‹ Traité d'explication française: ou, Méthode pour expliquer littéralement les auteurs françaisChapitre 77 sur 79 · V. Première partie^ ch. II, p · texte numérisé non relu

V. Première partie^ ch. II, p

EXEMPLES. i95

Ce qui préoccupe surtout M™° de Sévigné, c'est la confusian et le désordre qui résultèrent de cette mort, et qui pouvaient nuire à l'éclat d'une fête de cinquante mille (CULS. L'oraison funèbre de Vatel n'est pas longue, et il y a dans la lettre un mot bien dur dans sa brièveté : « Cependant Gourville lâche de réparer la perte de Vatel, elle le fut. » C'était là l'essentiel, pour M™'' de Sévigné comme pour le prince de Condé ; aussi ne sera-t-il plus question, dans les lettres suivantes, de cet homme « d'une capacité distinguée de toutes les autres. »

— Quelques indications sont nécessaires pour bien faire comprendre cette lettre. Elle est de 1671, plus de dix ans après la réconciliation de Louis XIV et de Condé ; ainsi le prince rebelle est resté longtemps en pénitence, même après la paix des Pyrénées ; malgré les soumissions les plus humbles, l'ancien allié des Espagnols, l'ennemi moi tel de Mazarin n'avait pu vaincre le ressentiment de Louis XIV. La suite de la lettre fait voir que pendant les cinq premières années qui suivirent le retour de Condé, le roi n'eût point voulu être reçu chez lui ; Louis XIV lui dit en effet « qu'il y avait cinq ans qu'il retardait de venir à Chanlilly parce qu'il comprenait l'excès de cet embarras. »

Le château de Chantilly, détruit pendant la Révolution, était une véritable merveille ; Bossuet dans l'oraison funèbre de Condé, et Santeuil dans ses poésies latines en ont célébré la magnificence.

— Moreuil n'a pas été tiré de l'oubli par cette lettre deM™° de Sévigné ; Gourville, que Sainte-Beuve a appelé (( quoique chose comme le Gil-Blas et le Figaro du dixseptième siècle » est surtout connu par ses Mémoires. Né en 1625 et mort en 1703, il était en 1671 l'homme de confiance du prince de Condé. Vatel enfin, maître d'hôtel de Fouquet, et ensuite de Condé, serait inconnu sans la lettre de M™* de Sévigné. Berchoux, dans son poème de la Gastronomie^ a raconté la mort de Vatel ; mais sa poésie est bien inférieure à la prose de Sévigné.

Quelques tables où le rôti (adjectif neutre, la viande rôtie, — rapprocher du mot le bouilli) manqua,

A cause de plusieurs dîners. Ce mot ne dok pas faire allusion au souper dont il est ici question; peut-être quelques invités étaient-ils venus trop tôt; il avait fallu leur donner à dîner ; peut-être aussi M"* de Sévigné veutelle dire qu'au souper il fallait servir plus de personnes qu'on ne Tavait cru.

Où Ton ne s'était point attendu. Môme observation que ci-dessus : où le rôti. Nous dirions auxquels.

Cela saisit Vatel.

Je suis perdu rfhonneur. — Perdu de dettes, de débauches, etc.

Affront (injure^ insulte, outrage, montrer les différences).

Supporter un affront.

La tête me tourne. Comparer avec Ma tête tourne^ montrer que c'est tout différent.

Il y a douze nuits que,,.

Le soulagea en ce qu'il put (Ellipse).

Aux vingt cinquièmes. Aux tables du vingt-cinquième rang, où n'étaient sûrement pas de très grands seigneurs.

Ce rôti,,, lui revenait à la tête.

Le dit [Cela, à savoir qu'il lui revenait à la tête).

Monsieur le Prince répété deux fois montre bien ce qu'il y a de condescendance pour Vatel dans cette démarche de Condé.

Tout va bien — rien n était si beau,,.

Votre bonté m'achève.

Point du tout ne veut pas dire que les deux tables en question eussent eu leur rôti.

Ne vous fâchez point. Se fâcher, synonyme de se tourmenter que nous emploierions aujourd'hui.

Tout va bien. C'est le premier mot du discours, signaler cette répétition.

La nuit vient,,, il fut couvert... il coûtait (présent, passé, imparfait).

Seize mille francs ; au moins 40,000 de notre mon-

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naie, et les plus beaux ne coûtent guère aujourd'hui que 30,000 francs.

S'en va partout.

Il trouve tout endormi.

Petit pourvoyeur (non pas pourvoyeur de petite taille, ou très jeune ; mais un homme à qui Ton avait fait une commande peu importante).

Deux charges. Pour cinquante ou soixante tables.

Marée.

7/ lui dit... 7/ ne savait pas... Il attend. Négligences qu'il ne faut pas relever dans une lettre familière. Remarquer au contraire que c'est dans ces quatre ou cinq phrases que M™® de Sévigné montre le mieux son grand talent d'écrivain.

Il trouve. (Il va trouver ? ou II rencontre par hasai^T)

J'ai de l'honneur et de la réputation à perdre. Expliquer cette phrase : Je suis en danger de perdre mon honneur, et je ne le souffrirai pas.

Monte à sa chambre.

Met son épée contre la porte. Ne veut pas dire que Vatel la place le long de la porte comme une échelle contre un mur, mais qu'il en appuie le pommeau contre cette porte en dirigeant la pointe vers sa poitrine.

Ce ne fut qu'au troisième coup. S.-e. qu'il se passa tépée au travers du cœur.

• Il tombe mort. Eifet d'harmonie imitalive à signaler.

\ La marée cependant (pendant ce temps).

Distribuer la marée. Valel est chargé & indiquer ce qui sera pour le roi, pour les vingt-cinqui?'mes tables, etc.; il n'y a pas là une véritable distribution.

On va, on heurte, etc. Admirable vivacité du style.

On heurte, on enfonce ; gradation très bien observée.

Noyé dans son sang. Hyperbole, moins forte que celleci : n(iyé dans les pleurs.

Qui fut au désespoir. Parce que Louis XIV devait être son hôte jusqu'au lendemain soir.

Monsieur le Prince, Monsieur le Duc. Expliquer brièvement ces litres, signaler les ellipses fl^e Condé^ d'Enghien.

C'était mr Vatel que roulait son voyage. Il comptait sur Vatel pour le lui rendre facile et agréable ; expliquer la métaphore.

M. le Prince le dit (que Vatel s'était tué).

On dit que c'était à force.., (s.-e. qu'il s'était tué). *

En sa manière.

On le loua fort (non pas de s'être tué, mais d'avoir pris si fort à cœur ses fonctions de maître d'hôtel ; peutêtre aussi : on fît l'éloge de sa capacité).

On loua et blâma. Expliquer l'antithèse.

Retarder de venir. Tournure tombée en désuétude.

L'excès de cet embarras (causé par sa présence et par celle de toute sa cour).

N'avoir que deux tablés. Ne nourrir que les plus grands seigneurs, laissant les autres manger où ils pourraient.

Tout le reste. Les autre? invités.

IXjura qu'il ne souffrirait plus que M. le Prince en usât ainsi.

C'était trop tard.

Réparer la perte.

Elle le fut (s.-e. réparée).

Hier, qui était samedi.

Media-noche. Repas en gras que l'on fait au milieu de la nuit (à minuit sonné), après un jour maigre ; par extension, repas de gala fait la nuit.

Pour vous mander.

Je jette mon bonnet par dessus le moulin. On emploie le pluriel aujourd'hui, et cette phrase proverbiale a un tout autre sens, elle signifie qu'on ne prend aucun soin de sa réputation.

Je ne sais rien du reste montre bien ce que M""" de Sévigné veut dire dans la phrase qui précède ; on dit très vulgairement : donner sa langue au chat.

D'Haci|ue ville, ou les d'Hacqueville comme disait M"® de Sévigné pour marquer son empressement à obliger.

J'écris toujours^ c'est-à-dire j'écris en attendant^ tout de même.

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