Ibidem
leurs écrits cette merveilleuse variété. Molière s'élève parfois au ton de la plus mâle ou de la plus touchante éloquence, témoin ces admirables scènes de Don Juan où don Louis et done El vire viennent adresser à un misérable des reproches mérités, ou de pieuses exhortations (Acte IV, scènes 6 et 9). Mais ailleurs quelle étincelante gaité dans les discours de Scagnarelle ou de Scapin I quelle délicatesse et quelle grâce quand c'est une Henriette qui parle I quelle vigueur quand un Alceste exprime son indignation pour les méchantes actions des hommes ! quelle incomparable finesse, quand une Célimène confond l'hypocrisie de la prude Arsinoé I Molière est toujours lui-même, cela n'est pas douteux; mais pareil à ces grands acteurs qui, tout en conservant les traits particuliers de leur physionomie, sont tantôt jeunes et tantôt vieux, tantôt graves et tantôt enjoués, tantôt Harpagon ou M. Jourdain, tantôt Alceste ou Scapin, il sait donner à son style toutes les formes, et l'accommoder sans effort au caractère de tous ses personnages.
C'est la môme variété qui fait le charme des fables de La Fontaine. Voyez par exemple le Chêne et le Roseau ou les Animaux malades de la peste \ le discours du chêne est d'un style relevé, emphatique même ;
Cependant que mon front, au Caucase pareil.
Non content d'arrêter les rayons du soleil.
Brave l'efTort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr,
au lieu que la réponse du roseau, réponse à la fois flère et modeste, est sur le ton de la conversation la plus simple :
Votre compassion, lui répondit l'arbuste,
Part d'un bon naturel^ mais quittez ce souci, etc.
Enfin l'ouragan, qui justifie si tôt les prévisions du roseau, est décrit comme il devait l'être, c'est-à-dire en un style majestueux et véritablement tragique :
Du bout de l'horizon accourt avec furie Le plus terrible des enfants