Bourgeois gentilhomme, ii
6 TRAITÉ B'EXI^LICATION PRANÇAISB.
accentuer fortement la rime, et suspendre rhémistiche ? Faut -il au contraire ne tenir compte que de la ponctuation, et glisser habilement sur la césure comme sur la rime ? Les deux systèmes ont de chauds partisans, même dans les écoles de déclamation théâtrale et parmi les acteurs, dont quelques-uns récitent solennellement les Femmes savantes ou le Misanthrope^ tandis que d'autres mettent pour ainsi dire en prose les plus beaux passages de Cinna ou à!Athalie, Là encore, nous rencontrons deux excès entre lesquels la route est difficile. Il est certain d'une part que les vers doivent être débités d'une façon particulière, et la preuve en est que nos grands tragiques n'ont pas dédaigné le rythme et la rime, comme font les dramaturges modernes; mais il n'est pas moins certain que la poésie française, avec son appareil de syllabes comptées, de vers coupés en deux et systématiquement couplés, serait d'une monotonie insupportable si l'on ne dissimulait avec art ces graves défauts de sa constitution. On ne saurait trop marquer la cadence et l'harmonie des beaux vers, mais on doit éviter de compter pour ainsi dire les syllabes et de faire sonner la rime.
Pour obtenir ce résultat, il suffira le plus souvent de suivre les indications données par les poètes. Ainsi Corneille, dont les vers ont une solennité particulière, met volontiers un temps de repos et même un signe de ponctuation après chacun de ses hémistiches :
Je l'ai vu cette nuit — ce malheureux Sévère, La vengeance à la main, — l'œil ardent de colère. Il n'était point couvert — de ces tristes lambeaux Qu'une ombre désolée — emporte des tombeaux; Il n'était point percé ~ de ces coups pleins de gloire Qui, — retranchant sa vie, — assurent sa mémoire; Il semblait triomphant, — et tel que, — sur son char, » Victorieux, — dans Rome — entre notre César*.
Racine s'étudie beaucoup plus à varier les coupes de ses vers, pour donner à notre poésie cette heureuse di-