TRENTE-SIXIÈME LEÇON
Sommaire: Maladies des organes de la digestion. Paralysie de la déglutition. — Névroses de l'œsophage. — Affections de l'estomac : vomissements nerveux. — Cardialgie. — Dyspepsie nerveuse ; méthodes électriques de traitement — Atonie el dilatation de l'estomac.
Maladies <le ["intestin. Entéropathie nerveuse. — Entéralgie. — Atonie et paralysie du muscle intestinal : 1. Occlusion de l'intestin par V arrêt atonique des excréments. Pathologie; cas divers; méthodes de traitement électrique. — Invagination de l'intestin. — 2. Constipation chronique par atonie de l'intestin. — Cas divers; faradisation percutanée ; faradisation recto-abdominale ; galvano-faradisution. — Prolapsus anal. Parésie du sphincter d: l'anus. — Ascitcs : leur traitement faradique.
Les organes abdominaux ont nécessité plus que d'autres, à beaucoup de points de vue, un traitement électrique, car ils sont en partie de nature musculaire et par suite ils paraissent devoir être bien plus accessibles à l'influence directe du courant électrique. Pourtant ils présentent bien d'autres troubles sensibles, vaso-moteurs, secrétaires etc., anomalies qui peuvent aussi être l'objet de l' électrothérapie.
Nous, notre intérêt se concentre tout d'abord et surtout sur les
Affections des organes de la digestion.
Surtout celles du canal digestif lui-même, dans ses divers segments, tandis que les glandes avoisinantes, grandes ou petites, seront pour nous d'une bien moindre importance.
Je me suis déjà ci-dessus occupé de la question, spécialement en ce qui concerne les formes variées el fréquentes de paralysie de déglutition et leur traitement (voir 2oc Leçon, p. 432).
Le spasme et la paralysie de l'œsophage isolés sont des phénomènes pathologiques très rares, mais peuvent devenir à l'occasion l'objet d'un traitement électrique. Il devra s'effectuer absolument d'après les principes généraux, avec une méthode appropriée aux: circonstances locales. Il faudra donc introduire une électrode (sonde pharyngienne, munie d'un bouton métallique) dans l'œsophage mémo jusqu'à différentes hauteurs, tandis que l'autre électrode restera sur la nuque, la colonne vertébrale, ou sur le sternum. On peut employer à cet effet des courants galvaniques et faradiques, mais on conseille une grande
circonspection dans le choix de la force du courant, vu la proximité des vagues, dont l'excessive excitabilité pourrait aisément entraîner de* conséquences dangereuses.
Une névrose sensible de l'œsophage, une sorte de brûlure nerveuse de la gorge sans aucune autre manifestation dyspeptique (névrose du vague ?j a été guérie promptement parBrenner(Unters. u. Beob, p. 85) à la suite de l'application du courant galvanique sur la région du nerf vague (An à la nuque, Ka entre le larynx et le sterno-mastoïdien. pendant 3 minutes, avec quelques interruptions).
Plus nombreuses et plus importantes sont les expériences et les recherches faites jusqu'ici sur Pélectrolhérapie dans les maladies de l'estomac. J 'ai fait connaître précédemment (page 117 et suivantes) les recherches physiologiques qui lui servent de base. Leurs résultats précaires en somme, n'ont pas été précisément élargis par un travail de Bocci venu depuis à ma connaissance. Ce savant a trouvé qu'une excitation directe des parois de l'estomac, au moyen du courant faradique provoque des contractions manifestes, tandis qu'une excitation 'indirecte, à travers les téguments du ventre, ne fait naître que des contractions insignifiantes, d'une valeur thérapeutique très douteuse. Par contre,, l'application directe intérieure du courant faradique (au moyen d'une sonde stomacale convenable), outre les contractions, provoque encore une congestion vase ul aire et une abondante sécrétion de suc gastrique.
Parmi les conditions pathologiques, il faut naturellement compter, d'une manière exclusive, les affections fonctionnelles, les troubles nerveux (et musculaires) de la fonction de l'estomac. Nul ne s'avisera de vouloir traiter avec le courant électrique un catarrhe stomacal, un ulcère ou une néoformation de l'estomac, mais ce courant promettra différents succès dans les états qui émanent d'une disposition morbide des nerfs sensibles de l'estomac, ou d'un spasme et d'une faiblesse des muscles de l'estomac ou enfin d'un fonctionnement insuffisant des nerfs de la sécrétion de l'estomac. Nous possédons effectivement sur toutes ces questions une quantité considérable d'expériences.
Contre les vomissements nerveux tels qu'on les trouve chez le- hystériques, dans la grossesse et pendant les couches, dans la migraine, la dysménorrhée, etc., différents observateurs (Semmola, Lente, Popper) ont jugé que le courant électrique pouvait être utile. Les méthodes à employer sonl plus ou moins empiriques ; ou bien une faradt'sation de la région gastrique, du dos jusqu'à l'épigastre ou depuis la nuque jusqu'à l'épigastre Lente), ou bien les deux pôles appliqués à la région gastrique (Popper) avec de grandes électrodes et des courants assez forts ; ou bien la. galvanisation de la même façon, après s'être assuré préalablement si l'An ou la Ka est plus utile à l'épigastre. Mais ce qui
paraît le plus efficace est certainement Ja galvanisation au cou et à la moelle cervicale, mode dans lequel on exerce le plus d'action sur les nerfs les plus rapprochés, le vague, le sympathique, le phrénique et les centres nerveux de la moelle allongée ; en tout cas, il faut essayer du moins la galvanisation depuis le cou jusqu'à la région gastrique (Semmola). Les succès publiés sont en partie très brillants ; quelquebus même, une amélioration se produisait instantanément.
Nous avons dit (27e Leçon, p. 408) de quelle manière il fallait traiter la cardialgie nerveuse.
Un intérêt particulier s'attache, depuis très peu de temps, à ce qu'on appelle la dyspepsie nerveuse et déjà plusieurs voix ont réclamé pour elle un traitement électrique. Il est vrai que les théories sur l'essence réelle de la dyspepsie nerveuse n'ont pas encore élucidé la question. Si l'on voulait, avec Leube, ranger simplement sous ce nom les cas où, sous le rapport du temps et de la chimie, la digestion suit un cours normal, mais où, soit par l'effet d'une excitabilité anormale des nerfs de l'estomac, ou de l'ensemble du système nerveux, toutes sortes de symptômes désagréables et importuns, locaux ou généraux, apparaissent pendant la digestion, on renfermerait, à mon avis, la dyspepsie nerveuse dans des limites trop étroites. En effet, il y a aussi, incontestablement, des cas où, par suite précisément du système nerveux, par suite d'une innervation défectueuse des glandes de l'estomac ou d'une activité insuffisante de ses muscles, il se produit une digestion chimiquement et temporairement anormale, sans aucune altération de structure de l'estomac et donne alors lieu aux symptômes d'une dyspepsie nerveuse. Ainsi, dans une série de cas, les troubles nerveux dyspeptiques émanent d'un acte digestif, normal en soi, tandis que dans l'autre série, l'acte digestif lui-même devient anormal, par suite de pertubations nerveuses primaires. Mais les deux formes ont évidemment une connexion intime et, certainement, on ne peut pas. les séparer dans la pratique aussi bien qu'en théorie. Pour les deux, le courant électrique peut devenir souvent un remède efficace, à côté d'autres remèdes qui sont réclamés particulièrement par l'état général des malade-;.
Le diagnostic de ces états n'est pas toujours facile, tant s'en fuit, mais par une observation, et une exploration exacte, par l'exclusion des maladies organiques de l'estomac, ou de celles ex juvantibus et nocentibus (aggravation par Carlsbad et cures analogues), vous pourrez reconnaître ces états avec certitude; ils sont, en tout cas, bien plus nombreux qu'on ne l'a cru jusqu'ici et c'est particulièrement parmi les malades si nombreux atteints de névrosthénie qu'on en trouve beaucoup qui souffrent de cette dyspepsie nerveuse. Peut-être que le symptôme, récemment décrit par Burkart, de la sensibilité, à la