MÉTHODE D'EXPLORATION POUR LOREILLE
l'appliquer sur la nuque, soit à cause de la faible résistance au courant, dans cet endroit, soit parce que l'on peut mieux diriger sur ce point les traînées du courant les plus denses. J'ai déjà expliqué ce que l'on fait ensuite ; j'ai dit comment on produit les fermetures de la Ka, lorsque grandit la force du courant ; comment, dans l'intervalle, on examine les autres agents d'excitation et comment, dans des cas particulièrement difficiles, on force l'excitation au moyen de changements des pôles positif et négatif. Permettez-moi seulement de vous donner encore quelques conseils pratiques, surtout en ce qui concerne les difficultés de l'exploration des personnes bien portantes.
Repos, patience et beaucoup d'habitude' voilà les conditions indispensables ; des séances réitérées sont souvent nécessaires pour habituer les personnes que l'on explore aux actions parallèles, diverses et désagréables. Un avis bien compréhensible, sur ce à quoi elles doivent particulièrement faire attention, facilite beaucoup le succès. Il faut d'abord commencer par de faibles courants dont on augmente peu à peu l'intensité. On facilite particulièrement l'apparition de la KaF- Réaetion, quand ona fait agir préalablement AnD. Ensuite, plus tôt on fait suivre l'AnO de la KaF,plus on effectue avec rapidité le changement, à l'aide du commutateur des courants, plus tôt et plus fortement agit la fermeture du pôle négatif; dans cette opération, on fera bien d'intercaler l'appareil de Brenner. L'obtention de l'AnO-Réaction est facilitée par une durée plus longue de la fermeture. Mais le plus sûr moyen de l'obtenir, c'est d'introduire peu à peu, pendant A ni) les forces de courants les plus grandes que l'on puisse supporter, puis d'ouvrir subitement la chaîne. J'ai obtenu souvent de bons résultats, après avoir fait quelques essais avec l'électrode B sur la main, en l'appliquant sur la nuque et en continuant l'opération. L'examen galvanique des personnes ayant des maux d'oreilles présente ordinairement des difficultés bien moindres.
Méthode d'exploration pour le g-oût.
Si vous voulez procéder à l'étude galvanique du goût, vous n'avez qu'à appuyer les deux pôles sur vos joues, c'est-à-dire à faire passer le courant transversalement par la cavité buccale, et à vous faire expliquer par les personnnes qui subissent l'épreuve, les différentes sensations qui se manifestent nettement et qui varient selon la joue droite et la joue gauche. Pour des explorations plus exactement localisées, on peut également utiliser la méthode polaire. On pose sur différentes parties de la langue, du gosier, des joues une « fine » électrode-éponge, d'une forme appropriée, ayant une poignée avec interrupteur. L'électrode posée, on étudie la KaF et KaD, AnF et AnD.
148 ÉLECTRODIAGNOSTIC
Enfin Neumann a indiqué une excellente méthode pour l'étude de la localisation complète du goût : à un cathéter élastique ou à une barre de verre sont fixés, bien isolés, les deux fils polaires de telle façon que leurs deux extrémités, garnies de petits boutons, proéminent librement, l'une à côté de l'autre, à une distance de 2 à 3 millimètres. Armée de de 1 à 2 éléments,cette électrode double est un excellent moyen pour sonder toute la cavité buccale, en des point limités, et- de provoquer ainsi une sensation galvanique de goût. Si on la met sur la langue, on ressent, à côté d'une brûlure légère un picotement et une sensation nettement accentuée (saline, acide et métallique). Il faut appeler l'attention des personnes, que l'on opère, sur cette double sensation. C'est ainsi que l'on peut constater aisément et sûrement les limites qui séparent les corps savoureux d'avec les corps insipides, de même que les différences pathologiques de la sensation du goût qui peuvent exister sur les deux moitiés de la langue.
J'en reviens enfin à 1'
Examen électrique de la sensibilité de la peau.
Naturellement on n'a pas laissé échapper un moyen, aussi commode que le courant électrique, d'apprécier la sensibilité de la peau. À vrai dire, on ne s'est pas toujours rappelé qu'au moyen des courants électriques, on peut examiner sur la peau deux sortes de phénomènes : d'abord l'excitabilité électrique des nerfs de la peau eux-mêmes et de leurs terminaisons, comme nous le faisons pour les nerfs moteurs, par conséquent la loi sensible de secousse ; ensuite la façon dont la peau se comporte comme organe sensible à l'égard de l'excitation électrique qui produit sur la peau une sensation spécifique, à ranger au nombre de ce qu'on appelle les sensations communes.
On peut se demander si, à cet égard, on a raison d'essayer d'apprécier, au moyen de l'électricité, « la sensibilité absolue » de la peau et de l'utiliser en quelque sorte comme la mesure générale du degré de son excitabilité sensorielle; de graves objections surgissent contre ces théories. La peau considérée comme organe des sens, ne peut être étudiée qu'avec les excitants qui lui sont adéquates ; or ceux-ci sont pour la peau, Les attouchements, la pression, les températures plus ou moins élevées et les degrés extrêmes de ces excitants qui provoquent la douleur. Oron peut discuter la question de savoir si l'électricité peut être comptée parmi ces excitants « adéquates » de la peau. Personne ne s'avisera de vouloir étudier, à l'aide du courant électrique, l'acuité de la vue, le sentiment des couleurs, la sensibilité à la lumière ; nous pouvons cependant 1res bien utiliser le courant électrique pour étudier excitabilité « électrique » de l'appareil nerveux visuel. En effet, il en
EXAMEN ÉLECT. DE LA SENSIBILITÉ DE LA PEAU d 49
résulte que l'excitabilité électrique de la peau ne peut absolument pas être envisagée comme une mesure moyenne de l'ensemble de l'excitabilité sensorielle de la peau, car ces modifications^ sont pas toujours parallèles aux modifications de la sensation de toucher, de la température ou de la douleur. La sensibilité électrique représente une variété de sensibilité de la peau tout à fait spécifique et déterminée, dont l'étude approfondie pourrait certainement être très importante pour nombre de maladies diverses et cela d'autant plus que cette étude est relativement aisée et positive. Alors que sur l'œil, à l'aide de l'exploration électrique, nous ne pouvons affirmer si le patient est aveugle ou clair-voyant, nous pouvons, sur la peau, constater si une sensation, au moins cette sensation spécifique, existe. Je n'ai pas besoin de parler ici des expériences antérieures et grossières, faites pour prouver la sensibilité de la peau surtout au moyen du courant électrique, pour démontrer au public étonné des anesthésies ou des analgésies portées à un haut degré, ou pour démasquer des simulateurs obstinés, ou des hystériques soupçonnées de simulation. On comprend aisément les méthodes, employées en pareil cas, avec des électrodes sèches ou humides, particulièrement avec le pinceau faradique, qui jouit d'une grande vogue et des courants suffisamment intenses.
J'ai dit précédemment comment il faut étudier l'excitabilité électrique des nerfs de la peau et de leurs extrémités, faradiquement et galvaniquement, comment la loi galvanique de secousse des nerfs sensibles de la peau, doit être mieux approfondie ; je l'ai dit dans ma fie leçon, page 89 : il faut ici employer exactement les mêmes méthodes pour l'exploration des nerfs moteurs.
Mais on s'est aussi efforcé de constater des troubles plus délicats de la sensibilité, principalement à l'aide du courant faradique, pour obtenir ainsi une mesure, pouvant s'exprimer en chiffres, delà sensibilité de la peau et de son degré de perturbation, dans un moment quelconque. Malheureusement ces- efforts n'ont pas encore été couronnés de succès.
Leyden a, le premier, tenté une expérience de ce genre et indiqué un moyen d'apprécier la sensibilité de la peau à l'aide du courant faradique ; à l'aide de deux pointes émoussées de compas, qui sont fixées .î une distance d'un centimètre l'une de l'autre, on introduit dans la peau un courant faradique secondaire ; on fixe ensuite la distance des rouleaux à laquelle il se manifeste, sur différents points de la surface du corps, une sensation électrique minime. Les distances, trouvées, des rouleaux forment une série numérique, de laquelle Leyden tira la conclusion que l'acuité de la sensibilité absolue ne montrait que de faibles différences sur divers points de la surface du corps. On trouva cependant entre le front et la plante des pieds, dans deux séries
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d'expériences, des différences de 70 à 75 millimètres, d'un appareil à chariot évidemment très énergique. On ne trouve pas, dans le compte rendu, de détermination de RC.
Bernhardt a renouvelé ces expériences et il les a appliquées à trouver la valeur de la sensation douloureuse faradocutanée ; il obtint ainsi des séries numériques analogues à celles de Leyden, qu'il coordonna pour l'usage pratique dans des tableaux d'ensemble. Lui aussi oublia de tenir compte de la résistance aux courants.
J'ai, dans le temps, fait de nombreux efforts pour étudier cette méthode, mais j'ai été loin d'aboutir à des séries numériques aussi nette< et aussi comparables que l'étaient celles de Leyden. J'en trouve la cause dans les sources d'erreurs inhérentes à la méthode elle-même : Je courant n'a, aux pointes de compas, que deux entrées dans la peau et celles-ci sont encore, quand elles sont armées avec deux pôles, de vertu excitative différente. On peut, il est vrai, porter remède à cet inconvénient, si l'on adopte l'ingénieuse proposition de Brenner : d'armer les deux pointes de compas de la même électrode et d'utiliser l'autre électrode comme indifférente. Il est vrai que l'on pourrait alors tout aussi bien ne choisir qu'une pointe émoussée pour l'exploration, si l'on ne doit pas étudier les zones du toucher de Weber. Quand on se rappelle la disposition anatomique de la peau et les voies ordinaire.que le courant suit pour la traverser, il est clair qu'avec deux points de contact seulement, on est exposé à de trop grandes éventualités, même sur des points symétriques de la peau ; si l'on touche accidentellement, avec une pointe de compas, un petit rameau nerveux de la peau, le résultat sera tout à fait différent de celui qui a lieu tout près. Une légère humectation de la peau, une transpiration facile, rend également les résultats très différents ; enfin en négligeant entièrement la résistance au courant, il reste un tertium dans l'expérience, qui rend impossible la comparaison des différentes parties de la peau chez un seul et même individu comme celle des mêmes parties de la peau chez différents individus. J'ai donc renoncé depuis longtemps à cette méthode — que je crois impraticable et qui d'ailleurs fait perdre beaucoup de temps.
Même chose m'est arrivée, avec la méthode indiquée plus tard par Bernhardt pour l'examen de la sensibilité à la douleur au moyen du courant galvanique. Il emploie un pinceau métallique armé du pôle négatif (il lient le pôle positif dans la main gauche); avec trente éléments, il met à zéro un rhéostat qui se trouve dans une fermeture parallèle ; puis il augmente les résistances, dans ce rhéostat, jusqu'à ce qu'il se produise, à l'électrode, une évidente sensation de douleur. Les chiffres trouvés des résistances du rhéostat forment une table qui doit indiquer de minimes différences chez diverses personnes. Je n'ai