‹ Traité d'explication française: ou, Méthode pour expliquer littéralement les auteurs françaisChapitre 59 sur 79 · BOSSUET · texte numérisé non relu

BOSSUET

D'un pas majestueux à côté de ma mère,

Le jeune Eliacin s'avance avec mon frère.

Dans ces voiles^ mes sœurs, que portent-iis tous deux?

Quel est ce glaive enGn qui marche devant eux?

(Racine, Athalie, iv, 1.)

Toutes ces images sont aussi belles que justes, mais

en voici d'autres qu'il est impossible de ne pas critiquer:

Ces montagnes de morts privés d'honneurs suprêmes Que la nature force à se vevger eux-mémeSf Et dont les troncs pourris exhalent dans les vents De quoi faire la guerre au reste des vivants.

(CoBNEiLLB, Pompée, I, 1.)

Il croit que ce climat, en dépit de la guerre... Pourra prêter Vépaule an monde chancelant.

{Ibid.)

Il fuit et le reproche et les yeux du sénat Dont plus de la moitié piteusement étale Une indigne curée aux vautours de Pbarsale.

{Ibid.)

Et sa tète, qu'à peine il a pu dérober, Toute prête de choir, cherche avec qui tomber.

(Ibid.)

Oui, tandis que le roi va lui-même en personne,..

{Ibid. y III, 1.)

Vos sentiments font assez reconnaître Qui vous donna la main, et qui vous donna Vétre.

{Ibid., III, 4.)

Elle a lieu de me craindre, et je crains cette crainte.

{Ibid., Rodogune, i, 5.)

Prends ta foudre, Louis, et va comme un lion Porter le dernier coup à la dernière tète De la rébellion i.

(Malherbe.]

Brûlé de plus de feux que je n'en aUumai.

(Raciiie, Andromaque, i, \.)

Les autres, dans leurs boutiques, débitent plus de mensonge^^ que de marchandises. — Bernard se rassasiait du sang de J.-C., et ave: cette divine liqueur il humait le mépris du monde. (Bossuet.)

— Répréhensibles ou non, les figures de mots et les figures de pensées doivent être toujours signalées ; on les discutera, on les expliquera toutes les fois que la chose

1. Il faudrait : a Prends ta massue^ et va comme un autre Hercule, etc. Cette association d'images fait songer à une déûnition célèbre : « La philosophie est une béquille qu'il faut toujours côtoyer, et à la lumière de laquelle on doit toujours marcher sans en jamnis perdre le fil. •

sera possible. Les plus ordinaires soniVEliîpse, ou suppression d'un certain nombre de mots :

A moi, comte, denx mots.

(Corneille, le Cid, ii, 2.)

c'est-à-dire viens à moi, comte, je veux te dire deux mots.

V Interrogation :

Est-ce toi? chère Elise.

(Racine, Esther, i, i.)

Estber, en interrogeant ainsi, n'attend point de réponse de sa compagne, c'est une manière de marquer la surprise.

La Réticence :

Je devrais sur l'autel où ta main sacrifie

Te... Mais da prix qu'on m'offre il faut me contenter.

(Racine, Athalie, v, 5.)

La pensée n'est pas complète parce qii'Athalie passe rapidement d'une idée à une autre; mais il faut toujours en expliquant, chercher à compléter la pensée : Je devrais te sacrifier toi-même, etc.

Le Redoublement ou Répétition :

Aime, aime cette mort qui fait notre bonheur.

(Corneille, Horace, iv, 5.] Parle, parle, il est temps.

(M., Cinna, v.)

La Gradation (ascendante ou descendante) :

Veuve du jeune Crasse et veuve de Pompée, Fille de Scipion, et pour dire encor plus.

Romaine.

{Id,f Pompée, ui, 4.)

Ils sont pour vous d'airain, d'acier, de diamant.

(La Fontaine, Fable$.)

Un sonfOe, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.

(La Fontaine, Fables, ii, 14.]

La Syllepse :

Entre U pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge, Vous souvenant, mon fils, que, caché sous ce lin, Comme sux vous fûtes pauvre, et comme eux orphelin.

(Racine, XtlrXit, v, 3.)

Le moi eux sert ici à désigner les pauvres; Racine oublie qu'il a niis auparavant le singulier, et raccord se fait, non pas avec les mots, mais avec la pensée.

Dans Athëne autrefois, peuple vain et léger.

(La Fontaine, fahks, viu, 4.}

La Périphrase :

Ces feux inanimés dont se parent les cieux.

(Racine, Eatlier, ii, 9.)

c'est-à-dire les étoiles.

Cet éclat emprunté Dont elle eut soin de peindre et d*orner son visage Pour réparer des ans l'irréparable outrage.

(Racine, Mhalu, u, 5.)

c'est-à-dire du fard.

Les conseillers muets dont se servent les dames.

(La Fontaine, Fables, i, 11.)

c'est-à-dire les miroirs.

Celui qui règne dans les cieux, et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté, l'indépendance...

(BossuET, Oraiion funèbre d'Henriette de France,)

c'est-à-dire Dieu.

Ces différentes périphrases sont louables, en voici qui sont ridicules.

Venez nous tendre ici dedans le conseiller des grâces.

Marotte. — Par ma foi! je ne sais point quelle bète c'est là; il faut parler chrétien, si vous voulez que je vous entende.

Cathos. — Apportez-nous le miroir, ignorante que vous êtes.

(MoLiéRE, les Précieuses ridicules, viiO

Cathos. — Ma chère, il faudrait donner des sièges...

Madelox. — Vite, voitorez-nous ici les commodités de la conversa* lion. {Ibid.y X.)

DE LA PROPRIÉTÉ DfîS TERMES. DES SYNONYMES. 109

L'usage fera connaître le nom et remploi des autras figures ; si Ton prend de bonne heure Thabitude de les examiner, on arrive à bien comprendre le génie propre des auteurs ; on parvient à employer soi-même, quand on est appelé à exprimer ses propres pensées, des figures justes et expressives.

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