux cartons de Vaucanson et de Jacquart dans les métiers à tisser,

M. Siemens a disposé un système d’emporte-pièce de ce genre, lequel permet de découper très-rapidement des points ou des lignes sur une bande de papier, c’est-à-dire décrire -très-vite une dépêche; ce système consiste en un appareil à trois touches, dans equel une touche fait les points, la seconde, les lignes ou deux points, et la troisième laisse les intervalles.

Un autre moyen d'écrire la dépêche avant de l’envoyer transcrire par le télégraphe de Morse, consiste, comme l’a fait M. Paul Garnier, à disposer sur un cylindre et en hélice de petites clavettes dont une partie est creuse et l’autre pleine. Quand on veut composer à l’avance la dépêche sur’le cylindre, on pousse avec une petite tige métallique les clavettes successives, de façon qu'il y ait à la suite Pune de l’autre, suivant le pas de l’hélice, des parties pleines et

des parties vides, et cela en nombre correspondant aux points et aux lignes de l'alphabet Morse; alors, en faisant tourner ce cylindre devant un style métallique, il se manifeste très-rapidement une succession de courants électriques plus ou moins prolongés, qui donnent lieu aux points et aux lignes dans le télégraphe Morse.

On peut encore combiner ce télégraphe avec le télégraphe électro-chimique, ainsi qu’on le verra plus loin, ou même faire tracer. la dépèche avec une plume qui trempe à chaque instant dans de l’encre ; mais, pour les usages ordinaires, on a généralement employé un style marquant les signes sur le papier par repoussage,

Nous n’avons indiqué ces procédés que comme pouvant être utilisés, surtout dans le but de composer à l’avance les dépêches que l’on veut transmettre, et pour en transmettre une plus grande quantité en un temps donné; mais jusqu'ici, dans la pratique courante, on s’en est tenu à la clef qui permet de faire rapideuent les signaux. Ces signaux paraissent compliqués de prime abord ; mais, pour montrer qu'ils sont aussi familiers que les lettres de Palphabet à ceux qui s’en servent continuellement, nous citerons ce fait, que les employésn’ont pas besoin d’examinerles bandes de papier sur lesquelles les signes sont marqués pourlire la dépêche; ils entendent le bruit fait par le style contre le cylindre, et la différence du bruit produit quand on fait un point ou une ligne suffit pour leur permettre de traduire la dépêche et de écrire pendant que le télégraphe fonctionne, quand il estmanœuvré à Ja main, bien entendu.

lielais. Le télégraphe de Morse ne fonctionne jamais sans relais, c’est-à-dire sans nn appareil qui permet d’avoir une intensité suffisante pour faire fonctionner le télégraphe dans la station d'arrivée. L'importance des relais est très-grande, non-seulement pour la télégraphie, mais encore pour l'horlogerie électrique et pour d’autres applications ; ‘aussi devons-nous entrer dans quelques détails touchant leur emploi.

Lorsque le courant d’une pile est transinis à une grande distance par un fil télégraphique, son intensité est faible et ne serait pas suffisante pour faire fonctionner les appareils; on se borne alors à employer le courant à faire fonctionner un électro-aimant, et celui-ci ferme le circuit d’une batterie locale qui agit sur le télégraphe. Cet électro-aimant porte alors le nom de relais,

La figure 298 représente un relais. Le circuit télégraphique est mis en relation avec les extrémités a, b du fil de l’électro-aimant E,

DE L'ÉLECTRC-MAGNÉTISME. 303

de sorte que cet électro-aimant fonctionne seul sous l’action du courant transmis d’une station à une autre. L’armature en fer doux C est attachée à‘un levier AB, mobile autour de l’axe D; l'extrémité A se meut entre deux vis p et p’, dont l’une est terminée par une pointe en ivoire, et l’autre p', entièrement métallique, communique avec un des pôles Q d’une pile locale P ; l’autre pôle Q° communique par l'intermédiaire du ressort r au levier métallique AB. Lorsque le circuit télégraphique «b est ouvert, l’éléctro-aimant E ne fonctionnant pas, l'extrémité A du levier AB s’appuie contre la pointe d’ivoire p par l’effet du ressort r; maïs, si au poste de départ on établit la communication électrique, l’armature C du relais est attirée, A touche la pointe métallique, et, le circuit de la pile locale P étant fermé, le télégraphe T de la station peut fonctionner. La vis S sert à tendre plus ou moins le ressort pour régler le jeu du relais.

ILest évident alors que, si la pile P a une puissance suffisante pour faire fonctionner le télégraphe de Morse T, à chaque fois qu'il y aura contact court ou prolongé dans le manipulateur de la station de départ, il y aura contact court ou prolongé en y’, et la même répétition dans T; ainsi le relais n’empêche pas les mêmes signaux de Morse de se reproduire dans T, et ne fait que de permettre à la pile locale d’agir pour les former.

On a modifié la forme des relais qui sont, comme on le voit , des appareils d’une très-grande importance, et qui sont destinés à agir sous l’action de très-faibles courants électriques. MM. Siemens et Halske ont disposé l’armature mobile autour d’un axe vertical passant par la direction d’une des bobines, et de façon que les deux armatures en fer qui s’atürent soient considérés comme des prolongements des barreaux eux-mêmes. La figure 229 indique cette disposition :

M, M' sont les deux électro-aimants ; E, Eles armatures adaptées aux cylindres de fer doux; l’armature E est fixe, l’armature E' est mobile. Le levier G est retenu contre un arrêt isolant K par un ressort en spirale H, dont la tension peut être réglée par un écrou Les arrêts K et N sont placés sur une pièce métallique L, qui peut être mise en mouvement par Pécrou T, pour régler la distance entre les armatures E etE’. L’étendue du mouvement du levier G, et par conséquent des armatures E, E’, peut être aussi réglée à l’aide de l’écrou N. Lorsqu'un courant électrique traverse les bobines des électro-aimants , les armatures E, E’. se rapprochent l’une de l’autre, le levier G s’applique contre la pièce métallique N, et le circuit local du récepteur est établi.

Le ressort est destiné, dans les appareils dont on vient de parler, à rappeler le bras du levier dans sa position première quand l'électroaimant à agi; mais il est essentiel, pour que l’on puisse produire un grand nombre de mouvements dans un temps donné, que ce ressort fonctionne rapidement. M. Hipp à proposé pour cela de placer, au lieu d’un ressort, deux ressorts opposés dont on modifie la tension, mais de façon à ce que l’on en laisse prévaloir un qui ramène le

- levier à sa première position. Ces deux ressorts étant tendus tous deux , quand l'appareil fonctionne, donnent lieu, suivant lui, à un appel plus rapide qu’en en employant un seul.

Quand on fait usage d’armatures aimantées {voir page 285}, on peut se passer de ressort, et alors on produit successivement l'attraction et la répulsion sur cette armature en utilisant le renversement du courant, comme l'a fait M. Gloesener. Cet appareil a l’avantage de pouvoir faire produire deux fois plus de signes dans un

temps donné que les autres; car, dans le jeu de la clef, on peut utiliser le mouvement de haut en bas et celui de bas en haut qui donnent lieu l’un et l’autre à la fermeture du circuit, mais en produisant un courant inverse, d’après le principe même sur lequel Vappareil est construit.

Translateur. D'après ce que Pon vient de voir, l'avantage des relais consiste en ce que l’on peut envoyer une dépêche d’une station à une autre assez éloignée, si l’on a soin d’avoir, à cette seconde station, une pile assez forte pour mettre en action l’appareil sous l'action durelai. Mais, si la ligne télégraphique va de À à Z, par exemple, et passe par des stations intermédiaires B, C, D, ete….., il peut être important de pouvoir parler directement de A à D ou de A à Z, sans qu’il soit besoin que les employés dans chaque station B C, D, etc., répètent la dépêche primitive. D’un autre côté, si l’on veut parler de À à Z, les deux localités étant à plusieurs centaines de lieues de distance, une même pile ne peut fournir un courant d’une tension suffisante pour vaincre une telle résistance, et on est obligé, dans ce cas, d’avoir recours à d’autres procédés.

M. Steinheïl a imaginé un appareil qu’il a nommé #ranslateur, lequel est une addition au télégraphe de Morse, et qui permet de résoudre la question de la transmission d’une station à une autre à travers les postes intermédiaires , et de façon que la dépêche soit même inscrite simultanément dans chaque poste, si on le désire. La condition à remplir consiste à disposer l'appareil de telle sorte que le courant électrique, venant de la station de départ A au relais de la station B, mette en action une pile locale qui fait fonctionner le télégraphe de B; mais, en même temps que le télégraphe de Btrace la dépêche, il agit comme clef, fait fonction de l'employé stationnaire, et transmet un courant émané d’une seconde pile locale au relais de C, et ainsi de suite. De cette manière, la dépêche se transmet simultanément dans tous les postes, et se trouve partout inscrite.

La figure 230 représente le télégraphe de Morse faisant fonction de translateur et placé dans les postes intermédiaires. Dans le lieu où ilest placé, on emploie deux piles locales : lune, qui est composée d'un petit nombre d’éléments, a une intensité capable de faire marchæ le télégraphe écrivant; elle est mise en fonction par le relais de ce poste et fait agir l’électro-aimant M; l’autre a un nombre d’éléments suffisant pour que le courant puisse franchir la distance de ce lieu au lieu suivant; son circuit est fermé par la partie S$’, et le courant qui se produit va agir dans le relais du poste plus

T. Ile 20

éloigné, en même temps qu'ici la dépêche se trace en S$”. Voici, du reste, les parties diverses dont se compose Pappareil :

Fig. 230.

î = M est l’électro-aimant du télégraphe à écrire de Morse; HH, le levier avec le style S"; R', R", les cylindres qui font mouvoir, en la pressant, la bande de papier sur laquelle se trace la dépêche; F est le ressort de rappel; $’, une vis de pression servant à établir un contact avec le levier HH et à fermer un circuit voltaïque; cette même vis est isolée de toutes les parties de l'appareil à l’aide d’un anneau d'ivoire, et ne communique qu'avec la vis de pression 2, à l'aide d’un fil métallique. Le même effet a lieu avec la vis S, contre laquelle s'appuie, à l’état de repos, le levier transversal qui tient au ressort F, et qui fait corps avec larmature HH. Cette vis S est en contact avec la vis de pression 4, et en même avec le levier HH, si Fappareiïl est en repos ; ce dernier levier est, du reste, en contact permanent avec tout le reste de Fappareil télégraphique.

Il est évident, d’après cette description, que lorsque la première pile locale, qui fait fonctionner l’électro-aimant M, agira sur le levier H, le contact qui aura lieu en S’ fera fermer le circuit de la deuxième pile locale, et pourra envoyer le courant à la station suivante par le fl2; mais aussitôt que l'effet cessera, si le fil £ communique au sol, le contact sera rétabli en S avec le sol où avec le fil de la ligne télégraphique.

Il est nécessaire que l’on puisse à volonté faire passer la dépêche à travers les postes intermédiaires en y traçant cette dépêche, ou bien sans y laisser de trace. Pour atteindre ce but, d’après un premier signe, l'employé, à la première station, indique l’endroit pour lequel la dépèche est destinée, et alors les employés des stations intermédiaires , à l’aide d’un transmutateur ou commutateur indiqué ci-après, disposent les circuits de façon à ce que le relais fonctionne, et aue le courant de la pile locale traverse la station

sans faire agir le télégraphe. Cet appareil , dù à M. Nottebohm, est représenté fig. 231. Il se compose d’un support isolant en bois, sur Fig. 231. lequel des plaques métalliques conductri- FE ? cesu, D,S, sont isolées les unes des autres. Des fiches en cuivre se placent en , en S ou en D, et alors le courant électrique prend le chemin zD ou S. Cette plaque en bois est fixée sur la table à côté du télégraphe, et, en multipliant les conducteurs, on peut faire prendre plusieurs directions au courant électrique. L'emploi des fiches de cuivre entre des plaques de même métal facilite beaucoup la manœuvre des télégraphes.

Nous avons dit que le translateur permettait de transmettre une dépêche d’une localité à une autre, quel que soit leur éloignement ; mais on peut également la faire revenir sur ses pas pour faire fonctionner un télégraphe placé à côté dela personne qui fait agir la première clef. On peut de cette manière vérifier immédiatement si l'envoi de la dépêche est fait dans les conditions nécessaires.

Télégraphe portatif. M. Hipp a disposé un télégraphe de Morse portatif avec une petite pile à courant constant destiné pour les usages militaires. Comme le principe de cet appareil est le même que celui dont il a été question plus haut, et qu'il n’y a de différence que dans l’arrangement des différentes parties, nous ne ferons que le mentionner ic. -

Autre télégraphe enregistreur. Le télégraphe de Morse, plus ou moins modifié, ainsi que son relais, est, comme nous lavons déjà dit, un appareil qui à un grand avenir. On a cherché à le moditier, et on a construit des instruments qui conduisent au même bat que lui; parmi ceux-ci nous citerons les télégraphes de MM. Froment, Dujardin, etc. 4

Quoique le télégraphe de Morse soit plus simple qu'aucun des autres appareils proposés et qu’il leur ait été préféré, nous parlerons cependant du télégraphe de M. Froment, qui n’en diffère essentiellement qu’en ce que l'électro-aimant agit sur une armature tournant autour d’un axe vertical, et que les signes tracés par le crayon ou le style présentent des traits horizontaux et parallèles à la direction du mouvement de l’armature. La dépêche se trouve écrite en signes au moyen d’un crayon qui se taille en écrivant, parce qu'il tourne sur lui-même en même temps qu’il exécute son mouvement de va et vient; le cravon est mû d’une manière directe

TT

CA a |

se ja

et sans intermédiaire par l’armature de l’électro-aimant , et peut exécuter jusqu'à trois ou quatre mille vibrations simples par minute. Ainsi la transmission des dépêches avec ce télégraphe est trèsprompte.

Dans le récepteur de ce télégraphe, le contact ab , mobile autour

d’un axe vertical, est maintenu à une petite distance de l'électroaimant E par la lame de ressort ». Un long bras de levier //! est fixé perpendiculairement au contact, en sorte que, pour de trèspetits mouv ements du contact, ilexécute d’assez grandes oscillations; sa course est d’ailleurs réglée par une vis de pression.

A l'extrémité /' de ce levier est adaptée la tige cd qui porte le crayon. Cette tige est munie d’une roue dans les dents de laquelle vient s’engager le ressort». Lorsque le contact est attiré, le crayon hace une petite ligne sur le papier; maïs c’est en tournant sur luimême, car la résistance qu’oppose le ressort 2 aux dents de la petite roue l’oblige à tourner. Ainsi, à l’aide de cet ingénieux mécanisme, le crayon s’use régulièrement en écrivant la dépêche. Le papier se déroule d’un cylindre G et s’enroule sur un autre C' à l’aide d’un mouvement dhorlogerie contenu dans la boîte P. Si le contact reste en repos, le crayon trace une ligne droite continue dans le sens de la ligne du papier; mais, si le contact exécute des mouvements de va-et-vient, le crayon trace de petites lignes perpendiculaires, et les signes de ce télégraphe sont donnés par ces lignes plus ou moins espacées, alternant avec la ligne fondamentale. Ces signes représentent des espèces de V, dont le nombre dépend du nombre des ainiantations produites.

Le manipulateur se compose d'une table sur laquelle sont inscrits les chiffres de Æ à 9 plus le zéro, d’une roue mobile dont Icsbran-

ches portent des anneaux pouvant encadrer les chiffres, et d’un

Fig. 232 bis. disque interrupteur, qui se meut en rnême temps.que la roue. Les branches de la roue sont toutes munies de petites chevilles. Une cheville fixe est placée devant le zéro. Si l’on fait tourner la roue en prenant à la main une des chevilles, celle qui. est devant le n° 5, par exemple, et qu’on amène cette cheville devant celle qui est fixe, le courant se trouve fermé ou interrompu cinq fois, et le crayon du récepteur donne les signes correspondants. Pour que l’on transmette la dépêche dans une station, il faut donc la traduire en nombres, puis transmettre ces nombres avec le manipulateur, et ils se trouvent reproduits en petites lignes horizontales sur le papier du récepteur.

On peut également, en se servant de deux électro-äimants et de deux fils, inscrire les dépêches par double signe soit à l’aide de ce procédé, soit par celui de Morse, soit par toute autre méthode.

Télégraphes électro-chimiques. Les télégraphesélectro-chimiques reposent sur des principes différents de ceux dont nous avons parlé, et peuvent également enregistrer les dépêches par signe sur des bandes de papier préparées pour cet usage. Celui qui a été le plus employé est fondé sur la décomposition électro-chimique du cyanure de potassium , et sur la formation de ce composé au pôle positif, à l’extrémité d’une électrode en fer; le cyanure de ee dont la couleur bleue est bien caractérisée, en se déposant sur la surface du papier, donne le tracé des signes télégraphiques. Qu’on imagine, en effet, qu’à la station de départ on ait un manipulateur dont la fonction soit seulement d'interrompre ow d'établir un courant électrique à des intervalles plus ou moins courts, comme une clef du télégraphe de Morse : si l’on suppose qu’à la station arrivée on ait une pointe en fer servant de pôle positif à la pile et qui applique contre une bande de papier imprégnée de cyanoferrure de potassium humide et mobile, toutes les fois que le courant sera interrompu, le fer ne laissera aucune trace sur le papier; mais, du moment que l'électricité passera dans le circuit, alors une trace bleue sera marquée sur la feuille de papier.

M. Bain a construit le premier un télégraphe de ce genre, pouvant transmettre une dépêche écrite d'avance à l’emporte-pièce avec la vitesse de quinze cents lettres par minute. Le manipulateur

était formé d’une tige conductrice appliquant contre une roue métallique’ mobile ; Sur celle-ci passait un papier découpé de facon à présenter des lignes et des points, comme on l’a déjà dit page 301; alors le contact n’était établi que toutes les fois qu’une ouverture du papier permettait à la tige de toucher la roue.

Le récepteur était composé d’une feuille de papier imprégnée de cyanoferrure de potassium et humide, contre laquelle se mouvait en spirale, par suite d’un mouvement d’horlogerie, une tige en fer communiquant au pôle positif de la pile du télégraphe. On comprend dès lors que cette alternative de lignes et de points se trouvait reproduite en bleu sur le papier, et que la dépêche était enregistrée. Mais avec cet appareil, quand on va trop vite, on court le risque de passer des signes, en sorte qu'il faut recommencer envoyer la dépêche.

On a fait aussi simplement usage, comme récepteur, d’un appareil analogue à celui de Morse, mais dans lequel il n’y a pas d’électro-aïmant, et où la tige en fer est toujours en contact avec une bande de papier humide ; le tracé sur les bandes de papier est alors plus commode que le tracé en spirale. L’appareil suivant, indiqué par M. Pouget Maisonneuve, inspecteur des lignes télégraphiques, et construit par M. Loiseau, offre cette disposition , et est d’un usage facile.

Le manipulateur représenté figure 233 est une clef analogue à

Fig, 933. celle du télégraphe de Morse. À Vaide de Ja main, on abaisse le bouton D sur l'arrêt E, et, suivant que l’on établit le contact en E rapidement ou le laissant établi : plus longtemps, on ferme le circuit de façon à faire un point ou une ligne dans le récepteur.

Les trois boutons CAB sont attachés aux fils qui touchent à la ligne télégraphique ou à la pile. G, au-dessous de la planche, touhe à la masse métallique centrale G, et, d’autre part, est mis en relation avec le fil télégraphique allant à la station suivante. B, qui communique avec l'arrêt E, est mis en relation par un fil avec un des pôles de la pile dont l’autre pôle communique au sol. On voit donc de cette manière qu’en abaissant la touche à l’aide du bouton D, chaque fois que le contact aura lieu entre D et E, Le courant passera dans le fil de la ligne communiquant à C.

Le bouton À communique au-dessous de la planche avec un

arrêt F contre lequel butte une vis fixée à la touche GD, quand celle-ci est au repos. Un ressort I maintient ce contact. D’un autre côté, À est en relation par un fil avec le conducteur télégraphique de retour qui fait communiquer la seconde station avec la première, et dans le circuit duquel se trouve placé le récepteur situé près du manipulateur que nous décrivons. On voit donc que, le manipulateur étant au repos, le circuit sera fermé en AC; quand D fonctionnera, le circuit sera ouvert, mais, comme cet appareil n’est pas disposé pour la transmission simultanée des dépêches, peu importe que le second manipulateur ne puisse fonctionner en même temps que le premier. Cette disposition est faite pour que Pemployé n’ait

pas à se servir d’un commutateur pour fermer le circuit d’une li- -

gne, et que celle-ci soit toujours prête à être mise en action. ,

Fig. 234.

Le récepteur complet est représenté figure 234. J est le relais mis en action par le manipulateur décrit plus haut et qui ferme le circuit d’une pile locale agissant sur le récepteur proprement dit ABC. En D se trouve un mouvement d’horlogerie dont l'effet est de faire tourner deux cylindres B'etB, qui entraînent une bande de papier C. Celle-ci, qui est imprégnée de cyanoferrure de potassium, est enroulée autour d’un cylindre À enfermé dans une boîte. Lemouvement d’horlogerie est entravé par un levier que fait jouer un bouton placé à côté du cylindre, et, comme ce même bouton porte le style d’acier qui doit appuyer sur le papier, il s’ensuit que lorsqu'on veut mettre l'appareil en fonction, il suffit de tourner le bouton pour dérouler la bande et faire appuyer le style d’acier contre elle.

Afin de bien comprendre le jeu de cette dernière pièce, on l’a représentée agrandie, fig. 235. À est le bouton mobile qui, à l’aide d’un levier, entrave le mouvement d’horlogerie quand l'appareil est

ceci Gr er SE = = = —— Se = A

Ris 25: au repos. CD est le premier cylindre métalli-

que sur lequel se déroule le papier humide.

ab est un bout de ressort de montre qui sert de style d’acier , et dont on règle la pression avec une vis supérieure.

Lorsque le relais agit et met en commu-

(à nication la pile locale avec le récepteur, il 7: faut que le pôle positif de cette pile commu-

nique à À , et le pôle négatif au cylindre CD, et le cyanure de potassium, étant décomposé par laction du courant, donne sur le papier des traits ou des points suivant la manière dont agit le manipulateur. On se sert alors de l’alphabet représenté page 300, et en usage pour le télégraphe de Morse.

A la partie supérieure de la figure 234 se trouve une boussole que l’on peut employer pour vérifier si le courant passe; mais cette addition n’est pas indispensable.

Le papier sur lequel on trace la dépêche doit être préalablement trempé dans une préparation composée de la manière suivante :

DNS Tone 2o0cchnoMend +...... 100 parties.

Azotate d’ammoniaque cristallisé.:...... 150 » Cyanure jaune de potassium et de fer.. D)

La présence de l’azotate d’ammoniaque rend le papier assez hygroscopique pour qu'il soit toujours dans un état d'humidité convenable à la manœuvre du télégraphe.

Le télégraphe électro-chimique est plus simple que le télégraphe de Morse, car le récepteur se trouve réduit à un mouvement d’horlogerie et à un style formé d’un ressort en acier qui doit toujours appuyer sur le papier à écrire; le levier à pointe sèche, 'et la bobine avec son armature, c’est-à-dire les parties les plus délicates et coûteuses du télégraphe de Morse, deviennent donc inutiles. Il : exige, comme celui-ci, emploi d’un relais, et en outre il fonctionne sous l’action d’un courant plus faible. Du reste, on fait usage des différents accessoires dont il a été question plus haut à propos de ce dernier appareil.

Dans les télégraphes enregistreurs employés jusqu'ici, on n’a fait usage que des courants électriques provenant des piles voltaïques, et non pas des courants par induction, développés à l’aide du mouvement relatif des aimants et des circuits fermés; cependant il est possible d'utiliser ces derniers, comme dans les télégraphes indicateurs : les appareils qui ont été construits par M. Sainte-

Preuve et par M. Dujardin en sont des exemples. Mais jusqu'ici on s’en est tenu à l'emploi des piles, à cause de la facilité de la manœuvre et de la simplicité des appareils.

On à fait usage également de papier enduit d’iodure de potassium et d’amidon , et on n’emploie alors, pour tige positive, qu'une . tige en platine. La réaction qui donne la couleur nécessaire pour tracer la dépêche provient de ce que, l’iodure étant décomposé par le courant, l’iode agit sur Pamidon et donne une teinte bleue bien connue. Mais, quoique cet appareil soit très-sensible, le télégraphe | précédent est préférable, d’après les résultats qu’il a donnés. |

Télégraphes imprimeurs. On a construit plusieurs télégraphes imprimeurs, à l’aide desquels les dépêches sont écrites en lettres sur des bandes de papier ; il suffit de concevoir que des caractères d'imprimerie sont amenés successivement devant le papier mobile, et, à l’aide de l’action d’un électro-aimant , donnent une impression sur sa surface; mais nous ne nous y arrêtons pas, car ce sont plutôt des appareils curieux sous le rapport mécanique qu’utiles au point de vue de la télégraphie électrique. Il en est de même des télégraphes autographiques, etc.

Nous n’avons décrit dans cet ouvrage que les principaux appareils employés, les seuls qu'il soit essentiel de connaitre, c’est-à-

dire les télégraphes à cadran et à aïguilles, soit électro-magnétiques | soit magnéto-électriques, le télégraphe de Morse et celui qui im- ÿ prime électro-chimiquement les dépèches. |

APPAREILS DIVERS ET CONDUCTEURS EMPLOYÉS DANS LES LIGNES TÉLÉGRAPHIQUES.

Les appareils télégraphiques étant décrits, il faut examiner comment, à une grande distance, on met en relation le manipulateur | et le récepteur, et quelles sont les dispositions des piles, des con- \Al ducteurs et des accessoires en usage sur les lignes télégraphiques.

Piles et sources électriques. Lorsqu'on emploie des télégraphes magnéto-électriques, le manipulateur lui-même renferme la source | d'électricité qui doit agir aussitôt que l’on envoie la dépêche; il | n’y a pas à revenir sur ce que nous avons dit à propos des appareils d’induction dans le livre XI, si ce n’est qu’il faut proportionner la

longueur du fil qui entoure l’électro-aimant à la résistance du cir- | cuit, c’est-à-dire à la longueur de la ligne télégraphique à parcourir. l k Lorsque lon fait usage de télégraphes électro-magnétiques ou | M électro-chimiques , il est nécessaire d'employer des piles dont le |

nombre d'éléments dépend de la résistance du circuit, c’est-à-dire de la longueur du fil à parcourir. Ainsi , de Paris à Amiens , est un télégraphe du gouvernement figuré page 280; avec 12 éléments à sulfate de cuivre, on peut marcher; pour la sûreté de la communication, on en met 18. De Paris à Calais, on marche avec 13 éléments de Bunsen.

La forme de ces couples est assez variable, et l’on peut consulter ce que nous avons dit sur ce sujet t. [, p. 219 et suivantes. En général, on fait usage de couples à sulfate de cuivre analo- Fig. 76. gues à celui que nous représentons de nouveau ici, et dont les dimensions sont plus ou moins grandes, suivant les appareils employés. Le zinc extérieur Z est placé dans un vase en verre ou en terre À. Le vase en terre poreuse P porte une petite plaque en gutta-percha à la partie supérieure, plaque percée de trous afin de laisser passer le liquide du diaphragme au-dessus d’elle. On met de l’eau dans.la case zinc à l'extérieur du diaphragme ; si l’on veut, IRIRIKIKKRKRKRKK on peut y ajouter quelques gouttes d’acide Re pour commencer l’action ; ensuite il ne faut plus d’acide. Dans l'intérieur du diaphragme on met de l’eau et des cristaux de sulfate de cuivre au-dessus de la plaque en gutta-percha. Le conducteur positif est une tige en cuivre plongeant dans la dissolution de sulfate de cuivre. Cette pile peut fonctionner ainsi pendant plusieurs mois, si l’on a l'attention de remettre, tous les cinq ou six jours, des cristaux de sulfate de cuivre surla plaque en gutta-percha. Le plus souvent, pour les usages télégraphiques, on modifie la disposition précédente de la manière suivante : on substitue au fil positif et à la plaque en gutta-percha un conducteur en cuivre formé d'une tige mince passant au milieu d'un disque également en cuivre plongeant dans le liquide à l'intérieur du diaphragme, mais de façon à ce que ce disque occupe la partie supérieure de la colonne liquide : ce disque remplace la plaque en gutta-percha, et sert à maintenir les cristaux de sulfate de cuivre qui se dissolvent continuellement dans le vase poreux. On les remplace avec facilité, et l’on enlève le cuivre déposé à leur partie inférieure. Dans les télégraphes mobiles, on a employé des couples à sulfate de cuivre dans lesquels les liquides, pour ne pas être répandus, sont remplacés par du sable humecté à l’aide des dissolutions que l’on em-

ploie habituellement, sulfate de cuivre et eau salée ou sulfate de zine.

On a employé, mais moins fréquemment , le couple à amalgame

liquide formé d’un vase en terre poreuse , dans lequel on verse de

Fig. 50. l'amalgame liquide de zinc À, lequel est plongé dans un bocal rempli d’une dissolution de sulfate de cuivre. Un fil de cuivre plongeant dans l’'amalgame communique l'électricité négative, tandis que l'électricité positive est transmise par une lame de cuivre plongeant dans le sulfate du même métal. C’est ici la réaction de lPacide sulfurique du sulfate de cuivre sur le zine de l’amalgame qui produit le courant électrique.

Enfin l’on peut faire usage des couples dont nous avons parlé dans le tome I, pages 219 et suivantes, et sur lesquels il n’est pas nécessaire de revenir.

Emploi de la terre comme conducteur. Nous avons déjà vu, tome IL, livre VI, page 168, que le sol humide, les couches superficielles des terrains pouvaient servir de conducteurs aux courants électriques ; ce résultat important a été mis hors de doute lors de Pusage des premiers télégraphes électriques, et a pu ensuite être utilisé dans cette grande application de l’électro-magnétisme. On a reconnu en effet qu’il n’était pas nécessaire de deux fils parfaitement isolés pour former un circuit conducteur entre un récepteur et un manipulateur télégraphiques, placés à deux stations, et qu’un seul fil suffisait, pourvu que chaque extrémité fût en relation avec une lame métallique plongeant dans le sol à une certaine profondeur. Le sol fait donc fonction de conducteur, et permet de supprimer un des fils pour chaque paire d'appareil ; il en résulte qu'un seul fil bien isolé suffit pour le jeu d’un électro-aimant, et par conséquent d’un appareil télégraphique simple ; si l’on placé plusieurs fils isolés les uns des autres sur les poteaux des chemins de fer, c’est que chacun d’eux sert pour un appareil isolé.

Dans ces conditions, non-seulement on trouve économie, mais encore avantage à utiliser le sol comme conducteur, car il a une résistance très-faible et même négligeable devant celle des fils employés. Ce fait résulte des expériences faites, en 1838, par M. Steinbeil; en 1842, par M. Wheatstone, et ensuite par MM. Matteucci, Breguet, et par les physiciens qui se sont occupés de télégraphie électrique. Nous avons vu dans le tome IT que, dans le sol, la con-

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