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VINGT-DEUXIÈME LEÇON

Sommaire : Introduction. Définition et pathogénèse de la paralysie. — But et rôle de l'electrotherapie dans les paralysies et les méthodes de guérison : a. Suppression de la cause paralysante. — b. Suppression des obstacles dans la conductibilité motrice; méthode directe et indirecte. Utilisation des voies réflexes. Emploi, dans ce but, des courants galvaniques et faradiques. — c. Suppression de troubles nutritifs plus délicats ou plus grossiers dans la voie de conductibilité motrice. — d. Reintégration de la structure normale des muscles paralysés. — Traitement de l'atrophie musculaire. — Succès de l'electrotherapie dans les paralysies. — Electrodiagnostic des paralysies. — Remarques pratiques et techniques.

Les paralysies de toute nature et de tout siège appartiennent aux affections les plus fréquentes ; la perte du pouvoir habituel sur telle ou telle partie du corps et tel ou tel mouvement, détermine sur le sujet atteint, une profonde impression psychique. D'autre part, cette affection agit sur la vie de relation en la troublant dans tous les sens et en empêchant l'homme de vaquer à ses affaires. La paralysie des bras et des mains rend impossible l'exercice de nombreux arts et métiers ; elle peut même léser l'activité intellectuelle par trouble de l'écriture. Les paralysies des jambes entravent la locomotion et rendent impossibles une foule de travaux ; les paralysies des muscles des yeux rendent difficile et même impossible, quantité de fonctions importantes. Les paralysies des muscles de la mastication et de la déglutition menacent l'alimentation des dangers les plus graves, et même les paralysies du visage sont désagréables au plus haut degré, à cause de leurs conséquences cosmétiques. Aus-i, pour toutes ces formes morbides l'intervention du médecin est-elle réclamée avec plus d'instance et d'urgence que pour d'autres affections souvent même plus graves.

Depuis que l'electrotherapie existe, elle s'est préoccupée surtout des paralysies de toute espèce et c'est en cherchant à les guérir, qu'elle a

remporté les triomphes les plus beaux, les succès les plus visibles et les plus palpables. N'était-ce pas bien naturel, en effet, d'employer pour les parties paralysées ou affaiblies, un remède qui produisit, pour ainsi dire, en se jouant, les contractions musculaires inutilement essayées par la force de volonté la plus grande et qui de nouveau fait apparaître comme magiquement aux yeux étonnés du malade désespéré, la mobilité perdue de ses membres. La pensée judicieuse d'exciter directement des fonctions éteintes, de les raviver par des excitations efficaces, de les exercer et de les faire rentrer de< nouveau sous les lois de l'organisme, devait aboutir, avant tout, à l'application du remède existant, qui l'emporte de beaucoup, en efficacité, sur tous les autres remèdes rivaux, par son action sur les nerfs moteurs et sur les muscles ; je veux parler du courant électrique. C'est aussi ce qui est arrivé effectivement, sous bien des points de vue et toujours à nouveau. Ce serait recommencer à vous raconter l'histoire de l'électrothérapie, que d'entrer ici dans detfplus grands détails sur l'électrothérapie des paralysies.

Le résultat pratique nous a appris que l'idée d'employer l'électricité contre les paralysies était, en fin de compte, très judicieuse ; d'innombrables cas de paralysies ont été et sont, encore tous les jours, guéris par l'électricité- Souvent même la guérison a lieu avec une rapidité surprenante, souvent aussi, seulement après de longs efforts et aucun autre remède n'a obtenu, dans le traitement des paralysies, un succès aussi certain, aussi décisif, que celui du courant électrique.

Cependant, malgré une prodigieuse expérience, et bien que le travail scientifique des électrothérapeutes se soit bien des fois concentré sur les paralysies, malgré de nombreux essais d'éclaircissement, il règne encore beaucoup d'incertitude, dans notre esprit, sur l'essence réelle des actions antiparalytiques des courants électriques. Nous ne pouvons guère que ramener une partie des guérisons, journellement obtenues ou espérées, à des actions de courants simples et compréhensibles. Disons en passant, que c'est en grande partie la conséquence de notre ignorance des phénomènes pathologiques délicats qui se manifestent dans les paralysies.

Je crois donc devoir ajouter ici quelques mots sur la nature et la définition de la paralysie, sur les phénomènes pathologiques qui s'y manifestent ou que l'on peut supposer, pour déterminer ensuite ce qu'est, dans chaque cas, le but thérapeutique et à quelle action, à nous connue, nous pouvons confier la réalisation de ce but.

Nous pouvons définir la paralysie comme « une diminution ou une suppression de (a faculté d'exciter les nerfs moteurs et les muscles à leur fonction normale », en d'autres termes, c'est une contraction musculaire défectueuse ou nulle des muscles, en présence d'une intention volontaire.

DÉFINITION ET l'ATIIOGÉNIE DE LA l'AKALYSIE 381

Cet état peut, en première ligne, être déterminé par une maladie des muscles eux-mêmes (par atrophie, dégénération, excitabilité supprimée par certains poisons, etc.); c'est ce qu'on appelle la paralysie myopathique. — De plus, la paralysie peut être provoquée par une affection des voies de conductibilité motrices sur un point quelconque de leur parcours, qui s'étend depuis les muscles jusqu'aux centres moteurs de l'écorce cérébrale et par une affection de ces centres euxmêmes ; c'est ce qu'on appelle la paralysie névropathique. (Si le siège de la volonté devait être recherché encore plus vers le centre, on pourrait considérer, les lésions des centres moteurs corticaux comme des paralysies dans la voie motrice de conductibilité, tandis qu'on les oppose ordinairement comme paralysies centrales, prises dans le sens étroit du mot, aux paralysies de conductibilité; ces dernières alors se classeraient, suivant le siège de la maladie, en paralysie de conductibilité périphérique, spinale et cérébrale ; il n'y a pas de différence aux yeux d'un électrothérapeute ; quant à nous, il nous suffit de les classer en myopathiques et névropathiques et la subdivision de ces dernières en paralysies périphériques, spinales et cérébrales, nous est inutile. La suppression de la volonté elle-même, X aboulie ne rentre plus dans l'idée de paralysie, mais est du ressort des psychoses, et doit par conséquent être traitée d'une manière systématique, cependant aussi, en cas de besoin, par le courant électrique.)

Ces paralysies névropathiques, les plus nombreuses, d'ailleurs, de toutes les paralysies, surgissent par des causes très diverses, qui restreignent le fonctionnement et la conductibilité des cellules ganglionnaires et des fibres nerveuses ; par inflammation, dégénérescence, atrophie, hémorragie, anémie, hypérémie, peut-être aussi le plus souvent par des actions simplement mécaniques, compressions, pressions, contusions, déchirures, section transversale, etc.; de plus, par des modifications anatomiques moins palpables, par l'action de certains poisons et autres causes d'accidents funestes, par surmenage, par épuisement, refroidissement, hystérie, etc.; bref, parce qu'on appelle perturbations fonctionnelles, dont nous ne connaissons pas encore la base matérielle ; nous ne sommes même pas toujours en état de localiser plus exactement ces perturbations ; il s'agira sans doute le plus souvent d'affections circonscrites ; mais cependant, les lésions plus diffuses, répandues simultanément sur une grande partie de la voie de conductibilité, n'en sont cependant pas exclues.

Toutefois, nous n'avons pas encore épuisé la liste des phénomènes qui se produisent dans les paralysies et qui deviennent aussi occasionnellement. Le but des efforts thérapeutiques. Dans le parties paralysées, dans les nerfs et les muscles, certaines modifications et certains états consécutifs peuvent se développer; mais souvent elles ne sont guère que de

nature nutritive et moléculaire ; elles se présentent comme un amoindrissement de la faculté de conductibilité et d'excitation, tout au plus comme un simple amaigrissement. Elles sont en partie déterminées par l'inaction, en partie par ia suppression de certaines excitations trophiques. Mais assez souvent, ces perturbations sont d'une nature bien plus grave,àsavoirtme atrophie dégénérative des nerfs et des muscles, progressent jusqu'à une cirrhose intense ; modifications considérables, qui sont absolument inévitables dans beaucoup de paralysies.

En face de tous ces phénomènes pathologiques, le but du traitement électrique est : le rétablissement de l'influence normale de la volonté sur les muscles, c'est-à-dire, dans le plus grand nombre des cas, tout simplement le rétablissement de la conductibilité sur les voies nerveuses motrices, n'importe où et dans toute leur longueur. Dans un plus petit nombre de cas, c'est le rétablissement de l 'excitabilité, de la faculté, de contraction et de nutrition des muscles ; à cela vient encore s'ajouter, dans presque tous les cas, la tâche de faire disparaître les modifications consécutives, dans les nerfs et dans les muscles.

Examinons les tâches spéciales qui en résultent et les ressources et méthodes que l'électrothérapie met à notre disposition pour en venir à bout.

a). Ici nous rencontrons d'abord et comme premier problème à résoudre, Y élimination de la cause paralysante, c'est-à-dire, de la véritable lésion locale, au point malade de la voie de conductibilité motrice. Une partie seulement de ces formes morbides est accessible à l'électrothérapie ; ce sont par exemple les diverses affections du cerveau, de la moelle épinière et des nerfs périphériques, dont j'ai parlé dans mes leçons (16-21). Si ces causes ont amené la paralysie, elles doivent être traitées directement, dans toutes les circonstances et en première ligne ; vous avez entendu dire de quelle manière il fallait s'y prendre et vous vous rappellerez encore que, dans ce but, il faut employer le plus souvent le courant galvanique avec ses effets cataly tiques.

Une autre partie de ces causes paralysantes n'est pas accessible au traitement électrique et doit en conséquence être traitée par une autre voie (remèdes internes, opérations chirurgicales, balnéothérapie, etc.). Finalement, il reste encore un certain nombre de cas, dans lesquels nous ne connaissons pas encore plus exactement la nature et le siège de la maladie paralysante par exemple dans l'hystérie, dans les différentes intoxications, dans beaucoup de paralysies, succédant à des affections aiguës, etc.); ensuite, ou bien ce traitement causal estabandonné ou bien on doit le diriger, sous forme d'essai, sur toutes les localisations qui peuvent venir en cause, mais naturellement, il faudra

HÙLE ET MÉTHODES DE l'ÉLECTROTÉRAPUIE 383

procéder systématiquement. Vous traiterez donc chaque fois, suivant vus conceptions pathologiques et suivant votre diagnose, ou bien seulement les nerfs périphériques ou aussi la moelle épinière et finalement aussi le cerveau ou successivement toutes les trois localisations.

b). Après qu'on a exactement rempli cette indication causale, on a en même temps obtenu, sous bien des points de vue, un deuxième résultat, c'est-à-dire, qu'on a fait disparaître les obstacles qui s apposent à. la translation du processus d'excitation au siège de la lésion. Mais cette indication n'est pas toujours remplie par le résultat antérieurement obtenu. Dans tous les cas, où la lésion causale n'est pas bien connue et ne peut être localisée plus exactement, ou bien où le traitement causal ne mène pas vite et complètement au but, il faut le plus souvent obéir à cette deuxième indication, parce qu'elle facilite et favorise le traitement causal et c'est précisément alors que commence l'action directement antiparalytique des courants électriques.

Et ici, avant tout, il faut provoquer leur action excitante. Un obstacle existant dans la conductibilité motrice et qui est insurmontable pour une excitation volontaire, peut être vaincu parfois par un processus d'excitation artificiel, encore plus énergique, et la voie pourrait ainsi être désobstruée, même au profit de l'excitation volontaire. Si donc nous laissons agir énergiquement l'excitation électrique d'une façon centrale par rapport au siège de la lésion, l'obstacle peut disparaître de la sorte. Il s'offre ici une comparaison très juste, avec un aqueduc, dans lequel un obstacle s'oppose au courant normal (accumulaton de boues, corps solides, etc.). Le courant est affaibli et même supprimé : le seul remède est alors de repousser l'obstacle par un courant d'eau plus fort sous une pression plus énergique ; ainsi le courant redevient libre ; peut-être cela peut-il s'obtenir par un seul courant, mais un courant énergique (nous voyons quelquefois un fait analogue dans l'électrothérapie des paralysies) ou par des courants d'eau renouvelés, assez forts pour culbuter et refouler l'obstacle. (Il en est de même si l'on continue le traitement des paralysies.) Il renvoit ensuite à un fait bien connu, c'est qu'en utilisant plus souvent une voie de conductibilité motrice, les résistances y diminuent (effet de l'habitude). Nous pouvons artificiellement amener le même résultat par une excitation électrique souvent réitérée. De cette façon, on parvient quelquefois, à l'aide du courant électrique, à obtenir par la force en quelque sorte une continuation du processus d'excitation et, ce résultat obtenu, l'excitation de la volonté peut redevenir active peu à peu et la paralysie disparaître lentement.

Naturellement, pour arriver à ce but, il estabsolumentnécessaire d'appliquer l'excitation, au centre par rapport au point de la lésion. Pour éliminer un obstacle, dans la voie de conductibilité d'un nerf moteur (w), de

Figure 35.

telle façon que le processus d'excitation volontaire et centrifuge puisse arriver de nouveau, sans obstacles, au muscle (m), il faut que l'excitation électrique (e) soit appliquée en un point central par rapport à la région de la lésion (a). Cela va de soi ; c'est d'ailleurs très possible, dans un grand nombre de paralysies périphériques, surtout aux extrémités, au bras et à la jambe. Mais souvent aussi c'est impraticable, même dans les paralysies périphériques, par exemple lors de la paralysie du facial dans l'intérieur du canal de Fallope ou des nerfs cérébraux à la base du crâne, ou dans les lésionsdela queue de cheval, etc. Ici donc, cette vue ne pourrait pas du tout se réaliser, si nous n'étions pas heureusement à même de transférer l'excitation électrique, par voie indirecte ou réflexe, sur l'endroit souhaité, à partir du centre de la lésion. C'est là une chose très simple dans bien des cas : mais, dans beaucoup d'autres, c'est difficile ; cependant, on peut le plus souvent atteindre ce but, comme vous l'indiqueront les schémas suivants.

La chose est très simple, quand on a obtenu l'arc réflexe le plus court et le plus souvent employé. Ainsi, par exemple, dans la paralysie faciale périphérique, tant que le trijumeau reste intact (Voir fîg. 36). Si au nerf facial (VII), il existe un arrêt de conductibilité (a), à peu près vers l'entrée du canal de Fallope, nous ne pouvons appliquer le courant électrique, avec la force qui lui est nécessaire, en partant du centre du point de la lésion. Si cependant nous irritons la peau (h) du visage, innervée par le trijumeau (V) avec le courant électrique (e) ou le tronc ou quelques branches de ce nerf, il se manifeste une excitation centripète qui, dans l'organe central (c) est transférée par l'arc réflexe le plus court sur le tronc du facial et agit dès lors comme excitation centrifuge sur l'arrêl de conductibilité, avec le même succès que nous aurions eu, si nous avions appliqué directement à partir de l'excitation électrique centrale. Quelque chose de tout à fait semblable se passe, par exemple, dans J,i paralysie spinale des enfants; l'arrêt de conductibilité se trouve dans l'arc réflexe lui-même ; mais la sensibilité de la peau reste intacte. Une excitation centrale de la voie de conductibilité motrice est aussi impossible ici; en revanche, le processus de l'excitation réflexe peut aussi se produire ici dans une région favorable, pour vaincre l'obstacle existant, comme vous le montrera clairement le schéma ci-joint (fig. 37), .-ans autres explications.

Schéma il'une paralysie motrice, n = voie ile direction motrice, m muscle, a = point de la lésion, entrave mise a la direction umtri.-... e excitation électrique, ici centrale par rappoit à la lésion.

Figure 36

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