MassiiloD, Oraison funèbre de Louis XIV
nuit désastreuse, nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt! Madame est morte!
et le passage non moins célèbre de Massillon :
Je suppose que c'est ici votre dernière heure et la fin de. l'univers; que les cieux vont s'ouvrir sur vos têtes, Jésus-Christ paraître dans sa gloire au milieu de ce temple...
appartiennent, Tun à la première partie de Y Oraison fu" nèbre d'Henriette (f Angleterre^ l'autre au troisième et dernier point du sermon Sur le petit nombre des élus. Isolés, ces admirables morceaux perdent les trois quarts de leur beauté; il est donc indispensable de les enchâsser pour ainsi dire dans leur contexte, comme des diamants dans la monture d'or ou d'argent qui les fait valoir. On dira enfin que cette apostrophe si connue! «Venez, peuples, venez maintenant... etc. » commence la péroraison dç V Oraison funèbre de Louis de Bourbon; elle ne signiOerait rien, si elle appartenait aux autres parties de ce discours, . Il doit en être de même, et à plus forte raison, pour les scènes détachées d'une tragédie ou d'une comédie; le premier soin d'un commentateur attentif sera de faire ^connaître exactement la situation et d'analyser en très peu de mots les scènes précédentes; autrement on ne peut rien comprendre à ce qui sera dit. S'agit-il d'expliquer les imprécations de Camille :
Rome, l'unique objet de mon ressentiment, Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant, Rome^ qui t'a vu naître et que ton cœur adore, Rome enfin, que je hais parce qu'elle t'honore, etc.
il faut commencer par dire que ce passage est tiré de la cinquième scène du quatrième acte A' Horace; que l'infortunée Camille, promise à Curiace, ne peut s'empêcher de pleurer la mort de son fiancé, et qu'après avoir entendu son frère Horace lui dire avec une véritable « brutalité » :
Aime, aime cette mort qui fait notre bonheur, Et préfère du moins au souvenir d'un homme Ce que doit ta naissance aux intérêts de Rome;
elle éclate enfin, et s'écrie dans sa fureur, en reprenant avec une haine toujours croissante le dernier mot que son frère a prononcé :
Rome!... Rome!!... Rome!!!... etc.
Avant d'expliquer la scène de provocation du Cid:
Âmoi, comte, deux mots, etc.<,
on analysera brièvement le premier acte de la pièce, on rappellera la querelle de don Gomez et de don Diègue, le soufflet qu'a reçu ce dernier, et l'ordre qu'il a donné à son fils d'en tirer aussitôt vengeance, etc. La même précaution devra être prise avant d'expliquer le songe de Pauline dans Poiyeucte*, ou celui d'Athalie, ou le dialogue entre Athalie et Joas', ou les discours d'Agrippine h Néron* et de Mithridate à ses enfants ', ou enfin n'importe quelle autre scène empruntée au théâtre. Je sais bien que les éditeurs de morceaux choisis donnent en général ces explications; mais ils sont astreints à une trop grande concision, et l'on ne peut se passer, quand on explique, de quelques développements plus amples. Les morceaux choisis ont presque toujours, quoi qu'on fasse, le grave défaut de ne pas former un tout complet; remédions à ce défaut, soit en lisant ce qui précède, soit en en faisant une analyse rapide qui permette à l'esprit de se retrouver, et d'encadrer, pour ainsi dire, le morceau qu'on doit étudier.
Les textes d'explication que l'on emprunte à des poèmes ou à des récits de longue haleine doivent être remis à leur véritable place avec autant de soin; par exemple il ne faut pas laisser croire à ceux qui nous écoutent que ce passage de Boileau :
Aa pied da mont Adale, etc.
ou cet autre :
... Dans une chambre haute...