I. On dit tu ans confidents; Esther dit tu à son amie Elise
82 TRAITÉ D'explication françaisb.
De la chute des rois faneste avaot-courenr... Souviens-toi de David, Dieu qui vois mes alarmes... Grand Dieu! si tu prévois qu'indigne de sa race, etc..
(Raciite, Athalie, ii, 2 ; i, 2.)
Pronoms explétifs :
Prends-fRot le bon parti, laisse-là tons les livres.
(BoiLEAU, Sat, vu t.]
Prends ton pic, et me romps ce caillou qui te nuit, Comble-mot cette ornière.
(La Fontaine, Fables, vi, 18.)
Le fidèle émoucheur Vous empoigne un pavé...
(I6id., X, 10.)
Il vous prend sa cognée, il vous tranche la bête.
{Jbid.j VI, 13.)
Enfin certains pronoms personnels, derniers vestiges du genre neutre en français, méritent d'ôtre expliqués : Je le veux. — Etes- vous reine? — Je fe suis.
Il faut autant qu'on peut obliger tout le monde.
(La Fontaine, h, 11.
n est au Hogol des follets.
{Ibid., VII, 6.)
Car de le rattraper il n'est pas trop certain.
(lôfd., V, 3.)
Et tout ce que des mains de cette reine avare Vous avez pu sauver et de riche et de rare, Donnez-Ze.
(Racine, Athalie, v, 2.)
Un tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux tu Tanras.
(La Fo5TAiNE, Fablesy v, 3.)
Hercule, ce dit-il, prète-moi ta massue.
(Ibid,, vui. S.)
Les mots fe, ce^ que^ il, sont des pronoms désignant l'idée de chose et équivalant à cela, ils dérivent directement de neutres latins.
— Verbe. C'est là surtout que Ton rencontrera des gallicismes sans nombre. Ainsi la langue française ne connaît pas, à vrai dire, la voix passive. Les latins di-
saient : Amo, j'aime, amor au passif; nous sommes obligés de dire : Je suis aimé, qui équivaut à Je suis ayant été aimé. Toutefois ou a recours en français à de nombreuses tournures pour remédier à cet inconvénient, ainsi Ton dira : Bon à manger (c.-à-d. à être mangé) ^ facile à travailler (c.-à-d. à être travaillé), etc. — Ce mot se trouve dans Phèdre.
... Où le quintal de fer par un seul rat se mange.
(La Fontaine, Fables, ix, 1.) L'essieu crie et se rompt
(Racine, Phèdre, v, 6.)
S'évanouir, se souvenir^ se mourir^ etc..
Infinitifs employés substantivement : le lever, le coucher, le souper, le dîner, le déjeuner, le manger, le boire, le dormir.
Si mourir pour son prince est un illustre sort, Quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la mort !
(CuBNEiLLE, Polyeucte, iv, 3.)
Infinitifs de narration :
Grenouilles aussitdt de sauter dans les ondes, Grenouilles de rentrer dans leurs grottes profondes.
(La Fontaine, Fables, ii, 14.)
Et grenouilles de se plaindre Et Jnpin de leur dire,.,
{Ibid., m, 4.)
— Participe. Les arrivants, les consultants, etc.
Eux venus, le lion par ses ongles compta.
(La Fontaine, Fables, i, 6.)
Eux repus, tout s'endort, les petits et la mère.
{Ibid., IV, 22.) Lut mort... la ville prise..
Huit ans déjà passés, une impie étrangère...
(Racine, Athaliê, i, 1.)
— Adverbe. Formation des adverbes terminés en ment du latin mente, dans un esprit, d'une manière.
Négations : Pas, point, nen, jamais, auxquelles on joindra personne et aucun. Il faut dire que ce ne sont nul-
lement des négations : un pas, un point, un rien (c.-à-d. un quelque chose), un jour, une personne, quelqu'un. La preuve est qu'on dit très bien : Est-il rien de plus beau que la vertu? Si jamais ]e vous rencontre, etc. Ce qui donne à ces mots le sens négatif, c'est la négation ne exprimée ou sous-entendue. Ëx. : Je ne le ferai pas, c.-à-d. : si pour obtenir ce résultat il sufflsait de faire un pasj je m'y refuserais. Point est plus fort : s'il suffisait de faire une piqûre.., (punctum en latin) Peut-être, quelque cent ans, etc.
— Préposition, Il en est que nous appellerons fausses prépositions euphoniques ou tout au moins expléiives : la ville de Paris ; il est honteux de mentir; plutôt mourir que de se rendre.
— Conjonction, Il y a de même des conjonctions dont l'emploi est on ne peut plus difficile à expliquer, il faut du moins les signaler. Ëx. :
Avant que départir...
(RAcmB, Phèdre, u, 2.)
Avaût donc que d'écrire, apprenez à penser.
(BoiLEAU, Art poéUf i.)
Vous souffrez qu'il vous parle, et vous ne craignez pas Que du fond de Tabime entr'ouvert sous ses pas Il ne sorte à l'instant des feux qui vous embrasent, Ou qu'en tombant sur lui ces murs ne vous écrasent.
(Racute, Athàlie, m 5.)
Ces mots sont explétifs, et placés là pour rendre la prononciation plus facile.
— Interjection. Las/ hélasl (pour hé-las) rfame/ peste/ (oh! ohl pe^^e la belle I Molière, Femmes savantes j ii, 6.) Parbleu/ morbleu/ tétebleul etc. Les lois contre les blasphémateurs ont obligé les jureurs de profession à changer là dernière partie de ces mots qui se prononçaient autrefois par Dieu, etc.
— Voilà pour les mots pris un par un, et l'on voit combien d'observations pourront suggérer les tournures propres à la langue française. A plus forte raison les
alliances de mots devront-elles attirer l'attention; il faudra expliquer dans la mesure du possible les locutions proverbiales, les sentences, les dictons populaires, etc. Tirer sa poudre aux moineaux; l* échapper belle; le prendre de haut, rompre en visière^ etc. Voici pour finir un passage de Moliëie où Ton a souligné les mots et les locutions qui seront expliqués comme appartenant d'une manière toute particulière à notre langue.
PUILIKTE.
Qu'est-ce donc? Qu*avez-vous?
ALCESTE
Laissez-moi, je vous prie.