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RAPPORTS DE L'ÉLECTRICITÉ AVEC LES PHÉNOMÈNES NATURELS

la contraction a cessé ; et cette persistance doit avoir lieu cIme l'honnne comme chez les animaux. On peut d’ailleurs le prouver directement en observant que si, après avoir fait dévier l’aiguille du galvanomètre par la contraction des muscles d’un • bras, on laisse ces muscles revenir à l’état naturel, l’aiguille^ ne revient au zéro qu’avec une extrême lenteur.

On a objecté contre les conclusions de M. Dubois-Reymond que lorsqu’on fait avec la grenouille une expérience semblable à celle qui montre l’existence du courant musculaire dans l’homme, on obtient un effet inverse. En effet, si l’on place une grenouille à cheval par ses musdes inférieurs sur les vases de communication, on n’aperçoit d’abord aucun courant, mais si l’on fait contracter un de ses muscles après avoir coupé l’un des nerfs sciatiques pour paralyser l’autre, le galvanomètre accuse un courant qui est descendant dans le muscle contracté, tandis <|u’il est ascendant dans le muscle contracté de l’homme; aussi bien quand les muscles qui servent à former le circuit sont ceu» despieds que lorsque ce sont ceux des bras. Cette différence tient ■ très-prôpablement à la différence si grande qui existe dans la forme et les dispositions des masses musculaires chez l’homme et chez la grenouille. Au reste, on peut reconnaître une semblable opposition dans les résultats chez les animaux enxmômes. Ainsi les choses se passent chez le lapin comme chez V’homme, et cependant les lois du courant musculaire sont les mêmes chez le lapin que chez la grenouille et les autres animaux. Mais le fait est qu'il existe dans la disposition des muscles de la grenouille, du lapin et de l’homme une différence importante qui explique peut-être la différence des résultats. Dans la grenouille, à l’extrémité supérienre du muscle gastroenémien, la coupe transversale naturelle est. comme ensevelie dans la masse du muscle, ce qui fait- que ce muscle ne peut donner à l’état de repos qu’un courant ascendant ; tandis que dans l’homme et dans le lapjn la masse musculaire qui correspond ■au gastroenémien de k grenonille, se termine à sa partie supérieure par des aponévroses parfaitement libres, ce qui fait que dans l’état de repos le muscle peut produire un cotirant descendant dans le circuit extérieur. ■ . ' j

, ÉLECTRICITÉ BANS LES ACTIONS PHYSIOLOGIQUES. 4t

f Vous ne terminerons pas ce paragraphe sans indiquer un moyen que M. Dubois-Reymond a employé pour augmenter considérablement le courant produit par la contraction volontaire des muscles, et qui consiste à enlever l'épiderme au moyen de vésicatoires appliqués au bras , et de mettre ces plaies artificielles en communication avec le galvanomètre. De cette manière B A obtenu un courant de 60 à 70", tandis qu’en faisant communiquer le galvanomètre avec les mêmes points de la peau demeurés instacts, il ne produisait qu’une déviation de 2 à 3* par la même contt'action d’un bras; ce qui prouve que la présence de l’épiderme occasionne la plus forte des résistances qui s’opposent à la manifestation des courants de l’organisme humain. .

$ 4a Do cooraot ■erveas.

Le rôle des nerfs dans la production de l’électricité animale, envisagé dans l’origine comme très-important, avait paru plus' tard, à la suite des recherches multipliées de M. Matteucci, se réduire à celui de corps simplement conducteurs et participant ^ l’état électrique de la partie du muscle à laquelle ils étaient liés. Nous avons déjà vu que, même sous le rapport de la conductibilité, la substance nerveuse est très-inférieure au tissu musculaire quoique le nerf proprement dit soit un peu meilleur conducteur que la substance cérébrale. Mais M. Dubois- Reymond a réussi à démontrer au moyen d’expériences faites ' ,

avec soin et à l’abri de toute objection, qu’il existe dans les nerfs comme dans les muscles des animaux vivants ou récemment morts, des courants électriques parfaitement déterminés, il suffit, {>our cette démonstration, depreiidre un fragment tout récemment enlevé au nerf ischiatique d’une grenouille, et de le placer sur les «oussinets de hiçon qu’il soit en contact avec eux, d’un côté par sa section longitudinale, de l'autre par une sec- •tion transversale artificielle (fig. 34f), et on obtient aussitôt un courant qüi peut aller jusqu’à 23 ou 3Ô®, mais ordinairement

' Tome 11, page tS3. ' ‘ "

42 RAPP0BT8 DE L ELECTRlCiTi AVEC LES P^NQMiMSS NATURELS.

s^ulemeot jusqu'à 15 ou 18°; ce courant qui finit par produire une déviation constante de 5 à 8° est constamment dirigé, .

Fig. 3«. Fig. 312.

comme dans le muscle de la section longitudinale à U transversale, à travers le fil du galvanomètre. Il est parfaitement indifférent pour la direction du courant que ce soit l’une ou l'autre des deux sections transversales qui soit en contact avec le coussinet, le courant marche toujours dans le même sens (fig. 342). Si lé nerf est mis en communication avec les deux coussinets par ses deux sections transversales également eu étant soutenu sur une petite plaque de verre (fig. 343), l'aiguille du galvanomètre ne se meut pas; ou si elle manifeste quelques légères déviations soit dans un sens, soit dans un autre, cela tient à la difficulté qu’il y a à ne toucher les coussinets que par la section transversale seule, en évitant tout contact de la section longi-

tudjnale. La petitesse de la section transversale empêche qu’on pqisse étudier les différences d’action é|ectromotrice de ses différents points, mais il n’en est pas de même pour la section longitudinale ; il est facile, comme pour les muscles, de mettre en tontact avec les coussinets deux points non symétriques de cette section, et on obtient alors (fig. 344) un courant beaucoup plus faible il est vrai que lorsque le circuit est fermé par les sections transversale et longitudinale, mais qui pourtant produit une impulsion de 6 à 7° et une déviation constante de

ÉLECTHICITÊ PANS IS8 ACTIONS PHYSlüLOCIQUES, ,, 43

2 à 4°. Le sens du eouranl indique que les points rapprochés du milieu du fragment nerveux sont positifs par rapport à ceux qui sont plus voisins des extrémités. Quand les deux points de la section longitudinale sont à égale distance du miUeu, il n’y a aucun courant.

Les phénomènes électriques que nous venons de décrire sont les mêmes dans les nerfs quelle que soit Içur nature, aussi bieq dans les nerfs du sentiment que dans les nerfs du mouvement, dans les racines antérieures que dans les postérieures, dans les centres nerveux mixtes que dans les simples. Le nerf optique de la grenouille étant trop petit pour ce genre d'expérience, M. Puhois»I\eymond a pris celui d’un poiséon, de la tanche par exemple, et il a obtenu un courant de 40 à 43“ dirigé toujours de la section longitudinale à la transversale à travers le fil du galvanomètre, dans le cerveau qui ne présente pas de section longitudinale proprement dite, c’est toute section artificielle qui est négative par rapport aux points de la surface naturelle, laquelle joue le même rôle que la section longitudinale. Ajoutons que, de même que lorsqu'il s’agit du courant musculaire, les nerfs de l'homme et des animaux des diverses classes présentent tous les mêmes phénomènes.

M. Dulmis-Heymond a réussi à percevoir le courant nerveux au moyeu de la grenouille galvanoscopique aussi bien qu’en employant le galvanomètre multiplicateur. 11 suffit en effet de mettre le nerf de la grenouille galvanoscopique dans le circuit du courant nerveux en employant un coussinet auxiliaire placé entre les deux autres, pour voir la grenouille se contracter par l'effet de ce courant , dans les mêmes cas où l’aiguille du galvanomètre est déviée.

Ainsi le courant nerveux est soumis aux, mêmes lois que le Courant musculaire; nous pouvons donc assimiler ces deux courants et considérer le premier comme étant, aussi bien que le second, une dérivation du courant qui s'établit dons les nerfs et dans les conducteurs dont il est entouré, par l'effet de la polarité électrique des particules nerveuses et de la disposition qu’elles affectent sous l’influence de la force vitale. Quant à la puissance éjectromotrice des particules nerveuses compa-

44 RAPPORTS DE l'ÉLECTRICITÉ AVEC LES PHÉNOMÈNES NATURELS, rée à celle des particules musculaires, il est difficile de l’apprécier, mais on peut affirmer qu'à eirconstances égales le courant nerveux n'est nullement inférieur en force au courant musculaire.

Il est important maintenant de savoir ce que devient le courant nerveux quand le nerf est mis dans cet état particulier qui le rend propre à transporter aux muscles ou aux centres nerveux ces modifications que nous percevons sous forme de mouvement ou de sensation. La première chose à faire, c'est de trouver un moyen de mettre le nerf dans un état analogue à celui qui représente dans le muscle la tétanisation ; cet état est pour le nerf de mouvement évidemment celui qui produit le tétanos dans le muscle correspondant, et pour le nerf de sentiment celui qui produit la sensation la plus vive possible de quelque nature qu’elle soit. Nous appellerons tétaniser le nerf le mettre dans cet état, et pour le tétaniser nous avons vu que le moyen le plus simple est de faire passer dans une partie de sa longueur une série de courants interrompus.

Mais, avant d’examiner l'effet de la tétanisation, il est nécessaire d'étudier celui qui résulte du passage de courants constants à travers le fragment nerveux. Pour cela il suffit de placer le nerf (fig. 345) de manière qu’il soit en contact par sa section transversale avec l’un des coussinets et par sa section longitudinale avec l'autre, pendant que son prolongement va reposer sur les deux lames de platine, de façon à ce que la portion comprise entre ces lames soit traversée par un courant constant auquel elles servent d’électro- Fig. 315. • des. Si le courant de la pile a une di-

rection semblable à celle du courant nerveux qui circule entre les deux coussinets, on voit aussitôt celui-ci augmenter d’intensité; il diminue si la direction des deux courants est inverse. Ces variations se maintiennent aussi longtemps que le prolongement du nerf est traversé par le courant voltaïque; elles cessent aussitôt que celui-ci ct^ interrompu. Il résulte donc

. ÉL8CTRICITÉ DANS LES ACTIONS PinSlOLO(!l(J«ES. 45

évidemment de la circulation dans une partie du nerf de ce courant étranger, une altération dans tout le nerf lui-mème, et c’est cette altération que Dubois-Reymond a désignée sous le nom à'ètat éleclroionique du nerf. 11 distingue deux phases différentes dans cet état électrotonique, celle pendant laquelle le courant nerveux éprouve une augmentation d'intensité et qu’il appelle positive, celle pendant laquelle il éprouve une diminution et qu’il appelle négative.

On peut déterminer les deux phases en même temps dans le même nerf en faisant passer le courant artificiel dans une portion prise au milieu de sa longueur, et en faisant aboutir chacune de ses extrémités à deux systèmes de coussinets réunis chacun séparément par un galvanomètre au moyen d’un arrangement semblable à celui que représente la figure 345 pour une seule des extrémités du nerf. On voit alors par l’effet du même courant voltaïque, celui des deux courants nerveux qui va dans le môme sens que le courant artificiel augmenter d’intensité, pendant que l’autre qui va en sens contraire est affaibli.

Ajoutons que les phénomènes sont d’autant plus prononcés que l’intervalle qui sépare la portion du nerf placée dans le circuit du courant extérieur de la portion qui est dans le circuit du galvanomètre, est plus petit, que le courant extérieur luimême est plus fort, et que la portion du nerf soumise directement à son action est plus longue.

11 résulte de l’étude du phénomène que. nous yenons de. décrire et des circonstances qui le favorisent, qu’on peut s’en rendre compte en supposant que l’état électrotonique qu’affecte le nerf est dû à une polarisation moléculaire du nerf analogue à celle qui est déterminée dans tous les corps conducteurs par l’effet du passage d’un courant électrique. Cette polarisation consiste en ce q.ue les molécules nerveuses, douws naturellement, comme celles du muscle, de deux pôles électriq^ues , tournent toutes leurs pôles positifs du côté vers lequel se dirige le courant, et leurs négatifs du côté d’où il vient. 11 faut seulement admettre que cette action polarisante peut s’étendre avec une intensité décroissante , il est vrai, jusqu’aux portions du

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nerf qui sorti en dehors du circuit du courant artificiel. Cette explication , que nous empruntons h M. Dubois - Reymond , n exige point qu on doive admettre , avec ce physicien , dans le nerf pas plus que dans le muscle , l’existence de molécules péripolaires qu’il suppose être formées dans le nerf, chacune de la juxtaposition de deux molécules bipolaires. Nous estimons qu’il est suffisant de supposer que ces molécules sont bipolaires, et que, sous l’inlluence du principe vital , elles sont dans le nerf chmmc dans le muscle disposées de manièpe que leuPs pôles positifs soient touPnés extérieurement et h>urs négatifs intérieurement. Cette disposition explique pour le nerf de la même manière que pour le muscle, la manifestation d’un courant propre, appelé dans ce cas courant nerveux , qui a lieu quand on fait communiquer une section transversale du nerf avec une section longitudinale. Mais, sous l’influence du courant extérieur, les molécules nerveuses plus mobiles que célles des muscles peuvent, en partie du moins, se disposer les unes à la suite fiés autres suivant le mode désigné sous le nom de polarisation, et affecter celle disposition même dans les portions du nerf non traversées directement par le courant. 11 en résulte la circulation dans le nerf d’un courant nouveau qui doit augmenter ou diminuer, suivant sa direction , le courant nerveux lui-même.

Si le courant qu’on fait passer par le fragment du nerf placé entre les deux lames de platine, au lieu d’élre continu, est discontinu et encore mieux dirigé alternativement en sens contraire, cas dans lesquels la tétanisation est produite, la partie du nerf placée dans le circuit du galvanomètre éprouve une di*roinution dans son propre courant, quelle que soit la direction du courant extérieur, tandis qu’avec le courant continu il y a augmentation quand le courant va dans un sens, et diminution quand il va dans l’autre. L’etfet de la tétanisation est par conséquent le même pour le nerf que pour le muscle. Mais il importe de savoir si cet effet a encore lieu quand on tétanise le nerf autrement que par la voie électrique; M. Dubois-Reymond a rêussi à constater qu’il en est ainsi, et pour cela il a été obligé d’employer un galvanomètre de 24,160 tours. Au moyen de

fiLECTRICITt DA1»S LES ACTIONS RttTSIOLOOtQCSS. 47

cel instrument si sensible et par conséquent si difficile à manier, il a obtenu Une oscillation négative du courant nerveux en opérant sur le nerf d’une grenouille empoisonnée par la strychnine, nerf qu’il avait mis à nu depuis le jarret jusqu’à la colonne vertébrale et qui se trouvait tétanisé par l’effet du poison. On obtient également une oscillation négative du courant nerveux, mais de 1* à 3° seulement, en brûlant, en meurtrissaut l’extrémité libre d’un nerf placé entre les conssinels, comme il est disposé dans les ligures 341 et 342.

'Pour savoir si l’oscillation négative du courant nerveux, que produit la tétanisation, est continue ou interrompue comme dans le muscle, il est nécessaire de substituer au galvanomètre multiplicateur le galvanomètre physiologique. Dans ce but on place sur les lames de platine de l’appareil de la ligure 345 un fragment de nerf dont le reste vient reposer sur une lame de verre bien sèche, puis l’on ferme le circuit en unissant, au moyen d’une portion du nerf de la grenouille galvanoscopique, la section transversale et la section longitudinale du premier nerf; on transmet à travers ce nerf un courant rendu discontinu au moyen d’une roue dentée mise dans le circuit d’un couple de Grove, et on obtient la contraction secondaire dans la grenouille galvanoscopique. Afin de déterminer si cet effet provient de la variation négative du courant nerveux dans le nerf traversé par le courant artificiel, comme lorsqu’il s’agit du muscle, ou simplement de l’apparition ou de la disparition successives dans ce nerf de l’état électrotonique, M. Dubois-Reymond a tenté avec succès d’obleûir là contraction secondaire en posant simplement' à côté l’une de l’autre les extrémités du nerf excité par le courant et du nerf de la grenouille galvanoscopique (fig. 346). Il n'est donc pas nécessaire que le nerf éxcité soit en contact avec l’autre par la section longitudinale et la section transversale en même temps, ce qui semble indiquer que la contraction secondaire

48 RAPPORTS DE l'£LECTRICIT£ AVEC LES PtliNOMiNKS NATURELS, ne tienl ett'eclivcmcnt pas à la variation négative du courant nerveux; mais bien aux oscillations de l’état électrotonique. Ce qui confirme cette conclusion, c'est que pour obtenir la contraction secondaire, il ne faut pas que la portion du nerf principal qui est à côté de celui de la grenouille galvanoscoinque soit trop éloignée de la portion soumise directement à l’action do courant extérieur, et il est nécessaire que la tétanisation soü produite par voie électrique. • , •

11 y a donc nne dill'érence importante entre les muscles et les nerfs quant à la cause de la contraction secondaire qui résulte de leur tétanisation, l’effet étant produit dans les premiers par la variation négative du courant musculaire qui accompagne la contraction et étant indépendant de la cause de cette contraction, tandis que dans les nerfs il est lié avec l’apparition et la cessation de l’état électrotouique, et par conséquent dépendant du mode employé pour les exciter; mode qui doit être un courant éleçtrique. On ne peut doue décider par les expériences qui précèdent la question de savoir si la variation négative est continue ou intermittente.

M. Dubois-Reymond a réussi à démontrer, en disposant l’expérience comme l’indique la ligure 346, que l’état électrotonique du nerf excite directement détermine aussi dans le nerf contigu un état électrotouique^ mais inverse du sien propre. Il a même réussi à produire l'état électrotonique dans un nerf par l’effët de son propre courant ; dans ce but, après avoir disposé le n.erf comme l’indique la ligure 34l , il a relié l’extrémité libre en anneau de façon que la section transversale c fût en contact avec une partie de la section longitudinale située en dehors des coussinets; il en est résulté un courant circulant dans4a partie du nerf repliée on anneau, et un état électrotonique accusé par le changement d'intensité du courant dans la portion comprise entre les deux coussinets. , ' ,

Toutes les expériences relatives au courant nerveux ont été répétées sur des nerfs de nature différente, et on s’est assuré qu’il n’existait aucune différence entre eux, quant aux effets observés, qu’à cet égard les nerfs du mouvement et les nerfs du sentiment se conduisent de la même manière ; cefte observa- '

- . ÉLKCTRICiTÉ DANS LES ACTIONS PHTSIOLOOIQDBS. 49

lion a permis de résoudre la question de savoir si dans chaque classe de nerf rirritation n'est propagée que dans une direction, de haut en bas dans les nçrfs du mouvement, et de bas en haut dans ceux du sentiment, ou si elle peut être propagée dans tous les nerfs dans les deux directions opposées également. Kn effet, la question ne peut être résolue que de la seconde manière,. une fois qu'il est démontré que , quelle que soit la portion d'un nerf quelconque qu'on tétanise , il se manifeste une variation négative du courant nerveux dans le reste du nerf, preuve que l'irritation se propage dans tous les sens également.

Une dernière observation importante en ce qui concerne l'état électrique des nerfs, est encore due à M. Dubois-Reymond. Il avait remarqué que dans les animaux à sang chaud il arrive quelquefois que la direction de leur courant musculaire est renversée un instant très-court avant le moment où il disparaît tout à fait par l'effet de la perte de la vitalité. Le courant nerveux présente une modification du même genre, quoique non identique, quand on blesse le nerf par des actions soit mécaniques, soit calorifiques, soit cliimiques. Ainsi si l'on approche brusquement d'un nerf placé sur les coussinets un fer rouge, mais sans le toucher avec ce fer, on voit le courant nerveux changer rapidement de direction, sans que cependant la propriété du nerf d'agir sur le muscle soit détruite ; si on replace le nerf en contact avec le muscle de manière qu'il recouvre sou humidité naturelle, il reprend en même temps son pouvoir électromoteur ordinaire. Cependant il est facile de prouver, par des expériences directes, que ce renversement du courant n'est point dû à une augmentation de résistance dans le nerf, provenant de sa dessiccation par l'effet delà chaleur rayonnante. Une chose remarquable, c'est que lorsque le nerf est dans cet état anormal, toutes les sections transversalesqu'on y détermine en le coupant, sont positives au lieu d'être négatives, par rapport à la section longitudinale. >

$ a. Rapprochement entre le courant mnecnlnlre et le courant nerveux et eonx^hnencee phyxloloflnuee.

Nous pouvons maintenant regarder comme démontré d'une

oO RAPPORTS BE L’ÉLBCTRlCJTt AVEC LES PHÉNOMÈNES NATl RELS.

manière péremploire par les recherches que nous avons expo* sées : 1* qu'il existe soit dans les muscles, soit dans les nerfs de tous les animaux, une électricité naturelle indépendante des actions mécanique, physique et chimique, soit extérieures, soit intérieures ; 2* que cette électricité se manifeste sous forme de courants fermés circulant le long des muscles ou des nerfs de l’animal, et dont nous ne pouvons percevoir par le secours de nos instruments qu’une portion dérivée très-petite ; 3* que la présence de cette électricité libre est subordonnée à l’état de vie de l’animal et qu’elle disparatt avec la force vitale. Ces points une fois acquis, voici, en résumé, les lois qui régissent les courants musculaires et les courants nerveux; elles sont les mêmes, sauf en un petit nombre de points assea essentiels, il est vrai, que nous aurons soin de faire ressortir.

1* Dans les nerfs comme dans les muscles il y a un antagonisme électrique entre la section transversale qui est négative, et la longitudinale qui est positive, avec cette légère différence que les herfs n’ayant pas de section transversale naturelle, il faut les couper pour percevoir leur courant, tandis que ce n’est pas nécessaire pour les muscles qui ont deux sections transversales naturelles. Cependant le pouvoir électromoleur des muscles qui n’ont pas été coupés est quelquefois plus ou moins dissimulé par l’effet de la couche parélectronontique qui exerce une action électromolrice contraire. Cette action se reconnaît en ce qu’elle semble augmenter par l’effet du refroidissement, à cause de la diminution que le froid apporte au courant musculaire, sans altérer celui de la couche parélectronomique. '

2” Les lois qui régissent l’état électrique des muscles et des nerfs appartiennent à-chacune des plus petites parties dont on peut les supposer formés, c’est-à-dire à leurs éléments.

3* Le pouvoir électromoteur des musclçs et des nerfs ne dure après la mort dé l’animal auxquels ils appartiennent, ou ajH^ qu’ils en ont été séparés, que tant que subsiste leur susceptibilité à être excités; susceptibilité qui peut disparaître soit graduellement par la cessation des conditions nécessaires à la vit;, soit par la privation souda'ine de leurs propriétés vitales au moyen de la chaleur, des actions chimiques, etc.

tLECTHIClTt DANS LES ACTIONS rBT8UM.OOIQUSS. 51

4° On observe une soudaine et grande diminution danà le courant du muscle aji moment où l'on détermine la contraction, et dans celui du nerf quand un mouvement ou une sensation sont transmis.

5* La variation négative du courant musculaire n’est pas permanente, lors même qne la contraction semble l'être comme dans l'état de tétanos, mais elle se compose d'une succession rapide de simples et soudaines variations d'intensité. Le courant musculaire ne reprend pas immédiatement, mais seulement peu à peu son intensité après que la contraction a cessé.

6° Le nerf diffère du muscle sous le rapport électrique en ce que, lorsqu’il est traversé dans une portion de sa longueur par un courant continu, le nerf tout entier revêt un état électrique que nous avons appelé électrotonique, d’où résulte la production d’un courant qui, suivant sa direction, augmente ou diminue reffet du courant ordinaire. Cet état électrotonique du nerf qu'on ne peut imprimer aux muscles, est on commencement d’électrolysation , il détermine une contraction soit en naissant, au moment où le circuit est fermé, soit en disparaissant, au moment où le circuit est rompu.

7* Les phénomènes électriques sont identiques dans les nerfs de mouvement et dans ceux de sentiment ; les uns comme le& autres transmettent l’irritation dans les deux directions également.

Si maintenant nous rapprochons les faits que nous avons décrits dans les divers paragraphes qui précèdent de ceux que nous avons exposés dans le chapitre IV de la quatrième partie de ce traité , intitulés : Des effets physiologiques de î èlectrieiti^ nous arrivons à des conséquences remarquables.

Nous avions observé que, lorsqu’on agit par un courant sur les nerfs d’un animal vivant, il y a, au commencement de l’expérience, contraction de ses membres inférieurs et manifestation de douleur aussi bien au moment où l’on établil qu’au moment où L’on interrompt le circuit, et cela quelle que soit la direction du courant ; mais on ne tarde pas a s’apercevoir, en continuant l’expérience, qu’au bout d’un certain temps d’au-

52 RAPPORTS DE l'ÉLECTRICITÉ k\tC LES PHÉNOMÈNES NATDRELS. tant plus court que le courant employé est plus intense, il existe une différence entre les effets, suivant que le courant chemine dans une directioa ou dans une autre, et suivant que l'on établit ou que l’on ferme le circuit. Quand le courant qui circule est direct, c’est-à-dire dirigé dans le sens de la ramiffcation du nerf, l’effet en est limité aux contractions des muscles infé-^ rieurs au moment où l’on ferme le circuit, et à une contraction des muscles du dos accompagnée d’une manifestation de douleur quand on ouvre le circuit. Avec le courant dirigé en sens inverse, ce sont les contractions des muscles du dos et la manifestation de douleur qui ont lieu quand ou ferme le circuit, et la contraction des muscles inférieurs quand on l’ouvre. Il y a donc deux périodes dans l’action du courant sur l’animal vivant, et on peut résumer ce qui les caractérise, en disant que dans la première le courant agit dans tous les sens soit au moment où il est établi, soit au moment où il est interrompu, et que dans la seconde il agit dans le sens de sa direction quand il commence, et dans le sens contraire à sa direction quand il cesse. M. Matteucci a réussi en opérant sur un lapin à confirmer ces résultats déjà signalés par Marianini, comme nous l’.avons vu dans le chapitre IV de la quatrième partie.

Avant d’aller plus loin, remarquons que si le courant peut produire avec la douleur des contractions dans les muscles du dos et de la tête, lors même qu’il n’agit pas directement sur un nerf qui se ramifie dans ces muscles, et déterminer ainsi un mouvement par l’excitation électrique du nerf au-dessus de la partie excitée, cela tient à une action appelée réflexe ou de réflexion, action qui est due elle -même à ce que l’excitation sensoriale du nerf sur lequel agit le courant détermine la contraction par l’intermédiaire du centre nerveux auquel elle aboutit. C’est ce que M. Matteucci a très-bien démontré en coupant à un lapin soumis à l’expérience, la moelle épinière soit totalement, soit en des points différents. Quand la moelle a été coupée tout à. fait à son extrémité, il n’y a plus de contraction sur aucun point supérieur au nerf excité; dans les autres cas, il y en a encore sur ceux des muscles qui sont inférieurs au point où la moelle a été coupée.

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