II
562 ïnAiTÉ d'hématologu:; dynamique.
à rencontre du but , et s'il lui était permis d'agir localement, ce sont des moyens diamétralement opposés, ce sont les applications froides, astringentes, styptiques, avec lesquelles seules le Ihérapeutiste aurait chance de réussir, c'est-à-dire celles qui ont pour résultat de fortifier la fibre, de la tendre, do la resserrer, en un mot de la mettre dans l'état où elle serait par le fait du spasme lui-même. Eu vérité! la chose est par trop évidente, et quelqu'un osera t-il encore parler de spasme dans des circonstances où les seuls moyens qui réussissent vont précisément à le fortifier ou à le produire ?
Gela se voit ostensiblement dans les inflammations externes, l'ophlbalmie, par exemple, où les phénomènes se passent à découvert. Aussitôt que les vaisseaux de l'œil se congestionnent, que le spasme, à votre dire, les a saisis, est-ce aux agents relâchants, émollients, qu'on devra recourir? Non, mais aux méthodes d'un efiét entièrement contraire, et c'ela, toujours d'après vous-mêmes. Gullen, examinant cet exemple de l'ophthalmie, reconnaît sans peine comme lui étant nuisibles tous les topiques augmentant la chaleur et le relâchement des vaisseaux ; il leur préfère l'air froid, l'eau froide, les astringents , mieux les liqueurs spiritueuses employées modérément^. Si votre principe était plus vrai, si vous y aviez une foi entière, oseriezvous ainsi recourir à des agents qui jurent avec lui et qui ne devraient qu'empirer le mal?
Il n'est question jusqu'ici que du spasme supposé, comme fait Gullen, dans la partie même qui subit l'inflammation; mais placé dans les vaisseaux voisins, suivant le système d'Hoffmann, nous conduira-t-il à d'autres conséquences? Nous ne voyons pas pourquoi : ici ou là, le spasme ne change pas de nature et ne saurait réclamer des secours différents. L'indication qu'il nous fournirait serait donc toujours celle des antispasmodiques, des opiacés, des applica-
' CuUen ; M(:d. prat., I, 22 4.
THAITEME.NT DliS PHLEGMASIIiS. 563
lions chaudes et relâchantes, qne nous venons de condamner. Il faut en dire tout autant du spasme dilatatoire : s'il est vrai qu'il ne nous éloignât pas de l'emploi du froid et des astringents, que nous reconnaissons utiles, il ne l'est pas moins qu'il ne saurait échapper aux nécessités de sa propre nature et qu'il nous entraînerait toujours vers le même malencontreux emploi descalmants de toutes sortes.
Du reste, en consentant à-nous circonscrire dans les phénomènes locaux de l'inflammation, nous faisons la partie belle au spasme, et nous sommes pourtant en mesure de le condamner. Que serait-ce si nous l'interrogions au sujet des grandes indications qui se révèlent dans le traitement et qui, disons-nous, y occupent la plus grande place? Est-ce en nous attachant à le considérer exclusivement que nous eussions pressenti l'utilité de la saignée, des évacuants gastro-intestinaux, des alcalins, des vésicatoires? Et que deviendrait le praticien, si, absorbé dans la contemplation du spasme local, il perdait de vue les accidents fébriles, dont Cullen lui-même fait le but essentiel du traitement, après l'éloignement des causes? Le spasme avait la prétention d'expliquer le début ou le processus de l'inflammation, et il n'y a point réussi ; mais quand il s'agira de rendre compte des phénomènes fébriles qui l'accompagnent 'dans tout son cours et des moyens qui peuvent les com- 1 battre, son impuissance sera bien plus grande. Aussi ses (propres partisans, ses fondateurs eux-mêmes, l'ont-ils abant donné aussitôt qu'ils se sont trouvés sur le terrain de la '.thérapeutique. Hoffmann, ayant à théoriser l'action antiphlogistique du nitre, accuse tout d'abord sa vertu particulière d'éteindre la chaleur fébrile, et ensuite la propriété iqu'il a de dissoudre et rendre fluides le sang et la lymphe, iqui n'ont plus ainsi à s'arrêter dans les extrémités capillaires. Il n'oublie pas, s'entend, de dire aussi qu'il relâche, en les humectant, les fibres tendues. Mais comment concéder :un pareil effet au nitre'? Et qu'est-il besoin de lui en
* Iloffmaan; Mëd. ralioim., VIII, 471.
564 TiiAiTÉ d'hématologie dynamique.
reconnaître un autre que celui ((ui, en atténuant les liquides, peut faciliter leur passage à travers les vaisseaux crispés, tout aussi bien qu'eu détendant ceux-ci ?
351. Les efforts de génie des théoriciens de l'inflammation se sont bornés, nous nous en sommes convaincu, à expliquer l'abord exagéré du sang dans la partie malade. Quelle que fût la raison de cet abord, n'importe! le but était rempli, on ne s'inquiétait pas du reste, on ne se mettait nullement en peine de montrer l'accord de cette raison avec les phénomènes généraux. On avait, vaille que vaille, théorisé sur la présence du sang ; on ne se sentait pas de force à aller au-delà. Et cependant, nous le demandons, était-ce là rendre compte de tous les phénomènes? Surtout était-ce préparer une base sérieuse et solide aux indications? Aussi, quelles incohérences, que de contradictions, que d'incapacité 1 On avait dit d'abord: c'est le spasme. Puis, forcé de battre en retraite, on dit: c'est la faiblesse, c'est la paralysie ; n'apercevant pas l'énorme contradiction pathologique qu'il y avait à supposer le fait local de la phlegmasie en opposition formelle et manifeste du fait général, de cet ensemble remarquable de phénomènes aigus, violents, excessifs, qui, à eux tous, ne sauraient donner d'autre idée que celle d'une surabondance de force et de vie. On rendait compte ainsi d'une partie, une faible partie de la scène locale ; on expliquait comment, sous la moindre résistance des vaisseaux, le sang devait les distendre et s'y accumuler, sans qu'il fût besoin de supposer de sa part un changement d'impulsion ou de projection quelconque. Et il est incroyable que pas un seul théoricien ne se soit trouvé pour reconnaître qu'en intervertissant les rapports, l'explication était tout aussi exacte et complète, ou plutôt qu'il n'y avait qu'à exagérer le mouvement du sang, la tonicité des capillaires restant normale, pour avoir une théorie bien plus vraie, plus rationnelle, et par suite bien plus féconde, ainsi que tout l'indique.
TRAITEMENT DES IMILEGMASIES, ODl
Quoi qu'il en soit, cette idée de faiblesse jure essentiellement avec tout ce que la théorie et surtout la pratique nous enseignent de plus positif, au sujet de l'inflaoamation etde son traitement. line faudrait pas se laisser tromper par certaines congestions externes, passives, que les styptiquesfont disparaître, ce qui du reste ne saurait s'appliquer à l'inflammation proprement dite. Il s'agit en celabien moins de l'action tonique que d'un effet astringent tendant à resserrer, à supprimer la lumière des capillaires, pour en chasser mécaniquement le sang. Il existe bien tel genre d'inflammation qui s'accommode à merveille du traitement tonique; mais ce n'est là qu'un cas tout spécial, duquel on ne saurait tirer une conséquence générale, que semblerait pourtant autoriser l'idée de faiblesse, appliquée en principe au processus de l'inflammation . On no saurait eu effet, quant à celle-ci, séparer les faits locaux de l'état constitutionnel, lesquels au contraire se correspondent et seraient plutôt nn effet les uns de l'autre. Si les capillaires n'ont élé envahis que par le fait de le'ir faiblesse propre, on est obligé d'admettre que l'état général n'est pas autrement disposé, et par suite on serait rigoureusement conduit à s'abstenir de tout moyen dépressif, tel que la saignée, le nitre, les altérants, les boissons délayantes, de tout ce qui, en un mot, constitue en médecine classique le régime ; antiphlogistique, pour se retourner vers le régime opposé, vers les amers, les toniques, les excitants de toutes sortes, I c'est-à-dire vers tous les moyens que la raison et l'expé- I rience réprouvent.
Si la simple faiblesse nous fait venir nous heurter contre de telles difficultés, que sera-ce de la paralysie? En vérité! c'était bien la peine d'aller déterrer des expériences qui dormaient depuis deux cents ans dans lescartons de la science, .pour en tirer des conséquences qu'elles ne comportent pas, ''et combien faut-il que le Mécanicisme soit à court de matérriaux pour que, même entre les mains les plus savantes, iil soit ainsi contraint de s'adresser à ceux qui militent con-
561") TllAlTE D UÈV.ATOUiOlE DYNAMIQUE.
tre lui ! Car, que signifienl au fond ces fameuses expériences ? Vous paralysez la paroi vasculaire et vous exagérez le cours du saDg, ainsi que tous les i)hénoraènes de la circulation, et vous concluez, à brûle-pourpoint, que la paralysie est la cause directe de cette exagération.
Pourquoi donc cela, et la paralysie peut-elle être supposée capable d'exagérer quoi que ce soit? En aucune façon, et ce qui vous arrive ici, c'est qu'en détruisant la résistance du vaisseau, vous faites que le sang y afflue et s'y accumule en vertu de sou mouvement propre, que votre expérience, tout conlre son but, va droit à démontrer. Mais parvenu ainsi dans ce capillaire dislendu et agrandi, ce sangvase ralentir et y stagner. Et vous voudriez nous faire accroire que c'est là ce qui se passe dans l'inflammation ! Oh ! qu'il n'en est rien et que les choses sont bien différentes ! Ici ce n'est pas la résistance du vaisseau qui a fléchi, c'est l'impulsion du liquide qui s'est accrue, ainsi qu'en témoignent manifestement le désordre général, la force, l'ampleur, la précipitation du pouls, l'augmentation delà chaleur, et c'est l'excès d'impulsion qui suffit à surmonter la résistance vasculaire, demeurée normale, à opérer la congestion, tout aussi bien qu'avec la paralysie. Ce qui emporte toutefois de bien autres conséquences, car du coup nous concevons alors l'épanchemenl, le blastème, l'élaboration considérable et caractéristique à laquelle il est livré et qui témoigne hautement de la participation active du sang; surtout nous concevons comment le traitement n'emploie que des moyens qui jureraient avec la paralysie. En vérité ! parler de paralysie avec des maladies telles que la pneumonie, l'hépatite, le rhumatisme, qui attestent un excès considérable de vitalité, encore plus peut-être avec la péritonite ou la pleurésie, qui provoquent les douleurs le.^ plus violentes, n'est-ce pas abuser de la crédulité du lecteur? Il est vrai que l'on pousse la finesse d'analyse jusqu'à dire qu'en même temps que les nerfs moteurs sont paralysés, les nerfs ^en^/^'/i- sont dans un état d'excitation. Mais tout
TRAITEMENT DES i riLEGMASIES. 567
cela ressemble quelque peu à de la subtilité, et dans tous les cas demanderait à être établi sur des démonstrations que l'on se dispense de faire. En définitive, l'idée de paralysie, en parlant d'inflammation, ne peut que mettre l'esprit du médecin dans une torture continuelle, lui donner la tentation de ne jamais recourir qu'à des moyens excitateurs: au galvanisme, à l'électricité, et autres semblables; tandis que le salut du malade dépend directement etsùrement d'une médication diamétralement opposée.
La faiblesse et la paralysie, en tant qu'éléments primitifs de l'inflammation, ne .se justifient donc pas mieux que le spasme, bien que la science moderne paraisse s'y arrêter avec complaisance; si, en théorie, leur condamnation avait pu laisser quelque doute, ils sont, ce nous semble, levés parla pratique, de manière à ne donner lieu qu'à la plus entière évidence.
352. Ci'est cependantpar la pratique qu'une tentative toute récente aspirerait à consacrer le rôle de la paralysie dans l'inflammation. Partant de l'idée que celle- ci n'a lieu que p:r suite do ce que les capillaires paralysés d'un tissu ne peuvent plus eH"ecluer le cours du sang, qui dès-lors s'y congestionne, le professeur Burggràve ne proposerait d'autre vue, pour le traitement, que de rétablir directement le ton des vaisseaux par l' emploi des nervins, dans l'intention de rendre par là le tissu imperméable. Et, généralisantl'idée, il a bâti dessus tout un système de thérapeutique, qu'il intitule, on ne sait trop pourquoi : Dosimctrique. C'est pour le Matérialisme toujours la malheureuse prétention de simplifier, d'éclairer la théorie médicale, fût-ce à l'aide de conceptions dont il serait le premier à se démontrer la fau.sseté ! Le tout par horreur du raisonnement et de la philosophie? Nous avons apprécié ailleurs ladosimétrie dans son ensemble, nous n'avons pas à y revenir; mais nous ne pouvons éviter de mentionner ici ses vues au sujet de l'inflammation et de son traitement. Il faut en convenir, si son
568 Ti'lAITÉ I)'nÉl\T.\TOf.Oi;iH nYNAMIQIU':.
triomphe pralique venait ii être constaté, les objections n'auraient qu'à se taire. Mais nous n'en sommes pas là, et, en l'état des choses, il est encore permis de discuter le système.
A première vue, nous contesterons déjà à la dosimétrie l'importance donnée au fait local de l'inflammation, à la congestion, à l'arrêt du sang; ce fait n'a rien d'essentiel, d'élémentaire; il n'est lui-même que le résultat dutrouble circulatoire, de la fluxion; si bien que, pour le prévenir ou le dissiper, au lieu de s'attaquer directement à lui, il faut tout d'abord réprimer celle-ci, ce qu'on obtient, non pas par une indication, un moyen unique, quel qu'il soil, mais alternativement par tous ceux qui modifient la cause de la fluxion. Il est même fort heureux qu'il en soit ainsi, car on aurait beaucoup plus de peine qu'on ne le croit à obtenir par la coiistriction des capillaires l'expulsion du sang qu'ils renferment. A la rigueur, on comprendraitqu'opérée au préalable, au moment oîi la congestion va se faire, la constriction pût s'opposer à l'abord du sang; mais une fois épanché, solidifié, élaboré, sous forme de blastème, tel qu'il est dès que l'inflammation existe, on n'admet pas que ce sang soit encore susceptible de céder à l'action des vaisseaux. Et la dosiraétrie elle-même est si peu convaincue qu'il en doive être ainsi, qu'au bout du compte elle n'en finit pas moins par déclarer sagement qu'il ne faut ÇRsiro[) s'arrêter aux symptômes locaux; qu'il est plus utile de s'attaquer à la fièvre, moyennant quoi on vient tout aussi bien en aide à la phlegmasie, qioi n'est qu'une fièvre localisée, ce qu'on fait par de tout autres moyens que ceux proposés d'abord
Ces moyens sont tous ceux qui vont à modifier la lésion aff"ective. Nous avons vu que la phlegmasie, aussi bien que la fièvre essentielle, résulte du trouble introduit dans la circulation par l'afl'ection morbide, et attendu que, sui-
Burggrave ; il/an. de Ihérap. dosiin., 80, 191.
TRAITEMENT DES PHLF.GMAS1ES. OOJ
vant SCS nombreuses espèces, le ton de celle-ci varie autant par son degré que par sa nature spéciale, il faut s'attendre à ce qu'elle ne cède qu'à des moyens en possession d'une variabilité d'action correspondante. C'est dire que le traitement devra recourir, tantôt aux moyens débilitants, ce qui est le plus ordinaire, tantôt à ceux capables d'exalter, de restaurer le ton morbide ou d'amender la lésion spéciale quia pu l'atteindre. Et cette variété d'indications, attestée par l'observation et la pratique, suffirait déjà pour nous permettre de condamner par avance la dosimétrie et la méthode unique qu'elle aspire à fonder. Discutons, au surplus, celte méthode, et voyons ce qu'elle peut renfermer de vrai. Assurément, le Matérialisme a peu le privilège de nous édifier de la clarté ou de la solidité de ses théories; mais on peut bien dire que c'est ici une des plus malheureuses, qu'une simple réflexion suffira à caractériser.
Nous commencerions par mettre en doute l'effet prêté à la strychnine et à l'acide phosphorique de resserrer, même d'oblitérer les capillaires du tissu qui s'enflamme, jusqu'à le rendre imperméable, surtout aux doses homœopalhiques ou globulaires employées. Bien plus, à supposer que cet effet fût certain, il ne nous laisserait pas sans inquiétude. Le moyen capable de le produire dans le tissu enflammé, où la circulation éprouve évidemment un surcroît d'activité et de force, ne pourrait manquer de l'obtenir, à plus forte raison dans tout le reste du système capillaire, où la circulation, demeurée normale, opposerait moins de résistance. Et il pourrait y avoir à cela de graves inconvénients. Le système capihaire n'ayantpas une moindre capacité que le vasculaire, celui-ci se trouverait subitement surchargé de toute la portion du sang que l'autre ne pourrait plus recevoir, c'est-à-dire du double de sa quantité ordinaire, ce qui ne pourrait avoir lieu qu'au grand préjudice des fonctions et de la vie. Ajoutons l'efCroyable désordre qu'introduirait dans ce milieu ainsi embarrassé, le trouble circulatoire, l'agitation, la fièvre qui accompagne la phleg-
570 TnAlTÉ D IIKMA'IOLOGIE DYNAMIQUE.
masio, avec celte cii-constance clo plus que les deux portions da système vasculaire cesseraient de communiquer entre elles, à travers les capillaires interceptés. N'est-ce pas que les explications mécaniques, pour si simples qu'elles paraissent, ne comportent pas pour cela plus de vérité?
Ce n'est pas tout : une loi pathologique ne mérite confiance qu'autant qu'elle ne s'applique pas seulement au fait pour lequel elle est proposée, mais à tous les faits analogues; or, l'inflammation et la fièvre qui coexistent ne constituent évidemment qu'une même scène, un même fait morbide, et ne peuvent que fournir des indications identiques. Le moyen destiné à triompher de l'une ne pourra que s'apphquer à l'autre avec le même succès. Et telle n'est pas la conclusion à laquelle arrive la dosimétrie : elle se met en quête, contre la fièvre, d'une méthode nouvelle, qu'elle investit d'une action toute différente. Il ne s'agit plus, pour les défervescents, de rétablir les vaisseaux dans leur ton, de les rendre imperméables ; ils doivent servir à V élimination des ferments intérieurs, des principes azotés, qui entretiennent la fièvre, surtout de l'urée, h laquelle le calorique animal est toujours proportionnel*. Ces ferments, leur rôle, leur élimination, sont déjà une conception quelque peu fantaisiste; mais si, par Vaconitine, la vératrinë ou la digitaline, vous avez le pouvoir dJéteindrc d'emblée la fièvre^, el. si la phlegmasie n'est que la fièvre localisée, pourquoi donc vous mettre en peine, pour celle-ni, d'une indication différente; pourquoi surtout la chercher parmi les substances dont l'action, à part qu'elle ne serait pas toujours sans dangers, est en outre bien loin de se vérifier ?
Si l'on analyse les nombreuses méthodes classiques tour à tour réclamées par le génie si divers de l'inflammation, on ne se persuadera jamais qu'aucun puisse réussir en obtenant, à un titre quelconque, une exaltation, un accrois-
' Burggrâve ; Op. cit. ,191.
3 Op. cit., TV.
TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 571
sèment de ton; toutes, au contraire, ne tendent qn'à l'affuiblir, à l'abaisser. Qu'attendre autre chose de moyens tels que la saignée, la diète, les tisanes, les bains, les cataplasmes, les spoliations de toutes sortes qui composent le traitement? Et n'est-il pas vrai que tout moyen excitant no tomberait qu'en Irès-mauvaise compagnie; que, même, si les nervins et la strychnine n'obtiennent pas de plus fâcheux résultats, ce n'est que grâce aux doses homœopathiques, qui font rentrer le traitement dans la méthode purement expectante. La dosimétrie ne saurait donc prêter aucune force à la théorie de l'inflammation par la faiblesse et la paralysie. Mais, à raison même de ses insuccès, le Sohdisme a dû multiplier ses points de vue, et d'autres ne vont pas davantage nous édifier,
352 bis. Nous avons parlé de la douleur en tant qu'élément générateur de l'inflammation, et n'avons pu que condamner, en théorie, le rôle qu'on voudrait lui prêter. La douleur est un résultat, non une cause; elle est produite par la distension des tissus que fait naître l'abord du sang, et les indications qu'elle suggère rentrent toutes dans celles que nous verrons applicables à la fluxion. Malheur au Ihérapeutisle qui la prendrait trop au sérieux! A part qu'elle l'entraînerait dans toutes les illusions que nous venons de reprocher au spasme et à la paralysie, elle ne lui fournirait pas une direction pratique meilleure.
En eflet, le remède direct de la douleur, c'est l'opium, substance d'un emploi aussi chanc(^ux que difficile dans les maladies inflammatoires. En dehors de son effet calmant ou narcotique, l'opium possède une action stimulante, qui excite le système sanguin et augmente la force de la circulation, ce qui le rend impropre à tous les cas où le système sanguin et la circulation sont déjà surexcités, c'està-dire généralement à toutes les maladies aiguës. Aussi Cullen lui-même, qui professe l'opinion que la faiblesse engendre la fii-vre , et qui, dans ce genre de maladies.
572 TRAITÉ d'iiématoi-ociio dynamique.
préconise l'emploi des stimulants, CuUen n'en reconnaît pas moins que l'opium est loin de convenir dans tous les cns; qu'au début, par exemple, il peul ôlve extrâmcmcnt nuisible. Il détermine bien, avec son grand sens pratique, d'autres cas où l'opium peut prévenir les accidents cérébraux, si redoutables dans les fièvres; mais ce n'est qu'autantque la fluxion n'est pas accomplie, que les désordres organiques ne sont pas réalisés; car aussitôt que l'inflammation du cerveau existe, elle n'en permet plus l'usage^ ou plutôt le contre-indique formellement. A plus forte raison dans les maladies inflammatoires, où l'action du cœur et des artères est augmentée, l'emploi de l'opium ne peut être que nuisible \En serait-il ainsi des effets de ce puissant médicament, et aurait-on pu le condamner en principe d'une façon aussi absolue, si la douleur avait dans l'inflammation la prépondérance qu'on prétendrait lui attribuer?
Vainement nous opposerait-on ici le fait trop célèbre de Sarcone. Nous l'avons analysé avec soin et croyons avoir eu le droit de le condamner sans retour. Non, quoi qu'il en ait pu dire et quelque approbation qu'il ait obtenue, non, ce n'est pasà ladouleur queSarcone avaitafFaire en réalité , lorsqu'au lieu de lui opposer son spécifique dès le début, et, s'il se pouvait, avant le début delà phlegmasie, il avait tout d'abord recours à la saignée, même à la saignée réitérée, aux sangsues, aux ventouses, scarifiées ou non, et que c'était seulement après l'insuccès de ces nombreux et puissants moyens que l'opium lui avait paru éminemment nécessaire"^ . Ce n'était pas là une indication directe, et, pour la légitimer, il faut s'adresser à tout autre chose qu'à la douleur.
Aussi a-t-elle été très-mal comprise, et malgré le concert de louanges attribué à Sarcone pour ses observations de pleurésie ayant la douleur pour phénomène initial, son
1 Cullen ; Mat. méd., II, 244, 45, 50 et 52. * Sarcone ; Mal. obs. à Naples, I, 156.
TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 573
oxomple est resté à peu près sans imitation ; on ne citerait l>as une autre observation comparable aux siennes , et le dernier mot de la science aujourd'bui est bien qu'il est im possible de les utiliser. On en donne pour raison que son diagnostic est in^ffîsant' . Qu'est-ce à dire? Pleurésie, pneumonie, bronchite même, il ne s'agit pas moins d'une pblegmasie pectorale guérie par l'opium. Ou plutôt rien ne manque au diagnostic de Sarcoue : l'autopsie a montré la plèvre couverbii d'un gluten luisant et jaunâtre, ainsi que le poumon, à sa face externe, extrêmement enflammé et même gonflé^ dur comme un morceau de rate, mais plus résistant et plus solide, cp, qui ne laisse aucune incertitude sur l'existence de la pleuro-pneumonie^. Il ne faut donc pas dire que le diagnostic de Sarcone soit insuffisant. C'est Trousseau lui-même qui n'a pas su acquérir du fait une intelligence complète, et voir qu'ici l'opium, à l'exemple de tous les anliphlogistiques, devait son succès à ce qu'il parvenait à éteindre le principe douloureux entrant dans l'essence de la constitution rhumatique, et, par là, à prévenir et à suspendre le mouvement fluxionnaire qui eu résultait et qui entraînait la pleurésie , les saignées n'étant à autres fins que de débarrasser ce principe d'un élément accessoire qui en modifiait les déterminations.
Ainsi entendu, le fait de Sarcoue n'a plus rien pour nous embarrasser et rentre sans effort dans notre théorie vitaliste. Et quand nous disons que ce fait ne s'est pas reproduit, nous voulons bien omettre celui très-analogue observé et décrit par un de nos plus éminents praticiens, et très-propre à nous confirmer dans notre opinion, que la douleur iiejoue pas en tout ceci le rôle prétendu.
lin 1840 et 41, époques de grandes pluies, d'inondalions mémorables, et par conséquent marquées par l'humidité, régna sur divers points de la France une fièvre épidémique
' Trousseau et Pidoux ; Tr. thàrap., II, 33. 2 Sarcone ; Op. cit., T, t/iQ, 150.
soporevse, produisant rapidement des phlogmasies cérébro-spinales de la plus haute gravité. Vainenoent, contre ces phlogmasies, avait été déployé par des mains habiles l'arsenal tout entier des moyens rationnels : émissions sanguines, calomel, purgatifs, réfrigérants, toniques, révulsifs de toutes sortes: la mort, et une mort prompte, était le résultat habituel et fatal. Do tâtonnement en tâtonnement, on finit par tomber sur l'opium, et on fut très-étonné de le voir oie pas accroître la somnolence ni l'engorgement cérébral, mais bien au contraire éveiller vivement le malade et être très-longtemps et bravement supporté. Ce fut un trait de lumière. A dater de ce moment, l'opium fut donné dans tous les cas dès le premier jour, quels que fussent la forme, la période de la maladie et le tempérament du malade. La dose en fut d'emblée de deux, trois, quatre décigrammes par jour, et alla jusqu'à soixante et quinze centigra mmes en seize heures. Il fut administré ainsi des mois entiers, si bien qu'on arriva à des quantités fabuleuses. Les cures furent d'autant plus nombreuses que l'emploi du remède avait éléplus hardi. Tout échouait sans lui ; avec lui tout réussit, ou plutôt seul il réussit, et non-seulement contre les phlogmasies cérébrales, mais contre toutes celles dépendant de la même constitution : oreillons, érysipèles, angines, pneumo7iies. L'opium était devenu pour le moment l'antiphlogistique universel'.
Ce sont bien là, selon nous, des faits entièrement analogues à celui de Sarcone, en ce que l'opium s'y montre comme spécifique de la phlegmasie. Est-il permis d'en déduire la même théorie ? Le savant écrivain en montre bien quelque velléité. Toutefois, il n'émet pas d'avis personnel, ce dont il avait bien le droit, et se borne à citer celui d'un illustre confrère, le professeur Forget, qui e.xplique le succès de l'opium par la fatale réciprocité existant entre la douleur et la fluxion inflammatoire* . Sans doute. Il s'agit
1 Chauffard; Méd. prat., 1, 175, 184, 185. ^Ibid., 180.
TRAITEMENT DES l'HLEGMASlES. 575
sealemenL de s'entendre. Veut-on dire que, la douleur étant cause directe de la fluxion, c'est en supprimant la première que l'opium contrarie la seconde? Nous avons étudié le rôle étiologique de la douleur et n'avons pu lui accorder aucune confiance. Dans notre cas, c'est partout ailleurs que dans la douleur, qui n'offre d'ailleurs rien de particulier, qu'il faut chercher la récipfocilé, le rapport de la fluxion : c'est, comme toujours, dans l'affection morbide, dans le génie de la fièvre. Ce génie était-il, comme chez Sarcone, rhumatismal? L'ensemble des symptômes ne permet pas de l'affirmer ; tout au moins fallait-il qu'il tînt de quelque état affectif, justiciable comme lui de l'opium, tel que l'état catarrhal, nerveux ou quelque autre peut-être, et ce n'est que par là que le fait peut être expliqué. L'opium s'adressait à la lésion affective, à la fièvre et aux fluxions qui en découlent, et c'est en remédiant à la lésion qu'elle en prévenait, en supprimait les conséquences, ainsi que font toutes les méthodes thérapeutiques. Et ce résultat est d'autant plus remarquable, l'action anti-affective réclame d'autant plus de puissance, qu'elle avait lieu, non en vertu maison dépit des effets habituels de l'opium, ces effets n'allant qu'à congestionner les centres nerveux, qui au contraire se trouvaient ici débarrassés.
353. Nous l'avons dit : ou le stimulus n'est qu'un vain mot, ou il représente une lésion, une exaltation de la tonicité et de la sensibilité. Il n'est, à ce titre, qu'un phénomène de même ordre, que le spasme et la douleur, et il devient passible de toutes les difficultés que ceux-ci ont soulevées. Aussi n'allez pas croire que malgré toute l'importance que la théorie lui donne, après qu'elle en a fait le pivot véritable, unique de l'inflammation, n'allez pas croire qu'elle en ait tenu le moindre compte en thérapeutique. Et, nous le redirons à satiété : c'est là pour nous un motif suffisant et absolu de la condamnation d'un système. Quoi ! Vous étudiez avec tout le soin possible un état mor-
576 THAiTÉ d'hématologie dynamiqi:e.
bide à grand renfort d'analyse, vous avez la prélenlion d'en délerminer le phénomène initial, le processus physique on mécanique, la cause intime en un mot; et quand vient le tour du traitement, vous n'avez plus un mot à dire de ce processus, de cette cause ! En bonne philosophie pourtant, le plus sûr moyen de guérir une maladie, c'est de l'attaquer dans son origine môme, dans le fait qui lui donne naissance. Supprimer ou réprimer celui-ci, c'est du même coup couper court à toutes ses conséquences. Et si votre théorie ne peut vous rendre un pareil service, c'est une preuve palpable de sa vanité ou de sa fausseté.
Or, voyons ce qu'il en est : le père du stimulus, Brown, sera le premier à nous édifier. Pour lui, les remèdes du stimulus, suivant qu'il est de naim'e slhénique on astliénique, sont ceux qui diminuent ou augmentent rinc/toii//^t'' : les débilitants et les stimulants. Mais comment les applique-lil? Va-t-il les diriger exclusivement sur la partie siège de la maladie? Non, mais sur jjlusieurs poioUs à la fois, pour qu'un plus grand nombre soient sou mis à leur action, et que l'incitabilité soit plus pleinement et plus également affectée. Pourquoi donc cela, et ne vaudrait-il pas mieux opérer d'emblée sur le stimulus? C'est que, dit Brown, celui-ci n'est qu'une dépendance de l'état général, de la diathèse. Que lui accordez-vous donc une importance, un rôle original qu'il n'a pas et qui revient à la diathèse' !
D'autres ont surfait encore ce rôle du stimulus et n'ont pu échapper aux mêmes inconséquences pratiques. Nous avons vu que Piorry rappoi'tait tout à lui, pour en faire naître, par l'intermédiaire des nerfs, les phénomènes généraux. Il y revient, à propos du traitement, pour dire que ce qu'il faut avoir ^principalement en vue, ce qu'il faut avant tout enlever, c'est la cause organique. Et que propose-t-il pour cela? L'absence de tout excitant, une médication adoucissante, aqueuse, cmolliente; les évacuations san-
* Browa ; Élém. de méd., 56, 57.
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ffiiines générales et locales, et la détermination d'hyperémies artificielles ailleurs que sur la partie malade N'esl-il pas vrai. que ce sont encore là des moyens qui visent exclusivement l'état général, sans s'embarrasser le moins du monde du phénomène que l'on nous donne pourtant comme la cause unique de la scène, le stimulus? A quelque partisan delà théorie que vous vous adressiez, sans en excepter Broussais, vous n'aurez pas une autre réponse. Ceux-là mêmes qui ont le mieux étudié l'inflammation dans ses faits locaux, microscopiques, pour en faire découler les inductions pratiques, ceux-là arrivent encore de plein saut à la révulsion et à la dérivation ^. Est-ce donc que ces procédés doivent être jugés capables d'agir directement sur le stimulus, pris en lui-même en principe, et en analysant leur action n'aperçoit on pas que si elle lui profite c'est en portant partout ailleurs?
Il n'est vraiment pas possible d'oublier, de laisser plus résolument dans l'ombre, à propos du traitement, le fait capital, le fait principe, sur lequel on a bâti toute la théorie. Au reste, à quelles conséquences pratiques nous eût conduit ce fait, cet excès local de tonicité et de sensibilité ? Nous l'avons dit : exactement aux mêmes où nous ont fait aboutir le spasme et la douleur. Placé devant une pneumonie, une pleurésie, une phlegmasie quelconque, le praticien serait fatalement sollicité de s'adresser, avant toutes choses, au stimulus qui la provoque et l'entretient, à recourir contre lui aux calmants, aux narcotiques, et au premier de tous, l'opium. Et le résultat peut être facilement pressenti. Aussi est-ce là, peut-on bien dire, la dernière de ses préoccupations. Même dans le cas où il lui est permis d'agir localement, dans certaines phlegmasies externes, comme l'ophthalmie ou d'autres d'origine traumatique, chirurgicale, bien loin de songer en première ligne à
' Piorry ; Palhol. ialr., I, 596.
'•^ Dubois d'Amiens: Prél. de patli. cxpér., secU IV.
combattre, à éteindre un prétendu stimulus, c'est plutôt, avons-nous vu, aux moyens capables de le produire et de l'entretenir, c'est aux légers stimulants, aux astringents, aux réfrigérants, au sulfate de zinc, à laglace, qu'il aura recours. Et certes, cela faisant, il ne saurait avoir la prétention de diminuer dans la partie malade un excédant de tonicité auquel se rattache, quelque confusément que ce soit, le stimulus. C'est plutôt l'effet contraire qu'il recherche. En portant sur les tissus, et particulièrement sur les vaisseaux, une impression tonique et astringente, il les dispose à résistera l'abord du s.ang, à la fluxion, d'où vont résulter tous les phénomènes. Ici, dans cette scène topique, passée sous nos yeux, la chose ne saurait se contester. Mais quand elle se passera différemment, quand il s'agira d'une médication interne, à effet général, bien moins faudra-t-il admettre ses rapports avec le stimulus. C'est toujours en empêchant l'abord du sang, en contrariant la fluxion, avec cette différence qu'au lieu de l'écarter, de la repousser de la partie envahie ou menacée, elle va plutôt à la retenir, à l'empêcher d'y parvenir, en rompant l'essor circulatoire qui l'y pousse. Et c'est ainsi que nous retrouvons partout la fluxion comme le grand fait delaphlegmasie, et comme pouvant seule nous révéler ses indications, si variées suivant son espèce, à quoi ne nous conduirait jamais le stimulus.
Insister plus longuement serait peine perdue. Le stimulus ne se justifie pas mieux que le spasme et la douleur ; et cette fameuse théorie, que nous avons pu condamner en principe, ne supporte pas davantage l'expérience pratique. Mais le Matérialisme, malgré qu'il en ait, sent bien le vide de ses enseignements ; il éprouve un incessant besoin de les varier, de les parfaire, et il ne fait qu'en changer l'expression. Aujourd'hui, nous l'avons vu suivant Virchow, c'est la cehule qui serait l'agent primitif de l'inflammation, qui jouerait simplement, dans le travail qui la constitue, le même rôle que dans le travail nutritif auquel il le compare
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exaclement. Toutefois, pour doter la cellule d'un semblable privilège, Virchow a dû lui attribuer une certaine prérogative, une irritabili'J qui la met en œuvre, irritabilité qu'il n'explique pas et qui n'est, on le voit, qu'un simple relour au stimulus dont il précise le siège dans la cellule, mais sans rien changer à sa nature, qu'il continue à ignorer, ni par conséquent à sa valeur théorique. Que peuvent en effet ces myriades de cellules microscopiques qu'on s'applique à individualiser, à isoler sans le moindre lien entre elles; que peuvent-elles pour nous expliquer ce fait unique de l'inflammation, où tout concourt, où tout conspire vers la même fin, et surtout le trouble général qui en est la partie essentielle ? Et la belle figure que ferait le praticien devant ' ce travail morbide assimilé au travail nutritif, lui qui n'a pas le moindre moyen d'opérer sur celui-ci, qui ne saurait ' changer la direction d'une seule molécule plastique, de la ■ dévier de la route où la guident les besoins normaux de l'organisme ?
El l'action réflexe, cet autre variante du stimulus, ce : stimulus de seconde main, de quel plus utile secours nous • serait-elle? Une pneumonie est née d'une impression de I froid sur la face, les pieds ou ailleurs : qu'est-ce que cela " va nous suggérer ? A supposer, ce qui n'est pas, qu'il nous : fût donné de découvrir des impressions antagonistes de la première, pourrons-nous nous flatter de déplacer en même t temps les graves blastèmes en train de se former? Quand lie vomitif guérit une certaine espèce de pneumonie, diraiton qu'il remplace ou efface sur l'estomac la première impression de la bile ? Pourquoi donc cela? D'où vient que celle de l'émétique ne s'est pas au contraire ajoutée à l'autre pour répéter la pneumonie du côté opposé? Gonmienl -d'ailleurs de l'action réflexe conclure à la saignée, àl'émé- 1 tique à haute dose, à tant d'émollients dépourvus de toute impression, qui sont la sauvegarde des malades? En vérrité, si les honorables auteurs de théories voulaient bien ; ne pas s'en tenir à quelque maigre considération anatomi-
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que ou mécanique, el ne pas exclure de leurs vues les considéralions pratiques, qui ont aussi leur valeur, ils nous épargneraient au moins l'ennui de les réfuter.
L'épreuve du traitement n'est donc pas plus favorable que le point de vue théorique à aucun des systèmes matérialistes, qui se flattent d'expliquer l'inflammation. Nil'Humorisme ni le Solidisme n'ont pu nous fournir, pour les indications, la moindre base rationnelle. Il nous faut doue oublier tout cela pour nous reporter exclusivement à la théorie vitaliste. Grâce à elle, nous n'aurons plus de ces vérités équivoques qui ne sont qu'un leurre pour l'esprit; les conséquences découleront naturellement des principes précédemment posés ; et, triomphe interdit à tous les systèmes connus, peut-être serons-nous assez heureux pour que la théorie et la pratique ne soient plus souillées par les plus fâcheuses dissidences.
354. Si nous avons réussi à établir une lésion dynamique du sang comme le principe de toutes les maladies aiguës; s'il est vrai que cette lésion ait pour résultat de troubler le cours du liquide, et non-seulement de l'agiter, de l'accélérer dans les grands vaisseaux, mais de lui imprimer des fluxions partielles capillaires qui caractérisent la fièvre et la phlegmasie, et que la seule différence de celleci soit le degré d'intensité et de plastiscité de ces fluxions ; si dès-lors on peut dire que ces phénomènes locaux de la phlegmasie n'aient pas une autre origine, une autre raison d'être ni un autre caractère que le trouble général en quoi consiste la fièvre, et qu'ils soient, comme lui, le produit direct et spontané de la lésion du sang, il va de soi qu'at taquer d'emblée celle-ci, tâcher de l'amortir, de la dissiper par les moyens appropriés, doit être le premier et grand principe du traitement de la phlegmasie, comme il l'a été de la fièvre. Et cette simple vue est déjà propre à dissiper les difficultés où nous ont laissé les systèmes matérialistes.
Nous avons reproché à ceux-ci de s'absorber exclusive-