‹ Traité d'explication française: ou, Méthode pour expliquer littéralement les auteurs françaisChapitre 37 sur 79 · Sur le style ^ etc · texte numérisé non relu

Sur le style ^ etc

56 TRAIT.É d'explication FRANÇAISE.

jeunesr gens, ce qui serait un jeu d'esprit puéril, à deviner de quel auteur peut être un passage donné, mais pour bien leur raontrer, chose très importante, en quoi consiste Toriginalité d'un écrivain, et quel est le caractère dislinctif, la marque particulière de son slyle :

Premier exemple,

II est arrivé souvent qa'on a dit aux rois que les peuples sont plaintifs naturellement, et qu'il n'est pas possible de les contenter, qnoi qu'on fasse. Sans remonter bien loin dans les siècles passés, le nôtre a vu Henri lY qui, par sa bonté ingénieuse et persévérante à chercher les remèdes des maux de l'Etat, avait trouvé le moyen de rendre les peuples heureux, et de leur faire sentir et avouer leur bonheur. Anssi en était-il aimé jusqu'à la passion; et dans le temps de sa mort on vit par tout le royaume et dans toutes les familles, je ne dis pas l'étonnement, l'horreur et l'indignation que devait inspirer un coup si soudain et si exécrable, mais une désolation pareille à celle que cause la perte d'un bon père à ses enfants. Il n'y a personne de nous qui ne se souvienne d'avoir ouï souvent raconter ce gémissement universel à son père ou à son grand'père, et qui n'ait encore le cœur attendri de ce qu'il a* ou! réciter des bontés de ce grand roi envers son peuple, et de l'amour extrême de son peuple envers lui.

Tout le monde a certainement vu que cette page émue est de Bossuet *, parce que lui seul, même en écrivant à Louis XIV une lettre destinée à ne jamais voir le jour, était capable d'une telle grandeur, parce que lui seul au dix-septième siècle a su rencontrer ces expressions si simples et si belles de peuples « plaintifs naturellement » et de « gémissement universel. » H est impossible de lire ne fût-ce que dix lignes de Bossuet sans y retrouver ce même caractère ; partout et toujours on reconnaît en lui un homme de cœur et un grave ministre des autels.

Second exemple.

Il y a déjà longtemps que Ton improuve les médecins, et qne l'on s'en sert; le théâtre et la satire ne touchent point à leurs pensions; ils dotent leurs filles; placent leurs fils au Parlement et dans la prélature, et les railleurs eux-mêmes fournissent Targent. Ceux qui se portent bien deviennent malades; il leur faut des gens dont le métier soit de les assurer qu'ils ne mourront point : tant que les hommes pourront mourir et qu'ils aimeront à vivre, le médecin sera raillé et bien payé !

1. Lettre à Louis XIV, iO juillet 1675. Edit. Lâchât, xxvi, 187.

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