‹ Traité d'explication française: ou, Méthode pour expliquer littéralement les auteurs françaisChapitre 42 sur 79 · DU STYLE DBS AUTEURS · texte numérisé non relu

DU STYLE DBS AUTEURS

Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs»

L'arbre tient bon, le roseau plie.

Le vent redouble ses efibrts,

Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au ciel était voisine, Et dont les pieds touchaient à Vempire des morts.

Voilà donc en trente vers trois différentes espèces de style, et pourquoi? parce que le poète se proposait d'exprimer trois idées fort différentes, c'est-à-dire Torgueilleuse compassion des puissants pour les petits qui les entourent, la parfaite sécurité du faible qui a conscience de sa faiblesse et qui ne résiste pas follement, enfln la grandeur des catastrophes qui punissent souvent les superbes.

Dans /es Animaux malades de la peste, La Fontaine a déployé avec non moins de succès l'étonnante souplesse de son génie. Le début de la fable est sur le ton de la plus triste élégie :

Uq mal qui répand la terreur...

Les tourterelles se fuyaient, etc.

ensuite le lion tenant conseil s'exprime en termes d'une simplicité majestueuse :

Que le plus coupable de nous Se sacrifie aux traits du céleste courroux...

Le discours du renard est d'un style moitié noble, moitié familier, comme il convient aux flagorneurs de son espèce :

Vos scrupules font voir trop de délicatesse.

Hé bien I manger moutons, canaille, sotte espèce^ Est-ce nn péché? Non, non, vous leur fîtes, seigneur, En les croquant beaucoup d'honoeur.

La confession de l'âne est d'une simplicité presque niaise :

La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense

Quelque diable aussi me poussant, ie tondit de ce pré la largeur de ma langue;

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au lieu que le loup s'exprime en des tçrmes dont la trivialité brutale ne saurait échapper au lecteur :

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout le mal.

Et enfin le slyle se relève pour bien marquer cette ironie du sort qui transforme en crimes abominables et en forfaits dignes de mort les peccadilles de ceux que La Fontaine appelle si justement les misérables.

C'est ainsi que les bons écrivains savent nuancer leur style et lui faire subir toutes les modifications compatibles avec la forme générale qui convient à leur génie propre. Par contre les méchants auteurs, outre le don naturel d'écrire mal, ont une propension singulière à forcer la note : leur style est solennel et majeslueux quand ils décrivent les choses les plus ordinaires, mais il est d'une platitude remarquable quand il devrait avoir de la noblesse. Voici, par exemple, quelques vers de Gilles Ménage, le Vadius de Molière ; ils sont empruntés à la première de ses Eglogues ou soi-disant telles :

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