‹ Traité d'explication française: ou, Méthode pour expliquer littéralement les auteurs françaisChapitre 7 sur 79 · AJithridate, m · texte numérisé non relu

AJithridate, m

plupart des jeunes gens s'imaginent qu'il est ridicule de mettre le ton, c'est-à-dire de lire avec intelligence, comme s'il y avait quelque chose de plus ridicule que de tout débiter sur le même ton, et de ne mettre aucune différence entre la véhémente exclamation de Bossuet : a nuit désastreuse ! nuit effroyable ! où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt! Madame est morte *. » Et cette phrase de Molière : « Nicole, apportez-moi mes pantoufles et me donnez mon bonnet de nuit*. » L'autre excès est infiniment plus rare, parce que la malice des auditeurs ramène bien vite au sentiment de la mesure un lecteur prétentieux ; cependant il existe, et doit être évité soigneusement.

La manière dont nous lirons un morceau de français est toujours déterminée par la nature de ce morceau. Une page de morale, ^e critique ou d'histoire, une fable de Fénelon ou une lettre de M"*® de Sévigné se liront tout simplement, sur le ton de la très bonne conversation, et la seule règle à observer sera de ne point chanter ou de ne point laisser tomber la voix après chaque phrase, comme font les mauvais avocats. Les fragments de discours, sermons ou oraisons funèbres, pourront exiger parfois un débit plus solennel, mais il ne faudra jamais oublier que la simplicité convient à la prose.

Le poésie, plus majestueuse, porte pour ainsi dire le lecteur, et «eux mêmes qui affectent la négligence ea lisant de la prose déclament instinctivement les vers. Nous ne nous étendrons pas ici sur les manières différentes de lire une fable de La Fontaine ou une épître de Boileau, un chant de la Henriade ou une grande scène de Polyeucte, car avant tout, c'est une affaire d'intelligence et de goût ; mais il est nécessaire d'insister sur une question qui divise encore aujourd'hui bien des personnes. Faut- il, quand on lit des vers, les scander un par un.

1. Oraison funèbre de Henriette d'Angleterre y première partie

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