‹ Traité d'électricité statique (volume 2)Chapitre 89 sur 201 · Action des courants continus. — Les décharges de bat · texte numérisé non relu

Action des courants continus. — Les décharges de bat

terics dans ces conditions provoquent des secousses trop violentes pour qu'il soit possible d'en déterminer la loi ; on ne peut arriver à des effets réguliers qu'en modérant beaucoup l'excitation électrique. Nous indiquerons rapidement les principaux résultats obtenus dans cet ordre do recherches.

Supposons d'abord que l'on applique les deux pôles d'une pile électrique très-faible en deux points d'un nerf moteur, comme le nerf sciatique d'une grenouille, de manière à y faire passer un courant ; on observe que le muscle correspondant se contracte au moment où le circuit de la pile est ouvert ou fermé, et reste à peu près insensible quand le courant passe d'une manière continue, de sorte que les variations de l'état électrique sont seules capables de provoquer la contraction musculaire. Il se manifeste dans ces effets physiologiques des différences assez grandes. Ainsi, si le courant est ascendant, c'est-à-dire parcourt le nerf de la périphérie vers le centre, et d'intensité croissante, la secousse qui correspond à la fermeture du circuit est d'abord plus énergique que celle de l'ouverture, puis les deux secousses deviennent égales et enfin, pour des intensités suffisantes, la se-

cousse d'ouverture est prédominante ; l'inverse a lieu si le courant dans le nerf est descendant.

Si l'on fait agir sur le nerf un courant continu suffisamment intense, le muscle éprouve une contraction permanente ou tétanos. Cet effet peut être attribué, soit aux variations inévitables du courant électrique, soit plulôt aux actions chimiques qui produisent des composés nouveaux, lesquels détruisent peu à peu les différentes fibrilles du nerf et provoquent le tétanos, comme le ferait l'action directe d'un acide, d'une base ou d'un sel.

Les nerfs sensibles sont en général plus excitables par les courants électriques ; mais les phénomènes physiologiques auxquels ils donnent lieu suivent à peu près les mômes lois.

Au lieu d'exciter le nerf, on peut exciter le muscle lui-même et l'on obtient des effets analogues, quoique généralement moins énergiques,

588. influence de l'eiectrotonus. — Un courant continu assez faible, qui traverse une portion d'un nerf moteur, ne provoque pas de contraction permanente dans le muscle correspondant, mais le passage du courant met le nerf dans un état particulier, dit électrotonus, qui en modifie beaucoup l'excitabilité. Les parties de ce nerf les plus rapprochées du pôle négatif sont plus excitables par un nouveau courant qu'elles ne l'étaient dans l'état primitif; les parties voisines du pôle positif sont au contraire moins sensibles et il se trouve nécessairement, entre les deux pôles, un point dont l'excitabilité n'a pas été modifiée. Ce point neutre n'est pas situé à égale distance des deux pôles : il est toujours plus près du pôle négatif et s'en rapproche d'autant plus que le courant permanent est lui-même plus intense. Les effets de l'eiectrotonus persistent encore quelque temps après qu'on a supprimé le courant qui l'avait produit. Ces modifications inégales de l'excitabilité du nerf pendant l'eiectrotonus interviennent sans doute pour une grande part dans les différences des contractions musculaires, suivant que le courant excitateur est établi ou supprimé, suivant qu'il marche dans un sens ou en sens contraire.

589. Transmission «le la contraction et de l'excitation. — La

contraction musculaire et le transport de l'excitation du nerf au muscle sont des effets' mécaniques, en relation directe avec la

structure de ces organes, et ne peuvent se produire instantanément. En effet, un courant d'une durée trop courte ne provoque pas de contraction. D'autre part, quand on excite un muscle directement, il s'écoule un temps appréciable (excitation latérite) entre rétablissement du courant, par exemple, et le début de la contraction ; celle ci va en croissant d'abord, puis en diminuant et finit par disparaître, mais d'une manière plus lente, après quelques oscillations dues à l'élasticité des tissus. Si l'on excite un muscle d'une certaine longueur, la contraction qui se manifeste d'abord au point excité se communique ensuite de proche en proche aux parties voisines avec une vitesse assez faible, puisqu'elle ne dépasse guère 1 mètre par seconde.

De même, quand on excite deux points d'un nerf moteur, le muscle n'entre en contraction qu'au bout d'un certain temps et se relâche ensuite; la période d'excitation latente est d'autant plus grande que les points du nerf attaqués sont plus éloignés du muscle, de sorte qu'en faisant deux expériences différentes sur le même organe que l'on excite en deux points inégalement éloignés du muscle, et déterminant la différence des temps qui s'écoulent entre l'établissement du courant et le début de la contraction musculaire, on peut évaluer la vitesse avec laquelle l'excitation se transmet dans le nerf. M. Helmholtz a trouvé ainsi '26'", 4 pour les nerfs de la grenouille et 52 mètres environ chez l'homme ; ces résultats sont intéressants à signaler à notre point de vue, parce qu'ils sont tout à fait de même ordre que la propagation des effets électriques dans les corps médiocrement conducteurs, comme des cordes mouillées.

590. Effets des courants d'induction. — Les piles électriques

sont le procédé le plus commode pour produire les excitations physiologiques, parce qu'on peut modifier à volonté la durée du courant, soit par un poids qui tombe d'une certaine hauteur et ferme le circuit pendant une portion de sa chute, soit par des interrupteurs à bascule ou à rotation, et faire varier l'intensité en introduisant des résistances dans le circuit ou en changeant le nombre des éléments de la pile. Toutefois, la détermination de l'intensité du courant, même en valeurs absolues, ne suffit pas pour définir le phénomène électrique qui provoque les contractions. Ainsi, quand on ferme le circuit d'une pile, il se produit

une chute d'électricité tout à fait analogue à la décharge d'une batterie ; la force vive correspondante et la durée du phénomène dépendent du nombre des éléments de la pile, de leurs dimensions, de la conductibilité des différentes parties du circuit, et toutes ces circonstances devraient entrer en ligne de compte si l'on voulait préciser exactement les conditions de l'expérience. L'emploi des condensateurs permettrait de définir d'une manière très-simple l'énergie des décharges, mais, pour produire des secousses de faible durée, on a eu le plus souvent recours aux appareils d'induction.

Si l'on fait passer la décharge d'une bobine entre deux points d'un nerf moteur, on constate que le courant induit direct, du à l'ouverture du courant inducteur, produit des contractions plus énergiques que le courant inverse, ce qui était à prévoir d'après la plus courte durée du premier. Une succession lente de courants induits de sens inverses provoque une succession de secousses physiologiques; mais, si les courants induits se succèdent trop rapidement, le muscle n'a pas le temps de se relâcher après chaque secousse et prend une contraction tétanique. Une étude plus attentive de ce phénomène permet de montrer alors que le muscle contracté n'est pas immobile, et qu'il éprouve une sorte de vibration dont les oscillations sont isochrones avec les décharges de la bobine d'induction. Masson a reconnu que le tétanos ne se produit plus si les décharges alternantes sont plus rapides encore; cette suppression des secousses peut être due en partie à ce que les décharges empiètent alors les unes sur les autres, et que les contractions relatives à chacune d'elles n'ont plus le temps de s'exercer.

Quand une bobine d'induction, dépourvue de noyau magnétique, produit des décharges alternatives assez rapides pour provoquer le tétanos d'un muscle, il suffît quelquefois d'introduire un paquet de fils de fer dans la bobine pour faire disparaître l'état tétanique ; cependant les décharges sont alors plus énergiques, mais l'aimantation a pour effet d'en augmenter la durée et, par suite, de faciliter l'empiétement des courants successifs.

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