‹ Traité d'explication française: ou, Méthode pour expliquer littéralement les auteurs françaisChapitre 3 sur 79 · VIII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VIII AVANT-PROPOS

du français ; mais on est allé à l'autre extrémité en décrétant que les élèves feraient dès la huitième de petite devoirs français, et qu'il y aurait, à partir de la qua-» l^rième. des prix de composition française. Fâcheuse exa* gération dont les professeurs n'ont pas tardé à reconnaître le danger, car notre langue est trop difficile à manier pour de jeunes écoliers. Que dirait-on d'un sculpteur s'il mettait l'ébauchoir entre les mains d'un enfant qui commence à dessiner d'après la bosse, ou d'un peintre qui donnerait à ce même enfant une palette et des pin* çeaux ? Il en est de même de ceux qui veulent transformer un élève de quatrième en prosateur français. Assurément, l'étude directe de notre langue doit tenir dans notre enseignement une place considérable, mais ce n'est pas en commençant par écrire que l'on peut apprendre à écrire ; il faut d'abord lire, comprendre et méditer nos grands auteurs ; il faut, en un mot, les expliquer dans nos classes comme nous expliquons les latins et les grecs.

Le malheur est qu'on n'est pas assez préparé à ce genre ^'interprétation vraiment difficile. Chaque année, les différents jurys d'examen déplorent la nullité des jeunes gens interrogés sur le français * : les plus intelligents parlent pour ne rien dire, et toute leur explication consiste à s'extasier sur la beauté d'un passage ou à le para^ phraser en l'affaiblissant. Combien de candidats, chargé$ de commenter la fable des Animaux malades de la peste, par exemple, s'en tirent de la manière suivante : Un mal — c'est-à-dire une maladie, un fléau ; — qui répand la terreur ; — cela signifie qui terrifie, qui épouvante, un mal affreux, un mal terrible. — Mal que le ciel en sa fureur; c'est-à-dire, (car le c'est-à-dire joue un rôle

1. J.-L. Burnouf se plaignait amèrement que les candidats à l'agrégation fissent plus de contre-sens dans le français que dans le latin.

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