CHAPITRE XVIII
Des raisons qui portent un cheval sur l'arrière-main.
Lorsque l'avant-main sera élevée, que les épaules seront libres, tandis que les reins seront faibles, les hanches
courtes, les jarrets tarés ou sans force, l'arrière-main ayant à supporter la supériorité de l'avant-main, et se trouvant ainsi surchargée, s'afTaissera.
Dans cette circonstance, lorsque le cheval marche, les mouvements des épaules et des bras sont très marqués, très élevés, quoique couvrant peu de terrain ; l'avant-main semble tirer après elle les parties postérieures qui paraissent se traîner au Heu de pousser le cheval en avant.
Quand les mouvements sont raccourcis, la tête du cheval se rapproche de la perpendiculaire, et reste dans cette position en ne prenant sur la main qu'un poids, léger et incertain.
La tête ne sort de cette attitude, pour porter au vent, que lorsqu'une main inhabile, saccadant la bouche, vient exciter la sensibilité de l'arrière-main.
Lorsqu'un cheval ainsi construit est obligé de sortir de ses allures raccourcies pour les développer, il est plus que tout autre forcé de se servir de son encolure et de sa tête, pour former un levier qui doit lui aider à entraîner sa masse en avant. Il doit donc allonger l'encolure et baisser la tête pour charger les épaules, et laisser k l'arrière-main tous les moyens possibles d'action.
Afin de tirer parti d'un semblable cheval, il faut, dans les allures raccourcies, donner à la main une fixité moelleuse qui l'engage à s'appuyer dessus, et n'exiger que des mouvements simples, réguliers, ne pouvant exciter aucunement la sensibilité de l'arrière-main.
Dans les allures allongées, la main doit être basse, afin
de permettre à la tête de se baisser, et fixe, afin d'offrir à la bouche un appui sans lequel l'allure ne pourrait se développer.
On conçoit qu'avec des chevaux semblables, il faut être tiès sobre des assouplissements d'encolure ; il est nécessaire, au contraire, de conserver à cette partie toute sa force, et je dirai même sa raideur, sous peine de condamner le cheval à ne plus marcher que des allures raccourcies, flageolantes, incertaines.
Si le cheval, abusant du point d'appui que lui offre la main, venait à trop s'appuyer dessus, il suffn^ait de marquer quelques résistances pour relever 1 encolure et la tête, et rendre alternativement la main, ainsi que je l'ai expliqué déjà.
Quand les épaules sont raides, mais élevées, quand les jarrets et les hanches ont de la force et de la flexibilité, le cheval pourra se porter encore sur l'arrière-main ; l'avantmain n'ayant pas alors un développement en rapport avec les forces de l'arrière-main, cette dernière partie, afin de pouvoir se développer, sortira de la ligne des épaules. Dans ce cas la tête se rapproche de la perpendiculaire, et quelquefois se recule en s'encapuchonnant, sans pour cela prendre sur la main un point d'appui ; le cheval trépigne du devant, tandis que les hanches se traversent.
Pour régulariser le cheval en cette circonstance, il faut premièrement donner à l'action de la bride une liberté qui permette a l'encolure de s'allonger, afin de donner aux mouvements de l'avant-main tout le développement dont
ils sont susceptibles ; faire agir ensuite les jambes pour maintenir les hanches sur la ligne des épaules, et tâcher de régler leurs mouvements sur ceux de lavant-main. Il devient essentiel alors de faire agir les jambes très froidement, afin de ne pas provoquer dans l'arrière-main une action élevée qui cesserait de se coordonner avec celle de lavant-main.
Les chevaux de cette nature, peu propres aux exercices du dehors, sont très bons pour travailler dans de petits espaces, dans un manège : tout le liant, toute la force de cette arrière-main s'utilisent pour asseoir le cheval et obtenir un travail de hanches qu'il est, en raison de sa nature, très disposé à donner.