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Excitation unipolaire. — M. Chauveau (*) a employé

(*) Comptes renias de V Académie des sel' nées, t. LXXXI et LXXXIII.

tout récemment un mode d'excitation qu'il appelle unipolaire et qu'il croit plus propre à simplifier l'étude des phénomènes. L'une des électrodes étant appliquée en un point d'un nerf, l'autre électrode est mise en relation avec le nerf symétrique, de manière qu'on puisse apprécier immédiatement la différence des effets, ou bien communique avec le corps du sujet par une surface très-considérable, comme le liquide d'un bain clans lequel l'animal est plongé en partie. Dans ces conditions, les résultats sont très-différents suivant la nature de l'électricité.

Si l'on fait agir un courant continu d'intensité croissante sur un nerf moteur, par exemple, on constate qu'à rétablissement du courant la secousse est d'abord plus forte pour le pôle négatif, puis que les deux secousses sont égales pour une certaine intensité, à partir de laquelle les secousses positives deviennent prédominantes. Quand on étudie la manière dont varie 1 énergie des secousses suivant l'intensité du courant, en ayant soin de se mettre à l'abri de diverses causes d'erreur, telles que la fatigue et l'altération des nerfs, on voit que les contractions positives augmentent d'abord proportionnellement à l'intensité et moins rapidement ensuite, tout en restant continuellement croissantes; les contractions négatives, au contraire, qui sont d'abord plus grandes, augmentent lentement et passent quelquefois par un maximum pour aller ensuite en diminuant.

Le sens du phénomène est renversé quand on agit sur un nerf sensitif : les excitations positives paraissent d'abord plus grandes et deviennent ensuite plus faibles que les négatives; avec un courant suffisamment intense, la douleur causée par l'électricité négative est incomparablement plus vive. On peut rapprocher encore ces résultats de la variation de l'excitabilité pendant 1 electrotonus (788) et de cette autre propriété, constatée dans les décharges électriques, que le dégagement de chaleur est généralement plus grand à l'électrode négative, comme on le vérifie aisément dans les tubes à gaz raréfiés.

A l'ouverture du circuit de la pile, la contraction musculaire augmente d'abord avec l'intensité du courant pour diminuer ensuite et même disparaître, et l'électrode négative se montre toujours moins efficace.

Avec les courants d'induction ou les décharges des condensa-

leurs, la marche générale des secousses est à peu près la même, mais avec moins de netteté. Les contractions négatives sont d'abord plus énergiques; puis, à mesure qu'on fait croître l'intensité du courant inducteur, les secousses des deux électrodes ne tardent pas à devenir égales et conservent ensuite cette égalité, quelquefois avec une légère tendance à l'inversion. D'autre part, la contraction atteint rapidement une valeur maximum, a partir de laquelle elle parait indépendante de l'intensité du courant inducteur ; toutefois le relâchement du muscle, qui est trèsrapide à la suite des décharges faibles, devient de plus en plus lent à mesure que l'intensité du courant inducteur va en augmentant.

Cette question des secousses provoquées par l'électricité a donné lieu à un grand nombre de travaux que nous n'avons pas pu passer en revue, môme d'une manière rapide ; mais il semble qu'on n'a pas assez défini en général le phénomène électrique lui-même, en particulier son énergie et sa durée, et que la considération de ces deux éléments serait plutôt de nature à conduire à des lois simples au point de vue de la physiologie.

EFFETS CHIMIQUES DES DECHARGES ÉLECTRIQUES. 592. Inflammation de mélanges détonants. — DdllS la plupart

des combinaisons qui s'effectuent sous l'influence des décharges, l'électricité n'intervient que comme un moyen commode de provoquer en certains points une grande élévation de température. Cavendish, en 1784, a utilisé la propriété que possède 1 étincelle électrique d'enflammer un mélange d'hydrogène et d'oxygène ou d'air. L'étincelle agit comme un corps incandescent que l'on introduirait dans le mélange; elle enflamme la couche de gaz qui l'environne; la chaleur produite par la combinaison de cette première masse élève alors la température des couches voisines au point de les enflammer à leur tour, et la combustion se propage ainsi de proche en proche avec une vitesse plus ou moins grande. Cette vitesse dépend de la quantité de chaleur dégagée, de la température de la combinaison, de la conductibilité calorifique des gaz, de la pression et de

la masse à échauffer. On peut ainsi ralentir la vitesse de propagation, jusqu'à la rendre nulle, en ajoutant au mélange explosif une proportion de plus en plus grande d'un autre gaz qui n'intervient pas dans la combinaison. La chaleur dégagée par la combustion autour de l'étincelle est employée en partie à échauffer le gaz inerte, et il peut arriver que la température acquise par le mélange soit inférieure à celle qui est nécessaire pour provoquer la combinaison des couches suivantes. Dans ce cas, pour effectuer l'opération d'une manière complète, il serait nécessaire d'entretenir les étincelles d'une manière continue pendant un temps assez long, afin que toutes les parties du mélange vinssent s'y combiner tour à tour.

Ainsi Humboldt et Gay-Lussac (l) ont reconnu que, dans les mélanges d'hydrogène et d'oxygène où ce dernier gaz est en excès, il n'y a plus d'inflammation lorsque le mélange détonant forme une fraction moindre que les ~ du volume total, et que la combinaison est incomplète tant que le volume de l'oxygène est plus que 9 fois celui de l'hydrogène. Si l'hydrogène est dominant, au contraire, il en faut une proportion beaucoup plus grande pour rendre le mélange incombustible. L'azote se comporte à peu près comme un excès d'oxygène. Dalton (2) a trouvé que des mélanges de 10 volumes d'hydrogène avec 4 volumes d'air, ou de 15 volumes d'air avec 1 d'hydrogène, ne s'enflamment plus par l'étincelle, et que la combinaison n'est pas complète si le volume de l'hydrogène dépasse le double de celui de l'air, ou s'il n'en atteint pas le cinquième. L'acide carbonique empêche la combustion d'une manière encore plus efficace.

Les limites d'explosibilité varient d'ailleurs avec les diamètres des tubes eudiométriques et l'énergie des étincelles. On conçoit, en effet, que si la masse de gaz dans laquelle débute la combinaison occupe un espace très-restreint, la chaleur dégagée en ce point pourra être insuffisante pour échauffer la couche voisine, à laquelle elle se communique, jusqu'à la température de combinaison; tandis qu'avec une forte étincelle, le rapport de la masse échauffée à celle qui se combine sera beaucoup plus petit et la température plus élevée.

(*) Annales de Chimie, lre série, t. LUI, p 239. (1805).

'-) Thomson, Ânnals of philosophy, nouvelle série, t.. X, p. 504 (1825).

Par la même raison, la pression doit exercer aussi une influence sur le phénomène. Ainsi GroIlhus(1) a trouvé qu'un mélange de chlore et d'hydrogène ne détone plus quand il est réduit par la raréfaction au sixième de la pression atmosphérique, et il faut réduire cette pression au seizième pour empêcher la combustion d'un mélange d'hydrogène et d'oxygène. De même, un mélange d'air humide et d'hydrogène chauffé avec une lampe jusqu'à ce que le volume fût quadruplé, ne put être enflammé par une étincelle ni par la flamme d'une bougie ; cela tenait, sans doute à la présence d'une grande quantité de vapeur d'eau dans le mélange.

593. Papillons électriques. — Si le mélange est amené à la limite d'explosion, soit par une diminution convenable de la pression, soit par l'introduction d'un gaz étranger, l'inflammation peut encore se propager, mais d'une manière incomplète.et dans des directions irrégulières. MM. Demondésir et Schlçesing ont montré ce phénomène par une belle expérience. Un grand ballon en verre de 10 litres au moins de capacité est fermé par un bouchon percé de deux trous ; l'un de ces trous est traversé par un tube de verre qui s'ouvre au milieu du ballon et qui amène un courant rapide d'un mélange d'air et d'hydrogène; ce courant s'échappe par l'autre orifice. On obtient le courant gazeux qui convient en faisant arriver l'air à l'aide d'une soufflerie en relation avec un petit gazomètre à eau, pour que la pression soit à peu près constante, et l'on fait déboucher obliquement dans le canal de dégagement un tube à robinet qui communique avec un appareil producteur d'hydrogène ; on règle par tâtonnements l'ouverture de ce robinet d'après la manière dont marche l'expérience. En face de l'orifice du tube, dans le centre du ballon, on produit entre deux fils de platine une série d'étincelles à l'aide d'une bobine, ou bien on fait brûler d'une manière continue un tout petit bec de gaz. Si la proportion d'hydrogène est trop faible, le mélange ne s'enflamme pas. Quand on augmente peu à peu l'hydrogène, on voit d'abord les étincelles ou la flamme s'élargir et s'entourer d'une espèce d'auréole : la combinaison a déjà lieu, mais elle est limitée. Bientôt des espèces d'éclairs ou des langues

(*) Annales de Chimie, 1re série, t. LXXXII, p. 34.

tic feu se disséminent dans toute l'étendue du ballon d'une manière irrégulière, qui rappelle le vol d'un papillon ouïes mouvements d'un essaim de mouches, et le même phénomène persiste indéfiniment tant qu'on maintient le courant gazeux. L'expérience ne présente aucun danger d'explosion violente quand on commence par provoquer l'étincelle avant l'introduction d'hydrogène dans le courant d'air; si, par instants, la proportion d'hydrogène devient trop grande, l'inflammation se propage le long du tube jusqu'au point où débouche ce gaz ; il suffit alors de fermer un peu le robinet pour ramener la combustion dans le ballon et rétablir les choses dans l'état primitif.

On peut déterminer au moins une limite inférieure de la vitesse de propagation dans un mélange explosif, comme le faisait M. H. Saint-Glaire Deville (*), en enflammant ce mélange à la sortie d'un chalumeau, et en diminuant peu à peu la pression jusqu'à ce qu'une explosion se produise dans les tubes de caoutchouc qui amènent les gaz ; à ce moment même on évalue le débit. Le refroidissement causé par les parois des tubes, dans cette expérience, contribue à ralentir l'inflammation; la propagation doit être notablement plus rapide au sein d'une grande masse de gaz, parce qu'il n'y a pas alors de chaleur perdue et que les molécules acquièrent, par leur expansion subite, une vitesse de translation considérable.

594. Combinaisons lentes. — 11 se présente plusieurs cas où l'inflammation ne se propage pas d'une manière sensible, même pour des mélanges dans lesquels la proportion des gaz est exactement celle qui convient à la combinaison, soit parce que le dégagement de chaleur est trop faible pour échauffer les couches voisines jusqu'à la température de combustion, soit que le composé se forme avec absorption de chaleur, soit encore que les décharges électriques aient une action propre, indépendante de l'élévation de température.

.Priestley avait remarqué que l'air atmosphérique traversé par une série d'étincelles diminue de volume et acquiert la propriété de rougir la teinture de tournesol. Cavendish (2) a profité de cette observation pour déterminer par synthèse la composi-

(') Leçons sur la dissociation, p. 40.

[-) Phil. trans. abridged (^ 1 788 , vol. XVI, p. 451

TI'.AITÉ D'ÉLliCTlUClTÉ STATIQUE.

Fi?. 216.

tion de l'acide nitrique. Il fît passer une série d'étincelles au travers d'un mélange d'oxygène et d'azote en présence de l'eau de chaux. Le gaz était contenu dans la partie supérieure d'un tube en V renversé (fig. 216), à cheval sur deux verres renfermant du mercure dont l'un communiquait avec une machine électrique

et l'autre avec le sol. Cavendish trouva ainsi que la combinaison avait lieu entre 7 volumes d'oxygène et 3 volumes d'azote; le rapport de ces nombres est égal à 2,55, et diffère très peu du rapport véritable 2,5 déterminé par Gay-Lussac. M. Perrot a obtenu jusqu'à 100 milligrammes d'acide azotique par heure, en faisant passer un courant d'air dans un tube capillaire qui était traversé transversalement par une série d'étincelles d'induction.

L'acide azotique n'est ici que le résultat d'une réaction secondaire, car la combinaison qui s'effectue directement sous l'influence de l'étincelle est de l'acide hypoazotique, ou du bioxyde d'azote qui se transforme au contact de l'air en vapeurs nitreuses. Si l'on fait passer une série d'étincelles dans un ballon renfermant de l'air parfaitement sec, on voit rapidement le gaz prendre la couleur rutilante qui est le caractère de l'acide hypoazotique. Si le ballon renferme en même temps une solution alcaline ou si les parois du verre sont simplement mouillées, l'acide hypoazotique produit rapidement, par suite des réactions bien connues de ce gaz, une solution d'acide azotique.

Il faut remarquer cependant que la formation d'acide hypoazotique exige des décharges en forme d'étincelles; l'effluve électrique ne provoque pas la combinaison de l'azote avec l'oxygène et ne fait que transformer ce dernier gaz en ozone ; il est probable qu'alors la température n'est pas assez élevée.

595. Il semble que l'électricité joue un rôle nécessaire dans la formation directe des composés de l'oxygène et de l'azote, car on n'est pas encore parvenu à combiner les deux gaz par la seule élévation de température * Cependant cette combinaison s'effec-

EXPERIENCES D'ELECTRICITE ET PROPRIETES DE L^TLNCELLE. 207

tue, comme par entraînement, dans un certain nombre de circonstances où l'électricité n'intervient pas. Ainsi l'eau que l'on forme en brûlant de l'hydrogène dans l'air est toujours acide, les produits de la combustion complète des carbures d'hydrogène et du gaz d'éclairage renferment des traces de composés nitrés, et l'explosion d'un mélange d'hydrogène et d'oxygène dans un eudiomètre, en présence d'une petite quantité d'air, entraîne la combinaison plus ou moins complète de l'azote avec l'oxygène. M. Bunsen (*) a reconnu que cette combinaison n'a pas lieu d'une manière sensible lant que le volume des gaz tonnants est inférieur aux J du volume total ; mais, si l'on fait brûler 9 volumes de gaz tonnants mélangés avec 4 volumes d'air, il disparaît pendant l'opération 0,12 du volume de l'air. Avec une proportion plus grande encore des gaz de l'eau, il se forme une telle quantité d'acide nitrique, que le mercure est attaqué avec dégagement de bioxyde d'azote, et qu'on peut recueillir sur les parois du tube des cristaux d'azotate de mercure.

596. L'acétylène donne lieu à des observations tout à fait analogues. M. Berthelot (2) a obtenu ce gaz à l'aide de l'arc produit par une pile électrique entre deux cônes de charbon dans un courant d'hydrogène ; mais la chaleur seule, les décharges de batteries et les étincelles d'induction sont impuissantes pour effectuer cette combinaison directe. Si l'on part d'un carbure d'hydrogène, au contraire, on peut produire de l'acétylène dans une foule de circonstances. Le passage du gaz oléfiant, de la vapeur d'alcool, d'éther, d'aldéhyde, etc., dans un tube chauffé au rouge; les étincelles d'induction dans un gaz carburé ou une vapeur quelconque de substance organique; la combustion incomplète du gaz d'éclairage, de la benzine et d'une huile quelconque ; toutes ces circonstances produisent de l'acétylène en quantité plus ou moins grande. Il est donc à présumer que l'action de l'arc électrique est due, non pas à un effet particulier de l'électricité, mais à la grande quantité de chaleur qui s'y dégage et à l'excessive température.

Nous citerons encore l'acide cyanhydrique, que M. Berthelot (3)

(*) Méthodes cjazomc triques, traduction française, p. 65.

(-) Annales de Chimie et de Physique, 5e série, t. LXVII, p. 6-4.

t5) Annales de Chimie et de Physique, 4e série, t. XVIII, p. 102.

a obtenu en faisant traverser par des étincelles électriques un mélange d'acétylène et d'azote, et qui se produit, soit directement, soit par l'intermédiaire de l'acétylène, toutes les fois que des étincelles puissantes traversent un gaz carburé quelconque contenant de l'azote.

Les combinaisons qui s'effectuent par une action progressive de l'électricité paraissent assez nombreuses, mais il est souvent difficile de les observer à cause des réactions consécutives qui tendent à les détruire ; nous reviendrons sur ce point.

M. Arn. Thénard, en faisant agir les effluves électriques sur un mélange à volumes égaux d'acide carbonique et de protocarbure d'hydrogène, ou d'oxyde de carbone et d'hydrogène, a obtenu un liquide oléagineux (*). Cet expérience présente un intérêt particulier parce que le composé ainsi produit renferme des équivalents égaux de carbone, d'hydrogène et d'oxygène, et présente, par conséquent, la môme composition que l'acide acétique et la cellulose. Sous l'influence des effluves, l'acétylène se condense aussi en un corps liquide et même en un solide (2).

597. Décompositions. — Beccaria, dès 1758 (3) parvint à réduire des oxydes et à revivifier les métaux par les décharges électriques, et décomposa le sulfure de mercure. De Milly (4) réduisit de même le minium, la céruse, les chaux de bismuth, d'étain et de zinc ; il plaçait ces poudres entre deux cartons ou deux lames de verre et les faisait traverser par la décharge d'une batterie. Morgan observa que le passage des étincelles dans les liquides mauvais conducteurs, tels que les huiles et les essences, y produit un dépôt de charbon. Enfin Beccaria avait constaté aussi que les étincelles provoquaient dans l'eau un petit dégagement de gaz.

La plupart au moins de ces décompositions ne doivent être attribuées qu'à l'élévation de température. M. Grove (5) a montré, en effet, que l'eau peut être décomposée en partie à une température bien inférieure à celle que produit la combinaison de l' hydrogène et de l'oxygène : un fil de platine porté à l'incandes-

i1) Comptes rendus de V Académie des sciences, t. LXXVI, p. 517 et 985.

(■) Ihid. t. LXXV.II,p. 219.

[^) Lcltere deli clectricismo, p. 282.

1 Journal de Physique dé l'abbé Rozier, t. IV, p. 140.

s) Annales de Chimie et de Physique, 2e série, t. XXI, p. 129.

cence dans l'eau par un courant électrique, ou chauffé simplement avec un chalumeau, donne des bulles formées d'un mélange d'hydrogène et d'oxygène; le platine fondu versé dans l'eau dégage des gaz en grande abondance, etc.

598. Un grand nombre de gaz peuvent être décomposés par une série d'étincelles électriques. Van Marum a triplé ainsi le volume du bicarbure d'hydrogène; M. Grove et M. Perrot ont montré que les vapeurs d'eau, d'alcool et de plusieurs composés organiques sont aussi décomposés (*). 11 arrive souvent que l'opération a une limite naturelle, lorsque les corps qui proviennent de la décomposition restent à l'état gazeux et sont capables de se combiner directement avec explosion ; la décomposition n'est évidemment plus possible à partir du moment où une proportion nouvelle des gaz séparés rendrait le mélange explosible dans les couches que traverse l'étincelle. Il s'établit donc un équilibre entre le composé primitif et les produits de la dissociation, et cet équilibre dépend en partie de l'énergie des décharges.

Priestley avait remarqué que l'acide carbonique traversé par un grand nombre d'étincelles augmente de volume et n'est plus entièrement absorbable par l'eau de chaux. Monge (2), se servant d'excitateurs en fer pour répéter cette expérience, ne vit qu'un faible changement de volume, mais les métaux étaient oxydés et plus d'un tiers du gaz n'était plus absorbable par les alcalis ni inflammable. De Saussure (3) fit passer des étincelles pendant 18 heures entre une tige de cuivre et la surface du mercure dans un matras plein d'acide carbonique : le volume ne fut pas modifié, mais le mercure était noirci et le gaz renfermait 8 pour cent d'oxyde de carbone. M. H. Sainte-Claire Deville (4), avec des étincelles très-courtes entre des fils de platine, obtint au bout de 5 fois 24 heures un accroissement de volume de f , ce qui correspond à une décomposition des 28 centièmes du gaz primitif. M. Berthelot a constaté (3) que la décomposition de l'acide carbonique par une série d'étincelles augmente d'abord, puis diminue et éprouve plusieurs oscillations qui tiennent sans doute à des

(*) Annales de Chimie cl de Physique, 5e série, t. XXXIII, p. 87G et t. LXI, p. 161

(a) Mém. de l'Académie (1780), p. 450.

(5) Journal des mines, t. XII, p. 105 (1802).

*) Loc. cit. p. 74.

b) Annales de Chimie et de Physique, ¥ série, t, XVI II, p. 179 et '200.

il 14

210 THÀITE D'ELECTRICITE STATIQUE.

changements dans l'énergie des décharges. La décomposition paraît d'autant plus avancée que les étincelles sont plus faibles; on peut décomposer jusqu'à 0,29 d'acide carbonique, et cette proportion est très-voisine de la limite (0,33) à partir de laquelle le mélange serait explosible. M. Arn. Thénard a obtenu à peu près les mêmes résultats au moyen de l'effluve électrique, et vérifié qu'alors quelques étincelles plus fortes ramenaient le mélange à 7 pour 100 d'oxyde de carbone)1).

L'acétylène est aussi décomposé par les étincelles, mais, à l'inverse de ce qui a lieu pour l'acide carbonique, le mélange tend vers une composition fixe renfermant 0,12 d'acétylène, même quand la pression du gaz varie entre 0a,40 et 3m,50.

L'acide hypoazotique, qui se produit directement par l'action des étincelles est détruit en partie en azote et en oxygène par la même cause. M. Berthelot a obtenu, par exemple, au bout de dixhuit heures un mélange qui ne contenait plus que 0,14 de gaz non décomposé. Le protoxyde d'azote donne aussi de l'azote et du bioxyde, et le bioxyde lui-même se décompose partiellement d'abord en protoxyde et acide hypoazofique, puis finalement en azote et vapeur nitreuse (2). On peut prévoir que ces problèmes d'équilibre chimique, déjà mal définis quand le gaz composé est en présence des seuls produits de la dissociation, deviennent beaucoup plus complexes si l'on augmente la proportion de l'un des gaz constituants et si l'on introduit dans le mélange un gaz étranger, lequel peut intervenir lui-même d'une manière plus ou moins directe dans les produits définitifs. Nous renvoyons au mémoire déjà cité de M. Berthelot pour l'étude de ces phénomènes, tels que la décomposition de la vapeur d'eau, l'action de l'hydrogène sur l'acide carbonique signalée d'abord par de Saussure, l'influence de la pression sur les états d'équilibre, etc.

M. Perrot a cherché quelle est l'influence de la forme des décharges d'induction sur le travail chimique accompli. Il a constaté que, dans une étincelle composée d'aigrettes et de traits de feu, la décomposition provoquée par l'aigrette est beaucoup plus abondante ; le phénomène présente alors une sorte de conti-

(*) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LXXV* p. 118. (*) Annales de Chimie et. de Physique, 5e série, t. \l> p. 199.

nuité qui permet de comparer les effets des aigrettes à ceux des courants électriques.

599. Si l'un des produits de la réaction s'élimine naturellement par un changement d'état, ou si on le fait disparaître à mesure de sa formation à l'aide d'absorbants chimiques, on peut continuer les décompositions par l'étincelle beaucoup plus loin et même les achever complètement, comme M. Deville l'a montré par plusieurs exemples. L'acide sulfureux est ainsi décomposé en soufre et acide sulfurique, mais en quantité inappréciable ; si l'on introduit dans l'eudiomètre une solution de chlorure de baryum, le gaz disparaît peu à peu d'une manière complète : il se forme un précipité de sulfate de baryte et un dépôt de soufre sur les parois de l'éprouvette.

L'acide chlorhydrique est de même décomposé en chlore qui se combine avec le mercure et en hydrogène; mais la présence de ce dernier gaz dans le mélange empêche la réaction de conlinuer, et l'on ne peut guère décomposer par les étincelles plus de 0,05 du volume primitif.

L'oxyde de carbone est décomposé en charbon et en acide carbonique ; il suffit d'introduire dans l'éprouvette une dissolution de potasse pour que le gaz soit absorbé d'une manière complète, en même temps qu'il se forme comme une neige de noir de fumée au sommet du tube, entre les fils de platine où se produit l'étincelle.

Inversement, comme nous l'avons vu, l'acide carbonique se transforme en oxyde de carbone et en oxygène, de sorte que si l'on introduit dans l'eudiomètre un corps capable d'absorber l'oxygène, comme un morceau de phosphore, les produits de cette réaction seront finalement du charbon solide et de l'oxygène, et le gaz disparaîtra complètement. Le cyanogène se décompose aussi totalement en azote et en charbon.

Enfin l'ammoniaque est décomposée par une série d'étincelles en azote et hydrogène, comme l'a observé Van Marum, et l'opération est tellement voisine d'être complète, qu'il est difficile de constater directement qu'une portion du gaz est encore absorbablc par l'eau et les acides. Cependant il y reste de l'ammoniaque, car l'azote et l'hydrogène se combinent partiellement sous l'influence des étincelles. Pour le démontrer, il sufc

fit d'introduire dans l'éprouvette, au moment où le gaz paraît totalement décomposé, un volume d'acide chlorhydrique égal au" volume primitif de l'ammoniaque, et de faire continuer l'action des étincelles. Au bout de plusieurs heures, l'éprouvette se remplit de mercure et la partie supérieure est tapissée d'une couche de sel ammoniac.

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