‹ Traité d'hématologie dynamique pour servir de fondement a un systeme de pathologie vitalisteChapitre 19 sur 33 · TRAITEMENT DES !'H LEG MASIES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES !'H LEG MASIES

ment dans les phénomènes locaux, sans se mellre le moins du monde en peine d'en déduire les conséquences pratiques. Là est le vice de la Doctrine. Eh quoi ! tant que vous théorisez, vous ne savez occuper notre attention que de spasme, de douleur, de stimulus; nous représenter ces phénomènes comme provoquant activement, mécaniquement diriez-vous, l'abord du sang sur la partie où va siéger l'inflammation ; en un mot, comme étant pour vous la cause prochaine, la raison d'être unique de tous les accidents que celle-ci va développer; et quand vient l'heure du traitement, tout cela disparaît comme une vraie fantasmagorie , il n'est plus question de cette scène locale dont vous nous affirmez avec tant d'assurance la valeur, l'omnipotence étiologique ! Quelle est donc cette philosophie qui pose ainsi sérieusement des principes dont elle ne sait pas tirer la moindre déduction utile, et qui, manquant par là aux plus simples régies de la logique, ne s'interdit pas, au besoin, de jeter la pierre à ceux qui se piquent au moins d'être plus conséquents? Non, quoi que vous en disiez, pour nous, l'inflammation n'est pas un fait local, isolé; le sang qui vient la constituer de toutes pièces n'est pas attiré sur place par une lésion de tonicité ou de sensibilité qui l'y ait précédé et qui ait la prérogative de provoquer, de forcer la déviation de son cours; c'est le sang lui-même qui, en vertu du trouble général, de l'affection morbide qui change ses dispositions dynamiques, a été poussé sur un point des tissus où il vient réaliser l'emblème du stimulus eljouer le rôle à lui attribué, et l'on ne tardera pas à reconnnître combien d'avantages et quels avantages ce seui changement dans la théorie nous fournira pour l'établissement des bonnes indications.

Non-seulement, en nous détournant des vues générales que comporte l'inflammation, le Solidisme ne peut qu'égarer la [)ratique ; mais si nous nous renfermons dans ce qu'il enseigne ou plutôt ce qu'il n'enseigne pas, du spasme ou du stimulus, nous n'en serons pas plus avancé. En

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eJJet, soil que nous nous arrêtions à la manière do voir de ïommasini et de toule l'École italienne, que l'inflammation est toujours un processus de stimulus augmenté, curable seulement par la méthode anliplilogistique ou déprimante^ soit qu'on admelte d'autres modes de variation du stimulus, ainsi que font les doctrines qualifiées de dichotomiques, il n'est pas moins vrai que le traitement se trouverait ainsi fatalement circonscrit dans le cercle des moyens dits dépressifs ou excitants; queles méthodes susceptibles d'abaisser ou de relever le ton morbide seraient les seules dont nous puissions comprendre l'utilité, et que, réduits ainsi à l'emploi mesquin de ces méthodes, nous laisserions forcément dans l'ombre ces précieuses médications spéciales qui, si souvent, peuvent seules nous faire atteindre lebut.

II est vraiment pénible, il est douloureux de voir le Matérialisme médical faire tous les jours parade de sa clarté, de sa certitude, pour en venir aux défaillances et aux contradictions que nous lui reprochons. Rasori, Rostan, pour ne parler que des morts, se glorifient d'avoir amené la théorie de laphlegmasie et la théorie médicale tout entière à l'infaillibilité d'un fait physique ou mécanique ; nous pouvonsvoir ce qu'il en est et où en serait la médecine s'il fallait qu'elle s'en tînt à leurs grossiers enseignements. Non certes, ce n'est pas dans les faits matériels, ce n'est pas dans les tissus ou les organes que nous avons trouvé les véritables agents morbides; ce ne sera pas davantage en eux que nous devrons chercher les méthodes pratiques destinées à les combattre. De même que nous avons pu démontrer partout la force vitale opérant sur le sang pour changer sa vie, ses mouvements, sa plasticité, ses tendances, de manièreà en dériver la phlegmasieet tous ses phénomènes, de même nous allons faire la preuve que si nous voulons traiter rationnellement celle-ci, c'est encore à la force vitale que nous devrons nous adresser pour ramener

Tomniasini; Doc. méd. ad cal., 279.

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ses écarts et dissiper le trouble par elle introduit dans le mouvement, tant général que partiel, de la circulation.

Dans cette voie, nous n'aurons plus à nous heurter contre des phénomènes d'ensemble que nous ne comprendrons pas ou qui inspireront les résolutions thérapeutiques les plus funestes, si tant est que nous prenions au sérieux l'opinion qui les attribue au stimulus. Nous apercevons, dans les grands et les petits vaisseaux, des troubles simultanés dont nous connaissons le point de départ commun, et, sans nous préoccuper de savoir si les uns ont précédé ou provoqué les autres, nous les attaquerons franchement et à la fois dans la cause atfective qui les produit tous. Dans cette même voie, échappés du cercle étroit où nous enserrait le stimulus, nous aurons, pour comprendre le génie morbide si divers de la phlegmasie, toute la latitude à nous offerte par les façons aussi nombreuses que variées dont la force vitale peut s'affecter morbidement, et nous cher- ' cherons pour chacune de ces façons une médication appropriée. En effet, les stimulistes et les matériaUstes, en général, ont vainement essayé d'établir que le traitement de la phlegmasie était fatalement toujours le même, ne variant que par son plus ou moins d'intensité et d'énergie. Les en- ; seignements de tous les grands observateurs sont là pour mous prouver que chaque espèce comporte une thérapeuti- 1 que spéciale, et tous les jours, au lit du malade, la pratique inous confirme la vérité de ces enseignements.

C'est au reste ce qu'il nous incombe maintenant d'exa- : miner en détail, en parcourant la série entière des espèces 1 phlegmasiques, pour étudier séparéaient les indications que . chacune d'elles comporte.

355. Nous avons dit déjà que rien ne devait plusse resïsembler que le traitement de la fièvre essentielle et celui tdo la fièvre symptomatique. En tout ce qui touche celle-ci, :nou3 n'aurions rien à ajouter à ce que nous avons ex- ; posé déjà de l'autre. Ce seraient toujours les mêmes moyens

584 TiiAiTÉ d'iiè.matologiic dynamique.

anti-affectionnels, variant suivant l'espèce et destinés à atleindre, dans son germe, la lésion morbide qui cause le désordre. Tout au plus, avons-nous dit, serait-il utile de presser l'emploi de ces moyens, à raison de la plus grande concentration des accidents dans un cours plus borné. Mais à côté de cette portion toute pyrétique de la phlegmasie, marche concurremment la scène locale, qui, différant au moins par l'intensité de la fluxion pyrexique, exige des soins particuliers et donne lieu à une foule de méthodes diverses. Au fond, il est vrai, toutes ces méthodes rentrent dans le traitemeni anti-affectionnel, et il n'en pouvait êtreautrement : la fluxion locale, n'ayant pas un autre principe, un autre agent d'impulsion que la fièvre, devait être redevable des mêmes secours. Mais l'importance et la complexité des moyens n'ont pu qu'obscurcir considérablement la question, à laquelle chaque doctrine a prétendu en outre imposer son point de vue particulier, et il devient nécessaire de soumettre le tout à notre appréciation vilaliste.

Si l'on cherche à pénétrer l'intention des pathologistes quand ils ont institué les diverses indication? de la phlegmasie, on s'assure qu'elle est à peu près universellement de rappeler, de la partie phlogosée, le sang qui s'y est congestionné, épanché. C'est ce qu'ils appellent faire la révulsion. Nous avons déjà exprimé nos doutes sur cette manière de voir et sur la possibilité d'opérer ainsi le retrait rapide d'un sang engagé à ce point dans les mailles d'un tissu. Revenons sur ce sujet, en vue d'éclairer le traitement.

Pour nous, le lecteur s'en souviendra, la fluxion n'est pas un mouvement passif du sang, provoqué, attiré par un stimulus préalablement fixé sur le point où elle tend ; en un mot, un fait d'origine locale. Elle est juste l'inverse de tout cela, c'est-à-dire un fluxus actif, un flot de sang poussé en avant par la même force qui préside à son mouvement général, et qui. morbidementléséo, lui imprime partiellement des directions anomales ; c'est-à-dire encore.

■rn.UTEMlîNT DES l'HLKGMASIES ■J°3

un effort d'ensemble concentrique ayant son point de départ dans la périphérie ou plutôt dans le sein même de la force lésée, et amenant sur place le sang, qui doit être la cause matérielle de tous les phénomènes delaphlegmasie.

Cette manière différente de concevoir la fluxion entraîne nécessairement un changement analogue dans les vues applicables à son traitement. Il ne s'agissait plus de se perdre dans la considération des phénomènes locaux, qui n'ont pu que nous égarer. Il devenait rationnel de s'adresser d'emblée à la force , à la lésion de la force qui met toute la scène en jeu, à l'affection morbide, dans le but de l'amender, de rompre ainsi l'essor qu'elle donne à la fluxion ; en définitive, de contenir, de retenir celle-ci. Ce n'est en effet qu'en modérant, en empêchant d'arriver la masse du sang qui alimente le noyau enflammé, qu'on peut se flatter de venir en aide à celui-ci ; c'est à cette unique condition qu'il lui sera permis de réagir contre la portion déjà épanchée, bientôt reprise par l'absorption, et d'arriver ainsi à la résolution. Arrêtez-vous, au contraire, aux prétendus effets de la révulsion, et vous n'entendrez plus rien au résultat, car vous aurez beau rappeler le sang du noyau, les quantités toujours nouvelles qui lui arriveront par la fluxion suffiraient, et au-delà, pour l'éterniser.

Il est étrange et à la fois regrettable que les illustresfondateurs eux-mêmes du Vitalisme n'aient pas signalé ce rôle dynamique, actif, de la fluxirn, et la façon dont la révulsion réussit à la combattre. Barthez, qui au sujet delà saignée se défend des théories prétendues hydrauliques^ et qui a émis des vues très-sages sur ses effets dérivatifs ou révulsifs; Barthez, quand il raisonne longuement sur les divers vaisseaux où, suivant le cas, elle doit être opérée"', semble bien, par cela même, ne pas désavouer l'effet mécanique; car, pour l'eflèt anti-affectif, il n'importe en aucune

Méin. sur les fluxions, 1,1.

58G TRAITÉ d'hématologie dynamique.

façon du vaisseau qui la subit, réserve faite de la quantité de sang qu'il donne. De même, dans cette question de la saignée et de son mode d'action, Lordat ne trouve guère à relever, suivant l'idée vulgaire, qu'une espèce de pouvoir attractif qu'il lui prête, pouvoir qu'il n'explique pas, si ce n'est qu'il le réduit l'instant d'après à l'eûet mécanique quand il établit comme une loi que les mouvements d'unfluxion tendent a contrarier ceux d'une autre' . Oui, sansdoute, c'est ce qui arrive lorsque dans un tube inerte où se meut un liquide vous pratiquez une ouverture, s'il se peut, opposée au courant, antagoniste du premier. Mais est-ce bien là ce qui se passe dans la saignée? Ici l'ouverture a lieu sur une veine ; et pour que le contre-courant aille retentir sur le système artériel, agent unique de la fluxion, il doit traverser le cœur, dont l'action compliquée autant que puissante ne peut que l'étouffer ; ou bien, à le considérer par en bas, en allant vers les capillaires veineux, s'il parvenait à les désemplir, il ne ferait autre chose qu'effectuer le vide devant les capillaires artériels, et par suite activer la fluxion. De sorte que ces grands mots de pouvoir attractif, de fluxion en contrariant une autre, demeurent par le fait vides de sens, incapables de rien expliquer.

Il est pourtant des cas, fort rares il est vrai, où l'explication semble se vérifier : comme dans la congestion cérébrale, que guérit rapidement le pédiluve irritant; comme d'autres fois où un système combiné d'applications de sangsues à l'anus prévient ou suspend l'hémoptysie ou toute autre congestion. Mais ici il n'y a pas d'épanchement, pas de blâstème ; le sang est encore contenu dans ses vaisseaux ou s'en échappe sans subir de changement dans sa substance, ell'on comprend qu'un effort d'attraction puisse influencer son mouvement. D'autant plus qu'alors la fluxion n'existe pas, du moins avec la même vigueur que dans la phlegmasie; et s'il est permis de l'admellre dans certaines

Tr. des hémorrhagies , 299.

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1 hémoplysies. on n'est pas obligé de croire que l'applicalion de sangsues qui la combat le fasse d'une façon simplement mécanique. N'est-ce pas plutôt en sollicitant la fluxion , anale, de manière à y habituer le dynamisme, qui se dé- : tourne par là de la fluxion pulmonaire, de sorte que ce qui se déplace réellement, c'est un simple phénomène de vitalité? Essayons donc l'expHcation dynamique.

356. La passion morale nous a aidé à comprendre la ; fluxion, son mécanisme, son activité, sa spontanéité ; si ;Son assimilation à l'affection morbide est exacte, elle doit : nous servir de même à expliquer le traitement de cette ■ fluxion. Fia douleur morale a pour effet de congestionner le système lacrymal et d'y provoquer un fait plastique de ; sécrétion bientôt suivi du gonflement, de la rougeur, de [l'irritation des membranes oculaires. Eh bien! pour pré- \ venir ou arrêter cette fluxion, très-comparable à la fluxion ; phlegmasique , quelqu'un a-t-il jamais eu la pensée de . l'attaquer localement, de lui opposer sur place les moyens ; antagonistes du stimulus, du spasme, encore moins ceux . qui exerceraient contre elle le pouvoir révulsif? En aucune •façon. Celte fluxion lacrymale, ce sont les consolations , ce sont les compensations, les diversions morales, que vous luiopposerez; vous calmerez ladouleurqui l'engendre, et la fluxion sera du coup dissipée. De même, supposé qu'un chirurgien ail à triompher de celte diarrhée qui prend subitement le conscrit au moment d'une bataille : croyez-vous qu'il l'attaquera avec le traitement local de la dysenterie ou par un révulsif quelconque ? Pas davantage. Il : éloignera le conscrit du lieu de la scène ; il le délivrera de •ison émotion violente, et la diarrhée sera aussitôt maîtrisée, .''N'est il pas vrai que dans ces exemples, faciles à multiplier, i:il n'est nullement question de stimulus local, de révulsion )0u autre, et que le succès s'obtient prompt et assuré par un elfet moral, c'est-à-dire dynamique, opposé à la cause du même ordre qui mettait les accidents en jeu ?

588 THAITK d'hIÎMATOLOCIE DYNAMIQUE.

Nous vouilrious bien savoir co (jiie le Malérialismo opposerait à ces faits do la passion morale. Cependant, quand nous concluons d'eux à ceux de l'affection morbide, il se gendarme, il crie à l'abstraction, à l'inconnu ! Pourquoi cela? Est-il" donc plus difficile ou plus hasardeux de parler d'affection bilieuse ou inflammatoire que de colère ou d'amour? Les unes aussi bien que les autres ne tombent-elles pas sous les sens, parfaitement accessibles à notreapprécialion? Nous disons plus : en fait de certitude et surtout de fécondité, la notion relative à ces mêmes affections ne le cède en rien à celle résultant de toutes les descriptions anatomiques, de toutes les hypothèses chimiques ou mécaniques possibles, et les simples mots de pneumonie pituiteuse, catarrhale ou nerveuse, nous offrent un tableau pathologique complet, auquel n'ajouteraient rien les descriptions et les hypothèses dont nous parlons.

Quoi qu'on en ait d'ailleurs, les nécessités du traitement nous condamnent à rechercher cette origine affective de la fluxion; car aussi souvent qu'elle changera, l'indication elle-même se présentera différente, au moins quant aux moyens, le but et l'effet réels étant partout les mêmes. Il s'agit toujours d'arriver à la répression de la fluxion, ce qu'on n'obtient sûrement qu'en amendant la lésion affective qui lui donne l'impulsion, et nullement par do prétendus efî"ets révulsifs. Si certaines méthodes pouvaient laisser à cet égard quelque indécision, elle serait levée par d'autres. Quand nous verrons, à l'occasion, le musc, le camphre, le nitre ; quand nous verrons l'opium et même le tartre stibié à haute dose supprimer la fluxion et exercer la vertu antiphlogistique, quels effets mécaniques, quelle action révulsive, dans l'accception ordinaire du mot, pourrionsnous leur attribuer ? N'est-ce pas plutôt la tendance fluxionnaire du sang qui a été par eux enrayée ? S'il no s'agissait que d'action mécanique, d'efl'ets organiques, de phénomènes do sensibilité physi(iue, il saute aux yeux qu'à charge de tenir compte du degré d'iiitensilé de chaque

TRAITEMENT DES l'HLEGMASlES. 589

.moyen, leur résultat à tous devrait être partout le mèaie, .applicable à toutes les inflammations, abstraction faite de ileur nature. Or s"il n'en est rien, si le choix qui doit être ifail alors est tout à fait spécial ; si tel moyen, utile, souveirain dans un cas, devient dans tout autre non-seulement impuissant, mais nuisible, mais funeste, que vous reste- : t-il pour expliquer de telles anomalies, si ce n'est de djre ique l'affection, conforme ici à la nature du remède, s'y est i montrée là insensible ou rebelle ?

Tout ceci ne sera pas peut-être encore bien compris, la '.lumière nejaillira pas pour tousde cessimples aperçus philosophiques ; mais l'épreuve pratique va nous conduire à ; l'évidence. Nous allons voir chaque espèce affective d'in- ;flammation réclamer spécialement un ordre de moyens appropriés qui, indispensables pour elles, n'auraient plus, dans les autres espèces, que des résultats nuls ou contraires, .et partout nous pourrons acquérir cette conviction que les : médicaments, les méthodes thérapeutiques elles-mêmes, ne ; possèdent pas proprement une action directe et intrinsèque; ique leurs effets sont seulement relatifs et subordonnés à '.la nature, au caractère de la phlegmasie, et que c'est uniiquement en partant de ceux-ci qu'il est possible de se faire 1 une juste idée de leurs indications.

C'est là, au reste, une vérité que les anciens n'avaient ipas méconnue. Ils n'avaient pas, comme de nos jours, instillué une méthode particulière, dénommée de cela même (qu'elle aurait le pouvoir de combattre la phlegmasie. Pour (eux, tout médicament possédant ce pouvoir était un îantiphlogistique au même titre que la saignée et les émoll liants, elDeHaën disait avoir fait un traitement digne de ce inom quand, après avoir d'abord prescrit la saignée, le vési- (catoire et autres, il en venait, le second jour, au quinquina (.ou à l'opium ' .

De Ilaën ; liai, mecl., I, cap. 9 ; II, cap. 3.

590 TRAITÉ D HÉMATOLOGlIi: DYNAMIQUE.

357. Non plus que pour la fièvre, les indications de la phlegmasie ne sont pas ici à trouver, l'expérience les a depuis longtemps fait connaître ; mais, tant qu'on ne les aura pas exactement théorisées, elles ne rendront pas tous les services dont elles sont susceptibles, et l'on n'y parviendra qu'en partant des principes que nous posons ; toutes les autres doctrines, nous l'avons vu, n'étaient bonnes qu'à nous dérouter.

A commencer par l'espèce phlogistique, nous devons retrouver pour la phlegmasie toutes les indications de la fièvre inflammatoire. L'affection comportant alors l'exagération du ton, des forces du dynaoisme , c'est la méthode dépressive qui doit lui être exclusivement applicable. La pratique, d'abord, recommande l'abstinence, d'autant plus rigoureuse que la maladie est plus intense et plus aiguë. Elle y ajoute les tisanes émoUientes, rafraîchissantes, à doses considérables, dans l'intention de délayer le sang, d'apaiser, d'éteindre en lui ler? aiguillons qui l'agitent; intention qui ferait toutefois frémir la science exacte, qui, avec son idée de dissolution du sang, tendrait plutôt à inaugurer le régime contraire. Heureusement que les praticiens n'ont pas à prendre souci de ces enseignements trompeurs et qu'ils persistentà ne s'en remettre qu'à l'expérience. Ce n'est pas, au reste, la seule erreur où risquerait de nous entraîner la chimie.

li'excès de fibrine étant pour les hématologues la cause directe de la phlegmasie, et le nilre ainsi que la plupart des alcalins concourant parfois à guérir celle-ci, rien n'a paru plus simple que de dire : c'est que ces substances dissolvent et détruisent la fibrine. Déjà, en observant des faits de ce gence, Beecker s'était imaginé que le nitre avait cette curieuse propriété de diminuer la lymphe plastique chc sang ' . Mais la chimie, s'emparant de l'idée, la proclame avec son assurance ordinaire, et d'un ton enlière-

* Trousseau et Pidoux ; Tr. de Ihârap., Il, 527.

TBAITEMENT DES PHLEGMASIES. 591

imeiit affirmatif elle enseigne que les alcalins, alors même i qu'ils ont subi une dissolution très-étendue, sont capables t d'attaquer directement la fibrine et de la dissoudre avec \ facilité^. Et non-seulement la fibrine contenue encore dans le torrent circulatoire, mais aussi celle qui, unie à l'albui mine, est épanchée et solidifiée dans les engorgements dont .elles forment la base -. Mais ici, avec son incroyable légèrreté, la chimie sort de son domaine et parle de choses qu'elle n'est pas obligée de savoir.

D'abord, les voies circulatoires étant obstruées ou intericeptées dans les tissus enflammés, ceux-ci sont tout juste le point où le médicament a moins chance de parvenir. : De plus, les actions chimiques étant promptes, instantanées, la guérison devrait s'ensuivre immédiatement. Le problème se réduirait à estimer la somme de fibrine épanchée et à lui opposer la dose de dissolvant suffisante. Or, cela ne va pas ainsi couramment, et la phlegmasie ne laisse ppas de parcourir et d'accomplir sa marche cyclique.

Est-il bien vrai du reste que l'elîet antiphlogistique rpuisse être rattaché à une semblable dissolution, et le nitre Hui-même, qui, paraît-il, l'exerce au plus haut degré, peut-il -être tenu pour un moyen radical et absolu de combattre la phlegmasie? Son succès contre le rhumatisme semblerait donner un semblant de satisfaction à la chimie ; mais il y a ici tout autre chose à considérer, et de ce succès elle :iQ'a pas osé s'autoriser à prescrire le nitre dans la pneumonie, où la fibrine ne surabonde pas moins. Il ne faut ;:lonc pas tant parler de dissolution; et si elle était vraiment la clef du phénomène, il faudrait s'attendre à voir le nitre, Il quelque différence près dans la dose, applicable à toutes ■es phegmasies, de quelque espèce qu'elles soient, ce qui •le se vérifie pas. Gardons-nous bien d'ailleurs de prendre iiu sérieux les enseignements de la chimie. A propos de

' Becquerel et Rortior; Chim. palhoL, 117. ^ Mialhc; Gliim, pathol. et Ihérap., 661.

certains sels insolubles, tels que le chlorure de baryum et ses dérivés, elle établit qu'en s introduisant dans le sang, ils enrayent la marche de la circulation et obstruent les vaisseaux capillaires \ Ce double effet semblerait on ne peut mieux opposé aux phénomènes généraux et locaux do la phlegmasie, et c'est jiourtant à une action diamétralement contraire qu'il a fallu conclure pour ces mêmes sels.

C'est donc une folie de prétendre estimer les résultats antiphlogistiques d'un moyen au prorata de son aptitude à dissoudre la fibrine, et nous pouvons montrer les mieux classés comme tels, sans rapport aucun, ou plutôt en désaccord complet avec celte aptitude. La saignée, malgré la défaveur sur elle jetée par de graves auteurs, abusés précisément par les théories chimiques, la saignée n'en est et n'en restera pas moins le premier des moyens antiphlogistiques. Eh bien! la chimie elle-même se charge de le démontrer: la saignée ne peut rien directement contre le chiffre de la fibrine, et son emploi, même réitéré, au début d'une phlegmasie, n'empêche pas cet élément d'augmenter de proportion. Mais voici qui est mieux ■ le vésicatoire, suivant que l'Hématologie le démontre, est en possession d'élever le chiffre de la fibrine à l'instar de toutes les irritations. Il n'en est pas moins employé tous les jours avec un succès topique contre les phlegmasies les plus aiguës, rhumatismales, catarrhales et autres. Gomment après cela parler encore de la fibrine et de sa dissolution comme du vrai mode d'action des antiphlogistiques?

Cependant ces grossières théories, dans lesquelles on s'obstine malheureaseuient, de nos jours, à chercher la certitude scientifique; ces théories, disons-nous, tentent les esprits les mieux faits et les plus philosophiques. Ils auraient honte de les avouer tout haut, mais ils tournent autour du pot, et, leur doctrine insuffisante ne leur fournissant rien qu'ils puissent y substituer, ils finissent par y

Mialhc ; Chim. pathol., 282.

THAlTliMlCNT DKS PHMCG M ASIES. 59.'^

ailliérer, en se conleulant de masquer leur clefaile pur quelques arLifices de lauf^age. Ils disent alors que les alcalins ont le pouvoir de dénaturer le sançi et les humeurs^ de les rendre moins propres à la nutrition interstitielle , de con- Irarier ainsi la génération des produits accidentels épigénétiques, les éléments propres a\ix phlegmasies aiguës ' . Etaitil possible de paraphraser plus fidèlement le brutal axiome des chimistes, tout en se donnant les gants d'un avis personnel, d'autant moins compromettant que sa signification est moins accentuée ?

Ce n'est donc en partant ni de leur masse ni de l'action chimique des substances qu'on y ajoute, qu'il nous sera donné d'apprécier l'effet antiphlogistique des tisanes. Mais (elles ne constituent qu'une partie très-accessoire du traiteiment, et il nous faut montrer que le Vitalisme seul est en- (core capable de nous diriger dans la théorie de l'action des ; autres moyens ou méthodes qui constituent le véritable trai- Itement antiphlogistique.

358. Une fois diagnostiquée la nature phlogistique d'une iphlegmasie, toutes nos pensées se tournent naturellement 'vers les moyens de déprimer l'excès de ton vital qu'elle I comporte. L'abstinence, en refusant tout soutien au dyna- ' 1 misme, n'a pas d'autre but, ni elle, ni les décoctions émolllientes, bouillons et tisanes qui la rendent possible, et qui, ïsans rompre le système négatif, introduisent dans le sang ides molécules aqueuses capables de détendre l'éréthisme, ;seule manière de bien comprendre et de bien diriger la idièleetses divers procédés. Après qu'on a satisfait à ces ; soins préalables, la saignée se présente en première ligne fpour continuer ou plutôt vraiment pour inaugurer le traiteiment. Nous nous sommes déjà expliqué d'une manière géinérale sur l'action de la saignée, qui, selon nous, porte (directement sur la force vitale et sa lésion morbide pour

' Trousseau et Pidoux ; Tr. de Uiérap., 1, 295.

01)4 TnAiTÉ d'hématologie dynamique.

la dépriinet'. Les délails de son emploi dans les phlegmasies vont maintenant nous confirmer dans notre appréciation, de laquelle seule nous pourrons tirer des règles pratiques sûres et rationnelles.

Les systèmes matérialistes se sont montrés très-embarrassés et par suite très-insuffisants sur les effets de la saignée dans les phlegmasies. Aujourd'hui ils insistent moins que du temps de Bellini et de Silva sur l'action mécanique, hydraulique; mais l'idée' n'est pas pour cela abandonnée, et il est peu de médecins pour qui l'hypothèse de révulsive, donnée si communément à la saignée, ne représente exactement une impulsion rétrograde, imprimée au sang, en sens contraire de son cours; on se contente de quelque variante, on parle aussi d'un vide qui s'opère dans les vaisseaux, et par lequel se rétablit la liberté des circulations capillaires^

Mais ce vide ne se conçoit pas mieux que l'impulsion rétrograde, la pression artérielle y suppléant aussitôt, et l'on ne voit pas comment il viendrait en aide aux circulations capillaires. Aussi les esprits sensés renoncent-ils à tout effet, au mom?, durable, de dérivation^ de révulsion, de spoliation, disant que si un pareil effet pouvait exister, ce serait seulement au moment où le sang coule, pour cesser aussitôt que V ouverture de la veine est fermée"^. Et le professeur Piorry lui-même est d'avis que les mots révulsif et dérivatif n'onl rien de clair ni de positif, sans doute parce qu'il sentie danger de les comprendre physiquement et l'obligation où il serait de recourir à la j^hilosophie, pour laquelle, on le sait; il a une si grande aversion. Sans sortir de l'action mécanique, il attribue plutôt à la saignée, en même temps qu'elle élimine l'élément nuisible , le privilège d'introduire dans le sang une masse de sérosité qui le délaye et le rend

1 Piorry ; Palhol. ialr., I, 584. — Marliii Solon ; art. Saignée, du Dictionii. de Méd. cl Chirurg. pral., XIV, 424. - Faucliier; Indic. de la saignée, 28-22.

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 595

viDins propre auo' congestiom^ Mais, à pari que. Y élément n'esl pas nelLemeut désigné, on ne voit pas davantage d'où vient celte sérosité, qui n'est sans doute que celle du sang, propoi'tionnellenaent accrue par la porte de ses parties solides, et ce n'est pas elle qui pourrait contrarier les congestions, alors que l'Hématologie la regarde comme concourant à les produire.

L'action révulsive ne se réalise donc pas pour la saignée, et ses propres partisans sont si loin delà tenir pour sérieuse, du moins pour suffisante, qu'ils sont les premiers à lui associer plusieurs autres actions différentes ou môme contradictoires. Les uns, reconnaissant que dans l'inflammation le sang est devenu trop irritant, renferme un stimulus wo?-Z>if/e, accordent à la saignée le pouvoir d'affaiblirle stimulus*. D'autres, dansun langage plus prétentieux, mais qui n'a rien de plus clair ni déplus scientifique, supposent dans le tissu enflammé un obstacle à l'accomplissement des fonctions nutritives, et disent que la saignée lève cet obstacle^ . Ce n'est pas encore là une explication : on sent que les honorables écrivains comprennent la nature abstraite du phénomène; l'un d'eux la désigne même très-bien comme une irritation, un stimulus existant dans le sang ; mais cela ne suffit pas, et notre Vitalisme, en accusant, d'un côté la lési.on de la force qui meutle sang, et qui dès-lors ne le meut plus qu'en désordre et en lui imprimant des directions vicieuses, de l'autre la répression directe de cette lésion par la saignée; notre Vitalisme, disons-nous, donne seul la véritable raison des choses et des succès de la saignée contre la phlegmasie phlogistique.

Une dernière opinion sous-entend de même l'action vitale, sans la mieux justifier toutefois , en disant que le vide opéré dans les vaisseaux par la saignée est suivi d'une

' Piorry; Palhol. ialr., I, 584.

2 Martin Solon ; Op. cit., XIV, 424.

^ Trousseau et Pidoux ; Tr. de Ih&rap., I, 297-8.

mine le phlegmon, et ayant égard à certains aspects des matières cuites, qui ont plus ou moins d'analogie avec le pus, il établit que le pus est la fin de la coction, qu'il est justement à la matière morbitlque ce qu'est le chyle par rapport aux substances alimentaires ; que, dans tous les cas, il n'est pas douteux que son élaboration n'ait lieu dans la masse totale des humeurs, ou mieux, selon qu'il le déclare formellement, dans le sang\

C'était donc bien à ce liquide que se rapportait la matière signalée comme la cause générale des maladies ; et, quelque succès universel qu'elle ait obtenu, nous n'y verrions pas, quant à nous, un modèle de cette sagesse pratique des anciens, à laquelle nous sommes le premier à rendre hommage. Devant cette matière qui révèle ses méfaits dès le début et se dispose à en exercer bien d'autres, il semble que ce qu'il y aurait de plus pressé serait d'en débarrasser l'organisme, de l'évacuer au plus tôt et par toutes les voies possibles. Et c'est juste le précepte contraire qui avait prévalu. On ne craignait rien tant que de mouvoir prématurément cette matière : aussi longtemps que les produits des sécrétions, restés clairs, ténus, acres, séreux, annonçaient son état de crudité, toute tentative d'évacuation était contre-indiquée-. Tout au plus se permettait-on de recourir à quelques cordiaux prudemment employés en vue de soutenir l'effort salutaire de la fièvre, qu'on risquait le plus souvent d'exalter^. Et, enfin de compte, on se liait les bras devant l'élaboration spontanée de la matière, qui devait fatalement durer au moins quatorze jours. Triste conséquence d'une doctrine conçue un peu trop à la légère, et qui, de plus, a cet autre malheur de ne se vérifier nullement par l'analyse , car on n'éveillerait que le sourire moqueur du chimiste à qui l'on prescrirait de rechercher dans le sang la prétendue substance.

< Grimaud ; Cours de fièvres, I, 190 ; II. .325. 2 Baglivi ; Le Centaure, 435-7. — Accroiss. de la mèd. pral., 138. Sydeaham ; Méd. pral.. I, 40, 5'J.

AFFECTION. — LÉSION VITALE. -tJ /

154. Quoi qu'il en soit, les anciefis ne s'étaient pas moins prévalus de sa réalité et de sa présence pour expliquer tous les phénomènes, et c'étaient les changements survenus dans cette matière qui, seuls, marquaient le passage de la période de crudité à celle de coction. Dans la première, ladite matière acre et irritée porte une impression pénible sur le sang et sur l'ensemble des organes. Le pouls devient petit, serré, dur ; la plupart des sécrétions sont dérangées, parfois diminuées ou supprimées, comme il arrive à celle de la peau, d'où celle-ci tire sa sécheresse ; surtout leurs produits sont alors clairs, séreux, acres ; mais bientôt ils s'épaississent et s'adoucissent ' , le pouls reprend son volume et sa souplesse, la peau sa moiteur; c'est la matière morbifîque qui, travaillée, amendée par la coction, cesse d'agir hostilement contre l'organisme el lui permet de revenir à un état plus calme. Enfin, lorsque la coction est complète, la présence dans l'urine de certains sédiments avait fourni aux anciens une dernière preuve de l'existence et du rôle de leur matière.

Ils ne se contentaient pas de l'affirmer, ils avaient aussi la prétention d'expliquer ses changements divers; ils disaient, d'une manière générale, qu'ils se produisaient parle fait de la fièvre, c'est-à-dire de la maladie elle-même. Pour eux, la /îèure était f unique instrument de la coction ^. Sans doute c'était une théorie où il restait bien du vague. Cependant, à force de s'y appliquer, ils n'avaient pas absolument méconnu la nature des phénomènes. Ils en gratifiaient la substance spiritueuse qui anime les humeurs et en opère l'union^. Ce qui désigne suffisamment l'agent dynamique, la force qui réside, sinon dans les humeurs prises génériquemont, du moins dans la principale d'entre ehes, le sang. Et ce n'est, en efiet, qu'à celui-ci et à la vie qui le pénètre,

' Baglivi ; Accroiss. mêd. pral., 138.

2 Syflcnham ; Méd. prat., I, 40.

Piquer -, Trait, des fièvres, 39.

598 TltAITK n'iIÉMATOLOdllC UYiN'AMIQUE.

quue. Tout comme ello iluiL être umisu en l'ubsenco de la lièvre, quel que soiL l'état de la phlegmasie.

Cependant, si l'Organicisme était dans le vrai et que les raisons anatomiques qu'il fait tant valoir eussent quelques fondements, c'est l'inverse qui devrait arriver. Nous nous attacherions à la lésion locale, nous envisagerions son siège, ses dimensions, son intensité, ses caractères, et c'est sur tout cela que nous établirions notre indication; tandis que ce sont précisément ces mêmes considérations que nous devons perdre de vue, pour nous attacher exclusivement à la lièvre et lui demander la solution des dilticultés.

Diverses circonstances de la phlegmasie nous font aboutir aux mêmes conclusions relativement à la saignée. Tout le monde est d'accord que celle-ci n'est plus de mise, par exemple, passé un moment donnédu cours d'une pneumonie. On discute sur le moment : les uns le borneraient au premier degré, d'autres la pousseraient un peu plus loin. De règle fixe, on n'en pose aucune. Eh bien I si on veut la poser, ce n'est pas à la lésion locale qu'il faudra s'adresser, ce n'est pas tel point de son développement qui pourra nous y conduire, non plus au reste que sa gravité, sa profondeur ou son étendue. Ce sera la fièvre seule qui nous servira de guide ; tant que son acuité annoncera que le travail phleginasique est en progrés et que les forces ne sont pas vaincues, la saignée sera permise, quelle que soit du reste la situation de l'organe. Plus tard, on devra aviser.

On convient de même que lorsque la phlegmasie est parvenue à son état chronique, la saignée cesse de lui être applicable et ne peut plus être que nuisible — Pourquoi donc cela? Ici les phénomènes locaux sont très-analogues à ce qu'ils sont dans l'état aigu; l'hyperémie est tout aussi réelle, avec cette différence que la fluxion est moins active, les injections moins profondes, les actes plastiques moins pressés et moins parfaits, ce qui semblerait devoir

* Guersent ; Op. cit., 360.

TRAITEMENT DUS PHLEGMASIES. 590

laisser rau sang plus de liberté, pour obéir aux déplncoments prêtés à la saignée. Et pourtant celle-ci demeure sans effet, comme elle ferait dans l'ecchymose. N'est-ce pas la preuve que son action n'a rien de mécanique, et, en dépit de la croyance générale, n'est pas destinée à modifier les phénomènes locaux delà phlegmasie?

Au reste, un exemple plus significatif vient encore en aide à notre argumentation. Dans la pneumonie, le point de côté représente évidemment la scène localisée de l'inflammation. Soit qu'il dépende en droite ligne de la lésion pulmonaire, se réfléchissant sympathiquement sur la plèvre, soit qu'il tienne plutôt à un étal congestif ou phlegmasiquede celle-ci, ce qui estau moins douteux, car, même alors que cet état existe, le point de côté n'y correspond pas toujours fidèlement , il n'en est pas moins vrai que celuici nous apparaît comme l'expression la plus évidente et la plus réelle du fait morbide. Si, contre ce fait, la saignée avait bien la puissance d'action qu'on lui prête, il s'ensuivrait, de toute rigueur, qu'il ne devrait pas y avoir de moyen plus direct, plus assuré, contre le point de côté. Or, c'est là ce qui est démenti par la pratique : la saignée n'a que trèspeu d'action sur lui, ni par conséquent sur la lésion pulmonaire, dont il est le symptôme topique. Ce qu'elle tend plus sûrement à influencer, c'est l'état général constitutionnel ; ce qu'elle diminue, c'est la fièvre^ c'est le trouble circulatoire qu'elle entraîne, et ce n'est qu'après l'amendement porté sur celui-ci qu'elle arrive à dissiper les accidents locaux nés sous sa dépendance'.

Par tout ce qui est ici exposé, on peut juger du degré de confiance que méritent les emphatiques affirmations de rOrganicisme. Il commence par chanter bien haut la lésion locale comme le fait essentiel de l'inflammation, comme son pivot obligé, exclusif; il proclame que la fièvre qui l'accompagne n'est que la conséquence rigoureuse de ce

1 Grisolle ; Tr. de la pneum., 204, 572.

'>'"^ 'I'i;ai'I';c i>'iiÉMA'rr)i,o';ii'; iiv \a \i imce.

promior fiiil,sans roLenir pour ullo-mèmo la moindre importanco pathologique. C'est pour lui une vérité si peu contestable qu'il la met au-dessus de toute discussion. Et puis, parvenu à l'épreuve suprême, au traitement de celte phle8n:asie, il oublie totalement la lésion locale pour ne s'occuper que de la fièvre seule; moins conséquent, en cela, que les anciensdogmatiques, qui, assignant commelui une cause locale à une autre fluxion, à l'hémorrhagie, et ne s'expliquant pas l'action de la saignée sur cette cause, rejetaient ce moyen de traitement

Peut-être trouvera -t-on que nous nous sommes trop complaisamment arrêté sur cette question de la saignée. 11 est de fait que, pour condamner la manière dont onl'entend généralement, il suffirait de considérer la différence de ses résultats suivant l'espèce de la phlegmasie, résultats qui changent du blanc au noir, aussi favorables dans les unes qu'ils sont funestes dans les autres ; cela seul nous permettait d'affirmer qu'il ne s'agit pas d'un effet simplement mécanique, ni môme d'un accroissement tel quel de l'absorption, lesquels ne pourraient être que semblables ou proportionnels dans tous les cas. Nous sommes donc réduit à aborder d'autres considérations, si nous voulons éclairer cette intéressante question.

360. C'est au Vitalisme que nous allons demander de nous épargner toutes ces difficultés; c'est à considérer l'action de la saignée comme exclusivement dynamique, que nous trouverons une direction utile pour son emploi. Si cette action est dépressive du ton vital, comme il parait bien, il coule de source que ledit emploi sera réclamé ou repoussé juste en proportion du degré d'énergie ou de faiblesse de ce ton. Il ne s'agira plus que d'estimer la somme qui en revient à chaque espèce d'affection morbide. En vain alléguerait-on la difficulté d'une telle estimation

Liordct ; Tr. des hémorrhagies, 1.

TRAI TKMICXI' DKS l'H I.KC, MASI lîS. (iO I

ol l'obscurité qui s'alUiohe aux choses du ViUilisuio. Il nous a élé donné de définir clairemenl l'ali'ection morbide et de montrer, à propos de la fièvre essentielle, comment chacune de ses espèces peut être déterminée presque aussi sûrement que celle deraffecliou morale; il est peu de faits, en médecine, qui nous soient mieux connus, même de ceux qui ont leur siège dans l'anatomie.

Pour nous éclairer dans cette recherche, nous avons d'abord lasaburre, qui non-seulement, par son absence ou sa présence, marque sûrement le génie phlogistique ou spécialde l'affection, mais qui, en ce qui concerne celui-ci, peut déjà servir à en qualifier les nouibreux caractères par les nuances qu'elle offre dans sa couleur, son abondance ou sa ténacité. Nous avons msuite la tendance fluxionnaire, qui, de même que pour la fièvre et suivant le génie de l'affection, intéresse tel ou tel des systèmes organiques. Enfin, un dernier moyen de diagnostic, c'est le pouls.

Sans doute, les signes fournis par le pouls sont encore ti'ès- élastiques et ne sauraient toujours être appréciés d'une manière certaine; il n'en est pas moins vrai, on peut l'affirmer, que chaque affection comporte un pouls en rapport avec son propre génie, entrant pour sa part dans sa caractéristique. Et cela se conçoit : si la force vitale s'exerce directement sur le sang, de manière à contribuer plus ou moins à son mouvement do projection et plus spécialement d'expansion, qu'y a t-il d'étonnant à ce que l'affection, qui n'est que la lésion de cette force, porte sur ces mouvements une influence anormale, et que, suivant son caractère à elle d'énergie ou de faiblesse, elle puisse prêter au pouls toutes ses variétés de volume ou de résistance? Nous n'ignorons pas que ces vaiiélés sont tous les jours rapportées par le Matérialisme à des modes de contraclilitè ou de contraction du cœur, de ses orifices ou des artères. Mais nous avons vu ce que valent ces phénomènes pour expliquer le cours normal de la circulation; bien moins nous feraient-ils comprendre ses anomalies morbides, au sujet

002 TriAiTr: u'iiÉMATOi.or.ii.: dynamique.

do quoi nous pouvons au reste achever de nous renseigner parle l'ail remarquable que voici.

Dans la fièvre inlermitlenle, au momonl du frisson, le pouls, parti de son état normal, tombe d'abord dans un degré extrême de petitesse et de concentration, pour se relever presque aussitôt et parvenir, dans une ou deux heures, à son plus haut point d'ampleur et de force. Omettons le rhythme, pour ne pas compliquer le problème; ne parlons que du volume : d'où viennent les changements qui l'afl'eclent à si peu de distance ?

A cette question, rOrganicisme tien tla réponse toute prête : c'est le cœur qui, frappé de spasme, contracte et rétrécit son orifice ventriculaire gauche et diminue d'autant le volume du sang destiné au système artériel. Maisd'abord est-ce bien du spasme qu'il s'agit, de cet état où la tension, le ressort, l'énergie de la fibre sont augmentés, et les moyens applicables au frisson ne témoignent-ils pas d'un état diamétralement contraire? Eu outre, vous placez le spasme dans l'orifice; mais une fois celui-ci franchi, le sang ne va-t-il pas reprendre son expansion et le pouls son volume ordinaire ? Aussi est-on contraint à étendre le spasme au système artériel tout entier, on quoi les difficultés sont loin de disparaître. A quel degré de vigueur ou de violence ne devrait-il pas être poussé pour devenir capable de réduire à un quart ou un cinquième, ainsi qu'il arrive souvent, le volume de la colonne sanguine et du pouls? Et quand on pense que celui-ci va dans quelques instants revenir et s'élever au-dessus de son volume normal, dans la même proportion qu'il s'était d'abord abaissé au-dessous, et que, suivant que l'enseigne la physiologie, la paroi artérielle ne saurait être investie d'une part active et efficace à celte dilatalion, on est bien tenté de ne pas lui en accorder davantage dans le mouvement de concentration qui a précédé.

D'ailleurs, quand on parle du spasme et du rétrécissement, soit do l'orifice ventriculaire gauche, soitdu système

THAITKMKNT DliS PII LKC, MASIES. 603

artériel, a-t-on bien rofléclii aux conséquences? N'esl-il pas vrai que le sang, ne pouvant plus franchir librement l'orilice ni se répandre clans le système artériel, s'accumulerait d'autant dans les veines, ce que l'observation ne confirme en aucune façon ol ce qui ne serait pas d'ailleurs sans de graves inconvénients, car la distension de celles-ci pourrait arriver à des proportions redoutables et entraîner des accidents de la plus haute gravité ?

Ce ne sera donc ni le cœur, ni les orifices, ni les vaisseaux, avec leur prétendu spasme, qui nous expliqueront les changements si remarquables du pouls dans l'exemple cité, mais plutôt lesang, dont nous connaissons toute l'importance dynamique Outre qu'il est le support principal ou exclusif des actions morbides, nous le savons doué d'une force d'expansion d'où dépendent en grande partie les divers caractères du pouls. Eh bien ! c'est cette force que nous trouvons encore ici en jeu, pour achever de confirmer l'idée que nous en avons prise. C'est elle seule qui par suite, non du spasme mais do son action diminuée et aussitôt rétablie, imprime à la colonne artérielle ces effets de concentration et de dilatation qui nous frappent , et pour lesquels l'action organique est à peu près impuissante. Et c'est par elle uniquement qu'il nous est donné de concevoir comment le pouls peut, dans un espace de temps trés-court, affecter divers volumes qui sont entre eux comme un à six ou huit, avec des variations correspondantes dans sa tension et sa force.

Si telles sont les prérogatives dynamiques du sang, il n'est besoin de légitimer autrement l'importance que nous attribuons au pouls : dans le diagnostic de la phlegmasie aussi bien que dans la fièvre, il devra représenter fidèlement les divers modes que chaque affection est susceptible d'imprimer aux ma'adies. Si bien , avons-nous dit, qu'il existe probablement pour toutes un pouls spécial que les difficultés d'appréciation ont seules empêché de reconnaître et qui n'en doit pas moins entrer pour sa part dans le diagnostic.

604 TIlAI'l'É d'hÉMATOLOIIIE DYNAMIQUE.

361. A l'aido des moyens ici desi/^nés, le pralicien sera toujours en élal de dislingner la nature aiïective d'une phlegmasie et d'y asseoir son traitement. Lorsque, par exemple, ce sera le genre phlogistique pur qui dominera, il en sera avisé, d'abord par des signes négatifs, sur lesquels il pourra se reposer aussi sûrement que sur les faits les plus positifs; nous voulons dire l'absence de fluxions pyrexiques et de saburre, absence que nous savons être caractéristique des maladies de ce genre. Il en aura surtout pour principal garant le volume et la résistance du pouls, qui à lui seul suffirait à le renseigner. Or, l'affection phlogistique comporte un mode en excès de la force vitale, un ton morbide exagéré, et, attendu que la saignée a pour effet de déprimer directement ce ton , son indication naîtra d'elle-même et bien plus sûrement que de toute autre circonstance.

Sur quoi, en effet, le praticien pourrait-il se reposer ailleurs? Serait-ce sur la composition chimique du sang? On sait ce qu'il en est et combien peu le chiffre de la fibrine, commun au surplus à toutes les espèces, serait de nature à nous faire apprécier plus ou moins l'utilité de la saignée, puisque la fièvre essentielle, où ce chiffre tend à .s'abaisser, ne la repou.sse pas toujours. Ce ne serait pas davantage sur la lésion organique, quelque incroyable assurance que le Matérialisme mette à se vanter de trouver en elle seule la base certaine du diagnostic, du traitement, de la pathologie tout entière. Quelle est d'ailleurs la circonstance relative à cette lésion sur laquelle le praticien pourrait s'arrêter, dans le but de déterminer la convenance ou la répulsion de la saignée pour une phlegmasie quelconque, en présence de qui il se trouverait? Serait-ce sur le point de l'organe où siège la lésion? Non. A peine si l'on a avancé de rares prétentions de ce genre , comme quand on a attribué le délire à la pneumonie du sommet, et tant s'en|aut que cette localisation nous donne la clé de toutes les indications que peut présenter le délire. Serait-ce sur l'élen-

THA1TUMKNT DKS l'HLlOGMASIKS. ()(')5

due de cBtte lésion? Non. Sur la composition histologique ou sur l'impoi-tance fonctionnelle de l'organe ? Non encore; le phlegmon, l'amygdalite, la myosite, l'arthrite, pourront tour à tour et suivant l'occurrence réclamer la saignée aussi bien que la pneumonie, l'encéphalite, l'hépatite, ou même mieux, si les circonstances le veulent ainsi. Serail- C3 même sur l'âge de la phlegmasie, sur la période où elle est parvenue? Non toujours. Sur quel fondement nous établirons-nous donc? Sur un seul, le pouls. Pour nous, le pouls représente le caractère, l'intensité, la tendance de la lésion affective, de la fièvre , le degré d'énergie du dynamisme. Si, en même temps qu'il en mesure l'intensité, il nous signale le génie pblogislique de la maladie en compagnie de quelques autres signes que nous connaissons,' cela suffit complètement pour nous désigner l'emploi de la saignée, avec son action dépressive.

Au reste, qu;md on parle de cette action, il s'agit de bien s'entendre. Considérant que le sang est la source de la force, de la chaleur, de la vie même, d'excellents esprits ont enseigné qu'en diminuant la quantité du liquide, la saignée abaisse d'autant la somme des propriétés qui y sont enfermées. Il est vrai qu'ils ne séparent pas ce point de vue tout dynamique de cet autre, qui n'est plus que secondaire^ que, le tissu ou l'organe ne recevant plus la même proportion de sang, leur e^rci^ani naturel, leur action, en est enrayée. Mais cela n'ôte rien à l'effet déprimant accordé au sang en premier lieu', ou plutôt ne fait que le confirmer, du moment où le ton du tissu est ainsi déclaré proportionnel à la quantité du liquide qui lui est distribuée. Seulement, en thérapeutique, pour apprécier au juste un pareil effet, il est nécessaire de bien distinguer le ton physiologique et le ton morbide. Oui, dans l'état de santé, l'action de la saignée sera directement dépressive, débilitante; oui encore, dans les phlegmasies phlogistiques et

' Fauchier ; Ind. de la saignée, 30.

l^^''' TRAITÉ d'hématologie DYNAMIQUE.

cjiieiqiies-unes qui s'en rap|)roclienl, et dans lesquelles le ton II 'a subi qu'un excès d'énergie sans aucun mélange d'altération, le même genre d'action expliquera très-bien lasédation obtenue. Mais il n'en est pas toujours ainsi. Il est tel genre d'atfections et de maladies oij, bien loin de se montrer révulsive ol dépressive, la saignée ne fait qu'ajouter à l'intensité de la fluxion et delà fièvre. Faudrait-il croire qu'alors, au lieu'd'abaisser le ton elle l'a plutôt exalté? Non, nous savons très-bien qu'il est des maladies, et non des moins violentes, qui tirent précisément leur génie pervers et dangereux de ce que la force vitale est déjà plus ou moins compromise dans son énergie, et tout ce qui tendrait à l'affaiblir encore no pourrait qu'ajouter au désordre et au danger. Et voilà pourquoi l'effet thérapeutique de la saignée se fonde bien moins sur la somme du ton vital que sur les perversions diverses qu'il a pu subir et les tendances fâcheuses qui en résultent pour les maladies

C'est donc d'après la nature affective de la phlegmasie que l'action de la saignée doit être entièrement appréciée , et cela nous est une nouvelle preuve de sa portée toute dynamique ; si elle avait le moindre rapport à la lésion organique, au stimulus, aux qualités physiques du sang , ces diverses circonstances étant au moins très-analogues dans tous les cas , il faudrait conclure à ce que son indication ne variât que du plus au moins. Gomme il n'en va pas ainsi, qu'utile, indispensable dans un certain nombre de phlegmasies, elle perd toute son opportunité dans d'autres et qu'elle peut arriver à leur causer une aggravation déplorable, il faut bien croire que de sa part tout ne se borne pas à modifier leurs conditions matérielles. Et pour avoir la véritable théorie de ses effets, il faut les considérer exclusivement dans leurs rapports avec la nature affective de la phlegmasie. Dans l'espèce plilogistique, que nous savons résulter de l'excès du ton vital, la saignée obtiendra ses meilleurs effets ; elle pourra encore trouver un utile em-

TRAITEMENT DES l'HLEGMASIES. b(J /

ploi dans oelles qui participent plus ou moins de cet excès, comme les espèces rhumatismale et catarrhale. Dans toutes les autres, à moins que quelque accident ne modifie leur caractère intime, la saignée cesse de convenir, et très-souvent n'a que des résultats nuisibles. Dans celles-ci, l'exaltation et souvent la perversion des mouvements vitaux prennent leur source dans la débilité, et elles ne sauraient subir un nouvel abaissement de Ion sans que leur mauvais génie en soit accru. Et c'est alors qu'au lieu de contrarier la fluxion et de modérer la fièvre, on voit la saignée activer l'une, ajouter à l'intensité de l'autre, et, en définitive, aggraver la pblegmasie, au grand étonnement de ceux qui voudraient ne voir en elle que des actions révulsives, mécaniques, hydrauliques, et qui ne peuvent comprendre des résultats en désaccord avec ces prétendues actions.

362. Quant à cette répugnance pour la saignée de la plupart des phlegmasies spéciales, il ne saurait y avoir de fait clinique mieux établi. Déjà nous pourrions l'induire sûrement de la condamnation que nous avions pu porter de ce moyen dans les fièvres spéciales; incapable de suspendre ou de modérer le trouble circulatoire général , comment lui attribuer une action plus efficace contre le mouvement partiel qui constitue la fluxion? Mais nous avons mieux que cela : les témoignages les plus authentiques s'ofl'rent à nous, et il n'est besoin que d'ouvrir les annales cliniques pour y puiser à pleines mains.

Il n'est pas nécessaire de remonter à Hippocrate ou à Galien, pas même à Avicenne, leur fidèle copiste, pour trouver des preuves du fait que nous signalons. Les observateurs modernes y suffiront, et au-delà. Baillou avait déjà reconnu des pneumonies auxquelles la saignée n'est pas applicable , et il gourmande vertement ceux qui , au seul mot de point de côté, audilo nomine doloris ad lattis, se hâtent d'ouvrir la veine, et qu'il déclare n'être pas dignes du

608 TJIAITÉ D'HÉMATOLOfilli DYNA.MlyUK.

titre do médecin'. Laricisi a décrit même une pneumonie épidémiqne où la saignée fut mortelle". Baglivi rappelle les sentences d'Hippocrale, commentées par DnreL et Prosp. Martian; il insiste surtout longuement sur lesécrils de Haillon, pour s'en étayer dans l'avis qu'il émet lui-même au sujet de la saignée dans la pleurésie, où il la déclare trèssouvent nz*«A7'6/e et capable (:/'a??iener la mort^. Mais tout celane suffirait peut-être pas encore à convaincre la critique moderne, et il nous faut chercher dans la médecine contemporaine des faits qui nous montrent d'une façon plus positive cet éloignement pour la saignée de nos phlegmasies, chacune suivant l'espèce h laquelle elle appartient.

La phlegmasie rhumatismale est celle qui par le ton se rapproche le plus de l'espèce phlogistique ; et cependant il s'en faut déjà qu'elle ait pour la saignée la même aptitude. StoU, qui ne s'en abstenait pas, la répétait au moins rarement, et le soin rigoureux qu'il avait de la faire suivre, ou plutôt, sur le conseil de Pringle, précéder du vésicatoire, prouve que ce n'est pas sur elle qu'il comptait principalement*. Il faut en dire autant de Jos. Frank, qui, tout en déclarant qu'il faut traiter la pneumonie rhumatismale toiùt à fait comme l'inflammatoire, n'en accorde pas moins une large place à la méthode diapnoïque^. Et il est de fait que si, au dire des auteurs les plus compétents, même dans le rhumatisme aigu, fût-il inflammatoire, la saignée n'a pas toujours le pouvoir d'interrompre la marche du mal et , n'est pas toujours exempte d' inconvénients^ , ce moyen no saurait être employé qu'avec une extrême prudence dans les phlegmasies provenant d'une semblable cause.

L'espèce catarrhale donne lieu aux mêmes observations,

» Baillou; Const. méd., lib. I, 362.

2 Op. omn.; Hisl. Rom. epid., cap. VI.

•■' Boglivi ; De l'accroiss. de la méd. pml., 84-89.

•'' StoU; Méd. prat., I, 66-67.

5 J, Frank; Palhol. int., IV, 197-

^ Requin ; Clin, de Chomel, IT, 275.

THAITEMENT DES PHLEOMASIES. 609

et la saignée lui est bien plus rarement applicable. II n'y a qu'à voir dans la savante monographie du professeur Fusler le relevé de toutes les épidéuiies connues de ce genre, où la saignée fut bien plus souvent nuisible qu'utile ' . Si elle fat le souverain remède, dans les pleurésies de 1571, décrites par Baillou (m Fuster), Sydenham, qui fut un si chaud partisan de ce moyen, y renonça dans la pleurésie de 1675, qu'il regarde comme symptomatique de la fièvre qui régnait alors, et qui paraît avoir été catarrhale^. Huxham, qui employa ce même moyen avec succès dans le cours de la plupart des années dont il a laissé l'histoire, déclare que dans la pneumonie de 1743 on ne pouvait en user, même avec précaution, minime largam, sans un extrême abattement des forces : sme maximâ virium ruincl, et il ajoute qu'il en est toujours à peu prés ainsi dans toutes les maladies catarrhales épidémiques : in omni febre catarrhali epidemica, hoc fere perpetuivm owtavi '^. Dans la grippe observée de nos jours et les phlegmasies qui en dépendirent, la saignée ne trouva qu'un emploi prudemment ménagé Il n'y a pas jusqu'à l'ophthalmie qui, lorsqu'elle revêt le génie catarrhal, ne s'accommode mieux d'un traitement spécial que des émissions sanguines C'est là au reste un précepte pratique généralement accepté. Les novateurs eux-mêmes, qui proposent de ne voir dans le catarrhe que Vh^jperémie, le gonflement, Vimbibition, autant dire l'ecchymose des muqueuses, n'ont pas pour cela conclu à la saignée, qui semblait ici bien appropriée. Ils l'excluent au contraire, dans le plus grand nombre des cas, du traitement de cette maladie et de celui de la pneumonie du même genre, qu'ils n'en séparent pas ®.

1 Fuster; A/fecI:. catarrh., 539 sq.

Sydenham ; Méd. pral., I, 309.

^ lluxham ; De Aer. et Morb. epid., II, 101-'^

Gaizergues ; Mém. sur la grippe, 36-9 et pass. 5 Sichel ; Tr. de l'ophth., 205.

" Niemeyer : Pathol. inl.. I, 1-79, 185.

La saignée a encore moins d'afBnilé pour les phlegmasies bilieuses, dans lesquelles on la voit le plus souvent insuffisante et même contraire ou dangereuse , ainsi qu'il résulte des observations de Blanchi, Tissot, StoU, Pierre Frank et tant d'autres. Dans la pneumonie de ce genre, StoU lui reproche d'augmenter l'oppression, la chaleur, la fréquence du pouls, c'est à-dire les principaux symptômes, et, ce qui est plus grave, de provoquer le délire Reproches confirmés par tous les écrivains de nos jours ^.

Toutes les autres phlegmasies sont dans ce même cas aussitôt que le génie bilieux les frappe. Dans la bronchite, Stoll a vu la saignée aggraver la maladie et la rendre wa- %ne'. Sous la constitution de 1840-41, nous avonsvu nousmême la méningite résister à ce moyen. Elle pouvait bien parfois fléchir mom.entanément, mais pour se relever, môme après l'emploi de trois saignées, ainsi qu'il nous arriva, et ne céder en définitive qu'à l'émétique. Zimmerm ann en a dit tout autant de la dysenterie, et il rapporte les observations de Degner, dans lesquelles les émissions sanguines furent promptement suivies d'un vomissement de sang et de la mort*. Le rhumatisme ne fait pas exception : Stoll en cite des cas nombreux où la saignée ne l'avait pas 50Mto^e, bien que le sang tiré fût recouvert d'une couenne fort épaisse, signe qu'on donne pourtant comme celui du caractère phlogistique^. On peut dire que la même loi frappe toutes les phlegmasies entachées du génie bilieux, amygdaUte, érysipèle et autres. Il n'y a pas jusqu'aux maladies chirurgicales qui ne la subissent. Stoll cite des plaies de tête qui furent dans ce cas, et, sous la constitution dont nous parlons plus haut, nous avons été témoin d'une péri-

1 StoU ; Méd. prat., I, 13-27,

2 Chomel-Sestier ; Traité de la pneum., 576-71. — Grisolle; De la pneum., 508.

^ Op. cit., I. 13.

* Zimmermanu ; Tr. de la dys., 277.

6 Stoll ; Op. cit.. l, 210.

TRAITEMENT DES PHLEfiMASIES. Gll

oslite da tibia qui résista aux saignées, aux sangsues, aux frictions mercurielles, aux bains, aux cataplasmes, et qu'un seul émétique dissipa comme par enchantement.

Parmi toutes les autres espèces de phlegmasies, il n'en est pas une qui n'autorise la même conclusion. Quant aux muqueuses en général, la méthode antiphlogistiquo ne leur convient pas*. Dans l'épidémie de Gœttingue entre autres, la saignée fut rarement indiquée, quel que fût pourtant son point de contact avec le génie inflammatoire, qui finit par l'envahir et la dompter*. Gela est encore plus vrai des phlegmasies nerveuses, auxquelles la saignée convient rarement et ne peut être réitérée sans dangers^. C'est même l'espèce qui a donné lieu aux observations les plus positives. En ce qui la concerne, Baglivi avait déjà résolùment condamné la saignée*. Même alors que le pouls semblait être plein et battait vivement, le sang offrant parfois une couenne passablement forte, Huxham a vu souvent une seule saignée abattre à un degré surprenant les forces du malade, qui tombait aussitôt dans une espèce de fièvre nerveuse, avec de grands tremblements, soubresauts des tendons, sueurs abondantes, diarrhée atrabilieuse, langue noire , coma, ou, délire; avec tous les attributs, en un mot, de l'état malin\ Les mêmes faits se vérifient tous les jours, et dans la pneumonie typhoïde , surtout épidémique, c'est-à-dire empreinte de son caractère le plus accentué, on est d'avis que le mal s'aggrave souvent^^ar les émissions sanguines^.

La pnftumouie exanthémateuse n'échappe pas à cette loi. Bouillaud lui-même reconnaît que la saignée y a beaucoup moins de succès que dans la pneumonie ordinaire ^ et à

1 Selle ; Pyrét. méth., 200.

2 Rœderer etWagler; De Morh. mue, 307.

3 P. Frank; Méd. prat., II, 113.

* Méd. prat.. lib. I, 37.

î> Huxham ; Tr. des fièvres, 237.

8 Grisolle ; Tr. de lapnewn., 724.

" Sestier ; Clin, de Chomel, III, 575.

[)lus forte raison ce moyen serail-il inapplicable aux espèces à plus grande dépression dynanniqiie. Il est même certaines phlegmasios marquées par une grande vivacité de symptômes, qui, si elles viennent à subir quelque dégénération spéciale, comme la péritonite puerpérale, ne trouvent, da7is la jjlupart des cas, les antipblogistiques impuissants ou même nuisibles* ,

Rien n'est mieux démontré que ces contre-indications de la saignée. Il s'agit d'en trouver la raison. Déjà les anciens s'étaient adressé la même question et y avaient répondu suivant leurs naïves théories. A propos des pneumonies graves qu'il rapporte, BagUvi observe que le sang des saignées n'a souvent pas de couenne ou n'en a qu'une moitié liquide et à peine apparente, et, d'après l'avis de son illustre ami Lancisi, il établit que la saignée dépouille le sang de sa portion la plus volatile, etquel'aulre portion, la plus compacte, celle qui fournit la matière de la couenne, demeurant dans le poumon, y augmente l'engorgement : sanguis spoiiatur parte volatiliore , unde major eidem ad congulationes via prxbetur... materies illa namque crustam efficiens in piUmonem remanet eumque infarcil^ . Evidemment, un pareil langage n'est plus permis; mais que pourrait y substituer la médecine exacte, le Matérialisme moderne? Parli du stimulus, direct ou réflexe, de l'action chimique, de tous ses points de doctrine, comment trouverait-il à théoriser ici? Môme à invoquer les faits organiques, il ne serait pas plus avancé. Ces faits ne s'éloignent pas assez, dans les cas spéciaux, de ce qu'ils sont dans l'espèce phlogistique, pour autoriser un changement complet de système. Bien plus, si la différence gît principalement en ce que le sang subit des actes de plasticité moins prompts, moins étendus, moins complets, il semble qu'il n'en devrait être que mieux en état d'obéir à l'attraction, à l'action mécanique de la sai-

' Grisolle ; Pathol. int., I, 470.

2 Ba^livi ; PriiT. med., 1, 37.

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 613

gnée; s'il n'en est pas ainsi, c'est donc que cette action prétendue n'est nullement ce qu'on la croit, et qu'en tant qu'exclusivement dynamique, elle varie, ainsi que nous le disons, suivant le rapport où elle se trouve avec l'affection qui a produit la phlegmasie, absolument comme il est arrivé pour la fièvre.

363. Assurément la saignée remplit la grande indication de la phlegmasie pure, et y sufQt presque toujours. Cependant les choses se passent parfois différemment. Celte phlegmasie peut, sans rien perdre de son génie propre, survenir chez un convalescent ou un sujet naturellement faible ou débilité par accident, et l'on désespère de réussir par la saignée, que la faiblesse du malade interdit de pousser aussi loin que le réclameraient la nature et l'intensité de la maladie. Il peut se faire même que celle-ci se montre à ce point rebelle, que la poursuivre exclusivement par la saignée serait encore un danger. Il faut alors se retourner vers d'autres moyens, et le tartre stibié est un des principaux, agissant delà même façon et avec le même succès que la saignée, à la seule différence que, n'entraînant aucune spoliation, aucune cause d'affaiblissement, il devient d'un précieux secours quand les forces doivent être respectées. Nous allons retrouver ici, juste les mêmes errements, les mêmes raisons chimiques, physiques, mécaniques, organiques, que pour la saignée, et même quelques-unes de plus, car le manque de bonne direction a forcé de tenter toutes les voies. El tout cela appelle, de notre part, quelque peu d'éclaircissement.

Il était réservé à l'Hématologie de dire son mot, la première, sur l'action du tartre stibié à haute dose; et, attendu que dans la pathogénie de l'inflammation elle a tant fait valoir l'excès de fibrine , c'était pour elle une nécessité logique de conclure que si le tartre stibié guérit l'inflammation, c'est qu'il remédie à la fibrine. Elle ne l'a fait que d'une manière circonspecte, dubitative, se deman-

614 THAiTÉ d'hématologie dynamique.

dant ingénument si celle substance n'aurait pas pour effet de dissoudre la fibrine de nouvelle formation et les dépôts plastiques qui caractérisent l'état de phlegmasie ' , Mais on voit bien que c'est là sa théorie, la seule qu'elle pût se faire. Cependant, aurait-elle prouvé chimiqueuient la dissolution, ce qu'elle n'a pas même tenté, il lui eût fallu de plus expliquer comment c'est la fibrine du dépôt plastique qui se trouve de préférence dissoute, et cela, déjà difficile en principe, n'eût pas encore suffi, caria fluxion, continuant, ne manquerait pas d'entretenir et de perpétuer le dépôt. C'est donc la fluxion, c'est la fièvre, qui sont ici en jeu, à quoi la dissolution de la fibrine ne peut rien, que nous sachions. Et, au surplus, à quoi bon tant parler de fibrine? Est-ce qu'elle est autre chose qu'un produit de la phlegmasie, ainsi que nous l'avons observé? Est-ce encore que la saignée ne guérit pas très-bien celle-ci sans avoir ja moindre action contre la fibrine, au dire de l'Hématologie elle-même? D'ailleurs, l'excès de fibrine étant le fait de toutes les espèces de phlegmasies, sa dissolution devrait conserver dans toutes un avantage égal ou proportionnel, et quelqu'un prétendrait-il que tel soit le cas du tartre stibié ?

La chimie n'a pas cru devoir se rendre solidaire de cette vue par trop élémentaire. Elle a émis un autre avis plus savant, plus digne d'elle. Mulder aurait découvert que la couenne inflammatoire résulte, non pas de l'excès de fibrine, mais de V oxydation outrée de l'élément albumineux, primordial, la, protéi7ie, et par suite de cela il a plu à la chimie de dire que l'effet du tarlre stibié est d'empêcher V oxydation intravasculaire excessive"^. Mais, qui ne le voit? fibrine, albumine, protéine, dissolution, oxydation, n'est-ce pas toujours le même phénomène sous des noms différents? N'est-ce pas l'éternelle prétention de s'attacher à l'élément

1 Becquerel et Rodier; Chim. prat., 117.

2 Trailédes fluxions de poitr . , in Bayle. — Bihlioth. de thérap., T, 241.

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES, 615

organique du sang, qu'on veut bien prendre pour la cause de l'inflammalion , après l'avoir démontré comme son effet? N'est-ce pas surtout se retrancher derrière des actions bien plus obscures, plus indémontrables, assurément, que nos actions vitales, auxquelles on a la prétention de les substituer? Et quand la fibrine n'a pu nous fom'nir la moindre considération rationnelle, que nous vaudra de plus l'albumine ou la protéine ?

Après la chimie, la mécanique : c'est dans l'ordre. Et on l'a mise à plus d'une épreuve. Peschier (de Genève) avait proposé de dire qu'en sa qualité d'évacuant, le tartre stibié débarrasse les premières voies, facilite la circulation dans les vaisseaux sanguins de l'abdomen, et diminue proportionnellement la ^j/fi'i/iore de la poitrine C'est l'idée à peine déguisée de GuUen, accusant le vide de l'aorte descendante, d'où il fait découler le déplacement du sang, et par suite une puissante révulsion interne. Mais nous savons trop bien ce que peut valoir cette facilité de la circulation abdominale, pour lui attribuer des effets comparables ou supérieurs à ceux de la saignée, ei éminemment propres à détourner le mouvement (luxionnaire. D'ailleurs, cette opinion sortant des conditions du problème, en ce qu'elle suppose l'effet évacuant, nous n'avons pas à la discuter autrement. Il faut faire le même reproche à une autre théorie mécanique, imaginée par Ghomel. D'après cet honorable professeur, le vomissement, par ses secousses, resserre la poitrine, comprime le poumon, et en exprime mécaniquement les liquides qui l'obstruent"^. On ne saurait dire plus crûment que le poumon n'est qu'une éponge, dont il a en effet la contexture, et qu'il n'y a qu'à la presser pour en chasser les liquides qui y ont déterminé la pneumonie. Se serait-on attendu à trouver une idée d'une pareille grossièreté chez un esprit aussi sage et aussi distingué, que

• Tr. de flux, de poitr., in Bayle. — Bibliotli. de Ihérap., 1-241 , 2 In Grisolle ; Tr. de la pneum., 663.

B16 TRAITÉ d'hématologie DYNAMIQUE.

nous avons tous connu Ghomel? Du reste, c'est toujours l'effet vomitif qui est ici invoqué, et cela bien à tort ; car s'il est vrai que certains aient fait un précepte de - le rechercher, plutôt que la tolérance, ce n'est point ainsi que l'ont entendu Kasori, Laënnec, Giacomini, et tous ceux qui ont expérimentéla méthode, lesquels, d'un commun accord, ont affirmé que le tartre stibié ne peut sortir ses elïets qu'à la condition de ne produire aucune évacuation* .

Il faut rapprocher de l'action mécanique l'opinion de Dance, qui ne considérait, dans les effets du tartre stibié, que {'énorme déperdition de sérosité qu'il détermine. Nous nous sommes expliqué sur cette déperdition de sérosité, et, sous la réserve de tant d'autres objections que nous pourrions y faire, nous persistons à la regarder comme capable, bien moins d'affaiblir que d'exagérer les conditions hématologiques auxquelles on veut bien rapporter l'inflammation.

Ces théories chimico-mécaniques n'ont pas été du goût de tout le monde, et on est rentré dans le domaine pathologique ; on a parlé de l'irritation révulsive, Broussais et ses disciples ont fait valoir les inflammations, les ulcérations, même les perforations du tube digestif, que Magendie et Orfila avaient reconnues possibles de la part du tartre stibié. Et ce sont ces lésions diverses qu'ils ont présentées comme pouvant opérer la révulsion de la phlegmasie pulmonaire -. Mais, outre que cette idée de révulsion, très-mal définie, ne saurait comporter une telle puissance thérapeutique, outre que ce serait un exemple sans analogue dans la pathologie de voir une phlegmasie grave devenir curative d'une autre phlegmasie encore plus grave, dans le voisinage de laquelle elle se serait développée, nous pouvons nier ici le fait lui-même dont on argumente. Il n'est pas vrai que l'irritation à aucun titre, encore moins l'irritation ulcéra-

* Laëanec ; Ausc. méd., I, 497. — Giacomini ; Mat. niéd., 273. 2 Téallier ; Du tartre slibié, 80. — Giacomini -, Mat. méd., 265.

TRAITEMENT DES l'HLEGMASIES. 617

live 011 perforante, soil le résultat ordinaire de l'émétique à haute dose. C'est un point universellement reconnu aujourd'hui. Administré à doses très-élevées pendant plusieiors jours, le tavlve Bl\h\é n'occasionne ni douleur épigaslrique , ni inflammation *. Bien mieux, il est si peu susceptible de produire de pareils désordres, qu'il les guérit quand ils existent. Dans des cas où la rougeur, l'état sec, noirâtre, fendillé de la langue s'accompagnait à'une douleur épigastrique très-vive et d'une diarrhée abondante avec ténesme, L'iënnec, non-seulement ne s'est pas abstenu du tartre stibié.mais, sous son influence , il a vu ces signes redoutés disparaître aussi rapidement que ceux de la maladie principale"-. Est-il possible, après cela, d'invoquer encore la prétendue ga s tro- entérite et le rôle qu'on voudrait lui faire jouer?

364. Cette théorie de l'irritation révulsive, toute défectueuse qu'elle est, a au moins le mérite de nous ramener aux actions vitales, vers lesquelles les bons esprits se sont décidément retournés, toutefois sans parvenir encore à la véritable explication. Ainsi, Laënnec théorise les succès antiphlogisLiques du tartre stibié, en disant qu'il augmente l'énergie de {'absorption interstitielle^ . On l'avait dit déjà de la saignée ; on le redisait, et toujours avec le même aplomb. Et cependant, parler d'absorption dans une partie troublée par les désordres les plus violents, et où d'ailleurs la fluxion remplace incessamment les liquides qui en auraient pu en être retirés, y a-t-on bien réfléchi? Oui, quand le calme sera fait dans la partie et autour, que la maladie n'y suspendra plus l'exercice des actions normales et que la fluxion n'y amènera plus sans relâche de nouveaux matériaux, s'il reste quelque produit plastique à éli-

1 Rayer; Dictionn. de méd. et de chirurg. pral., III, 85-6.

2 AuscuU méd., I, 513.

2 Ibid., 1, 514.

miner, l'absorption, reprenant ses droits, pourra s'en charger. Mais tant que durent la phlegmasie, la fluxion et le trouble fonctionnel qu'elles entraînent , il ne nous paraît pas qu'il y ait place pour un elïet de ce genre. Aussi ne s'y est-on pas tenu et a-t-on jeté les yeux ailleurs.

L'effet du tartre stibié étant en définitive d'abaisser le ton de l'inflammation, on a dù naturellement l'appeler dépressif, dire qu'il s'attaquait directement à la force vitale pour en diminuer l'énergie. C'est ce que fît déjà Rasori, qui, ambitionnant peu la théorie et voyant son médicament combattre l'inflammation, l'appelait sans détour un contre-stimulant, et disait tout simplement de- lui qu'il ramenait à son degré normal la force vitale trop exaltée ' ; c'était constater le fait, non en donner l'explication. Les théoriciens modernes ont prétendu aller plus loin ; et comme le poison jouit aussi, à sa manière, du pouvoir de déprimer la force vitale, ils ont mis le tartre stibié sur la même ligne, ont appelé son action toxique, et tenté d'expliquer en détail comme quoi le tartre stibié est lui-même, non pas un poison, mais un toxique à la façon de la stramoine, de là digitale, delà belladone, de V opium , et, de même que ces substances, porte son action principalement sur le système nerveux, sur V irritation"^ . Et cette théorie est exposée d'une manière si séduisante qu'elle a passé même chez les vitalistes purs, et que lo sage Caizergues et ses élèves ont appelé aussi le tartre stibié un toxique^. C'est pourtant là, ce nous semble, un mot malheureux. Le poison vicie et souvent détruit le dynamisme ; est-il permis de lui comparer une substance qui n'a sur celui-ci qu'une action bienfaisante et le ramène de ses écarts ? Et quant à la portée de ces divers agents sur le système nerveux, nous croyons en avoir fait justice et démontré que ce système

1 Délie peripnPAim., in Bayle. — BiUiolh. thèrap., I, 208.

2 Trousseau et Pidoux ; Mal. môd., II, 716.

3 Bordes-Pagès ; Journ. méd. pral., XII, 347.

TRAITEMENT DES PHLE6MASIES. 01^

n'est pour rien dans la phlegmasie, ni encore moins dans son traitement. Aussi Gaizergues se hâtait-il d'ajouter que pour lui l'intoxication du tartre stibié consistait à abaisser l'énergie vitale. Il eût mieux valu s'en tenir à l'idée et rejeter le mot; mais enfin toute confusion était évitée.

C'est à cela, qu'à l'exemple de Rasori, se sont arrêtés la plupart de ses sectateurs. Strambio (de Milan) dit que l'émétique opère en épuisant les mouvements vitaux* ; Rayer l'accuse de provoquer de même l'épuisement des forces vitales'^; Gaizergues d'abaisser le dynamisme, d'amener une délibitation générale et un effet sédatif de la circulation' . On ne s'est pas contenté de cet. effet général, et l'on a prétendu préciser davantage : Brodie avait dit que le tartre stibié porte son effet sédatif plus particulièrement sur le cœur et le cerveau*; Trousseau et Pidoux l'indiquent plutôt sur le cœur et le poumon, dont les fonctions respectives sont considérablement ralenties'^ ; Gaizergues, enfiu, sur les forces épigastriques, qui en sont stupéfiées, et sur la circulation^ .

Quant à l'action localisée, on paraît avoir pris le résultat thérapeutique pour un effet direct ; hâtons-nous de le dire : sans doute, quand il guérit la pneumonie ou la gastrite et qu'il dissipe la fièvre, on a pu croire que le tartre stibié ralentit l'action du poumon ou du cœur, modère la circulation el refrène les forces épigastriques. Mais en présence de succès analogues contre le rhumatisme, l'angine ou la cystite, faudrait-il ajouter qu'il ralentit de même l'action musculaire, qu'il a la propriété de faciliter la déglutition ou l'émission des urines ? On voit à quels abus, à quel danger on s'expose avec des vues semblables, et, d'après

t Bayle; Bibliolh. thérap., I, 301.

2 Dictionn. méd. chirurg. prat., III, 70. Bordes-Pagès ; Journ. méd. prat., XII, 347. — Gaizergues; Rapport sur la Grippe, 92.

* Philos. Transact., \822.

s Traité de thérap., II, 716.

6 Loc. cit.

cela, il est plus qu'évident que l'action de notre substance n'a pas de bornes, qu'elle s'étend partout où va la phlegmasie, sans distinction de siège, et que lorsqu'elle parvient à la modifier, ce n'est nullement par une action élective sur tel ou tel organe ou tissu , mais en portant sur l'ensemble de la scène morbide, sur le trouble affectif qui la tient sous sa dépendance , ainsi que déjà Rasori semble le croire lui-même quand il déclare qu'il s'agit alors d'une action qui s'étend à la fois sur toute V économie^

Il s'agit pourtant de nous entendre sur celte action générale: Est-ce bien sur la force vitale elle-même qu'elle porte uniquement et d'emblée, pour déprimer, comme on dit, son ton ou son énergie ? Il est bon d'observer d'abord que, durant une phlegmasie, il ne saurait être question de l'état normal de cette force , mais seulement de son état morbide, entaché d'une lésion aSective; si bien que si un moyen thérapeutique vient à être alors employé, il portera, non sur la force mais sur sa lésion. Avec celle réserve, nous pouvons accorder de dire que l'action du tartre stibié est dépressive, mais non toutefois d'une façon directe et absolue. Tant qu'on l'appliquera à une de ces affections où le ton vital est exagéré, c'est-à-dire l'affection phlogistiques et à ses quelques voisines, l'effet sera régulier et la dépression obtenue. Mais dans la plupart des spéciales, où le ton est en défaut, en abaissant davantage celui-ci, il ne fera qu'ajouter au trouble dynamique, aggraver tous les accidents; et attendu qu'on est toujours disposé à confondre le ton morbide et le ton normal, on serait ici tenté de croire à une exaltation. Pour éviter toute chance d'erreur , il faut donc dire que le tarlre stibié porte directement sur la lésion affective de la force vitale, sur l'affection morbide. Si celle-ci comporte l'exaltation du ton vital, en déprimant ce ton il dissipe la lésion et procure la solution de la phlegmasie. Gomme aussi, dans le cas où le même ton est

* In Bayle ; Bibliolh. tMrap., I, 208-9.

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. G21

au-dessous de son uiveau normal, \ù tartre stlbié, en l'abaissant davantage, ne fait qu'ajouter à l'intensité de la fièvre, de la phlegmasie et de tous leurs accidents. C'est, au reste, ce qu'il est permis d'inférer de l'opinion même de Rasori : il avait remarqué que l'émétique ne produisait nulle part de meilleurs effets que chez les sujets jeunes et vigoureux, dans le degré le plus élevé de ce qu'il appelait la diathèse inflammatoire. Laënnec disait de même qu'il ne réussissait jamais mieux que dans les cas où existe un surcroît de ton, d'énergie et de pléthore^ C'est dans de telles circonstances qu'il réussit le mieux ; c'est alors qu'il obtient de l'organisme la plus complète tolérance, suivant, que le disait Rasori, comme si, son activité étant employée et épuisée à neutraliser le ton morbide, il n'en restait plus pour donner lieu à d'autres effets. Tandis que si les circonstances changent, s'il s'agit de phlegmasies dans lesquelles la force vitale soit au-dessous de son niveau normal, non-seulement ce niveau ne pourra être abaissé davantage, sans préjudice pour la maladie, mais la partie du remède restée libre, après l'espèce de saturation plus facile du ton morbide, sortira ses effets communs, le vomissement surviendra, il n'y aura plus tolérance; c'est là, au reste, ce que démontre l'expérience. Les phlegmasies spéciales, à moins d'une nuance ou d'une complication phlogistique manifeste, ne s'accommodent pas du tartre stibié à haute dose. Non-seulement les phénomènes locaux ne cèdent pas, mais les troubles gastriques fatiguent, épuisent le malade et interdisent la continuation du remède. Nous en avons fait nous-même l'épreuve dans des pneumonies où la saignée nous était interdite, et où nous avions cru trouver un utile succédané dans l'émétique, auquel nous dûmes promptemenl renoncer. Non plus que pour la saignée, non plus que pour tout autre moyen thérapeutique, il ne faut donc prétendre, pour le tartre stibié, à un mode d'action général, unique. Il se peut qu'au fond il

Auscult. méd.. I. 514 .

s'agisse bien d'une dépression vitale ; mais comme nous avons affaire ici bien moins au ton normal qu'au ton morbide, qui est diversement modifié suivant qu'existe tel ou tel genre d'affection, c'est celui-ci seul qui nous permettra d'estimer l'effet réel, et nous revenons à dire que cet effet se montrera utile dans la phlegmasie pure et les quelquesunes qui, comme elle, comportent un surcroît de ton ; mais que dans la plupart des spéciales il ne sera plus qu'impuissant ou nuisible.

365. La saignée et le tartre stibié agissent à peu près dans le même sens, si ce n'est, disons-nous, que ce dernier permet un plus grand ménagement des forces du malade, ce qui, dans certains cas donnés, peut offrir de précieux avantages. L'une et l'autre s'appliquent à la phlegmasie phlogistique dans son plus haut degré d'intensité et d'acuité, alors qu'à des phénomènes locaux considérables se joint une fièvre violente, d'où la scène niorbide prend son principal caractère. Mais sans que la phlegmasie dégénère de sa nature phlogistique, la fièvre peut perdre tout ou partie de sa vivacité, et les faits plastiques se marquer moins par leur violence que par leur ténacité et leur tendance à se prolonger. Dans cet état de choses , la saignée, non-seulement perd de sa valeur, mais à raison de la persistance présumée de la maladie, on peut prévoir l'impossibiUté de la répéter aussi souvent qu'il pourrait en être besoin. De même, le tartre stibié, qui dompte très-bien un travail phlogistique aigu, violent, rapide, n'a plus les mêmes avantages contre des faits morbides plus lents, plus rebelles; il s'agit alors de trouver des moyens qui, sans attenter aux forces, soient capables d'opérer d'une manière plus lente mais soutenue, et sur lesquels il soit permis d'insister aussi longtemps que le réclamera la maladie. Recherchons si tel ne serait pas le mode d'action de certaines autres substances regardées aussi comme antiphlogisliques, et particulièrement du mercure.

TRAITEMENT DKS PHLEGMASIE». 623

On a le droit de s elonnei- que l'action organiqae, révulsive, n'ait pas été invoquée en faveur des préparations mercurielles, comme on l'a fait pour la plupart des autres substances. Elles [pourraient s'y prêter, tout aussi bien que le tartre stibié, par l'irritation intestinale qu'elles causent'. On pouvait aussi faire valoir les effets purgatifs de certaines de ces préparations, ce qui offrait une belle occasion de philosopher sur la révulsion et la spoliation. Pour cette fois, cependant, on nous a fait grâce de ces théories; c'est sans doute qu'on s'est cru tellement fort, tellement assuré de celles fournies par la chimie, qu'on s'y est exclusivement attaché , repoussant tout secours venu d'autre part.

La chimie a d'abord essayé d'un tour de son métier, et prétendu enlever le problème sans sortir des combinaisons élémentaires qui forment son domaine pur. Nous connaissons ses velléités de s'immiscer dans les phénomènes pathologiques et thérapeutiques, n'aspirant à rien moins, l'orgueilleuse, qu'à supplanter dans son rôle la Force Vitale elle-même- 1 Elle a donc recherché la raison des effets antiphlogistiques du mercure, et ne doute pas le moins du monde de l'avoir découverte. Suivant elle, sous quelque forme qu'il soit administré, ce métal n'agit que par la quantité de bichlorure qui se forme dans sa combinaison avec les chlorures alcalins de nos humeurs. Et c'est ce bichlorure qui, en s'unissant à la, partie alhumineuse de nos tissus et du sang, est susceptible d'apporter dans l' organisation un trouble bienfaisant ou une perturbation violente ou mortelle^. Et voilà pourquoi. . . Ovirtus dormitiva! . . 0 SganareUe ! as-tu jamais mieux dit? Et ce sont là ces vérités palpables, ces démonstrations invariables que nous vante tant la chimie I Un trouble bienfaisant ! Mais au moins fallait-il dire comment il se produit, quel genre d'influence

1 Barbier ; Mat. méd., III, 64.

2 Chevreuil, in Mialhe ; Chim. pinjsiolog. cl Ihérap., 5-6. ' Mialhe ; Chim. physiol. et Ihvrap., 485- G.

revient à cette nouvelle combinaison de l'albumine? Tout à l'heure, à propos du tartre stibié, vous parliez d'oxydation intravasculaire ; c'était un grand mot vide de sens, mais c'était un mol. Ici, qu'est-ce donc? Le bichlorure dôtruil-il une portion d'albumine ? Eh ! que peut faire cela à la phlegmasie, qui déjà, selon vous, résulte d'un manque de cet élément ? Et puis, quel vague, quel désarroi, dans tous vos raisonnements ! On vous a dit : puisque c'est le seul sublimé qui partout et toujours est en scène, à quoi bon les autres préparations; pourquoi ne prescrivez-vous pas exclusivement le sublimé? Non, répondez-vous, la substitution ne saurait être exclusive. Et pourquoi cela? C'est, dites-vous encore, que le deuto-chlorure est absorbé rapidement dam les premières joortions du canal alimentaire, tandis que les composés insolubles, le calomel, parcourant tout le tube digestif en produisant sans cesse du sublimé, ont une différence d' action bien marquée dans les phlegmasies abdominales^. Oui, dans la dysenterie, cela pourrait avoir quelque raison d'être. Mais partout ailleurs, dans l'hépatite, où le mercure a son principal emploi, n'est-ce pas le contraire qui serait la vérité ? Cette absorption rapide dans le voisinage de l'organe malade ne devrait-elle pas être toute à son avantage , et toutes les autres phlegmasies ne devraient-elles pas aussi s'accommoder mieux d'une absorption prompte que d'une transformation disséminée ? En vérité ! pour une science qui n'a jamais que les mots de certitude et d'évidence à la bouche, s'attendrait-on à des arguments de celte force ?

Aussi la chimie ne se pique-t-elle pas toujours d'être aussi transcendante; elle abandonne l'albumine, et, revenant à ses données classiques, elle enseigne que sous l'influence du mercure le sang subit une importante modification dans sa crase , qu'il perd ses qualités propres, qu'il devient de plus en plus fluide, en raison de cette perte

* Mialhe; Op. cil., 473-4.

TRAITEMENT DES PHLEGMASIES. 625

qu'il fait de ses éléments réparateurs, de. ■ics matériaux plastiques, de sa fibrine, en un mot ; et que c'est ainsi qu'il finit par être impropre à devenir l'élément d'une phlegmasie'.

C'est, on le voit, lu vieille tartine qu'on ne nous laisse pas perdre de vue : la fibrine produit la phlegmasie, qui est guérie par le mercure : donc le mercure détruit la fibrine . Pour soutenir ce syllogisme , un premier fait était à prouver : la dissolution directe, chimique, de celte fibrine. Or, c'est ce qu'on ne fait pas, aucune observation ne permettant de gratifier notre métal d'un semblable pouvoir'^. Et, ainsi que nous l'avons observé, si la perte de fibrine a lieu après la guérison de la phlegmasie, c'est par le fait de cette guérison et nullement sous la propre influence du mercure. Il y a mieux : les thérapeutistes sont d'accord sur ce point que, pour obtenir du mercure les meilleurs effets possibles, il faut en saturer l'économie et pousser son emploi jusqu'à ce que la salivation vienne témoigner que ce résultat est obtenu. C'est ce qui donne un grand prix à ce phénomène, tellement qu'on a inventé des méthodes particulières de le produire plus sûrement. Eh bien ! la chimie a étudié le sang pendant la salivation mercurielle, et elle y a découvert un excédant de fibrine^ qui peut monter jusqu'à 7. Nous voilà bien loin de la prétendue destruction de cet élément, qui, alors que le mercure atteint le maximum de ses efî'ets, parvient à des proportions que, seuls, la pneumonie et le rhumatisme peuvent atteindre ou dépasser? Ajoutons à cela l'appauvrissement de tous les autres éléments du sang, et nous aurons tout juste la composition de ce liquide, donnée comme le type extrême de sa nature phlegmasique. Il s'en faut donc bien que l'état du sang nous explique l'action antiphlogistique du mercure. Et fallût-il d'ailleurs tenir pour certaines cette dissolution, cette perte

' Trousseau et Pidoux ; Mal. méd., I, 190.

- Aadral; Leçons orales, 1841, in Lemaire . Mém. cité, 320.

3 Andral -, HémaloL, 89.

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