‹ Traité d'explication française: ou, Méthode pour expliquer littéralement les auteurs françaisChapitre 10 sur 79 · Esther, I · texte numérisé non relu

Esther, I

%f PrJtannicus, iv, %,

Pécheurs, disparaissez/ le Seiflfn«wr se réveille,,.

Fleure, Jérusalem/ pleure, cité per/îde,

Des propA^tes divins malheureuse homicide. Etc.

Enfin, quand il se trouve dans un vers des finales muettes non élidées, il est bon d'en atténuer le son le plus possible, et d'appuyer par compensation sur les syllabes voisines, de manière à donner toujours le môme nombre à la phrase poétique. Prenons pour exemple un vers à'Athalie qui contient plusieurs finales de ce genre :

Tremble, m'a-t-elle dit, fille digne de moi.

Ce vers serait insupportable si nous donnions la valeur d'un temps aux muettes qui comptent dans la mesure, et si, à l'exemple des musiciens du siècle dernier qui prononçaient, au dire de Voltaire :

Une fièvre brûlante U-nei4-fiè-t)reu-bru-lan-an-teu,

nous disions :

Tremftlett, m*a-t-eUeu dit, fiUeu digfneu deu moi;

il redevient très harmonieux si nous le prononçons de k manière suivante, en supprimant presque entièrement quatre syllabes, mais en donnant chaque fois à Tune des syllabes voisines la valeur de deux temps, ou tout au moins d'un temps et demi :

Trembr, m'a-t-ell' dit, flU* dign' de moi.

— Voilà pour les vers pris un par un ; voyons en peu de mots comment on devra lire une tirade. Bien des lecteurs se croient obligés de reprendre haleine après chaque vers, et de là vient que la lecture à haute voix ou la récitation d'iin poème est si généralement fastidieuse. On évitera cet inconvénient si Ton fait attention au sens de la phrase et aux différents signes de ponctuation. Etant donné ce passage de La Fontaine :

En son hôtel il fait venir Le chanteur, et lui dit : « Or çà, sire Grégoire,

Que gagnez-vous par an? — Par an! ma foi, monsieur,

Dit avec un ton de rieur Le gaillard savetier, ce n'est point ma manière De compter de la sorte, et je n'entasse guère Un jour sur l'autre, il suftit qu'à la un

J'attrape le bout de l'année...

Le savetier crut voir tout l'argent que la terre

Avait, depuis plus de cent ans

Produit pour l'usage des gens.

Il retourne chez lui, dans sa cave il enserre

L'argent, et sa joie à la fois.

11 n'y a qu'une façon de le lire avec intelligence, c'est de couper les phrases de la manière que voici, sans exagérer cependant ;

En son hôtel — il fait venir le chanteur — et lui dit : — Or çà, — sire Grégoire, — que gagnez-vous par an? — Par an! — ma foi, — monsieur, — dit avec un ton de rieur le gaillard savetier, — ce n'est point ma manière de compter de la Sorte, — et je n'entasse guère un jour sur l'autre, — il suffit — qu'à la fin — j'attrape le bout de l'année 1...

Le savetier crut voir tout l'argent — que la terre avait — depuis plus de cent ans — produit pour l'usage des gens. — Il retourne chez lui, — dans sa cave il enserre l'argent, — et sa joie à la fois.

Quant aux rimes, le plus souvent il faudra ne pas les faire sentir, à moins que leur accumulation ne soit destinée à produire de l'effet, comme dans les vers suivants :

L'impie Âchab détruit, et de son sang trempé Le champ que par le meurtre il' avait usurpé, Près de ce champ fatal Jézabel immolée.

Sous les pieds des chevaux cette reine foulée, Dans son sang inhumain les chiens désaltérés. Et de son corps hideux les membres déchirés >.

11 avint qu'au hibou Dieu donna géniture, De façon qu'un beau soir qu'il était en pâture, Notre aigle aperçut d'aventure

1. L'abbé Aubert, dans son intéressant Discours sur la manière de lire les fables (1773, à la suite de ses Fables nouvelleSy in-12), propose de lire ainsi; la seule différence est qu'il no sépare pas le« mots qu'à la fin du reste de la phrase.

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