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RÉSISTANCE DES TISSUS ANIMAUX

Parmi les mauvais conducteurs, offrant de grandes résistances, il faut aussi compter les tissus animaux ; en général on peut les regarder comme des solutions salines de différents degrés de concentration et leur vertu conductrice, dépend sans doute en grande partie, du sang qui les traverse abondamment et de la sérosité dont ils sont imbibés. Les différents essais, ayant pour but de déterminer la résistance de conductibilité (R. C.) des différents tissus entre eux (tissus musculaires, glanduleux, conjonctifs, osseux) ont abouti à des résultats très différents ; ainsi Eckard trouva que le muscle est le meilleur conducteur du corps ; que les nerfs, les tendons, les cartilages, n'ont que la moitié de la propriété conductrice du muscle, mais qu'entre eux ils offrent des résistances à peu près semblables ; par contre la substance compacte des canalicales osseux conduit de seize à vingt-deux fois plus mal que le muscle ; Eckard ajoute cependant que cette dernière détermination n'est pas très sûre.

Ces chiffres n'ont pas toujours été vérifiés; en effet, Ranke trouva que la résistance de conductibilité du muscle vivant est à peuprès égale à celle des nerfs, mais que le muscle à l'état de rigidité cadavérique est deux fois aussi bon conducteur et par conséquent ne présente que la moitié delà résistance du muscle vivant. Contrairement à cela, Hermann a trouvé récemment la résistance de conductibilité du muscle vivant moindre cpie celle du nerf et des autres tissus. Harless trouva celle du nerf environ quinze fois plus petite que celle de l'eau distillée ; cette résistance de conductibilité correspond à peu près à celle du nerf imbibé par une solution saline et est regardée comme étant cent quinze millions de fois plus grande que celle du cuivre.

De tout cela il résulte que les différents tissus animaux ne présentent pas une différence bien notable dans leur résistance au courant et que, spécialement, les différents tissus qui se trouvent dans l'intérieur du corps chaud et vivant offrent à peu près les mêmes résistances au courant, résistances qui dépendent de leur imbibition par le sang et par le liquide des tissus et varient un peu avec cette imbibition. Quoi qu'il en soit, le tissu musculaire paraît être le meilleur conducteur. Par contre le tissu osseux, qui, lui aussi, est traversé en tous sens par mi réseau de vaisseaux sanguins très fins, est loin de ne posséder que la médiocre conductibilité qu'on lui a faussement attribuée. Il n'est pas en état, comme on l'a cru longtemps, d'opposer un obstacle sérieux à la pénétration du courant dans la cavité du crâne ou dans Belle de la moelle épinière.

Il faut cependant noter que le tissu musculaire et le tissu nerveux opposent bien moins de résistance au courant électrique, quand il les traverse dans le sens de la longueur des fibres, que quand il les traverse dans le sens de la largeur. D'après L. Hermann, la résistance du

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tissu nerveux dans le se?is de la largeur, est cinq fois celle du tissu musculaire, même neuf fois plus grande que celle dans le sens longitudinal. Il parait donc que la conductibilité ne dépend pas exclusivement de l'imbibition par des solutions salines ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle est gênée par la polarisation interne qui se produit immédiatement.

En électrothérapie, Messieurs, nous n'avons jamais affaire aux tissus animaux dénudés, mais aux parties recouvertes par la peau extérieure avec sa couche cornée, l'épiderme et c'est là un détail delà plus haute importance et dont on ne tient pas assez compte. En effet la principale résistance que l'on rencontre dans toutes les applications ordinaires du courant électrique sur le corps humain provient deTêpiderme ; cette résistance prime presque toutes les autres. En tout cas l'épiderme joue une influence considérable sur la force totale du courant el peut-être même sur la diffusion de tous les fils du courant dans l'intérieur du corps humain.

L'épiderme se compose de deux couches : la couche muqueuse et la couche cornée; la première, composée d'éléments mous et cellulaires présentera à peu près la même résistance que les autres tissus animaux. Il en est tout autrement de la couche cornée, composée de cellules sèches et cornées ; par elle-même, cette couche pourrait bien être regardée comme non conductrice, opposant au courant une résistance

- grande ou absolue, comme vous pourrez aisément le démontrer sur Les épaisses couches cornées du talon, de la plante des pieds ou des mains couvertes de callosités. Une complète humectation, faite avec de l'eau chaude ou une solution saline, peut seule rétablir la conductibilité de la partie cornée de l'épiderme.

Si eetle couche cornée recouvrait uniformément toute la surface du corps, l'application cutanée ordinaire de l'électricité serait réellement très difficile ; certes, nos appareils actuels n'y suffiraient pas ; mais même en faisant abstraction des lacunes microscopiques qui existent entre les différentes parties histologiques de la couche cornée, celle-ci >'-\ encore percée d'un grand nombre de trous plus ou moins rapprochés les uns des autres, des pores des glandes sébacées et sudoripares, des villosités, par conséquent, de petits canaux recouverts partout et abreuvés d'un liquide salin, ce qui donne aisément au courant l'accès du tissu cutané enfoncé plus profondément et, par suite, l'accès de l'intérieur du corps. C'esl assurément de ces petits conduits, de leur nombre et de leur groupement plus ou moins condensé, que dépend la résistance de l'épiderme au courant. <m comprend donc aussi pourquoi Drosdoff, dan- ses recherches, n'a pas trouvé de rapport déterminé entre l'épaisseur de la couche cornée et la conductibilité électrique en différentes parties du corps. C'est seulement sur les points où l'épiderme est très

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