I. Lettre à V Académie iv
prince de Condé. (Bossubt, Oraison funèbre de Louis de Bourbon^ Ir» partie.)
— Il est bon qu'an mari nous cache quelque chose,
Qu'il soit quelquefois libre, et ne s'abaisse pas
A nous rendre toujours compte de tous ses pas.
On n'a tous deux qu'un cœur qui sent mêmes traverses ;
Mais ce cœur a pourtant ses fonctions diverses,
Et la loi de l'hymen qui vous tient assemblés
N'ordonne pas qu'il tremble alors que vous tremblez.
(Corneille^ Folyeucte, i, 3.)
Sans parler ici du style proprement dit, qui n'est pas en cause, n'est-il pas évident que la construction de Bossuet : Aussi vifs, etc., appartient à la langue poétique, au lieu que les vers de Corneille sont construits à la manière des phrases en prose? La différence entre les deux syntaxes est môme si grande que la plupart des constructions adoptées par Tune d'entre elles seraient répréhensibles dans l'autre. Ce serait une grosse faute, en prose, qu'une construction comme celle-ci :
Et de David éteint rallumé le flambeau ^
tandis qu'un vers comme celui-ci :
Rallumé le flambeau du roi David éteint
serait aussi incorrect que plat et ridicule.
Voyons donc en premier lieu quelles remarques nous devrons faire sur les constructions de la prose, et nous ferons ensuite le môme travail sur les constructions et sur les tournures particulières à la poésie.
1® Construction de la prose.
On l'a dit maintes fois, la langue française est anâ/ytique^ c'est-à-dire quelle décompose ordinairement la pensée, et qu'elle range dans un ordre logique les divers éléments de la proposition : sujet, verbe, attribut; — sujet, verbe attributif, compléments, compléments de complé-