CHAPITRE DEUXIÈME
Il ne faut pas perdre de vue que la valeur du flux total dans les différentes régions du circuit magnétique, telle que nous venons de la donner en fonction de la longueur, de la section et de la perméabilité de chacune des parties du circuit magnétique^ n'est exacte que s'il n'existe pas de lignes de force magnétique en dehors de ce circuit. La formule n'est plus du tout applicable, par exemple, aux régions polaires d'un barreau rectiligne plongé dans un champ magnétique, ce qui est précisément le ca§ par lequel nous avons débuté (231).
Il faudrait bien se earder d'introduire dans la somme S — ^
à laquelle certains savants anglais ont donné le nom de Réluctance,
un terme destiné à représenter la valeur de — correspondant au
trajet des lignes de force dans l'espace indéfini qui entoure le circuit magnétique, car on s'exposerait à commettre des erreurs considérables. Il suffit pour s'en rendre compte de se reporter à la démonstration que nous avons donnée au numéro 251 de l'expression du flux total au milieu d'un barreau rectiligne très long. Cette expression est identique à celle que nous venons d'appliquer au circuit fermé ne contenant que de faibles lacunes telles que AB, et cependant il y a en apparence une énorme différence entre les deux circuits. Nous ajouterons que nos expériences personnelles ont confirmé ce que nous venons de dire et ont montré que la réluctance d'un circuit magnétique, très long par rapport à sa section transversale, est sensiblement la même dans les deux cas extrêmes représentés (fig. 133 et fig. 137), le flux total étant mesuré en un point où le circuit ne présente qu'une faible solution de continuité (A'B' dans la fig. 133 et AB dans la fig. 137), dans laquelle la perméabilité \»- est égale à 1, puisque ces lignes de force sont alors situées dans l'air.
260. — Influence exercée par des masses magnétiques placées dans un champ magnétique, sur les lignes de force de ce champ. — Nous avons déjà fait allusion à l'influence exercée sur les lignes de force d'un champ magnétique, par l'aimantation induite dans un barreau de fer doux placé dans ce champ (251). Nous allons revenir sur cette question et l'examiner de plus près.
Considérons d'abord un aimant isolé dans l'espace ; nous savons qu'on peut, sans erreur sensible, le considérer comme réduit à ses deux pôles, au moins lorsqu'il s'agit de calculer son action sur des points placés à une distance notable, et nous avons vu comment on détermine la forme des courbes équipotentielles et des lignes de force.
Ces dernières affectent la forme de courbes fermées, et cette forme est une conséquence nécessaire des «lois élémentaires de l'action magnétique qui s'exerce en ligne droite. Il serait facile de construire par points les lignes de force gravifiques d'un système matériel régi simplement par les lois de l'attraction universelle^ et Ton trouverait également que, bien que l'attraction de deux points matériels soit dirigée suivant la droite qui les joint, les lignes de force d'un système composé de deux points matériels fixes agissant sur un troisième point mobile, seraient des courbes et non des droites, excepté dans des cas tout à fait particuliers.
Cette forme courbe des lignes de force n'est donc nullement Tindice de propriétés spéciales aux corps magnétiques et il n'est pas besoin, pour l'expliquer, d'imaginer que le milieu qui transmet les actions magnétiques, est doué de qualités qui ont fait dire à un physicien célèbre, que les lignes de force magnétiques d'une part, tendent à être les plus courtes possibles, et d'autre part, se repoussent mutuellement. Cette matérialité attribuée à des courbes dont la définition et la détermination sont du domaine de l'analyse pure, peut être utile dans certaines circonstances, mais elle est dangereuse et peut conduire à de graves erreurs, lorsqu'on la prend trop à la lettre, comme nous le verrons lorsque nous étudierons les machines dynamo-électriques.
Revenons à notre aimant isolé dans l'espace et entouré de lignes de force symétriques par rapport à deux droites dont l'une est la ligne des pôles, et l'autre une perpendiculaire élevée au milieu de cette ligne des pôles, et supposons qu'on approche de cet aimant un barreau de fer doux. Chacune des lignes de force de Taimant qui traverse le barreau va déterminer, dans les molécules de fer situées sur son trajet, des propriétés magnétiques. Le barreau va devenir