‹ Traité d'explication française: ou, Méthode pour expliquer littéralement les auteurs françaisChapitre 64 sur 79 · Pari»! Hetzel, 1 vol. in-U · texte numérisé non relu

Pari»! Hetzel, 1 vol. in-U

H8 TRAITÉ d'explication FRANÇAISE.

La cigale, ayant chanté

Tout" l'été, Se trouva fort dépourvue Quand la bise fut venue; Pas un seul petit morceau De mouche ou de vermisseau.

S'il s'agissait de faire à propos de ces quelques vers un cours complet de langue française, on pourrait approfondir chaque mot et passer de longues lieures à commenter ce passage en montrant l'élymologie de l'article, celle du verbe, celle la préposition, etc. Mais comme on se propose simplement d'expliquer cette petite fable, il faudra laisser de côté un certain nombre d'étymologies pour s'occuper exclusivement des autres. Ainsi l'onnQ dira pas que La vient du pronom adjectif illam parce que les Barbares ne prononçant pas les désinences casuelles ont été obligés d'indiquer autrement les rapports que les cas expriment. On pourra dire que cigale ne vient pas du latin cicada^ même sens, mais du diminutif cicadula, de môme que couteau vient de cultellus^ abeille de apicula^ comme beaucoup de mots analogues viennent de diminutifs populaires. — ^yan^n'apas besoin d'être rapporté au verbe habere, ce serait de l'érudition ; mais on peut dire que chanter vient iecantare comme champ de campus, etc. — Tout dérive de totus, qui n'a pas toujours le môme sens; ici tout /'eVeveut dire durant Véié tout entier^ mais quand nous disons tous les hommes, le mot tous a le sens de omnes. — Été: on peut sans inconvénient remonter au latin œstatem^ (aestat, œstèt, œsté, esté, été.) — Se trouva; il est inutile de dire que se vient de 5^, la chose est trop claire, et l'étymologie de trouver, turôare est du domaine de l'érudition. L'adverbe fort dérivant de l'adjectif fort^ il n'est pas nécessaire de recourir à l'étymologie latine. — Dépourvu doit au contraire, comme tous les mots composés, être expliqué avec soin ; on dira donc que la particule de en français comme en lalin marque l'éloigné ment, le contraire {faire ^ défaire, monter, démonter^ etc.) mais on se gardera bien de montrer comment le simple pourvoir a été formé du latin

DES ETYMOLOGIES. H9

providere, — Dire que quand vient de quando^ ce n'est rien dire, et Ton peut en thèse générale se dispenser de signaler ces étymologies par trop évidentes. L'origine dé bise étant inconnue (au dire de M. Brachet, car d'autres lexicographes croient la connaître), on se dispensera de la rechercher, et Ton expliquera le mot lui-même. — Fut venue; étymologie trop évidente. — Pas^ de passas^ peut être expliqué pour montrer la différence de cetle négation avec la négation point, de punctum;]e point étant infiniment plus petit que le pas^ on comprend que dire : je ne veuxpom^, c'est nier plus énergiquement que si l'on disait ; je ne veux pas. — Un seul^ étyoïologie trop facile.

— Petit, origine inconnue, dit M. Brachet; Diez croyait' la connaître, mais il ne faut pas intervenir dans le débat.

— Morceau; étymologie trop savante; on se gardera bien de recourir au radical du verbe mordre. — Mouche peut au contraire attirer un moment l'attention d'un com* mentateur; [musca, mousca, mousce, mouscke, mouché). — Ou vient de aut, mais d'une manière trop difficile à expliquer. — Vermiceau enfin peut être ramené, mais discrètement, au diminutif de vermis, vermicellus.

Telles sont les étymologies qui peuvent être signalées quand on fait l'explication littérale d'un passage donné ; et encore faut-il recommander à celui qui explique une extrême réserve ; mieux vaut ne pas indiquer une étymologie que d'encourir en l'indiquant le reproche de pcdantisme.

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