Mithridate f m
commencent le Passage du Rhin ou le Festin ridicule; il faut lire ou analyser ce qui précède, de même qu'il faut dire brièvement pourquoi le cardinal de Retz était emprisonné au donjon de Vincennes, et pourquoi il fut transféré au château de Nantes, d'où il s'évada. Je prends ce dernier exemple parce que nous avons tous vu des jeunes gens s'imaginer à tort, par la faute des éditeurs de morceaux choisis, que Retz s'était échappé de Vincennes.
La chose est moins importante pour les fragments de lettres, mais là encore elle a son intérêt. Tout le monde connaît l'admirable récit que M"® de Sévigné, dans une lettre à sa fille, a fait d'un incendie survenu chez Guitaut*.
Vous saurez, ma petite, qu'avant-hier au soir, mercredi... je songeai à me coucher. Cela n'est pas extraordinaire, mais ce qui Test beaucoup, etc.
Il est nécessaire de dire que ce n'est point le début de sa lettre ; je voudrais qu'on en lût les premières lignes, et même, en thèse générale, je serais d'avis de ne jamais tronquer des morceaux aussi courts. Citer comme on le fait ce fragment de M""® de Sévigné, c'est faire un véritable contre-sens : elle n'avait garde de commencer une lettre par le récit de cet accident, qui aurait pu terrifier sa fille; elle a eu grand soin de n'y arriver qu'après avoir débuté de la façon la plus naturelle et la plus gaie :
Je vous avoue que j'ai une extraordinaire envie de savoir de vos nouvelles; songez, ma chère, que je n'en ai point eu depuis La Palice; je ne sais rien du reste de votre voyage jusqu'à Lyon, ni de votre route jusqu'en Provence; je suis bien assurée qu'il me viendra des lettres; je ne doute point que vous ne m'ayez écrit; mais je les attends, et je ne les ai pas : il faut se consoler, et $*amu$tr en vou^ écrivant. Vous saurez, etc.
Les grands écrivains, comme M"* de Sévigné, composent avec art jusqu'aux moindres billets, et on leur fait tort, quand on retranche ainsi les détails qui leur ont paru indispensables.
U Lettre du SO février l«71i
DEMARQUES LITTERAIRES. 23
Enfin, il n*est pas jusqu'aux Caractères de la Bruyère, aux Pensées de Pascal et aux Maximes de La Rochefoucauld dont il ne faille autant que possible déterminer la place. Cette précaution paraît bonne surtout pour les fragments de Pascal, car il est très possible qu'on lui attribue souvent à tort des pensées ou des raisonnements qu'il mettait dans la bouche de ses adversaires, et qu'il se réservait de réfuter victorieusement. Il ne sera donc pas inutile, avant d'expliquer un passage des Pensées de Pascal de dire quel était le plan général de son Apologie du christianisme,