‹ Traité d'électrothérapieChapitre 225 sur 290 · EXPLORATION ÉLECTRIQUE · texte numérisé non relu

EXPLORATION ÉLECTRIQUE

régions susnommées, même par ce qu'on appelle lésions impalpables (par exemple l'hystérie, les intoxications, la syphilis, etc.); mais pour la plupart des cas de l'espèce, nous n'avons pas encore d'idée précise sur la situation que peut occuper, dans tel ou tel cas, cette lésion impalpable.

Je n'ai à parler de lasymptomatologie des anesthésies que pour attirer votre attention sur la façon dont vous pourrez tirer de leur étendue des points d'appui pour le siège de la lésion, dont la connaissance doit former la base de votre thérapeutique (circonscrites dans la région de l'un ou de l'autre nerf, sous forme de paraplégie, d'hémiparaplégie, ou enfin d'hémiplégie). Vous pourrez de plus tirer des conclusions de la paralysie partielle ou totale de la sensibilité, de sa disparition plus ou moins complète, de la présence, la nature et l'extension des anesthésies dans la même direction, comme aussi de la présence ou l'absence de troubles intellectuels, moteurs, vaso-moteurs et trophiques, de douleurs névralgiques, etc.

Ce que l'exploration électrique peut fournir dans ce sens pour éclairer le diagnostic, est peu de chose, mais ne manque cependant pas de valeur. Je vous ai dit précédemment que des modifications quantitatives ou qualitatives de l'excitabilité électrique des troncs nerveux, modifications que l'on peut utiliser pour le diagnostic, dans la paralysie des nerfs moteurs, sont inconnues dans les anesthésies ; tout comme nous ne pouvons pas reconnaître, dans des paralysies, des modifications quelconques de l'excitabilité du segment nerveux moteur central parce que la conductibilité jusqu'au muscle est interrompue, de même nous ne pouvons pas, dans des anesthésies, reconnaître de semblables modifications dans le segment nerveux périphérique parce que la conductibilité jusqu'au cerveau est interrompue. On ne pourrait donc faire une pareille investigation que dans des cas d'anesthésie incomplète. Rappelez-vous, par contre, que nous pouvons utiliser le courant électrique pour découvrir et délimiter les troubles fonctionnels des appareils sensibles, et je vous renvoie à cet égard à ma onzième leçon, p. 205. Nous possédons d'ailleurs un excellent moyen dans l'épreuve farado-cutanée de la sensibilité pour découvrir des différences délicates dans des parties symétriques, pour les délimiter et les localiser exactement, et pour constater rapidement l'analgésie.

Eh bien, Messieurs, contre une affection des nerfs sensibles, qui rend la peau et d'autres parties du corps plus ou moins insensibles à de fortes excitations, on a depuis longtemps utilisé les fortes excitations de la peau comme principales ressources. Nous possédons d'ailleurs dans le courant électrique le moyen le plus efficace et le plus commode pour provoquer des excitations de la peau, depuis la plus faible jusqu'à la plus intense, et cela sans qu'il se produise une modifi-

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cation durable ou un dommage quelconque pour la peau (ce qui est inévitable dans l'urtication, dans les vésicatoires, dans le fer chauffé à blanc) ; il a donc été tout naturel d'employer des courants électriques pour combattre des anesthésies. Ces courants forment en effet le remède souverain contre toutes les formes d'anesthésies sur toutes les parties du corps ; bien entendu qu'il ne s'agit ici que des anesthésies curables.

La tâche des électrothérapeutes à l'égard des anesthésies peut se résumer en peu de mots, comme pour les paralysies : il peut être question de combattre la maladie qui entrave la conductibilité ou d'augmenter l'excitabilité des organes de réception, de plus de supprimer des résistances dans la conductibilité sensible, et aussi de combattre les troubles nutritifs secondaires qui peuvent exister (de nature délicate ou grossière) qui constituent des obstacles au fonctionnement des appareils sensibles.

Je n'ai pas besoin d'énumérer encore une fois avec détail les actions de courants, qui sont à notre disposition pour remplir cette tâche. Je dois dire seulement en peu de mots que ce sont aussi bien les actions catalyliques, vaso-motrices que les actions modificatrices et surtout excitantes des courants électriques.

Effectivement, nous leur devons toute une série de résultats satisfaisants dans les anesthésies, résultats qui peut-être se produisent plus aisément et plus régulièrement que dans les paralysies, attendu que les voies sensibles se montrent généralement plus résistantes à toutes les lésions possibles que les voies motrices. Un petit nombre d'exemples pourront éclairer la question, quoique dans nos observations citées plus haut (10, 12, 18, 25, 26, 31, 37, 45, 65, 66, 73, 74, 78 et 8108 observations) nous ayions parlé d'un grand nombre de cas ou l'action du courant a été efficace contre les anesthésies.

132° Obs. personnelle. Anesthésie dans la région du trijumeau gauche. Cuisinière âgée de 48 ans, tombée malade en août 1870, avec engourdissement et fourmillement de la moitié gauche du visage. Jamais de douleurs, fréquents vertiges. L'œil devient rouge et pleure beaucoup ; tout récemment engourdissement du palais et de la langue, diminution du goût sur la moitié gauche de la langue. À part cela bien portante. État au 13 décembre 1870. Sensibilité diminuée sur toute la moitié gauche du visage, de la langue et du palais ; pas d'anesthésie complète. L'œil gauche est rouge et larmoyant, abcès superficiel de la cornée. Le goût est affaibli à la moitié antérieure gauche de la langue. Pas de trouble dans les muscles de la mastication. Région faciale normale. Ouïe bonne.

Traitement galvanique, de 6 à 8 éléments Stohr, stable transversalement par les tempes et les apophyses mastoïd. 8 éléments. Ka labile sur toute la peau du visage. Après la troisième séance : amélioration sensible ; la sensibilité est devenue meilleure sur le front et sur la joue, l'hypérémie de la con-

jonctive a disparu. Après le huitième traitement, amélioration durable, sensibilité meilleure ; l'engourdissement est moindre dans la bouche. Après la quinzième séance, le goût fonctionne mieux sur la moitié gauche de la langue. Le patient ne revint plus.

133° Obs. personnelle. Paralysie et anesthésic traumatique du nerf cubital et médian gauche. Cet ouvrier, de 21 ans, a éprouvé, en février 1872, une forte luxation du coude. On ne le traita que seize jours après et on appliqua le bandage maladroitement. En mi-novembre 1872, on constata chez le malade une paralysie totale de toute la région du cubital et du médian de la main (petits muscles de la main), avec atrophie très développée et DR complète ; sensibilité de la main dans la région des nerfs sus-nommés, entièrement éteinte aux côtés dorsal et palmaire ; au côté dorsal la région du radia' seule a conservé sa sensibilité normale. En partant du coude, on peut, au moyen du courant faradique provoquer dans le cubital et le médian des sensations excentriques à la main ; à deux pouces au-dessus de l'articulation de la main, on constate la disparition subite des sensations excentriques du nerf cubital et du médian. Traitement: Ka labile et revirements de courant au nerf médian, au nerf cubital et dans leurs zones de distribution. Le 2 novembre : amélioration de la sensibilité sur le dos comme sur la paume de la main. 5 décembre : l'amélioration se maintient. La pointe du petit doigt est maintenant un peu sensible. 15 décembre la sensibilité est revenue presque partout, quoique faiblement. 28 janvier 1873 : sensibilité presque entièrement rétablie. Pas encore de changement dans la motilité ; il ne s'en produit pas non plus, dans la suite.

134° Obs. de Mor Meyer. Anesthèsie du nerf cubital. — Mécanicien de 38 ans. Il y a six semaines, il a été atteint pendant le sommeil d'une grave paralysie du nerf cubital ainsi que du nerf cutané médian. La partie cubitale de l'avantbras ainsi que celle de la main sont complètement anesthésiées ; les muscles innervés par le cubital sont paralysés et atrophiés. — Traitement faradique de la peau et des muscles. Déjà, après 5 séances retour de la sensibilité, mais faiblement ; après 12 séances, complète guérison.

135° 06s. de Vulpian; lésion en foyer de Vhémisphère droite du cerveau. Eémianesthésie du côté gauche, etc. — Journalier âgé de 55 ans. Il a eu, il y a quatorze jours, une attaque d'apoplexie ; la conséquence en a été une certaine faiblesse du côté gauche et la cécité de l'œil gauche. Tout le côté gauche du corps est complètement insensible à n'importe quelle excitation Le goût est éteint à gauche et la vue y est très faible ; l'ouïe est normale. La moitié gauche du palais est également anesthésiée ; la sensibilité des muscles est pareillement éteinte à gauche. Traitement : application du pinceau faradique à un point circonscrit de la peau du côté dorsal de l'avant-bras. Au bout de trois jours la sensibilité est revenue dans la paume de la main et sur la surface antérieure de la caisse. Au bout de huit jours les extrémités des doigts sont rede venues sensibles ainsi que la face interne de la cuisse. L'amélioration continue, mais faiblement. Au bout de quatre semaines, la surface dorsale de l'avant-bras est devenue sensible, ainsi que sa face interne et celle du bras ; la sensation excentrique, lors de l'excitation du cubital au bras, est revenue, etc., jusqu'à la guérison presque complète.

ûi2 ANESTnÉSIE

136° Obs. de Grasset : hémianesthésie cérébrale droite. Le malade est une image vivante d'une hémianesthésie cérébrale droite, avechémiparésie, diminution du goût et de la vue à droite. Dans l'extrémité supérieure gauche, il se produit du'ttremblement lors des mouvements volontaires. Traitement, emploi du pinceau farado-cutané à la partie externe de l'avant-bras droit, avec le courant le plus fort. D'abord, aucune sensation, peu à peu un picotement devenant de plus en plus intense. A partir de cet instant, tout le coté droit est redevenu sensible ; la faculté visuelle de l'œil droit est normale, quinze minutes plus tard, nouvelle diminution de la sensibilité ; mais, le lendemain nouvelle amélioration. Des essais semblables de faradisation de la cuisse droite donnèrent des résultats identiques.

137° Obs. de Leloir (Vulpian) : hémianesthésie hysthérique droite. Jeune fille de 13 ans et demi, atteinte d'hvstéro-épilepsie depuis l'époque de ses premières menstrues ; six mois après, complète anesthésie et analgésie de tout le côté droit du corps ; ovarie du côté gauche, au côté droit l'odorat et le goût ont fortement diminué, l'ouïe moins. Le visage est libre. Une seule fois, l'emploi du pinceau faradique, localement, pendant quatre minutes, à Tavant-bras droit, produit une amélioration complète de V anesthésie. Pour le reste aussi amélioration notable. Succès persistant.

Dans le choix des méthodes de traitement électrique contre l'anesthésie il s'agit naturellement, comme pour les paralysies, en première ligne, de combattre la lésion anesthésiante, c'est-à-dire de la rechercher et de supprimer le véritable foyer de la maladie, névrite, compression, myélite, tabès, affection cérébrale, etc. comme aussi perturbations impalpables de nutrition, si toutefois l'on peut en découvrir le siège, ou névroses générales, qui se font souvent remarquer par l'anesthésie. Cela s'effectue entièrement d'après les règles qui vous sont déjà connues ou que vous apprendrez à connaître dans mes prochaines leçons.

Quoi qu'il en soit, cette partie du traitement électrique est, dans bien des eas, le point capital et souvent elle suffit à elle seule pour supprimer l'anesthésie et, si l'on peut profiter de cette indication, le parti le plus raisonnable est de commencer par là.

Mais la chose n'est pas toujours possible, soit parce que nous ne connaissons ni le siège ni la nature de la lésion, soit peut-être parce que cette lésion échappe complètement au traitement électrique et exige un traitement différent qui, toutefois, dans bien des cas, ne suffit pas non plus. Ainsi, par exemple, la régénération peut être assez avancée pour que la conductibilité soit de nouveau possible, sans exister encore en fait, et ait besoin d'une forte impulsion pour entrer de nouveau en activité. Pour faire disparaître l'anesthésie, ou du moins pour la faire disparaître rapidement, il faut encore un traitement direct.

Ce traitement direct a pour but d'augmenter ou de rétablir l 'excitabilité des appareils mriphériques (et par-ci par-là des appareils een-

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