Pouvoir des pointes. — Les physiciens ont constaté
depuis longtemps qu'un corps chargé d'électricité et plongé dans Tair sec, perd sa charge in'^s lentement si ce corps a la forme sphérique ; mais s'il a une forme irrégulière et qu'il possède des parties de très petit rayon de courbure, la déperdition augmente rapidement; enfin si ce corps porte en Tun des points de sa surface une pointe très aigûe, la déperdition est presque instantanée.
On a expliqué pendant longtemps ce phénomène en disant : que la pression électrique par centimètre carré étant d autant plus grande que le rayon de courbure est plus petit, la pression à l'extrémité des pointes était très grande, et l'électricité, que l'on comparait à un gaz, triomphait de la pression atmosphérique, à laquelle on attribuait le pouvoir de maintenir la charge électrique sur un corps tant que la pression/? était plus petite que un kilogramme par centimètre carré.
Cette assimilation grossière entre l'électricité, dont l'existence propre n'est môme pas démontrée, et un gaz possédant une force élastique, ne pouvait conduire qu'à une explication erronée. Le fait qu'un corps électrisé conserve très longtemps, quelle que soit sa forme, sa charge électrique quand il est dans le vide, rend inadmissible l'explication dont nous venons de parler.
Il est parfaitement vrai que, sur un corps de rayon de courbure variable, la pression électrique par unité de surface est d'autant plus grande que le rayon de courbure est plus petit; mais cette pression est contrebalancée par la résistance élastique du métal auquel l'électricité est, pour ainsi dire, incorporée et qu'elle ne peut quitter que par l'intermédiaire d'un corps conducteur.
En réalité, la déperdition observée sur les corps portant des pointes, est due à ce que un nombre immense de molécules d'air viennent successivement en contact avec l'extrémité de ces pointes ot leur enlèvent h chaque contact une charge proportionnelle à la densité électrique au point considéré. Or, comme cette densité est d autant plus grande que le rayon de courbure est plus petit, la déperdition croît elle-même quand le rayon de courbure diminue.
Pour représenter graphiquement la valeur de la densité électrique sur un ellipsoïde (fig. 22), nous allons porter en chaque point de la surface et suivant la normale, une longueur proportionnelle à la