Expériences de M. RIewi et de M. Warbnrs. — Toutefois
il reste encore dans cette question bien des points obscurs. La loi de Coulomb est, comme nous l'avons vu, une relation presque évidente (dans des limites qu'il est impossible de préciser d'avance) entre des expériences faites dans des conditions identiques; mais la valeur numérique du coefficient de déperdition peut être modifiée par un changement quelconque apporté à l'une des dispositions expérimentales. Ainsi, M. lliess a observé (') qu'à l'air libre le coefficient de déperdition croit avec la charge initiale, tandis que Tinverse a lieu dans la cage d'une balance fermée. Si, dans une balance, on détermine ce coefficient à
:*) Beibungnefectricilât, Ud I, p. I.'W.
DÉPERDITION DE L'ËLEGTRIGITË. 87
Taidc d'une même boule dont on augmente ou diminue la charge, on trouve une valeur plus faible pour les grandes cliarges que pour les petites. Pour expliquer cet effet, M. Riess admet que l*air de la balance s*ëlectrise relativement plus vile dans les cas des grandes charges , et s*oppose davantage à une déperdition nouvelle. Cependant, cette ëlectrisation disparait assez rapidement pour ne pas apporter de trouble dans des expériences successives séparées par un intervalle de quelques minutes.
L'interprétation de M. Biess ne parait pas entièrement satisfaisante et une partie au moins du phénomène qu'il a observé peut être attribuée aux supports eux-mêmes. Si la gomme laque n'est pas absolument isolante , elle peut emprunter au conducteur, surtout si la charge est grande, une quantité notable d'électricité et la lui restituer peu à peu, ce qui tendra à ralentir la diminution de force répulsive ; cette observation s'appliquera surtout aux expériences suivantes de M. Warburg. On sait, en effet, combien le pouvoir isolant d'une tige de gomme laque dépend de l'état de sa surface et, en opérant dans des conditions identiques, M. Riess a obtenu des coefficients qui varient du simple au double, suivant que les supports sont nouvellement préparés ou qu'ils datent seulement de quelques jours.
M. Warburg (*) a repris dernièrement cette question; il a constaté aussi ces variations de la déperdition avec la charge primitive, et il les attribue surtout à l'électricité dont les supports en gomme laque s'imprègnent peu à peu. Pour éviter cette cause d'erreur, il fait un grand nombre d'expériences successives dans le même gaz, en ayant soin de renouveler de temps en temps les charges du conducteur fixe et de l'aiguille mobile, et il n'accepte comme coefficients de déperdition relatifs au gaz ambiant que les résultats obtenus lorsque les variations deviennent insensibles, les supports pouvant alors être considérés comme saturés d'électricité. M. Warburg emploie une suspension bifilaire qui lui parait moins commode en pratique, mais plus constante dans ses indications à cause des changements permanents de torsion qu'il craint pour les fils de métal. H a vérifié l'exactitude de la loi de Coulomb, l'égalité de déperdition pour les deux électricités
[*) Pngg, annahn.. Bel CXIV, p. 578 (i872).
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et la diminnution du coefficient de déperdition avec la pression; mais il trouve que l'humidité n'a pas d'influence, ce qui est contraire à tous les résultats obtenus par d'autres observateurs , et que la déperdition n'est pas la même dans tous les gaz secs : elle serait, par exemple, deux fois plus rapide dans l'hydrogène que dans l'air ou l'acide carbonique.
Un détail des expériences de M. Warburg mérite d'être signalé : le pourtour de la cage a été garni intérieurement de lames de métal pour éviter l'électrisation qui finit toujours par se produii'c sur les parois d'une cage en verre et pour soustraire les corps renfermés dans la balance à toute action électrique des corps extérieurs. C'est là une précaution que Faraday a recommandée depuis longtemps et qu'il est indispensable de prendre dans la plupart des expériences d'électricité statique, si Ton veut éviter des perturbations irrégulières souvent considérables.
M. Warburg obtient des coefficients de déperdition incomparablement plus faibles que ceux de Coulomb, j^ par exemple, tandis que Coulomb n'en a guère observé de plus petit que ^^\^ ; c'est qu'en effet les expériences ne sont guère comparables. La cage de la balance employée par M. Warburg était tellement étroite que le conducteur fixe et le conducteurs mobiles, formés de disques de 17'"°* de diamètre, étaient écartés l'un de l'autre de 30"", tandis que chacun d'eux n'était éloigné des parois que de 28"*", circonstance qui ne pouvait être indifférente, surtout à cause de la conductibilité des parois. Rien n'indique, d'un autre côté, que toutes les précautions recommandées par Coulomb aient été prises pour s'assurer de l'isolement par les supports; or, quand un bâton de gomme laque imprégné ou saturé d'électricité est en contact avec un disque conducteur, il est clair que la gomme laque restitue peu à peu au disque l'éiectricité que celui-ci perd par le contact de l'air , et il parait difficile d'admettre que la diminution de force répulsive entre les deux conducteurs indique, d'une manière môme approchée, la perle d'électricité qui a lieu réellement par le contact du gaz ambiant sur le conducteur.
Il résulte de toutes ces expériences que l'affaiblissement graduel de l'électricité d'un conducteur isolé est un phénomène très-complexe, qui dépend de la charge électrique primitive, de
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la nature et de lYtat du gaz ambiant, de la conductibilité superficielle ou intérieure des supports , de la manière dont ces supports se laissent peu à peu pénétrer par Télectricité, etc. ; et la loi de déperdition n*a d*autre portée que celle d'une formule empirique propre à déterminer dans chaque cas particulier la valeur de certains termes de correction.