‹ Traité d'explication française: ou, Méthode pour expliquer littéralement les auteurs françaisChapitre 55 sur 79 · JOSABETH · texte numérisé non relu

JOSABETH

Le cieljusqu'aujonrd'hai...

Si Ton substitue le point simple aux points de suspension le sens sera celui-ci : Le ciel a été jusqu'aujourd'hui le père d'Ëliacin ; Josabeth dirait une chose absurde et ferait un mensonge.

On voit par ces exemples, qu'il serait facile de multiplier, que même les signes de ponctuation doivent être examinés de près quand on explique nos auteurs.

6® De la métrique.

n est impossible de comprendre les poètes si l'on n'a aucune notion de prosodie, aussi faut-il montrer de bonne heure aux jeunes gens comment sont faits les vers français. Ils n'auront qu'à lire l'excellent Iraité de Versification française de M. Qulcherat pour savoir tout ce qu'ils ont besoin de savoir à cet égard. Mais on rencontre parfois, même chez les plus grands poètes, quelques fautes de métrique ou tout au moins quelques irrégularités ;

Quelquefois dans sa course un esprit vigoureux, Trop resserré par l'art, sort des bornes prescrites, Et de l'art même apprend à franchir les limites^

Ces fautes, ces irrégularités, il faut toujours les signaler, les excuser si la chose est possible, parfois même les approuver. Ainsi les éditions classiques parlent souvent de rime pour l'œil; mais il n'y a point de rimes pour l'œil ; les vers sont faits pour être déclamés, et les rimes, suivant l'expression si juste de Boileau à propos du sonnet, sont des sons destinés à frapper l'oreille. Etant donnés les vers suivants :

Durant les premiers ans du Parnasse franco»

t. BoiLKAU) Art poétique, iVi

tte TRAITÉ D'EXPLICATION FRANÇAISE.

Le caprice tout seul faisait toutes les lois.

(BoiLEAu, Art T^oét.j u)

On déballe; et d'abord le lion s'écria D'un ton qui témoignait sa jote :

Que de filles, 6 dieux, mes pièces de monnot'e Ont produites!

(La Fontaine, Fablet, iv, 12.)

Sa majesté lionne un jour voulut connoitre De quelles nations le ciel l'avait fait maître.

{Ibid., vu, 7.)

Il faut bien établir qu'au dix- septième siècle on ne disait pas : français, monnaie^ etc. mais françouès, monnouèe, etc. de même qu'on criait : Vive le rouèf Ces rimes étaient donc excellentes, et ce n'est pas la faute de nos grands poètes si l'on a changé la prononciation de certains mots. 11 est si yrai qu'il n'y a pas de rimes pour l'œil que dans le dernier exemple cité il y a connaître (connouêtre), et non pas connaître qui rimerait parfaitement bien pour l'œil, mais qui ne s'écrivait pas de la sorte au siècle de Louis XIV.

Parfois aussi les poètes, La Fontaine en particulier, n'ont pas observé la règle de prosodie qui prescrit l'alternance des rimes masculines et des rimes féminines, et qui ne permet pas d'attendre au-delà du quatrième vers une rime annoncée, ou d'accumuler plus de trois rimes de même espèce. Dans la fable de la Femme noyée (ni, 46) La Fontaine a placé quatre rimes masculines de suite :

Quant à l'humeur contredisante...

Quiconque avec elle naîtra Sans faute avec elle mourra, Et jusqu'au bout contredira, Et, s'il peut, encor par delà.

Le poète pouvait s'arrêter après le troisième vers ; il a mieux aimé ajouter un trait de plus et braver les lois par trop rigoureuses de la prosodie. Il l'a fait d'autres fois encore, et nous avons eu occasion de signaler (p. 9) les cinq rimes féminines qu'il a placées successivement dans sa fable de Y Aigle et du Hibou,

Il avint qu'au hibou Dieu donna géniture

De façon qu'un beau soir qu'il était en pâture,

Notre aigle aperçut d'aventure,

Dans les coins d'une roche dure

Ou dans les trous d'une masure,

(Je ne sais pas lequel des deux),

De petits monstres fort hideux. {Fables, v, 18.)

De même que les quatre rimes féminines :

Jupin en a bientôt la cervelle rompue :

Donnez- nous, dit ce peuple, un roi qui se reroue !

Le monarque des dieux leur envoie une grue

Qui les croque, qui les tue,

Qui les gobe à sou plaisir. {Fables, m, 4.)

N'en déplaise à la prosodie, ce sont là des beautés ; mais il est arrivé d'autres fois que le plus distrait de tous les hommes a péché par oubli, et nous devons alors blâmer sa négligence. Ainsi dans la fable intitulée Le Bûcheron et Mercure (v, 1), après avoir terminé son petit avant-propos par ce vers :

Ce n'est pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui.

La Fontaine a continué :

Un bûcheron perdit son gagne-pain, etc.

il aurait dû commencer sa fable par un vers à terminaison féminine. La règle est tellement précise que les différents actes d'une tragédie ou d'une comédie sont quelquefois reliés entre eux par la succession régulière des rimes alternantes. Le cinquième acte d'Athalie commence de la manière suivante :

SALOMITH.

Cher Zacharie, eh bien! que nous apprenez-vous?

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