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CHAPITRE XYII

Des causes qui portent un cheval sur l'avant-main. Moyen d'y remédier.

Toutes les fois que le cheval sort de son aplomb pour se porter en avant, il cherche un appui sur le mors. Cet appui varie en raison de sa construction et de sa sensibilité.

1° Lorsque l'encolure est lourde, peu souple, que la tête est mal attachée et pesante, leur poids en s éloignant du centre de gravité surchargera les épaules ; en conséquence, le cheval prendra un appui sur la main ;

2" Lorsque la liberté et la force de lavant-main seront inférieures à celles de l'arrière-main, l'action d une force plus grande tendant encore à surcharger la plus faible, le cheval recherchera de même un soutien sur le mors ;

3° Enfin, lorsqu'une grande raideur dans les hanches et les jarrets, raideur produite souvent dans cette dernière partie par différentes tares, ne permettant pas à l'arrière-

main de s'assouplir pour établir l'équilibre, les épaules auront encore à supporter une pesanteur plus forte, comme dans les deux autres cas, le cheval s'appuiera sur la main.

Néanmoins les moyens d'action qu'un cavalier peut posséder le mettent dans le cas d'atténuer ces difficultés.

Lorsque l'encolure est épaisse et raide, que la tête est lourde et mal attachée, le cheval s'appuie sur le mors en baissant et en éloignant la tête. Pour combattre cette disposition, il faut premièrement assouplir l'encolure. Cet assouplissement s'obtient en travaillant le cheval au pas ; la main de la bride étant légèrement fixée, on ouvre la rêne du côté de la main restée libre, et l'on offre de petites résistances, pour engager le cheval à plier l'encolure ; quand, à la suite d'une résistance, le cheval rend la tête ou plie l'encolure, on mollit la main, afin de reposer la bouche ; on arrête souvent, on recule quelques pas, afin d'habituer les barres k l'action du mors. Quand le cheval est en place, en diminuant la sujétion de la bride on badine la rêne sur laquelle on agit, afin d'engager le cheval à tourner la tête et plier l'encolure.

Ce travail s'alterne tantôt a main droite, tantôt à main gauche, en ayant soin d'exercer davantage le côté le plus raide. Lorsque l'encolure est assez assouplie, et qu'alors la tête se rapproche, la main doit offrir des résistances douces et inégales pour maintenir le cheval en équilibre, marquant des arrêts pour reporter sur l'arrière-main le poids qui revient sur les épaules, et cessant de soutenir ensuite, pour

éviter que le cheval ne se reporte trop promptement en avant. Ga^. dans cette circonstance, si l'on donnait a la bouche un soutien trop fixe et trop marqué, l'avant-main reprendrait infailliblement sa pesanteur, et môme alors un trop grand assouplissement de l'encolure n'aurait servi qu'à le faire s'encapuchonner.

Voilà pourquoi il y a danger de trop assouplir un cheval ayant la tête lourde : les inconvénients qui résultent de ce défaut s'augmentent en raison de la pesanteur de la tête.

Le cheval qui s'encapuchonne est généralement celui dont l'encolure est longue et flexible. Pour combattre ce défaut, on doit nécessairement éviter d'assouplir l'encolure et d'appliquer les moyens qui tendent à fixer et à baisser la tête : car en agissant ainsi on accroîtrait la difficulté au lieu de la combattre. On doit donc, dans ce cas, assouplir l'arrière-main du chcA^al avec les jambes, afin de l'asseoir: ne faire agir la main, en la tenant élevée, que pour reporter sur les hanches le poids qui peut surcharger les épaules, et refuser ensuite à la bouche cette fixité de point d'appui dont le cheval profiterait pour s'encapuchonner de nouveau. Cette mauvaise disposition se combat encore en alternant les résistances de la main, tantôt avec la bride, tantôt avec le bridon. Ce dernier, agissant sur les lèvres et le haut de la Ijouche . sert à élever la tête du cheval ; de petites saccades de bridon, en cette circonstance, sont très bonnes ; elles élèvent la tête, entretiennent dans la bouche une incertitude essentielle à conserver sur un cheval ayant le défaut de s'encapuchonner.

Lorsque la liberté et les forces de l'arrière-main sont supérieures à celles de l'avant-main, on peut impunément asseoir le cheval, faire agir les jambes pour gagner et assouplir les hanches, et faire agir la main avec assez de puissance pour rejeter sur l'arrière-main le poids qui tend à se porter en avant. Ces arrêts doivent être suivis néanmoins d'une sorte d'abandon dans l'action de la main, afin que le cheval, ne trouvant plus un soutien assez ferme par devant, soit forcé de faire supporter aux hanches le poids qui se serait porté sur les épaules, si ces dernières avaient été trop soutenues.

Les jambes, tout en assouplissant les hanches, servent en même temps de soutien a l'arrière-main pour recevoir les pesanteurs envoyées par la main. Ce travail doit se continuer jusqu'à ce que l'on sente le cheval maintenu sur les hanches ; alors on donne à la main une légère fixité afin d'assurer la tête et de régler le mouvement des épaules.

Toutefois, dès que le cheval, en raison d'un mouvement plus rapide ou pour toute autre cause, cherche à reprendre un trop fort point d'appui, on recommence à marquer des temps d'arrêt assez forts, suivis d'un soutien très léger, d'une espèce d'abandon dans la main qui s'obtient en cessant de faire agir les muscles de la main et du bras. Quand la raideur et la sensibilité des jarrets engagent le cheval à se porter sur les épaules, il place ordinairement le nez au vent, raidit son encolure, et ne prend sur le mors qu'un appui incertain. 11 devient dans ce cas nécessaire de placer très bas la main de la bride, en présentant alors à la

bouche un appui léger toujours égal : au moyen de cette fixité, l'appui que prendra le cheval deviendra plus certain. Une lois qu'il sera assuré dans ce point d'appui, on cherchera, en le marchant au pas, à le plier k droite et à gauche, ainsi que je l'ai indiqué tout à l'heure ; on l'arrêtera, on essayera de le reculer, on badinera alternativement les deux rênes. En usant judicieusement et sans force de ces divers moyens, l'encolure s'assouplira promptement et la tête prendra une meilleure position. Pendant que les mains agiront ainsi pour ramener et assouplir le devant, les deux jambes resteront également tombantes, elles maintiendront simplement l'arrière-main, et empêcheront le cheval de reculer ou de se traverser. Une lois que la tête sera fixée sur le point d'appui offert par la main, qu'enfin on se croira maître de l'avant-main, le cavalier commencera à travailler les hanches, afin d'assouplir et placer l'arrièremain.

Je suppose que l'on veuille commencer k assouplir la hanche droite; le cavalier prendra les rênes de la bride dans la main droite, fixera cette main pour maintenir la tête et arrêter le iTiouvement de lavant-main (la main gauche agira alors sur la rêne gauche pour plier le bout de devant k gauche), et fermera la jambe gauche pour faire échapper l'arrière-main a droite. Dans ce mouvement la jambe droite doit rester tombante, et ne devra agir que dans le cas où il deviendrait nécessaire de rectifier l'effet trop marqué qu'aurait pu produire la jambe gauche. Dans l'hypothèse, au contraire, où la jambe gauche ne produirait

pas assez d'effet, on la fermerait jusqu'à l'éperon, que l'on ferait sentir légèrement par petits à-coups le long des aides. Enfin, si le cheval se poussait sur l'éperon, ou ruait à la botte, ce qui arrive quelquefois, on pincerait vigoureusement l'éperon gauche pour rejeter les hanches à droite. Dans tout ce travail de l' arrière-main, les mains du cavalier doivent rester fixes en maintenant le pli à gauche du devant, ce qui aide à tenir l'arrière-main à droite. Gomme je l'ai dit tout à l'heure, un travail semblable s'alterne ; on a soin toutefois d'exercer davantage le côté le plus raide. En agissant avec ménagement et en raison de la force du cheval, ce dernier sera bientôt ramené et assoupli ; tandis qu'au contraire, en agissant avec trop de force, si l'on veut le ramener trop promptement, l'arrière-main recevant une sujétion insupportable, le cheval peut se cabrer, se renverser, se porter en avant avec violence, s'appuyer sur le mors avec tant de force que le cavalier n'en sera plus maître.

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