‹ Traité d'explication française: ou, Méthode pour expliquer littéralement les auteurs françaisChapitre 65 sur 79 · DU PÉDANTISME · texte numérisé non relu

DU PÉDANTISME

L'explication littérale d'un texte donné est complète quand on a su en déterminer exactement le style, faire des observations précises sur la construction des phrases et sur les particularités qu'elles peuvent présenter; rendre

UO TRAITÉ Di'EXPLICATION FRANÇAISE.

compte dés figures de mots et des figures de pensées, établir par une comparaison des synonymes le sens exact des termes employés par l'auteur et remonter enfin aux étymologies importantes. Il ne reste plus alors qu'à résumer brièvement toutes ces observations de détail, et à montrer qu'en effet, d'après toules les remarques qui viennent d'être faites, le passage en question est admirable, ou simplement beau, ou même qu'il doit être critiqué plus ou moins vivement. S'il s'agit d'une pièce de théâtre, ou d'une oraison funèbre, ou enfin d'une œuvre de longue haleine, il sera bon de dire en quelques mots ce que contiendront les scènes ou les paragraphes ou les chapitres qui suivent le passage expliqué.

Mais comme l'exagération des meilleures choses présente des inconvénients, il ne sera peut-être pas inutile de prémunir la jeunesse contre les dangers d'une application exagérée de notre méthode. Ils ne savaient que dire quand on les mettait en présence d'un texte français; ils sont exposés à ne plus savoir s'arrêter en expliquant % et à tomber dans ce qu'on appelle avec raison le Pédanlisme. C'est un écueil qu'il s'agit d'éviter, car les pédants sont des sots d'une espèce particulière, et comme l'a si bien dit l'auteur des Femmes savantes à propos du pédant Trissotin :

Un sot savaat est sot plas qu*nn sot ignorant.

(Acte IV, se. 3.)

On n'est pas un pédant pour faire à ses heures son métier d'écolier ou de maître, pour répondre raisonnablement à des questions posées, ou pour enseigner aux autres ce qu'on a mission de leur apprendre ; mais on est un insupportable pédant quand on fait partout et toujours

(i) On raconte que des Japonais achetèrent un jour un magnifique navire à vapeur. Ils demandèrent aux Européens qui l'avaient construit, la manière de le faire marcher, et quand on leur eut appris & ouvrir la clef de vapeur ils ne voulurent plus rien entendre; ils chauffèrent le navire et sortirent trioin< phalement du port. Mais bientôt on les vit faire des signaux de détresse, et il fallut aller à leur secours; les imprudents savaient faire marcher le navire, ils ignoraient l'art non moins important de modérer sa marche, et ils ne pouvaient plus Tarrêter I

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