Science du langage » v
2. Les mot» que led grammairiens appellent DoubletSt comme Canal et Chenal^ Pasteur et Pâtre ^ Prédicateur et Prêcheur, Décadence et Déchéance, Confidence et Confiance, Fragile et Frêle^ Sécurité et SHureté. ete. -présenteat toujours de notables différences qui empêchent de les prendre les uns pouç les autres.
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no TRAITÉ D'EXPLICATION PRANÇAISB.
langues très riches, comme le grec et surtout Tarabe, en ont une infinité. L'arabe a, dit-on, trois cents mots pour désigner un cheval ou un serpent; le français n'en a jamais deux pour dénommer un seul et même objet, de même- que les mathématiciens n'ont pas deux nombres pour une seule et même quantité. S'il y a quelques synonymes, ce sont des mots empruntés à différents dialectes comme mie et points tancer etgrondei\
Biaux chires leups n'écoutez mie Mère tenchent chen fieax qui crie.
(La FoNTAiiŒ, Fables, iv, 16.)
Quant aux mots que des grammairiens ont cités comme étant absolument synonymes, un peu d'attention montrera qu'il n'en est rien. Tels sont, par exemple, les mots presqu'île et péninsule ; mâche et doucette (herbe qui se mange en salade) ; périphrase et circonlocution. Pres^ quîle^ formé de deux mots français, appartient à la langue commune, au lieu que péninsule^ mot d'origine savante {pœne^ presque, insula^ île) est d'un style relevé; jamais dans la conversation l'on ne dira : la péninsule de Gennemlliers ; la boucle de Marne forme la vaste péninsule de Saint-Maur^ etc. Ces expressions ne seraient pas justes, au lieu que l'on écrira couramment la pénin-suie Ibérique ou même la Péninsule pour désigner l'Espagne. Mâche^ qui est formé avec la racine du verbe mdc^er, présente à l'esprit une autre idée que doucette, dont la racine est doux» Pànphrase enfin, qui est tiré du grec, est d'une langue plus savante que circonlocution^ et l'on ne donne pas au premier de ces deux mots le sens défavorable qui s'attciche parfois à l'autre. Ainsi l'on dira : Parlez clairement, et n'usez pas de circonlocutions qui dénotent un manque de franchise.
On peut donc dire, en thèse générale, qu'il n'y a pas en français de synonymes parfaits ; mais il faut convenir que les nuances de sens qui séparent les mots sont parfois on ne peut plus délicates; les écrivains supérieurs sont les seuls qui donnent à toutes leurs expressions un