CHAPITRE II
DE LA CONSTRUCTION DES PHRASES; PARTICULARITÉS GRAMMATICALES; DES GALLICISMES,
DE l'orthographe.
Nous nous sommes efforcés de bannir la rhétorique du chapitre précédent; nous voudrions ne pas introduire la grammaire dans celui-ci, et nous nous appliquerons seu-^ lement à montrer quelles remarques on doit faire, en expliquant un auteur, sur la construction des phrases et sur les gallicismes ou tournures propres à la langue française.
Eu français, comme dans toutes les langues du monde, il y a deux syntaxes, deux manières distinctes de construire les phrases : la syntaxe de la prose, et la syntaxe de la poésie. On se tromperait singulièrement, si Ton croyait que la poésie diffère de la prose uniquement parle rythme et par la rime : ce n'est là pour ainsi dire qu'un accessoire, et la preuve en est que Ton peut voir de la prose très poétique et au contraire des vers tout à fait prosaïques. Ex. :
A quelque heure et de quelque côté que viennent les ennemis, ils trouvent [le prince de Condé] toujours sur ses gardes, toujours prêt à fondre sur eux et à prendre ses avantages, comme une aigle qu'on voit toujours, soit qu'elle vole au milieu des airs, soit qu'elle se pose sur le haut de quelque rocher, porter de tous côtés des regards perçants, et tomber si sûrement sur sa proie qu'on ne peut éviter ses ongles non plus que ses yeux. Aussi vifs étaient les regards, aussi vite et impétueuse était l'attaque, aussi fortes et inévitables étaient les mains du