ORGANES THORACIQUES ET ABDOMINAUX
leur bat, en excitant énergiquement la peau, dans le voisinage de la rate, au moyen de deux pinceaux faradiques. Dans toute cette question, ie ne trouve encore rien qui m'autorise à formuler un jugement. Par contre, nous nous mouvons sur un terrain plus positif, quand il s'agit de l'électrophysiologie de l'appareil digestif, dont les parois musculaires obéissent naturellement, en général, aux lois d'excitation
motrice.
La musculature, à raies transversales, du pharynx et du voile du palais peut être facilement excitée faradiquement et galvaniquement à l'aide d'électrodes convenables, Lors de l'opération, il se manifeste des contractions musculaires locales ou, avec des courants plus intenses, des mouvements énergiques de déglutition et d'étranglement.
Ce qui est plus important que cela, c'est la production systématique de mouvements de déglutition qui, chez la plupart des personnes bien portantes réussit très bien, mais seulement au moyen du courant galvanique. Si vous placez l'anode en haut sur la nuque et si vous frottez avec la kathode, rapidement et brièvement, une des surfaces latérales de la région du larynx, vous verrez et vous entendrez se produire, avec six ou dix éléments, à chaque KaP semblable, et à l'aide d'une excitation courte et mobile, un mouvement régulier de déglutition.
Le sujet de l'expérimentation a la sensation, qu'une bouchée ou une gorgée de liquide le force continuellement à avaler. En posant autrement les électrodes, on peut arriver au même but et Brenner, avec une excitation unipolaire, trouva que les mouvements de déglutition se produisaient très facilement par la KaF et l'Ano, en vertu de la loi des commotions sensibles.
Il est évidemment question ici d'un phénomène réflexe, produit par les nerfs sensibles du pharynx et du larynx (c'est-à-dire par des ramifications du pneumogastrique, et probablement surtout par le nerf laryngé supérieur). Avec cela concordent aussi les expériences modernes faites par les physiologistes sur le mécanisme de la déglutition (Steiner, Kronecker). La théorie souvent répétée autrefois et d'après laquelle les mouvements de déglutition sont provoqués, dans cette combinaison d'expériences, par le nerf hypoglosse est certainement inexacte, et son manque de solidité se laisse voir très facilement par des expériences modifiées et contrôlantes.
Les muscles de l'œsophage se laissent aussi très facilement raccourcir par des électrodes ayant la forme de sondes; mais on doit conseiller, à ce propos, de bien choisir la force du courant, à cause de la proximité des deux pneumogastriques ; il pourrait sans cela résulter d un manque de prudence des effets secondaires pénibles.
Les muscles lisses de l'estomac et du canal intestinal réagissent contre les courants électriques d'une façon perceptible et connue ; les con-
118 ÉLECTROPHYSIOLOGIE
tractions excitées se produisent peu à peu, se transplantent de l'endroit primitivement excité à une distance plus ou moins forte, d'une manière péristaltique et elles survivent à l'excitation pendant un temps plus ou moins long. Au reste, le courant galvanique parait être moins actif que le courant faradique, sur cette partie du corps humain, tant qu'il ne s'agit que de produire des contractions musculaires et des mouvements péristaltiques.
L'effet d'une forte faradisation sur le ventre, comme il est aisé de le constater, particulièrement sur de grosses hernies inguinales, recouvertes par une peau très mince, ou chez les personnes qui ont la peau du ventre tenue et flasque consiste dans la production de mouvements de l'estomac et de l'intestin visibles et sensibles, quelquefois aussi péristaltiques, accessibles à l'oreille par le fait d'un gargouillement ; ces mouvements peuvent atteindre une intensité considérable et survivre plus ou moins longtemps à l'action du courant. On a cherché à constater l'effet mécanique de ces contractions en appliquant le manomètre sur l'estomac ; Baumler est ainsi arrivé à des résultats négatifs, Von Ziemssen, à des résultats positifs. De plus, ce dernier a trouvé, en faisant des expériences sur les animaux que seule la région excitée et non la totalité de l'estomac est mise en contraction et que le pilore réagit contre les deux espèces de courants plus fortement que le cardia ; comme autre effet de la faradisation de l'estomac, Schliep vit disparaître rapidement la quantité d'eau que l'on avait introduite dans l'estomac et, comme résultat palpable de la faradisation de l'intestin, il se manifeste souvent une défécation, qui suit de près l'excitation. En général, les effets thérapeutiques de la faradisation dans la dilatation de l'estomac, la dyspepsie et l'obstruction chronique, constituent les preuves principales de l'action des courants électriques sur les parois de l'estomac. Mais nous n'avons pas encore d'idée nette sur ce qui s'y passe et sur les règles qui y président .
L'action sur le tube digestif que nous avons indiquée, peut être obtenue de différentes manières : ou bien par une application percutanée, l'une des électrodes sur le dos, l'autre fixée ou promenée lentement sur les zones correspondantes abdominable, avec de forts courants, dételle sorte que de vives contractions des muscles du ventre se manifestent, ou par l'introduction d'une électrode dans l'estomac (soit une électrode stomacale spéciale ou une sonde œsophagienne avec introduction d'un fil métallique) ou dans le rectum comme électrode du rectum ou tube intestinal avec introduction de fil métallique), tandis qu'avec l'autre, on traite la partie extérieure du ventre d'une manière stable ou mobile. L'électrode introduite dans l'intérieur ne produit absolument aucune sensation.
Le rectum est naturellement excitable de la même manière que le
ACTIONS ÉLECTROLYÏIQUES ET CATAPflORIQUES SUR L HOMME U9
reste de l'intestin. Le sphincter anal obéit aux lois d'excitation qui agissent en général sur les muscles à stries transversales et à l'aide d'électrodes convenables, on peut aisément le mettre en contraction.
L'excitation électrique de la vessie est d'une grande importance pour la thérapeutique. Cette excitation est très facile ; mais, sous le rapport physiologique, on ne l'a pas encore beaucoup étudiée, du moins sur l'homme vivant. Ici encore Baumler arriva à des résultats négatifs par la faradisation, après avoir introduit un manomètre dans la vessie, et nous sommes le plus souvent forcés de nous contenter des expériences thérapeutiques, quand nous voulons affirmer la possibilité d'une action électrique sur les muscles de la vessie. Si l'on introduit une électrode uréthrale rien que jusqu'au col de la vessie, on peut aisément percevoir lors delà faradisation, les contractions du sphincter de la vessie et des muscles de l'urèthre, qui souvent poussent l'électrode en avant avec une assez grande force.
L'excitation de la vessie s'opère avec deux espèces de courants soit d'une manière percutanée, en plaçant les électrodes indifféremment, soit au moyen de l'introduction dans la vessie, jusqu'au sphincter ou jusqu'à la vessie même, d'électrodes ayant la forme d'un cathéter ou de telle façon qu'une électrode soit introduite dans la vessie et l'autre dans le rectum.
On ne sait rien des actions électrophysiologiques sur les reins et Vuretere, sur les testicules, ni sur les vasa deferentia de l'homme vivant.
Nous ne possédons pas plus de faits utilisables sur les résultats de l'excitation électrique de l'utérus normal, non gravide. On peut procéder à cette excitation au moyen de deux courants, avec des électrodes introduites dans le vagin ou dans la cavité de l'utérus elle-même. Ici l'on rencontre pareillement quantité d'expériences thérapeutiques, qui ne manquent pas d'importance et que vous apprendrez à connaître plus tard.
Je vais encore parler de deux catégories d'actions auxquelles on était toujours tenté d'attribuer une grande importance pour l'interprétation des actions électrothérapeutiques, malgré la somme minime de nos connaissances positives sur ce point. Je veux parler des actions déjà mentionnées brièvement, électrolyllques et cataphoriques des courants électriques. Il résulte de ce qui a été dit plus haut qu'il s'agira ici, presque exclusivement, des actions du courant galvanique, et que nous ne tiendrons pas compte de celles du courant faradique, bien qu'elles ne fassent pas complètement défaut et qu'elles ne soient inférieures aux premières que sous le rapport de la quantité.
Il y a malheureusement peu à dire en ce qui concerne l'organisme animal vivant. Les phénomènes électrolytiques ne peuvent guère se démontrer clairement que sur la surface du corps où les distributeurs
120 ÉLECTROFJIYSIOLOGIE
mélalliques de courants touchent aux tissus et liquides animaux accessibles à l'électrolyse ; on peut aussi constater aisément sur l'homme (voir ci-dessous page 107...), qu'en combinant bien l'expérience, on voit apparaître au pôle négatif des ions alcalins et, au pôle positif, des ions acides ; le phénomène en se développant suffisamment, produit même une action caustique visible.
Mais nous ne pouvons guère faire que des conjectures sur la manière dont les choses se comportent dans l'intérieur d'un conducteur aussi compliqué que l'est l'organisme animal pendant le passage du courant, quels phénomènes électrolytiques peuvent se manifester, quelles impulsions et répartitions moléculaires ont lieu dans les différents tissus, jusqu'à quel point certains déplacements sont favorisés ou gênés. Les physiologistes ont démontré qu'il s'opère une espèce de polarisation interne sur la limite des éléments hétérogènes des tissus, là où divers électrolytes se touchent. Ils utilisent même ces phénomènes dans leur théorie des différentes manifestations physiologiques qui se produisent sur les nerfs et sur les muscles. Mais de quelle nature sont ces processus, quels échanges moléculaires s'effectuent ; quelles solutions et combinaisons chimiques se produisent ? Voilà ce qu'on n'a pas étudié.
Une tentative très remarquable a été faite dans ce sens par Drechsel, qui est parvenu à produire de l'urée dans des solutions de carbonate d'ammoniaque par l'électrolyse et avec des courants alternants. Il est assez probable que ce fait se produit aussi dans l'intérieur de l'organisme vivant.
En ce qui concerne ces phénomènes chez l'homme vivant, nous marchons encore sur un terrain très incertain, et nous en sommes réduits à des conjectures que l'on a déjà suffisamment énoncées. Il est en effet très séduisant de se représenter l'action des courants en pareil cas, et rien peut-être ne donne à l'imagination et aux rêveries les plus hardies sur la vertu curative du courant électrique, une aussi vaste carrière. Malheureusement on se contente ordinairement d'illusions tandis que la réalité parle un tout autre langage. Je bannis donc volontiers toutes les conceptions théoriques sur les phénomènes électrolytiques possibles du corps humain; j'aurai d'ailleurs à revenir sur cette question, quand nous parlerons des actions thérapeutiques.
Nous sommes sur un terrain un peu plus solide, quand il s'agit de ce qu'on appelle les effets catnphoriques. Ils ont été, dans une direction du moins, l'objet de recherches expérimentales, et ils ont ainsi obtenu une base saisissable et réelle. Sans doute, cette base est encore insuffisante pour l'application ordinaire percutanée du courant (presque exclusivement pratiquée dans un but thérapeutique) ; on a bien tenté de ramener à des effets cataphoriques tels et tels phénomènes comme