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LÉLECTROTHÉRAPIE DES PSYCHOSES DIX-HUITIÈME LEÇON

Sommaire: Introduction. — Notices historiques. — Travaux <VAnvl.t et leurs résultats. — Coup d'œil rapide sur la série des cas que nous avons sous les yeux. — Action* utilisables du courant électrique. — Règles et méthodes pour le traitement électrique des formes différentes de psychoses. — Traitement de quelques symptômes.

En ce qui concerne un groupe d'affections cérébrales et précisément un des plus importants, on s'est refusé plus que de raison à un emploi large et systématique du courant électrique. Les affections psychiques n'ont été jusqu'ici que rarement et relativement, d'une façon tout à fait insuffisante, soumises au traitement électrique. Le fait est d'autant plus remarquable que les meilleures occasions d'essayer, d'une façon systématique et scientifique, ce traitement, se sont offertes aux médecins, par suite de la séquestration d'un grand nombre de ces malades dans des asiles. Un examen à priori d'un grand nombre de formes morbides, rentrant dans cette catégorie permet d'espérer, avec quelque certitude, un résultat éminemment favorable de cette médication.

Effectivement, le courant électrique, avec son action thérapeutique, variable suivant les cas, semble appelé, en première ligne, à faciliter des guérisons, dans les psychoses, surtout dans leurs formes initiales et dans leurs débuts, où cependant il s'agit essentiellement de troubles de fonction ou de modifications du cerveau plus fines, nutritives et moléculaires, ou chez lesquelles, avec les méthodes de recherches actuelles, on ne peut guère constater que des changements dans la circulation. Même dans les cas où des lésions anatomiques plus grossières, des processus chroniques d'inflammation et de dégénères-

cence, forment la base de la psychose, on peut s'attendre, par analogie avec nos autres expériences, à une action favorable du courant électrique.

C'est ce qui a été reconnu tout récemment par différents psychiatres, qui ont exprimé l'espoir de trouver, dans le courant électrique, un agent thérapeutique d'une grande portée pour la psychiatrie. Mais Arndt est le seul qui se soit occupé de la question d'une manière véritablement approfondie et qui ait publié, par suite, une série de travaux détaillés et c'est sans doute à cause du format et de la prolixité de ses publications ainsi que de leur caractère par trop théorique que ses écrits n'ont pas obtenu partout la vogue et le contrôle qu'ils auraient mérité.

Ce qui a été fait avant Arndt et par lui ne signifie pas grand'chose ; vous pourrez d'ailleurs lire dans ses ouvrages l'historique de la question pour les temps antérieurs à notre époque.

Dans la première période du galvanisme, au commencement du XIXe siècle, on parla, incidemment, de la guérison d'affections psychiques ; au temps de l'appareil de rotation et d'induction, le traitement électrique trouva ses entrées dans plusieurs hospices d'aliénés et on L'essaya sur une vaste échelle; mais le courant servit plus souvent d'épouvantail et de mode de correction que de méthode de guérison. Il ne parut salutaire que dons un petit nombre de cas. Dans beaucoup de cas, on le regarda comme directement nuisible et c'est ainsi que ces tentatives furent replongées dans le sommeil de l'oubli, bien que différents écrivains français (Teilleux, Auzouy) aient attribué des résultats tout à fait favorables au traitement électrique des aliénés (avec des courants de contact, vol laïques et faradiques).

Les exhortations de R. Remak, en faveur du traitement des maladies mentales et même des psychoses, par le courant galvanique, restèrent longtemps infructueuses; seulement Benedikt rapporta, en 1808, quelques cas de résultats heureux du courant galvanique dans les troubles psychiques commençants. Ce savant a d'ailleurs voué à la question une attention incessante et, à plusieurs reprises, il en a vanté l'importance spéciale. Outre les travaux d'Arndt, nous n'avons plus que les publications accidentelles de Neftel, Jolly, Fr. Fischer, Engelhorn, Buch, etc., à mentionner. Le traité le plus récent, dû à la plume du savant et expérimenté Schule, prédit à l'électrothérapie un brillant avenir dans la psychiatrie et il est probable qu'il ne se trompe pas.

On pourrait résumera peu près comme suit les indications fournies par Arndt comme résultats de ses longues et pénibles expériences :

« Les courants électriques ne peuvent guérir que les troubles psy- » chiques qui reposent sur ce qu'on appelle les troubles de fonctions, » les états anormaux et transitoires de nutrition, ou les troubles de

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» circulation, mais ne peuvent contribuer à guérir les dérangements, » qui reposent sur des modifications organiques plus profondes; mais » on peut soulager même ces derniers, quand on renonce à l'espoir de » guérir et qu'on se borne à vouloir calmer le patient.

» Le traitement électrique convient donc particulièrement à des cas » récents et non à des cas qui durent depuis des années: plutôt aux » formes vagues et plus légères qu'à celles qui se manifestent par des » accès orageux, bien que celles-ci même ne doivent pas être com- » pi élément éliminées.

» Une hypereslhésie générale et notamment une hyperesthésie psq- » chique très élevée constitue une contre-indication de l'emploi du » courant électrique.

» Le courant farad/que agit simplement comme excitant, comme ir- » ritant ; si l'on ne veut obtenir que ce résultat, on peut lui donner la » préférence ; il réussit spécialement dans les états de simple dépres- » sion, soit primaires, soit venus à la suite de processus orageux. Dans » ces occasions, ou se borne à une excitation cutanée de différents » points de la peau ; çà et là, on peut faradiser le phrénique pour faci- » liter la circulation et l'oxydation du sang.

» Par contre le courant galvanique présente, outre son action exci- » tante, encore d'autres actions (modifiantes, changeant l'état moral, » calmantes, catalytiques); ses actions sédative et assoupissante suratout, apparaissent avec une grande netteté; il convient donc pour » presque toutes les autres psychoses, accessibles au traitement élec- » trique. Mais pour le succès, la méthode employée (la direction choi- » sie du courant, le pôle utilisé pour l'action) n'est pas du tout chose » indifférente ; mais très souvent on doit commencer par la déterminer » d'une manière empirique. S'il existe des états d'excitation accentuée, » particulièrement sur le terrain de la circulation et de la respiration. » (dont dépendent d'une manière si multiple et tout d'abord les mani- » festations psychiques), que l'on choisisse le courant descendant. A » propos d'affections, qui laissent entrevoir une paralysie du système » vasculaire, il faut employer de préférence le courant ascendant. Il » paraît donc que, pour les débuts des psychoses, il faut employer de » préférence le courant descendant, c'est-à-dire l'action du pôle positif » et, pour les périodes finales, particulièrement pour les maladies gra- » ves, le courant ascendant, c'est-à-dire l'action polaire de Ka. Mais, » pour les aliénés, il ne faut pas diriger le courant à travers la tête ; il » faut le diriger plutôt sur la moelle épinière (et la moelle allongée) » avec ses importants centres vaso-moteurs, circulatoires et respira- » toires, éventuellement aussi sur les nerfs périphériques (quand on v » trouve des états d'excitation, de névralgies, etc.). On ne doit pas, » dans ces circonstances, repousser absolument la galvanisation de la

■ tète ; niai? il faut la borner aux cas <>ù l'on ne veut exciter et calmer » que momentanément. » (Mais, dans ses dernières expériences, Arndt a recouru régulièrement à la galvanisation de la tête).

« Le résultat ne se produit d'ordinaire qu'après nn traitement de

langue durée ; la force du courant employé doit être suffisante et la » durée de suii action dûment prolongée (de dix à trente minutes). »

Schiile s'est approprié ces conclusions, qui, en tout cas, ont encore besoin de plus d'une modification ; il s'en est approprié la substance et il a expérimenté dans beaucoup de cas, à ce qu'il parait, avec succès. La discussion qui doit former la base de la détermination des méthodes de traitement électrique, dans les psychoses, est due à Arndt, en majeure partie et dans ses points les plus important-.

Grâce à la faràdisation essentielle et périphérique de la peau et des muscles sur plusieurs points du corps, plusieurs cas de simple dépression, de grave apathie et d'indifférence ont été, quelques-uns du moins, guéris, d'une manière étonnant'', en fort peu de temps.

Avec l'application prépondérante ou exclusive du courant galvanique sur la moelle cervicale et sur les nerfs périphériques, on a guéri quelques cas qui présentaient diverses perturbations psychologiques, des étals de dépression et d 'exaltation etqui participaient aussi à toute sorte d'excitations somatiques, à une sensibilité exagérée, à des sensations anormales, à des modifications des pupilles, à destroubles de la digestion, à de la constipation et particulièrement à toute sorte de perturbations vaso-motrices fortement accentuées. Ici l'action stable du pôle positif fui d'une efficacité prépondérante.

Dans toute une multitude d'autres cas, où une influence favorable se lit sentir, mais auxquels on peut, il est vrai, opposer de nombreux insuccès, Arndt a mis -nus l'action d'un pôle ordinairement le pôle positif! la tèle elle-même, la moelle cervicale, le sympathique, le vague, etc., tandis que l'autre pôle, éloigné de là, était appliqué aux lombes, aux cuisses, à la main ou au pied. C'étaient des cas très différents les uns des autres, pour leurs caractères psychologiques : états dexaltalion et de dépression, sentiments très vifs de frayeur, plusieurs cas de grave catatonie, aliénation primaire, psychoses hystériques, psychoses réflexes, etc.; mais presque tous s'étaient développés sur une base uévro et psychopalhique et présentaient en grande partie toute sorte de symptômes d'excitation et de faiblesse irritable dans la zone des nerfs vaso-moteurs et circulatoires, des pneumogastriques et de la respiration, des splanchniques et des nerfs génitaux. En général aussi, dans celte occasion, le pôle positif parut avoir une action très favorable sur le système nerveux central; cependant Arndt a aussi rencontré quelques cas, dans lesquels cette action s'est montrée nuisible, tandis qu'alors le pôle négatif obtenait le succès désiré. Le choix de la

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méthode doit donc se l'aire avec prudence et être modifié chaque fois d'après les résultats obtenus ou les insuccès.

Benedikt nous communique avec son laconisme habituel toute une série d'observations, d'après lesquelles toute sorte de dérangements psychologiques et de symptômes disparurent ou furent améliorés par différentes méthodes de traitement électrique : faradisation générale, galvanisation du dos et du sympathique, galvanisation longitudinale à travers la tête ; lui aussi attache une grande importance au traitement du dos et du sympathique parce qu'il voit, dans les troubles vaso-moteurs d'importantes causes des symptômes psychologiques. Neftel aussi rapporte quelques succès. M. Buch décrit un cas cl aliénation primaire aiguë avec des hallucinations, dans lequel l'application momentanée d'un très faible courant (deux éléments), transversalement à travers les tempes produisit, d'une manière évidente, une amélioration notable.

Fr. Fischer vit guérir, en peu de temps, un cas de mélancolie grave et hypocondriaque, avec de vives hallucinations de tous les sens, par la galvanisation (longitudinale et transversale à travers la tête). Le même observateur fut redevable d'un brillant succès à la faradisation générale, dans un cas de mélancolie, avec idées de persécution et manifestations vaso-motrices intenses. Dès la première séance, il constata une grande amélioration momentanée, qui devint durable à partir de la quinzième séance et aboutit à une guérison complète.

Engelhorn constata pareillement l'excellent effet de la même méthode dans deux cas (de folie épileptique et hystérique), dans lesquels existaient une faiblesse extrême et générale, des insomnies, etc. Lowenfeld aussi a agi d'une manière très heureuse sur plusieurs cas de trouble psychique et d'insomnies, par la faradisation générale.

Hitzig et Schiile rapportent qu'ils ont obtenu des résultats favorables mais momentanés, par le traitement galvanique de la tète et particulièrement delà nuque, dans la paralysie progressive. J'ai traité moi-même toute une série de cas de paralysie commençante, en galvanisant (longiludinalement et obliquement la tète, le sympathique au cou), sans toutefois obtenir de résultats considérables ou même dignes d'être mentionnés.

Dans quelques cas de mélancolie périodique, j'ai employé le courant galvanique d'après différentes méthodes ; il parut efficace à plusieurs reprises, mais ne produisit pas pendant quelque temps, de succès éclatants. Dans un cas d'apathie siupide prolongée, qui était en voie de guérison, celle-ci fut hâtée, surtout le retour de la voix, par la galvanisation à la tête et au sympathique.

Une revue des travaux publiés jusqu'à ce jour et des indications relatives à l'électrothérapie des psychoses, nous permet toutefois d'affirmer que, dans certains cas, les psychoses peuvent être influencées d'une façon très favorable ou même guéries par le courant électrique, et cela, dans des cas réputés incurables et résistant depuis longtemps à toute autre médicamentation. Toutefois, malgré les pénibles recherches d'Arndt, il n'est encore question ni d'indications suffisamment claires et précises, ni d'une méthode parfaite et appropriée à tel ou tel cas. Il faudra encore recueillir, à cet effet, beaucoup d'autres observations classées systématiquement.

Il résulte maintenant d'une élude plus approfondie, qu'il faut, en première ligne, utiliser les actions catalytiques du courant galvanique. La somme des actions que nous comprenons sous cette dénomination, a le plus de chances de combattre énergiquement la somme des modifications moléculaires, nutritives et autres, éventuellement même les troubles plus grossiers, inflammatoires et de dégénérescence qui forment la base des psychoses, quelque incompréhensibles que soient ces deux choses en fin de compte.

En deuxième ligne, il faut s'occuper assurément des actions vasomotrices des courants électriques et surtout des courant galvaniques; en effet, l'expérience nous apprend que les nerfs vaso-moteurs jouent un rôle prépondérant dans l'apparition et les formes symptomatiques de beaucoup de psychoses. D'ailleurs, nous pouvons espérer agir indirectement, par une régularisation ou une modification de l'afflux sanguin, sur les conditions de nutrition etde réaction de l'organe central. Ce résultat peut être obtenu, soit que nous agissions en lesmodifiant, sur les centresVaso-moteurs dansla moelleallongéeet dans la moelle cervicale, el les plus récentes recherches de Rieger et de von Forsler ' admetmetlent directement cette possibibilité, soit que nous agissions sur le contenu des vaisseaux dans le cerveau, par l'application directe des pôle- comme fait Lôwenfeld) sur le crâne. Dans toutes les circonstances nous pourrons utiliser ces puissants effets, quand les cas s'y prêteront.

L'utilisation des actions modifiantes du courant est bien moins riche en promesses; je ne puis m'empêcher de regarder comme trop prématurée la tentative faite par Arndt pour ramener toutes les actions du eouranl galvanique à l'électrotonus du pôle positif et du pôle négatif des appareils des nerfs centraux, en ne voulant les expliquer que par là. Déjà, d'après des arguments généraux, j'ai dû. dans le passé (voir irc leçon, page 229), me prononcer contre cet usage exclusif de l'action électrotonique pour L'interprétation des résultats thérapeutiques; je le fais ici en insistant doublement, parce que nous avons affaire aux

1. Rieger et von Forster, Auge u. Rtickenmark. Arch. f. Ophtltalmol. (Tirage à part).

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