‹ Traité d'explication française: ou, Méthode pour expliquer littéralement les auteurs françaisChapitre 12 sur 79 · PHILAMINTE · texte numérisé non relu

PHILAMINTE

Vous voulez que toujours je Taie à mon service

Pour mettre incessamment mon oreille au supplice.

Pour rompre toute loi d'usage et de raison

Par un barbare amas de vices d'oraison.

De mots estropiés, cousus par intervalles

De proverbes traînés dans les ruisseaux des halles ?

BÉLISB.

Il est vrai que Ton sue à souffrir ses discours; Elle y met VAUGELAS en pièces tous les jours; Et les moindres défauts de ce grossier génie Swt ou le pléonasme ou la cacophonie.

CHRYSÂLE.

Qu'importe qu'elle manque aux lois de VAUGELAS,

Pourvu qu'à la cuisine elle ne mangue pas ?

J'aime bien mieux, pour moi, qu'en épluchant ses herbes.

Elle accommode mal les noms avec les verbes.

Et redise cent fois un bas et méchant mot

Que de brûler ma viande ou saler trop mon pot^. Etc.

Autre exemple :

« Vidolàtrie nous parait la faibUsu même, et nous avons peine à coni' prendre qu'il ait fallu tant de force pour la détruire. Mais^ au contraire, son extravagance fait voir la difficulté qu'il y avait à la vaincre; et un si grand renversement du bon sens moaire assez combien le principe était

i. Femmes savantes, ii, 7«

UàU' Le monde avait vkUU dans Vidolàtrie, et, enchanté par ses idoles,

il était devenu sourd à la vota; de la nature qui cnatt contre elles. Quelle

'puissance fallait-il pour rappeler dans la mémoire des hommes le vrai

^zcu si profondément oublié, et retirer le genre humain d'un si prodigieux

ssoupissement^ ? »

Plus Tauteur dont on étudie les œuvres est un homme fe génie, plus on doit appuyer sur les mots qu'il eût pour insi dire soulignés, comme font aujourd'hui les écri- '^ains médiocres, s'il n'avait compté sur la sagacité des ..ecteurs. Chez des auteurs comme Pascal, Bossuet, La ""ontaine et Molière la justesse des expressions est telle [u'il est pour ainsi dire impossible de changer un seul not sans dénaturer complètement la pensée. Chacune le leurs phrases est, pour ainsi dire, une voûte parfaiement cintrée ; ôtez une seule pierre , et la voûte Vécroulera tout entière. «

Mais il ressort de ces observatioifiqu'il est très difO^' die de lire à haute voix et les prosateurs et surtout les )oètes. Aussi ne serait-il pas superflu de donner aux eunes gens, jusque dans les classes supérieures, quelques leçons de lecture et de déclamation ; peut-être «erait-il avantageux de l^s conduire parfois à de bonnes aatinées littéraires, ou de faire réciter devant eux, par les artistes de talent, les principales scènes de nos hefs-d'œuvre dramatiques. Le bel ouvrage de M. Leouvé, intitulé VArt de la kcture^ devra du moins être 1 et commenté en classe avec un soin tout particulier.

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