CHAPITRE XYI
Traitement des phlegmasies. — Incapacité à fournir les bonnes indications de tous les systèmes matérialistes : stimulus, spasme, névrose, tant rachidienne que vaso-motrice ; cellules ; incapacité de l'Hématologie et même de l'Humorisme ancien, malgré ses succès pratiques. Le Vitalisme lui seul, ressource suprême, après avoir découvert le mécanisme de la fluxion, peut en indiquer le traitement, qui varie suivant l'espèce, et réclame tour à tour la saignée, les évacuants, l'opium, les sudorifiques, le vésicatoire et les toniques.
345. A la rigueur, nous pourrions nous dispenser d'écrire ce chapitre; le précédent y suppléerait en grande partie. Si la fièvre qui coexiste à la phlegmasie n'est pas moins idiopathique que la fièvre essentielle; si, ce dont nous ne saurions douter, elle n'a ni une autre origine ni une autre nature; si surtout, de cela même qu'elle constitue le fait principal du groupe, on peut hardiment conclure que les phénomènes qui s'accomplissent localement n'en marchent pas moins sous sa bannière et ne sont que ses produits, il va de soi que le traitement d'une pareille fièvre et de tous ses effets ne saurait différer de ce qu'il est dans son état purement essentiel ; et que, si les faits plastiques de la fluxion entraînent nécessairement quelques moyens particuliers, ceux-ci ne sortent pas du cercle tracé par l'affection morbide qui domine la scène , et ne peuvent que se confondre avec ceux que réclame la fièvre elle-même.
Ceux qui s'obstinent à ne voir dans la phlegmasie que les désordres anatomiques, réclameront contre cette assimilation que nous faisons d'elle et de la fièvre essentielle. Mais, nous le leur demanderons à eux-mêmes : en quoi le traitement d'une phlegmasie quelconque diffère-t-il de celui de la fièvre correspondante, affectivement parlant ? Leur conformité est d'autant plus complète, plus obligée,
dirons-nous, que la ^jlupai-L du temps les moyens employés n'arrivent pas direclemeat sur le tissu malade et ne peuvent, en conséquence, l'influencer que par l'intermédiaire du sang et à raison de l'effet général, de l'effet antiaffectionnel qu'ils obtiennent. Abstraction faite de la muqueuse digestive, tous les autres organes, poumon, plèvre, bronches, foie, cerveau, péritoine, muscles, tous se dérobent au contact de nos moyens et n'en guérissent pas moins. Peut-être, à l'aide des appareils pulvérisateurs, la médecine topique est-elle en voie de quelque progrès pour le traitement des maladies du système respiratoire. Mais, outre que ces appareils regardent peu la phlegmasie, surtout aiguë, de ce système, ce n'est là qu'une minime exception, n'infirmant en rien notre proposition. Qu'il s'agisse par exemple d'une pneumonie, d'une pleurésie, d'un rhumatisme, entachés du génie phlogistique, bilieux, catarrhal, nerveux, le traitement comportera exactement les mêmes indications que celui des fièvres inflammatoire, bilieuse, catarrhale ou nerveuse. Tout au plus sera-t-il nécessaire de varier le lieu d'application de certains moyens, sangsues, cataplasmes, vésicatoires ; mais le caractère antiaffectionnel du traitement n'en sera nullement changé et conservera, dans les deux cas, une parfaite conformité.
Nous trouverions toutefois une concession à faire. Nous avons précédemment constaté que dans les faits plastiques plus ou moins graves de la fluxion phlcgmasique, l'affection ou la fièvre semblent avoir trouvé le moyen de se décharger d'une partie de leur génie morbide, d'y concentrer, en quelque sorte, leur funeste activité, et que par là leur durée se trouve abrégée; tandis que deux, trois septénaires et plus sont nécessaires pour que la fièvre achève régulièrement son cours, la phlegmasie parcourtd'ordinaire le sien en huit et au plus quinze jours. Or, le traitement ne pouvait que tenir compte de cette différence. De même que dans la phlegmasie le trouble morbide a. disons-nous, rapproché, concentré ses actes, aggravé ses lenilances
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plastiques, de même le traitement devra mulliplier, précipiter ses moyens de résistance, de manière à exécuter en quelques jours ce que d'autres fois il dissémine en quatre ou cinq semaines, en obéissant aux prescriptions d'une médecine réellement expectante. Mais pour s'imposer dans un terme plus court et suivant un mode plus énergique, les indications delà phlegmasie ne sauraient pour cela changer en rien de nature, et nous avons le droit d'insister sur notre proposition, que le traitement de la phlegmasie n'est au fond que celui de la fièvre essentielle. Pour nous, cela ne saurait présenter de difficulté. Nous savons que la fluxion locale n'est qu'un mouvement partiel, détaché du mouvement d'ensemble qui constitue la fièvre, mais dérivant du même principe et obéissant aux mêmes lois ; et les mêmes moyens qui domptent la grande impulsion circulatoire doivent conserver toute leur utilité et leur puissance contre l'impulsion partielle qui s'y est surajoutée.
Cependant cette lésion locale absorbe tellement ici l'attention et devient si bien le point de mire de toutes les méthodes de traitement, que l'intelligence des phénomènes en a été souvent obscurcie et qu'on s'est fait les idées les moins rationnelles du mode d'action de ces méthodes , comme, par exemple, pour celles qui ont trait à la révulsion. Au point de vue universellement adopté, celle-ci n'est qu'un fait local de sensibilité et peut-être aussi de plasticité substitué à un autre fait du même ordre, suivant l'appréciation un peu aventurée d'une célèbre sentence bippocratique, pour laquelle on est arrivé aux mêmes abus que nous avons signalés au sujet de celle relative au stimulus. Nous avons avancé précédemment que rien n'était moins justifié que la portée révulsive attribuée à la douleur par cette sentence, et qu'en la formulant Hippocrate n'avait peut-être voulu exprimer que cette vérité, cette loi psychique, qu'une sensation violente en afl^aibht ou efface toujours une autre plus faible, comme on le voit, suivant une comparaison qui nous revient en mémoire des cours
de l'ingénieux professeur Grergonne, oontime on le voit d'un homme qui, assourdi par l'arlillerie d'une bataille, n'enlendrait ou ne percevrait pas le bruitd'une souris rongeant une noix à ses côtés, comme on le voit d'une rage de dents qui empêche de sentir la morsure d'une puce. Mais le premier qui, pour appuyer des idées à lui, voulut s'autoriser d'un axiome hippocratique, choisit celui des deux douleurs, et en fit une théorie que le servum pecus glorifie encore tous les jours. Eh bien ! cette théorie est, à notre avis, impossible. Non-seulement, nous l'avons dit déjà, la douleur ne révulse pas la douleur; mais il n'est pas vrai, en pratique, que celle produite par l'art doive être plus violente que l'autre, puisque nous voyons communément réussir les procédés qui éveillent le moins la sensibilité. De sorte que, on peut le dire malgré les assurances contraires propagées par la science, rien n'est plus fautif qu'une telle théorie de la révulsion, et que, si nous voulons en avoir une meilleure, ce sera, comme toujours , au Vitalisme que nous devrons la demander.
Quoi qu'il en soit et quelque peu de confiance que doive nous inspirer la lésion locale, soit pour la recherche des indications, soit pour l'appréciation des méthodes, il n'en est pas moins vrai qu'elle occupe la place principale dans toutes les théories de l'inflammation. Sans doute les auteurs ne se sont pas suffisamment préoccupés du devoir de mettre le traitement en harmonie avec ces théories, qu'ils oubhent, qu'ils omettent, qu'au besoin ils contredisent, dés que surgissent les considérations pratiques. Mais il nous importe, à nous, de savoir ce qu'il en est, de montrer à quelles tristes ressources se trouverait réduit le praticien qui prendrait au sérieux tous ces beaux systèmes de physiologie et de pathologie topiques, et qui se priverait ainsi, comme à plaisir, des trésors qu'il peut puiser à pleines mains dans les vues plus larges de la bonne philosophie.
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346. C'est ane ingrate revue à faire gue celle des divers systèmes de l'inflaaitnatioQ au point de vue thérapeutique. Incohérence des aperçus ; nul souci des conséquences, qui jurent horrihlement avec les principes posés; des théories qui s'absorbent dans le fait local, alors qu'arrivées au traitement elles l'abandonnent pour n'envisager que l'état général, et, chose remarquable, chose prodigieuse, la science, une science qui se targue sans cesse de la certitude topique de ses méthodes, qui, retranchée dans les sens et les phénomènes physiques, se proclame infaillible; la science contemporaine, en un mot, adoptant, consacrant, couvrant de son égide toutes ces pauvretés, non qu'elle ne soit pas apte à les reconaître, mais parce qu'elle s'aveugle à plaisir sur leur compte, dans l'impuissance de faire mieux : voilà le navrant spectacle qui s'ouvre à nos yeux, et que nous allons essayer de faire ressortir dans l'espoir d'en retirer quelques instructions utiles.
Nous disons qu'après avoir exalté outre mesure le processus local de l'inflammation ou les phénomènes qu'ils veulent bien décorer de ce titre, la plupart des systèmes oublient tout cela aussitôt qu'il s'agit du traitement, et font la chasse aux indications, sans se soucier de les trouver en rapport avec l'idée principe, ou subissent même la plupart de celles qu'ils seraient les premiers à traiter d'empiriques. C'est là un fait qui, à lui seul, nous donnerait le droit de suspecter la valeur de ces systèmes. En philoso- , phie pure, les conséquences d'un principe peuvent se perdre ou se cacher dans les considérations abstraites qui s'y rapportent. Mais, nous ne craignons pas de le répéter : en médecine, il n'en est plus de même; si la théorie est bonne, elle doit logiquement, nécessairement, conduire aux bonnes indications.
L'idée systématique dont l'application nous expose à de perpétuels contre-sens thérapeutiques, nous sommes justement autorisé à lui tourner le dos. Assurément, chercher le mode physique, le mécanisme des phénomènes, tenter ex-