RÉSISTANCE DE L'ÉPIDERME
Nous voyons dus lors quelles importantes conclusions se déduisent en pratique de ces données, en ce qui concerne la grandeur des électrodes à choisir. On les choisira, toutes choses égales d'ailleurs, d'autant plus grandes que l'on voudra introduire dans le corps des forces de courant plus intenses. (J'aurai bientôt à parler des restrictions qu'impose à ce théorème, le désir d'avoir une plus grande densité de .mirant.) On peut le démontrer très facilement, au moyen du galvanomètre, avec diverses variétés d'électrodes; ainsi le même nombre d'éléments, employé sur un seul et même point du corps, donne :
Avec la plus petite électrode environ 4° de déclinaison de l'aiguille. Avec la petite électrode, 13°.
Avec la moyenne électrode, 20°.
Avec la grande électrode. 30°.
Mais naturellement la grandeur des électrodes usuelles a aussi ses limites; on a cherché à s'affranchir, jusqu'à un certain point, delà grandeur des électrodes métalliques ou carboniques, en posant, pardessous, des couches de papier buvard, de différentes grandeurs et trempées dans un liquide, au moyen desquelles on espérait faire pénétrer le courant à travers une plus grande surface d'épiderme. Mais ce procédé m'a paru, d'après des expériences dirigées dans ce sens, bien moins avantageux qu'on ne se l'était figuré au premier abord. Evidemment les traînées de courant qui, de l'électrode, doivent, à travers le papier buvard imbibé, s'étendre à des distances plus ou moins grandes, rencontrent ici une trop forte résistance pour permettre à des quantités considérables de traînées de courant, venant des points les plus éloignés, de pénétrer dans l'épiderme. En tous cas, un morceau de papier buvard humecté, à travers lequel on dirige le courant par une électrode à bouton ou une électrode (moyenne), est loin de rendre d'aussi bons services, pour l'augmentation de la force du courant, qu'une grande électrode métallique de la forme d'une plaque. Je dois donc déclarer cette méthode peu utile car elle présente de très grands inconvénients, à part quelques rares exceptions.
4° Le courant, dans une chaîne fermée, parcourt naturellement l'arc de fermeture ainsi que l'élément lui-même, ses métaux et ses liquides et il y rencontre, cela se conçoit, suivant la nature de ces corps, une certaine résistance. Cetle résistance qui existe dans la chaîne ellemême et que provoque sa structure s'appelle la résistance essentielle, tandis qu'on désigne ordinairement par le mot extra-essentielle, la résistance que la chaîne rencontre dans l'arc de fermeture. Toutes deux M Bout que des fractions de la résistance totale, qui existe dans la chaîne fermée et toutes deux sont soumises à dés loi- identiques. La
-istance essentielle grandit donc en proportion de la longueur el
diminue avec L'augmentation de la coupe transversale du conducteur que le courant doit traverser; on d'autres termes, plus les deux métaux sont éloignés l'un de l'autre dans le Liquide, plus est long le chemin, à travers le liquide, d'un métal à l'autre, plus grande aussi esl la résistance (et plus aussi le courant est faible) ; et plus la surface métallique est grande, plus Les métaux sont plongés profondément dans le liquide, plus la coupe transversale des couches liquides à parcourir est grande, plus la résistance est faible (et plus le courant est fort). Ainsi la résistance essentielle exerce aussi de l'influence sur la force du courant et la formule que je vous ai communiquée il y a
quelque temps, est en réalité conçue ainsi • I=— — : , dans la-
quelle H représente la résistaueo essentielle et le petit r' la résistance
extra-essentielle.
Nous avons doue l.i possibilité d'influer sur la force du courant par le changement de trois facteurs : la force électro-motrice, la résistance essentielle et la résistance extra-essentielle. La grandeur qui existe chaque fois dans nos recherches et qui esl immuable, c'est la résistance extra-essentielle (le corps humain et ses parties dans l'arc de fermeture! ) ; ainsi, pour changer à volonté la force du courant dans l'are de fermeture, pour l'augmenter ou la diminuer, nous sommes obligés d'opérer des modifications sur l'un des deux autres facteurs, ou bien en ajoutant une nouvelle force électromotrice, ou bien en L'enlevant, ou bien en augmentantou diminuant la résistance essentielle. Une simple remarque démontrera que, dans de certaines circonstances, nous ne pouvons jamais faire que l'un ou l'autre et que les deux à la fois ne conviennent pas pour tous les cas.
Nous opérons pratiquement, en électrothérapie, sous deux conditions très différentes : dans remploi ordinaire, percutané de l'électricité, on trouve, sur l'arc de fermeture, le corps humain, qui présente une résistance énorme, bien plus grande que celle de la chaîne ellemême ; par conséquent la résistance extra-essentielle est ici bien plus grande que la résistance essentielle.
Par contre, dans la galeanocaustique, un fil métallique, bon conducteur, forme l'arc de fermeture et celui-ci présente une résistance bien moindre que celle que L'on trouve dans la chaîne elle-même; ici donc la résistance extra-essentielle est beaucoup moindre que la ?'ésistance essentielle. Ce dernier cas, n'a pas à nous occuper, nous pouvons le laisser de coté : mais déjà il résulte de la mention des faits que, dans le premier cas. une modification de la résistance essentielle reste sans influence notable sur la force du courant, tandis que, dans le deuxième cas, la résistance extra-essentielle est médiocre et la résistance
RÉSISTANCE ESSENTIELLE ET EXTRA-ESSENTIELLE o.'J
essentielle déterminera presque seule la force du courant. Si elle est modifiée, la force du courant doit nécessairement l'être aussi.
Pour le premier cas, pour le nôtre, on montrera facilement que, si nous voulons par exemple augmenter la force du courant, ce qui nous arrive presque à chaque instant, nous ne pouvons pas le faire par une diminution de la résistance essentielle (augmentation ou submersion plus profonde des métaux, leur rapprochement, etc.), mais nous ne pouvons le faire que par l'addition d'une nouvelle force électromotrice, c'est-à-dire en augmentant le nombre des éléments.
Un simple calcul, avec les données les plus simples, montrera combien ces théorèmes sont exacts et irréfutables et quelle importance ils ont pour la confection pratique des appareils devant atteindre plusieurs buts différents. Pour notre cas, Vemploi percutané du courant, nous admettons que la résistance essentielle = 8, la résistance extra-essentielle = 200 ; nous avons alors,
Pour un élément I = R— — = -— 0 = —
Pour deux éléments I = ^—^ = -^
Pour quatre éléments I
C'est-à-dire que nous avons ainsi, en doublant le nombre des éléments,
une force de courant presque double et, quand on quadruple le nombre des
éléments, presque quadruple. Par contre, si nous grossissons l'élément, dans
les mêmes circonstances, nous diminuerons la résistance essentielle ; si nous
reprenons les chiffres qui précèdent, nous avons pour un élément deux fois
E il
aussi grand, I = . — — en se comportant ainsi,
la force totale du courant, n'a donc subi aucune modification.
Or, il en sera toujours ainsi, quand la résistance essentielle est grande, la
résistance extra-essentielle est petite, comme dans la galvanocaustique. Si,
pour simplifier, nous admettons que la R est maintenant égale à 200 et la
r à 8, nous avons de nouveau :
Pour un élément I = - — , — = r— — — —
Pour un élément double en grandeur I = — — —
Pour un élém. de grand, quad. I = — = — etc.
Vous voyez donc qu'ici, en augmentant les éléments, on augmente la force du courant; mais par contre, elle ne peut pas être augmentée par l'élévation du nombre des éléments.
Il résulte de là, pour notre but, cette simple conclusion, que dans l'emploi percutané du courant en électro-thérapie, une augmentation de la force du courant (en supposant une combinaison électromotrice donnée) ne peut être obtenue que par une multiplication du nombre des éléments et non par un agrandissement des éléments distincts. Les grands éléments, souvent employés jusqu'ici, sont donc tout à t'ait superflus ; les éléments nécessaires à notre but, peuvent donc être aussi petits qu'on le désir»1 et leur grandeur dépendra seulement de conditions techniques et des circonstances qui se produisent lors de L'emploi pratique.
Tout cela se rapporte seulement aux changements de la force du courant par une modification des sources du courant. Je vous ai parlé plus haut, à propos des rhéostats, de la possibilité de produire une semblable modification par le changement des résistances sur l'arc de fermeture, ou par une fermeture parallèle en relation avec lui.
5. Une importance toute particulière, pour l'intelligence des actions du courant et pour le maniement pratique et exact du courant électrique, appartient à l'idée de la densité du courant.
Les expériences des physiologistes nous apprennent qu'une irritation notable des systèmes nerveux de la périphérie et du centre, n'a lieu que quand le courant amené possède une certaine densité et fait irruption dans le système nerveux, avec une certaine densité. Il est, pour le moins, probable que le courant fonctionnant dans un but thérapeutique se comporte de la même façon ; qu'au moins une bonne partie de ces effets ne se produit que lorsque la partie malade est soumise a l'action d'un courant ayant une densité déterminée.
On entend aujourd'hui par densité du courant, le rapport qui existe entre la force du courant et l'unité de coupe transversale du conducteur traversé. Pour comprendre aisément ce rapport, vous devrez, je crois, vous imaginer le fait d'une manière pittoresque et vous figurer un courant électrique composé d'un grand nombre de fils de courants distincts et parallèles ; plus il y a de ces fils pour former un courant, plus ce courant est fort, plus sa force e.;t considérable ; mais plus il y a de ces lil> serrés sur l'unité de la coupe transversale, plus la densité du courant esl notable. Imaginez-vous par exemple, un courant d'en- \iron mille fils de courants, amenés d'abord par un conducteur métallique ayanl nue coupe transversale de un centimètre carré, puis par un semblable conducteur ayant une coupe transversale de deux centimètres carrés, les mille fils se diviseront, dans le 2ecas, sur une coupe transversale d'une grandeur double et, par conséquent, le courant n'aura que la moitié de sa densité, bien que, dans les deux cas, il conserve exactement la même force. La figure 9 ci-jointe peut servir de schéma. Il en est du courant comme de la chevelure d'une jeune