EFFETS PHYSIOLOGIQUES DE L*ÉLEGTRIGITÉ DYNAMIQUE
un fil de cuivre K, très-minee et recouvert de soie, qui est fixé à un morceau E d'ivoire. Il est clair que, pour faire passer le courant à travers le nerf, il n y a qu'à toucher avec les pôles de la pile la tige A B dans un point quelconque, et le fil métallique K qui est soudé à l'aiguille d'acier.
Maintenant pour opérer, il faut faire passer un couraut électrique ou une certaine décharge de la bouteille de Leyde par une certaine longueur du nerf de la grenouille; l'effet électrophysiologique est la contraction du membre qui, dans un certain temps, s'élève à une certaine hauteur. Mais ta difficulté est de faire passer des quantités d'électricité qui soient entre elles dans des rapports donnés, afin de les comparer à l'effet électrophysiologique correspondant. D'abord il faut employer un courant très-faible pour que les effets ne soient pas tous à leur maximum; le courant d'un couple, affaibli même par son passage à travers l'eau, est suffisant ; puis, pour faire passer dans le même nerf, tantôt la moitié, tantôt le tiers ou le quart de l'électricité, M. Matteucci interpose entre la pince et la cuisse un, deux, trois nerfs aussi semblables que possible, soit entre eux, soit au nerf soumis à l'expérience; et admettant comme approximativement vrai que la moitié du courant passe dans chacun des nerfs quand il y en a deux, le tiers quand il y en a trois, et ainsi de suite, il se trouve réduire dans la proportion voulue le courant qui passe par le nerf principale Voici une des nombreuses expériences que M. Matteucci a faites de cette manière:
Nombre des nerfs.
Degrés de la contraction.
Quoiqu'en général les résultats différent assez notablement entre eux, ce qui est inévitable dans ce genre d'expériences, M. Matteucci croit pouvoir en conclure que l'efet physiologique est proportionnel à l'intensité du courant électrique.
^ Il est Trai qa*en augmeoUnt le nombre des nerfs, le eourint total doit augmenter, mais comme les nerfs sont des conducteurs trèHmparfsits^ cette augmentation n*est pas considérable.
450 TBiLNSBfISSIQlf PB {.^tiKCTBiClTÉ.
Toutefois, il n'est pas probable que ce genre d'action soit soumis à des loi3 t^ussi précisi^s^ çt un savant allemand, qui a fait de grands et importants travaux sur ce sujet, H. Du Bois- Reymond» a cru pouvoir établir la loi fondamentale que voici, comme régissant l'excitation électrique, savoir : que ks ner/s moteurs ne sont pas excités pçr la grav^deur absolue (fe la densité * du couranty rnais par les variations gu' éprouve le montant de cette densité dun instant à t autre ; T excitation causée par ces changement^ étant daufant plus grande qu'ils ont lieu plus rapidement , ou qi/^iU sont plus considérables dans un temps donné. Or, cette loi, établie par de nombreuses expériences, ne peut se concilier avec celle de A(. M^itteupci. On peut, comme l'a fait M. Du Qois-Rçymond, figurer dans chaque cas ce^ effets par deux courbes, dans lesquell^ les abcis^s représentent le temps, et les ordonnées représentent dans Tune dfl$ courbes la densité du courant dans le nerf, ^ daqs l'autre la valeur de l'excitation; mais ce ne sont q^e de^ résultats très-approximatifs. Un cas très-curieux est celui daps lequel l'excitation e^t produite par une série de décharge^ successives qui se suivent très-rapi4emejnt les unes le^ autres, par exemple au moyen d'un appareil comme la rou^ deptée de Miisson, qui interron^pt et rétablit le courant d'une n^anière très-rapide. L'effet d'upe semblable sériç de (lécharges eat de produire; une contraction tétanique des muscles, comme Volta l'a observé le premier, et comme l'a signalé ensuite Nobili avec plus de détails ^ On est appelé souvent, dans les expéri^ces d'électricité animale, à déterminer ainsi le tét^os dans les membres d'un animal.
Nous ne terminerons pas ce qui est relatif à l'action du courant électrique sur les nerCs, sans dire quelques mots de Tapplication qu'on en a faite à la constructiop d'un j;alva&oscope physiologique. Quoique le galvanomètre mulliplipatepr paagné-
* M. Da BoU-Beymond désigne, par le nom de densité du courant dans une section du circuH, ie qnotleni de Hntensitë du courant difisé par la grandeur de la section du conducteur.
t G*6st nn effet de et genra qu'on éprefave dans Texpérience de Masson, dont BOUS avooa parlé dans le paragraphe pr^eédent.
EFFETS PHT8IOLOOIQUS8 PE L*iliECTIUGITÉ DYNAMIQUE. 45i
tique soit devenu, surtout avec les perfectionoemeots que Du Bois-Reymond a introduits dans sa eoDstructioo S un instrument éminemment propre à la p^N^ption et à la mesure des courants dus à l'électricité animale, cependant il est des cas où son emploi est insuffisant, et présente même des inconvénients. Dans ces cas on peut se servir avec avantage du galvanoscope physiologique , dont Nobili le premier fit usage en employant la grenouille préparée à la manière de Galvani (flg. 258). Matteucci et Du Bois-Reymond ont trouvé qu'il était préférable, au lieu d'employer, comme Nobili, la grenouille entière, d'en détacher simplement une cuisse munie de son nerf, qu'on peut placer dans un tube venu pour la bien isoler (fig. 264), de manière à ne laisser sortir que la portion du nerf qu'on veut insérer dans le circuit soumis à l'expérience. Il est en effet important d'être certain que, ni le courant propre de la cuisse, ni aucun courant autre que celui qu'on étudie, ne traverse ce nerf. La con^ traction de la cipsse indique le passage d'un courant dans le nerf, mais seulement au moment où ^^^' ' ce passage commence et finit, ce qui fait que ce galvanoscope ne peut indiquer si la décharge est instantanée ou continue.
Entre autres applications qu'on a faites du galvanoscope physiologique, nous en signalerons une qui est due à M. Du Bois-Reymond, et qui consiste à montrer le développement d'électricité dynamique qui peut avoir lieu par l'induction opérée au moyen d'un aimant ou d'un courant dans un circuit qui n'est pas fermé, tel qu'un fil métallique. Il suffit de placer une grenouille galvanoscopique à chacune des extrémités de ce fil pour la voir se ccMitracter dès qu'on approche le courant ou l'aimant inducteur, pourvu qu'on la «touche en même temps avec le doigt pour déterminer le passage du courant induit. Il suffit même de toucher l'une des grenouilles pour que
^ TooM? 1, page 229.
Vautre se contracte aussi, si elles sont suffisamment sensibles. On peut obtenir encore un effet sur la grenouille en touchant avec son nerf un conducteur imparfait, tel qu'un fil humide qui unit les deux extrémités du circuit induit ouvert ; mais il faut pour cela que la grenouille ne soit pas isolée et que son nerf touclie le fil près de Tun des bouts du fil induit, et si elle n'est pas très-sensible, elle n'éprouve de contractions que lorsque le bout près duquel est son nerf, est celui par où arrive l'électricité positive. On peut remplacer le fil humide par un nerf, de sorte qu*on peut exciter des contractions dans la grenouille galvanoscopique simplement en faisant passer un courant induit à travers la portion du nerf qui est au-dessus d'une ligature, ce qui peut donner lieu à des erreurs dans l'étude de l'électricité animale si on n'y fait pas très-attention.
Cette dernière espèce d'action se rapproche beaucoup de celle qu'a décrite M. Matteucci, sous le nom de contraction induite, avec cette différence que, dans ce dernier cas, le nerf de la grenouille électroscopique est affecté non par un courant électrique, mais par son contact avec le nerf d'une autre grenouille, effet qui tient, comme nous le verrons, à l'électricité qui probablement circule dans ce nerf. Au reste, ce n'est que lorsque nous aurons étudié dans la cinquième partie consacrée aux sources de l'électricité, l'électricité animale elle-même, que nous pourrons avoir des notions plus justes et plus domplètes sur l'action physiologique de Télectricité en général, dont les effets se compliquent nécessairement de ceux qui sont dus à l'électricité propre de l'animal.
Dans tout ce qui précède nous ne nous sommes occupés que des effets qui résultent du passage de l'électricité dynamique, soit à travers les nerfs seulement, soit à travers les nerfs et les muscles à la fois, quand la décharge ou le courant parcourent ranimai dans toute sa longueur. Il nous reste à dire quelques mots de l'action du courant sur la fibre musculaire isolée. Cette recherche est très-difficile, parce que, lors même qu'on a enlevé à un muscle tous les filets nerveux qui sont visibles, il est difficile qu'il n'y reste, aucune trace de substance nerveuse ; néanmoins, on peut, en prenant toutes les précautions nécesaires.