PARALYSIE SATURNINE ; EXPLORATION ÉLECTRIQUE
bien des rapports. Comme elles entraînent avec elles une grave incapacité de travail, elles ont, sous ce rapport, vu leur fréquence relativement grande une importance pratique considérable.
La paralysie n'est pas d'ordinaire une des premières manifestations de l'intoxication saturnine ; elle est le plus souvent précédée d'autres symptômes, particulièrement d'atteintes réitérées de coliques et, en tout cas, les sujets atteints ont déjà vécu depuis longtemps sous l'action pernicieuse du plomb.
Le plus souvent, la paralysie du plomb se manifeste d'une manière tout à fait déterminée et vraiment typique, comme paralysie des extenseurs, d'un ou de deux avant-bras et ordinairement de telle façon que d'abord l'extenseur commun des doigts, puis les autres extenseurs de la main, les muscles longs des deux pouces, etc., sont envahis tandis que les supinateurs (fait éminemment caractéritique comparativement au plus grand nombre des autres paralysies radiales) restent libres, le court supinateur pendant longtemps, le long supinateur presque toujours, le triceps reste aussi toujours libre.
Le développement de la paralysie s'effectue ordinairement d'une manière insensible, commence par un faisceau de l'extenseur des doigts et se répand ensuite sur les autres muscles mentionnés ci-dessus ; bientôt on peut observer une atrophie notable, une DR constante, bien qu'un peu modifiée, tout en correspondant au mode de développement particulier de la paralysie. La sensibilité reste toujours complètement intacte. Il arrive souvent que la maladie frappe les deux bras l'un après l'autre.
C'est là le tableau ordinaire et caractéristique; souvent il se présente encore d'autres localisations. Ainsi E. Remak a trouvé que le groupe de muscles bien des fois mentionné (deltoïde, fléchisseur de l' avant-bras, supinateurs, sous-épineux) est dans certains cas atteint d'une manière prépondérante (type brachial), de telle sorte que la paralysie combinée de l'épaule et du bras peut se produire même par le plomb. On voit aussi parfois que la paralysie du plomb s'étend sur d'autres muscles des bras et qu'elle attaque la région du médian sur les petits muscles de la main et plus loin la région du cubital, le deltoïde, etc. Cela peut ainsi se terminer par une paralysie saturnine généralisée, à laquelle prennent part les muscles du dos, les diaphragme, les extrémités inférieures (celles-ci souvent sous forme d'une localisation typique, avec atrophie et DR).
L'exploration électrique fait trouver constamment, dans la paralysie saturnine, la DR, dont le développement marche de front avec la paralysie ; si cette dernière survient promptement, la DR arrive à son complet développement. Si la paralysie suit une marche très lente, la phase de l'excitabilité galvanique intense recule beaucoup et l'on ne
constate plus que La présence des anomalies qualitatives caractéristiques (secousse paresseuse AnFS > KaFS, excitabilité mécanique plus intense). C'est précisément dans la paralysie saturnine que l'on a constaté ces cas surprenants d'une DR galvanique, tout à fait isolée dans des muscles, qui n'avaient pas du tout été paralysés ou du moins qui n'avaient guère été gênés dans leur motilité (Erb, Bernhardt, Kast ; voir aussi p. 189), sans compter qu'ici se manifeste aussi la DR partielle. La longue persistance de la paralysie saturnine et les récidives qui se produisent assez souvent, compliquent, il est vrai, passablement les résultats de l'excitabilité électrique et les rendent douteux et embrouillés, de sorte que bien des fois on ne peut retirer aucune lumière de l'exploration électrique.
Mais la DR ne s'attaque pas toujours à tous les muscles atteints de la paralysie du plomb ; elle en épargne plusieurs au contraire, qui ne font preuve que d'une simple et faible diminution de l'excitabilité électrique ou ne présentent aucune anomalie du tout.
C'est là un caractère important pour le pronostic; car ces muscles sans DR retournent bientôt d'ordinaire à leur état normal, tandis que ceux qui éprouvent la DR exigent ordinairement beaucoup de temps pour se reconstituer. En tout cas on peut, relativement au diagnostic, retirer de la DR une conclusion très précise en ce qui concerne l'atrophie dégénérative et, en même temps, sa présence témoigne surtout en faveur d'une origine névrotique et contre une origine myopathique et, lorsque la sensibilité est absolument intacte, elle indique comme très probable, l'origine spinale de la paralysie (tout au moins dans les racines antérieures).
Toutefois et malgré de nombreuses explorations récentes et toutes récentes, la question relative à la nature et au siège de la paralysie saturnine est encore toujours controversée. A la vérité, il paraît prouvé qu'elle ne peut pas avoir son siège primaire dans les muscles, mais qu'elle est d'origine névrotique ; mais la lésion d'origine doit-elle être cherchée dans les nerfs périphériques (et seulement dans leurs fibres motrices) ou dans les colonnes antérieures grises de la moelle épinière, c'est là un problème qui n'est pas encore définitivement résolu. Les observations les plus récentes qui indiquent, dans les nerfs péripbériques une dégénérescence parencbymateuse, et par contre rien dans la moelle épinière, nous font en tout cas incliner dans le sens de la lésion périphérique. Malgré cela, je ne puis aucunement admettre comme démontré que la moelle épinière n'a pas été malade primitivement. Que prouvent des résultats négatifs avec nos méthodes si défectueuses de recherches microscopiques? Car on ne doit certes pas s'attendre à des lésions grossières. Dans une affection purement toxique qui peut guérir en peu de temps le fonctionne-