CHAPITRE III
Argenture.
142. Importance de Targenture Le dépôt électrochimique de l'argent est l'objet de fabrications importantes. La seule usine de MM. Chris tofle & O^ de Paris dépose annuellement plus de 6000 kiiog. d'argent. Fondée en 1842, elle avait déposé, en 1881, environ 169000 kiiog. d'argent, soit une moyenne de 4340 knog. par année. Si l'on évalue l'épaisseur moyenne du dépôt à 3 gr. par décimètre carré de surface, on trouve que la surface couverte d'argent à cette date par la maison Ghristofle est d'environ 56 hectares.
D'après M. Bouilhet, la quantité d'argent déposée annuellement par l'électrolyse peut être évaluée pour le monde entier à 125,000 kiiog., ce qui représente une valeur d'environ 25 millions de francs.
143. Bains pour Targenture. De toutes les formules préconisées pour la composition des bains d'argent, les solutions de cyanure d'arg:ent dans du cyanure de potassium seules ne présentent aucun inconvénient. Les autres sels d'argent donnent des dépôts irréguliers, peu adhérents ou d'un vilain aspect.
M. Roseleur indique la formule suivante :
Cyanure de potassium . 500 gr.
Cyanure d'argent . . . 250 "
Eau 10 Ht.
Pour préparer ce bain, il faut, comme pour le nickelage, faire usage de produits de premier choix. On aura donc soin de se servir de cyanure de potassium très pur et, pour plus de
sûreté, on préparera soi-même le cyanure d'argent comme suit :
Argent vierge 250 gr.
Acide nitrique pur à 40 degrés. 500 »»
On évapore et on pousse jusqu'à la fusion du nitrate ainsi obtenu qu'on fait ensuite dissoudre dans dix fois son poids d'eau distillée pour obtenir une solution d'où l'on précipite l'argent par l'acide cyanhydrique.
Préparation du bain. Le cyanure d'argent préparé comme nous venons de le voir est délayé dans 10 i»t. d'eau et l'on ajoute à cette solution le cyanure de potassium. Le bain doit avoir un degré de concentration suffisant, sinon il est peu conducteur, le dépôt s'effectue plus lentement et les anodes se tapissent bientôt d'une couche grisâtre. Si la quantité de cyanure libre dépassait la moitié uu poids de l'argent dissous, l'argent des anodes et même celui qui se trouve déposé sur les objets pourraient être attaqués.
144. Des anodes. Les anodes sont formées de lames d'argent, plongeant tout entières dans le bain (ce qui prévient leur corrosion à la surface du liquide) et suspendues, par des fils de fer ou par des bandes de plomb, à des conducteurs en cuivre argenté. Si l'argeut est impur, les anodes se recouvrent d'une couche de cyanure de cuivre rouge et le dépôt devient moins beau.
On argenté surtout les objets en cuivre ou alliages du cuivre tels que le laiton.
145. Préparation des pièces à argenter. La préparation des objets à argenter comprend, outre \q polissage ^ qui doit être soigné tout spécialement vu la valeur des objets :
Le dégraissage, le dérochage, le décapage et l'amalgamation.
Dégraissage, On plonge les objets dans une solution bouillante de 1 knog. de potasse ou de soude caustique dans 10 lit d'eau, puis on les rince à l'eau chaude.
Dérochage, On plonge les pièces dans un bain d'eau acidulée au dixième d'acide sulfurique, puis on rince à l'eau.
Décapage. On passe rapidement les objets dans un bain composé de :
Acide azotique à 36 degr^ . 10 kiiog.
Chlorure de sodium . . . 200 gr.
Noir de fumée 200 «
Puis ils sont rincés et passés daus un bain refroidi composé de :
Acide azotique à 36 degrés . 6 ktiog.
Acide sulfurique à 66 »' . 8 "
Chlorure de sodium , . . 400 gi-.
et de nouveau rincés à plusieurs eaux.
Amalgamation, On plonge les pièces pour quelques secondes dans un bain composé de :
Bioxyde de mercure . . 100 gr.
Eau 10 m.
Acide sulfurique pur celui-ci en quantité suffisante pour dissoudre le bioxyde de mercure.
En sortant de ce bain, qui doit être limpide, les pièces sont rincées et portées au bain d'argent.
146. Argenture du maillechort. M. Krupp de Vienne, argenté le maillechort en le recouvrant électriquement d'abord d'une couche de nickel, puis d'une couche de cuivre et enfin d'argent.
147. Surface et écartement des anodes. La surface des anodes doit être à peu près égale à la surface totale des pièces à argenter.
La distance entre les anodes et les objets doit être au moins 0°»,10.
148. Opération. La couche d'argent est déposée en deux fois : Après un séjour d'environ un quart d'heure dans le bain, l'objet est retiré. On s'assure alors que le dépôt s'effectue régulièrement ; puis on brosse la pièce avec du tartre et, après l'avoir rincée, on la plonge dans une solution chaude de cyanure de potassium, on la rince de nouveau pour la passer
ensuite, soit au premier bain, soit dans un second bain spécial, où il séjourne une moyenne de trois ou quatre heures si Ton se sert d'une dynamo et de huit à douze heures av^c la pile.
Au commencement de l'opération, la force électromotrice du courant ne doit pas dépasser 2 à 3 voits et son intensité 50 ampères par mètre carré.
La solution a une tendance à se sursaturer vers le fond; aussi, pour éviter un dépôt plus épais à la partie inférieure des objets, est-il nécessaire d'agiter les pièces durant l'opération. On emploie pour cela, comme dans le nickelage, des agitateurs mécaniques.
On doit interrompre le courant avant de retirer les pièces du bain, sinon elles se colorent légèrement en jaune.
Le poids d'argent du dépôt doit être de 80 à 100 «r par douzaine de couverts pour les services de table.
149. Finissage des pièces. Les objets, après leur sortie du bain, sont plongés dans une solution faible de cyanure de potassium, rincés à l'eau bouillante et séchés dans de la sciure de bois de buis ou d'acajou. Les parties que l'on veut rendre brillantes sont grattées au moyen de brosses à poil dur et de briques pulvérisées, puis polies au tripoli et au rouge et enfin brunies avec des outils en acier ou en agate et de l'eau de savon.
Les pièces auxquelles on veut donner la couleur du vieil argent ou argent oxydé sont couvertes, à l'aide d'un pinceau, de sulfhydrate d'ammoniaque plus ou moins étendu selon le foncé a obtenir; c'est le procédé le plus expéditif. On peut aussi employer de la même façon du chlorure de platine dissous dans l'éther, l'alcool ou l'eau froide.
150. Revivification des vieux bains d'argent. La dissolution, dans le bain, des matières organiques provenant de l'intérieur de certains objets et son enrichissement graduel en sels de potasse provenant de l'action oxydante de l'air font que, au bout d'un certain temps, le dépôt est moins
beau et moins solide. On revivifie alors la solution. Pour cela le bain est additionné d'acide jusqu'à précipitation complète et Ton filtre, sèche et fond le précipité ; ou bien on évapore directement la solution jusqu'à siccité, puis on fond le résidu jusqu'à réduction du métal.