II PRÉFACE
expériences et en provoquant de nouvelles. C'est ainsi qu'on découvre successivement la conductibilité élec^ trique, les deux manières d'électriser les corps, la production simultanée des deux électricités, la condensation etTinfluence. Une théorie générale rattachant l'ensemble des faits connus à un petit nombre d'hypothèses commence à devenir possible et, après les admirables travaux de Coulomb, on pouvait même croire que cette science était constituée d'une manière définitive. Les phénomènes étaient réglés par les mêmes lois que Tattraction universelle et les problèmes à résoudre ne devaient présenter dans la pralique que des difficultés d'analyse : les mémoires de Poisson relatifs à la distribution de l'électricité sur deux sphères voisines furent le plus bel exemple de ce genre de calculs.
Toutefois, il restait à faire un pas important pour envisager Télectrici té sous son véritable aspect, et ici encore Texpérience, entre les mains d'un homme de génie, devança de longtemps la théorie. En même temps que Coulomb déterminait les lois élémentaires des actions électriques, Volta mettait en évidence une propriété importante qu'il appela la tension électrique , propriété qu'il ne put rattacher par le calcul à aucune loi simple, mais qui lui permit de déterminer les capacités électriques des corps, la force condensante et l'état électrique de l'air, sans que, dans ces diflërentes applications, on puisse signaler aucune erreur d'interprétation.
Ces travaux de Volta auraient suffi à immortaliser son nom, si la découverte de la pile, qui n'était que le développement et la généralisation de ses premières idées , n'avait trop fait oublier le point de départ. La notion nouvelle de tension électrique, que Voila ne pouvait défi-
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nîr autrement qu'une tendance de rélectrîcité à marcher dans une certaine direction, est restée confuse et souvent mal interprétée, jusqu'à ce que les mathématiciens en eussent donné une définition précise, déduite des lois mêmes de Coulomb, et en eussent montré les principales propriétés. Mais, à ce moment, l'attention des physiciens était ailleurs : les travaux d'Œrstedt et d'Ampère sur l'électro-magnétisme et Télectro-dynamique, la découverte inattendue de Tinduction par Faraday, avaient fait connaître des phénomènes que Ton ne pouvait plus expliquer par le principe de Volta; les expérimentateurs furent entraînés dans une autre voie plus féconde et le Mémoire de Georges Green resta entièrement méconnu, même en Angleterre. Il fallut enGn que la théorie mécanique de la chaleur, établissant une corrélation entre les phénomènes physiques par le principe général de la conservation du travail sous toutes ses formes, amenât la révision complète et la coordination des phénomènes électriques, pour qu'ils apparussent sous un jour tout nouveau.
Si Ton voulait définir par un mot l'esprit de cet ouvrage, on pourrait dire que c'est l'étude de la tension de Volta, ou du potentiel, comme l'ont appelée les mathématiciens, des propriétés de cette fonction et de toutes les circonstances qui font naître entre deux corps une différence de tension ou de potentiel. Un titre rappelant ce caractère aurait pu manquer de simplicité et de clarté; j'ai préféré celui d'électricité statique, pour indiquer que c'est une première étude des phénomènes électriques, et me réserver plus de latitude dans le choix des matières.
J'ai consulté autant que possible les mémoires originaux et j'ai indiqué la plupart des sources au moyen de renvois nombreux. Je ne me suis pas proposé do faire un histori-
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que complet sur chaque question ni de citer tous les physiciens qui ont contribué aux progrès de la science, mais j'ai cherché à rendre justice aux savants qui ont introduit quelque idée ou quelque méthode nouvelle. Si je n'ai pas réussi dans cette tâche difficile, j'espère au moins qu'on ne trouvera dans cet ouvrage aucun parti pris d'exclusion ni de critique malveillante.
Parmi les ouvrages spéciaux qui m'ont été le plus utiles, je citerai les Leçons (TÉleclricUé statique de M. Riess, et surtout les mémoires remarquables réunis par M. William Thomson sous le titre de Papers on Eleclrostatics atul Magnetism. Pour la partie mathématique, j'ai eu recours en particulier à la Théorie mécanique de la chaleur de M. Briot et aux excellentes leçons professées par M. Bertrand au Collège de France.
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