‹ Traité d'explication française: ou, Méthode pour expliquer littéralement les auteurs françaisChapitre 53 sur 79 · Mon génie itùimi tremble devant le sien. (Corneille · texte numérisé non relu

Mon génie itùimi tremble devant le sien. (Corneille

« O nuit désastreuse! nuit effroyable I où retentit tout à coup, comme un éclat de tfmnerre. cette étonnante nouvelle : Madame se meurt? Madame est morte! (Bossuet).

Ah 1 «{ne vous me gAnez ! (Raoiib.) Dans Torient désert qitel devint mon enmii ! (Racine.) Mais je Ini disais, moi, qu'un froid écrit UMomme. (Mouàtm.) Dn Dieu que j*ai servi l'importune mémoire

Jette on mon Ame nnxeete de terreur. (riA':.xx.)

toute leur énergie; V honnête homme n'esiiAns comme alors un homme orné de tous les dons deTesprlt ; la nourHiure n'est plus ]a culture des intelligences, et Texcellente police des Egyptiens, que Bossuet admire dans son Histoire universelle, a besoin d'être expliquée à nos contemporains. Les personnes instruites comprennent seules des phrases comme celle-ci : Je m'assure quil en est ainsi; Faites état de moi; Mettez, monsieur^ mettez; etc. Il sera bon de signaler dans une explication littérale ces mots ou ces locutions, de passer condamnation sur eux, s'il y a lieu, ou de leur accorder quelques regrets en passant.

Quant aux néologismes, la question est beaucoup plus délicate; ils seront toujours l'objet d'un examen très attentif à cause de l'abus qu'en ont fait les écrivains modernes. On n'a pas le droit de créer des mots pour se dispenser de chercher une expression juste qui existe; un mot nouveau doit toujours désigner ou un objet d'invention récente, ou une idée nouvelle; enfin les néologismes ne sont acceptables que si leur formation est régulière. Il faut donc critiquer les mots inutiles ou mal faits, et dans cette dernière classe se trouvent les mots hybrides, ou mots dont les radicaux sont empruntés à des langues différentes comme Bigame^ Bureaucratie, Choléra morùus^ Décimètre, Néolatin, Protonotaire^ etc. Les mots mal faits comme Orthographe pour Orthographie, Kilogramme pour Chiliogramme et autres semblables, seront critiqués de même, mais avec mesure, et il pourra résulter de toutes ces observations une étude intéressante de la langue française et de ses variations depuis deux cents ans.

5** De l'orthographe.

On sait que l'orthographe est une science tout à fait moderne, quoi qu'il en soit question dans Molière, et que M. Jourdain dise à son maître de Philosophie : « Àpi)renez-moi l'orthographe, après vous m'apprendrez l'ai-

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manach *. » Il serait impossible à une personne qui n'aurait pas eu sous les yeux des manuscrits ou des imprimés du dix-septième siècle, de comprendre ce qu'était alors l'orthographe des hommes de génie. Voici par exemple quelques lignes écrites par Bossuet en 1661 •

Que ceste école céleste est éloignée des sens de la chair dans laquelle le Père apprend auenir au fils... ceste école ou Dieu est le maisîre... Pour rancontrer ceste école et pour écouter ceste voix il faut se retirer dans le plus grand secret et dans le centre du cœur. Il ne faut pas ramasser son attention au lieu ou se mesurent les périodes, mais au lieu ou se reiglent les mœurs... C'est là qu'il faut se rendre atantif pour écouter J.-C, etc.

Vingt-cinq ans plus tard, dans une lettre au fils du prince de Condé, Racine écrit iousjours, préiieusement, fay en veuè^ jen'ose en dire davantage, CAvfay esprouvé plus d'une fois que les remercimens vous fatiguent presque autant que les louanges , etc.*.

Voltaire enfin, dont on prétend que nous avons adopté l'orthographe, n'écrivait-il pas à M"' de Saint-Julien, en 1778 :

Je seai bien ce que je désire mais je ne scais pas ce que je ferayje suis malade je soufre de la tête aux pieds il n'y a que mon cœur de sain et cela n'est bon à rien?

Il n'y avait donc pas d'orthographe véritable avant le dix-neuvième siècle ; cette science bizarre qui fait perdre à nos entants un temps si précieux est toute moderne ^.

Ce n'est pas ici le lieu de critiquer comme elles méritent de l'être les chinoiseries de la langue française (tel est le nom qu'on a donné avec raison aux règles de notre orthographe) ; une réforme radicale est d'ailleurs

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