Bourgeois gentilhomme, ii
2. D'après un des fac-similé que M. Gandar a joints à sa belle édition des Sermons de la jeunesse de Bossaet.
3. D'après un fac-similé de ia grande édition Mesnard ( Collection des grands écrivains de la France.) M"* Racine écrit : a le tous escry mon cbere (ils auprès de vustre {>ere quy le voulloil faire luy mosme, ie len et empêché ..
4. Lettre publiée par M. Beuchol avec l'orthographe du fac-similé.
5. « L'écriture est la peinture de la voix ; plus elle est ressemblante, meilleure elle est. » Voltaire.
impossible à moins d'anéantir tous les imprimés qui existent*. Mais quand on explique un texte français, les particularités orthographiques doivent toujours être l'objet de quelques observations. On réimprime les textes du dix-septième et du dix-huitième siècles avec l'orthographe du nôtre ; mais il n'en est pas de même pour les textes plus anciens : Rabelais, Amyot, Montaigne, Marot et tous les auteurs du seizième siècle donneront donc lieu à des explications intéressantes qu'il faudra donner avec sobriété. Chez les écrivains plus récents, on trouvera encore quelques observations à faire, comme on en peut juger par les exemples suivants :
Substantifs : Le genre de certains substantifs a changé :
La chanvre étant tout à fait crue.
(La FontainEi ¥ahUs, i, 8.)
Jamais idole qwl qiCil fùX,„
(Ibid., IV, 8.)
Ami, peux-tu penser que d'un zèle frivole Je me laisse aveugler pour une vaine idole...
(Racine, Athaliej m, 8.)
De quel genre te faire, équivoque maudite Ou maudit.
(BoiLEAU, Satire xii.)
Un Dieu qui nous aimant d'une amour infinie Voulut mourir pour nous avec ignominie.
(CoBNEiLLE, folyeucte, y, 3.)
11 venait à plein voile.
{Ibid,, fompée, i, 3.)
Ses offres acceptés, que rien ne se diTëre.
(I6td., la Veuve, iv, 4.)
D'autres fois c'est la forme même qui a subi des modifications. Ex. :
1. « Oa serait plut empesché à déchiffrer la nouvelle que l'ancienne ; non pas qu'on ne pût apporter quelque douceur et atti-empance aux choses aigres, mais de bonlleverser en tout et par tout sans dewus dessous notre orthographe, ce seroit tout gaster. > Pasqoibr, Lettre à Ilamut, p. i 38.
... Ouand sur l'esu k peacbaat une founnii ytoinlie, Et dans cet océan l'on eâl vu ta fourmi...
Ce Tut un promontoire où la fourmis arrive...
{Lk FoHTÀiNi, Fatlit, II, IS.} Et sans les portes itrila, De leurs babiUi lions,,.
(liid., IV, 6.)
— Verbei,
Dans tes citrouilles je la treme.
{IHd., II, 4.) Non, l'amour que je sens pour celte jeune veuve Ne Teiine point mes yeux aux défauts qu'on lui treuve.
[Molière, le Miianlhropt, i, 1.) Et bien que le majen m'en aie été ravi...
... M'aie. Até le secours et du fer et des ondes. ... Il n'ait pu...
(CosmiLLE, fompie, m, i ; v, 5.) Cat donc ces variations dont j'entreprends l'bistoire. — C» n's pat été ECulemeot les Ariens qui ont varié de cette sorte. — Lultiet onblia toutes ses soumissions comme si c'eût éié de vains compliments.
[BcMSUET, Eût. det Viir., Prtr. i, 3 ; Uv. 1, St.)
— Participes.
Une r< Dès te décÈa du mort cournnle.
{Ibii., Il, 10.) N'étant point de ces rats qui les livres Tengtants Se font savants jusques aux dents.
[Ibid.. VIII, 9, Disant ces mots, il vil des bergers pour leur rdt Mangemls un agneau cuit en broche.
Ob ! oh ! dit-il, je me reproche Le sang de cette gent : voili ses gardiens S'en Tcpaisiiinli, eux
Nnns l'avons, en dormant,
92 TBAITÉ D'EXFLICATIOH FRAKÇAI8B.
Un certain ]o«p, dans la saisos Qie les tièdeâ zéphyrs ont l'herbe rûjtade.
(Jbii., T, S.)
Dans ce dernier cas il ne snffit point de constater qn'il y a df^gation anx règles établies de nos joars, il faut montrer que Taccord dn participe est logique. Si Ton dît en eflét : La somme que l'avare avait enfouie, pourquoi fait-on accorder le participe? parce que le genre da substantif est connu, et que le participe, étant un \éritable adjectif, s'accorde tout naturellement avec le substantif auquel il se rapporte. Si l'on dit au contraire : Il avait enfoui dans la terre une somme d'argenr, il est im< possible de savoir quel sera le genre du participe : il avait enfoui quoi? — une somme? un sac? des louis d'or? df'S pièces d'or? Dans le doute, on s'abstient et le participe reste invariable, etc.
— Adverbes.
C'est ençor pis Tiogt fois en quittant Sa maison.
(BoiLEAu, Satire vi.)
Tons les jonrs je me concbe avtcque le soleil.
(I6id.)
Le possesseur dn champ Tient aoecque son fils.
(La Fohtaike, Fables, it, 22.)
— Locutions diverses.
... Moi déjà dans nn âge Où ce pen de beauté que m'ont donné les dieux D'un assez vif éclat faisait briller mes yeux.
(CoBHEiLLE, Pompée, I, 3.]
Une telle ortbograpbe serait aujourd'hui très fautive, car le peu de beauté signifierait, avec le masculin, le manque de beauté,^comme dans celle phrase : le peu de franchise que vous avez montré; or Gléopâtre reconnaît que les dieux lui ont donné quelque beauté.
L'oiseau prêt à mourir se plaint en son ramage.
(La Fohtaike, Fahkt^ m, 12.)
C'est près de que nous dirions aujourd'hui ; au dixseptième siècle la distinction n'était pas encore établie
entre ces deux locutions ; la preuve en est que I^a Fontaine dit ailleurs :
Ua vieillard, prêt d'aller où la mort l'appelait... Enfin, se sentant j^rêt de terminer ses jours...
{Fables j iv, 8.)
On écrivait couramment d'avantage pour davantage.
Vous promettes beaucoup et donnez d'avantage.
(Corneille, Volyeucte, iv, 2.)
Imposer s'employait dans le sens de tromper^ et en imposer dans le sens d'intimider; ex. : a il m'impose : il n'était pas même question des ordres du roi. » (Bossuet, Défense de l'Histoire des Variations, 25.)
Nous prenons ces exemples au hasard pour montrer comment les particularités orthographiques devront être l'objet de remarques toujours courtes, mais précises; finissons ce paragraphe en disant quelques mots de la ponctuation, qui peut être considérée comme faisant partie intégrante de l'orthographe. Les anciens ne ponctuaient pas en écrivant, et jusqu'au dix-neuvième siècle la ponctuation des grands écrivains fut on ne peut plus capricieuï^e. Fénelon par exemple mettait des points là où nous mettrions des virgules, et Ton a pu voir par les s[.écimens donnés ci-dessus (page 89) qne Bossuet, Racine et Voltaire ponctuaient fort mal. Toutefois la chose n'est pas indifférente, car le sens peut être changé du tout au tout si l'on change la ponctuation. On connaît ce vers latin qui fut gravé au moyen âge sur la porte d'un couvent ou d'un hospice :
Porta patens esto, nulli claudatur honesto.
Que cette porte soit ouverte,— qu'on ne la ferme à aucune personne honnête;
un plaisant changea le sens en déplaçant la virgule de la manière suivante :
Porta patens este nulli, claudatur honesto.
ft4 TRAITÉ D'explication française.
Que cette porte ne soit ouverte à personne, qu'on la ferme aax honnêtes gens.
Mais voici quelques exemples empruntés au français :
Un cerf 1 s*étant sauvé dans nne étable à bœufs, Fut d'abord averti par eux Qu'il cherchât un meilleur asile.
(La Fontaine, Fables, iv, 21.)
La question est de savoir si Ton mettra ou non une virgule après le mot cerf; beaucoup d'éditions n'en mettent pas, ce qui constitue une faute de français, car une proposition participe ne saurait servir de sujet à une autre ; il faut écrire : ,
Un cerf*, s'étant sauvé, etc.
*- La peste de ta chute, empoisonneur au diable!
(Molière, le Misanthrùpe, i, %
Presque toutes les éditions font suivre d'une virgule le mot empoisonneur :
La peste de ta chute, empoisonneur, au diable !
On fait ainsi un gros contre-sens et une énorme faute de français ; le sens véritable est celui-ci : Je souh.iite que la peste emporte ta chute, empoisonneur diabolique; et la locution empoisonneur au diable est conforme à l'usage du vieux français*. La présence d'une virgule après le mot empoisonneur obligerait un commentateur à dire : Que la peste de ta chute, empoisonneur, aille au diable ! ce qui ne signifierait rien.
Moi-même quelque temps, honteuse de ma peur, Je l'ai pris pour l'effet d'une sombre vapeur.
(Racine, Athalie, ii, 5.)
Si Ton déplaçait la virgule, de cette manière
Moi-même, quelque temps honteuse, etc.
1. Cette virgale, nécessaire au sens, se trouve dans le texte que M. Jalien Girard a préparé pour le La Fontaine de la collection des grands écrivains de la France.